D'abord et avant tout, je tenais à vous remercier tous, lecteurs de l'ombre ou non.
Merci d'avoir lu ce premier chapitre, d'avoir mis ma fic dans vos alertes ou vos favoris.
Merci pour vos reviews.
Merci tout simplement d'être là, peu importe où je vous mène. Je sais que je radote comme une grand-mère, mais tout ça me touche énormément.
Avis aux puristes : même si l'esprit et la trame du film demeurent, c'est ici que mon adaptation va prendre quelques libertés avec l'œuvre originale (Destiel oblige).
J'explique tout cela en fin de chapitre...
.
Merci à toi Marianne, fidèle béta.
.
" Cogito ergo sum" : 2eme partie
.
Etrange sensation. Mains qui se nouent. Corps qui frémit et qui réagit sans qu'il ne puisse en garder le contrôle...
Castiel se scruta un long moment dans le miroir tentant de piéger les émotions qu'il percevait dans son reflet, au travers de ses yeux créés par un savant fou qui se prenait pour Dieu et qui lui montraient une nouvelle facette de ce Moi qu'il était. Il s'écarta pour mieux se jauger, pour tenter de comprendre cette douleur qui le réveillait, lui qui ne devrait pas dormir. Comprendre cet étranglement qui l'empêchait de respirer entre cette colère dont il avait appris à maîtriser les élans et cette nouvelle émotion, cette pulsion de vie qui lui donnait la sensation d'étouffer, de se noyer dans son propre souffle.
.
Sur Enochian, il avait cherché des réponses quand les prémices de ses changements le firent douter de ce qu'il était. Douter de ce corps qu'il croyait sien, devinant qu'il n'était au final que l'œuvre d'un père, omnipotent, omniprésent et pourtant absent. La création, la créature, l'enfant admiré mais sans valeur.
.
Il sut que ses bouleversements lents mais irrémédiables sonnaient sa fin. Que son existence arrivait à son terme, que la mort s'avançait...Cavalier noir d'un espace aux millions d'étoiles mortes et de planètes inexplorées.
.
Il était Nexus-6, plus puissant, plus proche de cette perfection tant recherchée...Cette même perfection et ses failles...
Il se refusait de mourir, se refusait d'obéir. Il voulait continuer à ressentir ses émotions sur lesquelles il n'arrivait pas encore à poser de mots...Des mots dont il n'avait l'usage parce qu'il ne savait pas quel sens leur donner.
Qu'était-ce le bonheur? Qu'était-ce la tristesse? La peine? La haine? Pourquoi naître et ne plus être? Vivre...
Il leva une main dont il observa chaque doigt, chaque pli et se surprit à ressentir son propre toucher sur sa peau.
4 ans 7 mois 8 jours et 21h30...Compte à rebours qui résonnait dans sa tête comme une épée de Damoclès...La mort...Cette fin qu'il se refusait.
.
Il avait lu les questions dans le regard des siens. Parqués dans des immeubles à l'écart de toutes autres formes de vie, juste là pour servir, habiles et agiles petits soldats à la solde des hommes, eux qui n'en étaient que des ersatz.
.
Il quitta la salle de bain et entra dans la chambre à deux lits d'un hôtel désaffecté qu'il squattait avec ses trois compagnons. Peu importe que ces murs ne tiennent plus debout que par la magie de l'invisible, ils étaient leur abri pour ces quelques jours qu'ils leur restaient. Leur premier et unique chez eux.
.
Balthazar, assis sur le lit, adossé au mur, serrait Hannah par la taille. Elle releva le menton.
" Il est l'heure" fit Castiel en la fixant. Elle sourit mécaniquement et se leva d'un bond tout en se retournant et embrassant fougueusement son amant, mains à plat sur le matelas.
Batty sentit son cœur rater un battement et tiqua intrigué quand il vit le soldat lui saisir les cheveux pour approfondir leur baiser.
Il leur avait souvent demandé ce qu'ils ressentaient, ce qui les avait poussés l'un vers l'autre. Curiosité purement formelle à laquelle Hannah répondait à chaque fois en essayant d'attraper ses lèvres des siennes. Elle ne pouvait refreiner les impulsions dues aux traces de son conditionnement et même si elle ne s'offrait plus, ni aux hommes ni aux femmes, elle estimait que son leader avait tous les droits sur sa personne quand bien même elle avait choisi Balthazar.
Castiel n'en usa jamais.
"Debout" en tournant son regard impassible vers Balthazar. " Il nous faut rejoindre Hester...Le temps presse".
Hannah disparut dans la salle de bain pendant que son amant se levait et s'habillait.
" Elle est notre dernière chance" murmura-t-il en fixant la porte entrouverte.
" Elle l'est et elle réussira" fit Batty, d'une voix blanche.
Moins de cinq minutes plus tard, Hannah sortit, habillée en haillon, mine défaite et regard perdu.
" Tu es parfaite" fit-il, mains croisées derrière son dos.
" J'y vais" en souriant comme une enfant et sortit aussitôt.
Balthazar enfila ses bottes et suivit Castiel dans la direction opposée de celle empruntée par sa compagne sans savoir alors qu'il ne la reverrait jamais.
.
wwwwwwwwwwwww
.
Hester Zhora travaillait depuis plus d'une semaine pour Crowley. Son bar, le Crossroads's Demon, était fréquenté par toutes les strates de la société. Los Angeles venait s'y enivrer. Dans le bar du sous-sol pour les moins fortunés ou à l'abri des regards dans les pièces du premier et leurs shows privés pour les hommes d'influence.
En quelques jours, elle et son reptile albinos y avaient gagné leur place. Nul doute que Crowley n'eut encore jamais à regretter son choix. Elle avait su user de ses charmes et de sa persuasion pour entrer dans son antre.
.
Le serpent qui dormait dans son bureau, l'avait envoûté ce jour-là et la femme aux allures guerrières n'en avait pas décollé le regard tout en chevauchant le patron sur sa chaise de bureau.
Elle feint de jouir en posant sa main sur le carreau du terrarium et Crowley l'avait suivi dans un râle avant d'en faire sa maîtresse pour les jours à venir.
.
Depuis, elle et son animal au sang froid jouaient leur partition à la perfection. La tentation d'Eve. Cherchant l'homme ou la femme qui pourrait les aider à prolonger leur vie ou celui d'entre eux qui perdrait la sienne.
Ce soir-là, le bar était complet et ce fut en brassant la foule que Dean dut se tracer un chemin jusqu'au zinc où un jeune homme au visage affable lui fit un grand sourire sans âme.
" Crowley" se contenta de balancer Dean en lui tendant son badge tout en élevant la voix pour se faire entendre dans tout le capharnaüm des lieux, mélange de rires gras, de musiques électroniques, de bruits de verre et de conversations qui se croisent.
Le serveur perdit son sourire.
" Il n'est pas là" en se tournant vers un client.
" Faites-lui savoir qu'un Nexus travaille ici et que je serais désolé de devoir le signaler au patron de Roman Corporation qui n'apprécierait certainement pas que ton boss cache un répliquant parmi ses employés" en lui attrapant le poignet pour l'obliger à le regarder.
Le jeune homme ne dit rien mais se dégagea brusquement et disparut.
.
Dean se fit servir un whisky et suivit d'un œil distrait le pole dancer qui se déhanchait sur la piste centrale.
"Dean Winchester...Quel mauvais vent t'amène en ces lieux de perdition" fit une voix grave et enjouée à sa gauche.
" Salut Crowley" en buvant une gorgée de l'ambre alcoolisé.
" Il paraît que tu cherches à me parler" en claquant des doigts. "Magne-toi, j'ai pas que ça à faire" énervé tandis qu'un serveur lui tendait un bourbon.
" Je suis ici" en fouillant sa poche. "Pour elle" en posant la photo sur le comptoir. Il nota la crispation de son voisin qui eut du mal de dissimuler son malaise en buvant.
" Et?".
" C'est une Nexus 6".
" Tu veux dire un de ses non-humains?" d'un ton trop sec.
" Joue pas au con avec moi, tu veux" en vidant son verre et le reposant trop vivement sur le bar.
" Dommage...C'était un sacré bon coup" en vidant le sien. " Elle fait son show au premier...Elle sera dans les vestiaires dans… ", en regardant sa montre, "… moins de 10 minutes".
" Merci" siffla Dean, en se levant sans rajouter un mot. Même si il n'appréciait pas Crowley, il ne pouvait éviter ce type de collaboration. Il était hors de question de se mettre à dos des gens comme lui parce qu'ils avaient le bras long et la langue, en général, bien pendue pour peu que leurs poches se remplissent et qu'on ferme les yeux sur leurs nombreuses magouilles. Dean n'en avait à rien à foutre que cet anglais aux allures de dandy se prenne pour le roi des enfers. Il ne voyait en lui qu'un indic de plus et c'était là sa force, il ne lui devait rien. C'était à chaque fois un prêté pour un rendu.
En le débarrassant d'Hester, il le débarrasserait de l'influent Dick Roman. Crowley était un homme intelligent qui savait choisir ses alliances et protéger ses intérêts.
.
Dommage, il était joli son jouet de chair et de sang, se dit Crowley en retournant vers son bureau.
.
Dean se dirigea droit vers l'arrière salle. Il connaissait bien les lieux pour y être venu souvent pour affaire ou pour se détendre. Il dut nager à contre-courant pour atteindre le vestiaire des filles qui ne manquèrent pas de le foudroyer du regard. Il les ignora et s'adossa au mur, patiemment.
.
Elle le dépassa sans lui porter le moindre intérêt, le serpent enroulé autour de son cou, cachant une partie de sa nudité à peine voilée par un soutien en plastique dur mat et un string couleur chair. Sa peau était parsemée de petites étoiles brillantes et son visage était trop maquillé. Elle ressemblait à une poupée de cire.
Elle posa l'animal sur un trépied de bois et disparut dans la seule et unique cabine douche des vestiaires.
.
Dean entra.
" Hester Zhora?" lança-t-il innocemment, cherchant une réaction qu'elle n'eut pas.
" Vous devez me confondre avec quelqu'un d'autre" la tête dépassant de la porte de la douche. " Moi, c'est Dalia" tout sourire, visage face à la pompe de douche, déliant ses longs cheveux, effaçant son maquillage.
" J'aurais à vous parler...Dalia" en croisant les bras, appuyé contre le chambranle.
" Vraiment?" faussement étonnée en sortant nue sans gêne, attrapant un essuie de bain que lui tendit Dean.
" Castiel Batty...Ca vous dit quelque chose?" la regardant se sécher.
" Un de mes clients?" en penchant sa tête vers un sèche-cheveux mural.
" Je sais qui vous êtes" fit-il d'une voix caverneuse. Elle se retourna avec un étrange sourire sur les lèvres tout en attrapant et enfilant un corset et un cache-sexe sous le regard impassible de Dean.
Il vit la peur s'inscrire dans ses yeux, cette peur qu'elle ne devrait pas connaître, pas ressentir. Perdu dans ses tergiversations, il ne la vit pas arriver droit sur lui et le repousser violemment contre le mur qu'il heurta du crâne. Il mit plusieurs secondes à retrouver ses esprits ce dont elle avait profité pour enfiler un imper transparent et fuir par la porte arrière de service.
.
Dean sortit son blaser et se mit, légèrement titubant, à sa poursuite. Il pleuvait. Les trottoirs étaient glissants manquant le faire déraper plus d'une fois. Il se rattrapa aux voitures, aux poteaux, aux gens tout en les poussant, arme dressée vers le ciel, leur hurlant de s'écarter.
.
Hester les vit de loin et d'un regard leur fit comprendre de ne pas bouger. Castiel et Balthazar la virent courir droit devant, le visage terrorisé à l'approche de cette mort programmée qui allait sonner son glas trop tôt.
Dean stoppa net en pointant son arme vers elle et tira. Le choc la fit basculer en avant mais elle ne tomba pas et tout en trébuchant à chaque pas, elle continua à tracer droit devant, s'accrochant à cette vie qui lui échappait.
Castiel s'avança pour venir à son secours mais une main le retint. Il croisa le regard bleu de Balthazar, froid.
" Trop tard".
.
Un deuxième tir et Hester s'effondra au sol dans un bruit mat. Dean rabaissa son arme et se rapprocha doucement sous le jugement muet des témoins présents.
Le sang se mêla à la pluie, eau rougeâtre qui se perdait dans la rigole. Il se pencha à côté d'elle, ne pouvant détacher les yeux des deux trous béants dans son dos pareils aux cicatrices d'ailes brisées.
.
Dans un dernier écho, son cœur battit encore comme au ralenti et puis...s'éteignit.
Il n'éprouva aucune satisfaction, aucun plaisir à avoir mis fin à son existence.
Elle avait ressenti la peur...Merde, ça ne faisait pas partie du job, pas partie des règles...Ils devaient s'éteindre avant.
Il posa son arme contre son front et se surprit à prier pour son âme si elle en avait une.
.
Balthazar s'était éloigné, le visage fermé mais Castiel était resté, observant cet homme qui venait de tuer l'une des leurs. Il le vit se relever et s'appuyer las contre une poubelle, hurlant sur les passants qui se penchaient sur le corps inerte, les chassant du canon en vociférant à tout-va.
Il tiqua. Intrigué par l'attitude tout en contradiction du blade runner.
.
" Ca va?" fit une voix au fort accent.
" Qu'est-ce que tu fous là Benny?" en rangeant son arme.
" Mon boulot" en se penchant sur le corps et le retournant.
Elle était figée comme une poupée désarticulée. Les yeux éteints dans la stupéfaction. Elle ne serait pas une Nexus, Dean aurait pu y lire un "Pourquoi?".
" Plus que trois" fit son collègue en s'appuyant sur ses genoux pour se redresser.
" C'est la dernière fois, Benny" dans un murmure en s'essuyant le visage trempé par la pluie.
" La dernière fois que quoi?" en appelant la morgue via son bip.
" Après cette traque...J'arrête tout".
" Tu deviens trop sentimental, buddy...Ils ne sont pas humains, je te signale" en pointant le corps sans vie.
" Tu trouves qu'elle a l'air d'une machine, toi!" pesta Dean en l'écartant de son chemin pour fuir la scène et surtout ses yeux qui fixaient le néant. " Ils n'ont plus rien d'androïdes, Benny...Ils sont doués d'émotions...Putain mec...J'ai ...J'ai l'impression de flinguer des êtres humains".
" Ils ont massacré je ne sais combien de personnes dans cette navette sans compter les dommages collatéraux sur Enochian. Alors si tu peux plus leur tirer dessus parce que tu les penses humains...Tire leur dessus en pensant que ce ne sont que de simples tueurs" en le retournant pour l'obliger à lui faire face.
" Ca paraît tellement facile pour toi" en baissant le regard sur ses chaussures, suivant le sang qui continuait à se noyer dans la pluie.
" Parce que pour moi, buddy, c'est juste eux ou nous".
" J'aimerais que ce soit aussi simple ".
" Dis ça à la femme de Murphy" tout en accueillant d'un mouvement de la main le coronaire. " Roman corporation" en indiquant Hester.
" Je rentre...Je suis crevé" balança Dean, en grimaçant un semblant de sourire à son vis-à-vis. Puis il rentra chez lui, trempé jusqu'aux os et le cœur vide.
.
Il but en écoutant de la musique et se perdit dans ses pensées, debout sur son balcon devant cette ville qui s'étendait à l'infini dans ses éclairs de lumière synthétiques et son humidité permanente, étouffante.
Une licorne blanche hanta sa nuit.
.
wwwwwwwwww
.
Le lendemain midi, il se rendit dans un de ces petits stands ambulants et s'assit sur un tabouret brinquebalant indiquant à l'asiatique qui se tenait debout derrière le comptoir la pancarte indiquant le plat du jour.
Il n'avait pas spécialement faim mais il devait se nourrir pour diluer l'alcool qu'il avait ingurgité la veille. Il se fit servir une bière et attendit que le temps passe. Il avait perdu trois heures au poste pour rien...Aucune trace des trois autres répliquants...Peut-être même étaient-ils déjà morts.
"Salut".
" Encore toi?" grommela Dean en remerciant en "cityspeak" le serveur qui lui tendit son bol de nouilles.
" J'ai des nouvelles qui pourraient t'intéresser" en s'asseyant à sa droite.
" Ca peut pas attendre que j'ai fini de manger" en déballant les baguettes en plastique.
" Je parle, tu manges" en attrapant un morceau de papier qui traînait sur le zinc.
Devant l'absence de réponse de son voisin, il se mit à lui parler d'une caméra qui avait repéré Kowalski près d'une station de métrokab.
" Et?" fit Dean, visage au-dessus de son bol, se battant avec le bouillon qui lui coulait sur le menton.
" La même caméra l'a filmé ce matin. Ce qui laisserait à penser qu'il doit probablement crécher du côté Sud de la ville".
" Chinatown?".
" Ouaip" en pliant consciencieusement son papier.
" Tu as l'adresse?".
" Qu'est-ce que tu crois !" sourire entendu tout en déposant sur le comptoir un origami en forme de grenouille. " J'y vais" en enfonçant sa casquette sur son front.
.
Dean le regarda s'éloigner avec cette certitude que son collègue ne faisait pas que l'assister dans cette affaire mais surtout qu'il le surveillait, l'œil de Singer. Il savait que son rôle consistait à seconder les blade runner dans leur traque mais il ne pouvait se départir de cette appréhension d'être un pion sur un échiquier dont Benny devait être le fou. Il posa ses baguettes et pinça l'origami entre deux doigts.
Il fut sorti de ses pensées par un appel sur son vidéophone. L'adresse s'afficha.
.
Il mit moins de 15 minutes en spinner pour atteindre la dite station de metrokab. Comme à l'accoutumée, les gens se poussaient pour tenter de trouver une place dans l'un des bus. Véritable tohu-bohu où tous s'invectivaient dans toutes les langues, mixité de couleur et d'odeur, de bruits et de visages fermés.
Il se tint un peu à l'écart, dans une ruelle sombre, à l'abri de la lumière des réverbères LED qui pourraient le trahir. Sous la pluie, éternel manteau de cette ville sans lumière.
.
Il la sentit trop tard cette présence derrière lui, ce cri sourd, inhumain. Cette poigne sur l'arrière de son col qui l'étrangla. Il sortit son arme mais n'eut pas le temps de s'en servir que son assaillant le balança à travers la ruelle. Les Nexus avaient une force dix fois supérieure à celle d'un homme. Sans son blaster, il n'avait aucune chance.
Balthazar s'avança vers lui, son pas lourd faisant trembler le bitume sous les fesses humides du chasseur affalé sur le sol.
Il se protégea de la main par réflexe quand le Nexus se pencha pour l'attraper par sa chemise et le soulever comme un fétu de paille.
Il le frappa au visage. Dean sentit sa lèvre exploser et le goût du fer envahir sa bouche.
" Ca…", en se rapprochant à un souffle de sa bouche, "… C'est pour Hester".
Il le frappa une seconde fois à hauteur de flanc. Il en eut le souffle coupé.
" J't' supplie" grommela Dean, en tremblant sur ses jambes. Balthazar continuant de le tenir comme un vulgaire pantin.
" Pourquoi devrais-je avoir pitié de toi? Toi qui es vivant et qui tue les miens, mourants. Je-vais-t'écraser-comme-la-misérable-vermine-que-tu-es" rythme saccadé dans le creux de son oreille. " Ca fait quoi, blade runner, d'être à la porte de cette mort que tu distribues sans jugement?".
" Pl..." essayant de parler en vain, la voix étranglée par sa chemise qui lui écrasait le larynx.
" Tu veux vivre...Chasseur" en le projetant sur le mur arrière. Dean hoqueta et se mit à tousser pour tenter de reprendre sa respiration.
.
Ce fut là qu'il l'aperçut. Dans l'ombre d'une lumière blafarde vêtu de son long imper noir, mains dans les poches...Son regard d'acier traversant le sien.
Il était debout à quelques mètres de lui, misérable tas d'os étendu au sol, les membres désarticulés, incapable de bouger, ayant juste assez de force pour fixer le bas de son pantalon.
.
Le Nexus tiqua et s'avança de quelques pas. Balthazar, raide comme un piquet, semblait attendre un ordre qui ne vint pas.
" Laisse-moi en finir avec lui" rongé par une colère qu'il n'arrivait plus à contenir.
" Suffit" ordonna Castiel qui d'un mouvement de la main le fit taire.
" Il faut l'éliminer" faisant un pas vers Dean tout en le pointant.
" Qui es-tu?" ignorant son compagnon d'arme et s'arrêtant à hauteur du chasseur.
" Qu'est-ce que ça peut te foutre?".
" Rien" d'un air presque innocent dans sa franchise. " Mais tu connais nos noms, j'estime être en droit de connaître le tien".
Pour toute réponse, Dean cracha son sang sur le côté avant de toucher sa lèvre ouverte.
Balthazar, furieux, le frappa du pied au visage. Il étouffa un cri quand ses dents s'entrechoquèrent et que sa tempe gauche heurta durement le mur.
"VA TE FAIRE FOUTRE CONNARD" hurla le chasseur, mu par la douleur en tentant de se relever tant pour l'affronter que tenter de le fuir.
" Tu vas mourir" fit le Nexus en le saissisant par la gorge et le soulevant du sol en le collant au mur.
.
Castiel, le visage impassible, posa sa main sur l'avant-bras de son compagnon. Il tendit son autre main et saisit le menton de Dean pour le forcer à le regarder. Dans ses iris, la peur de mourir se battait avec le courage d'affronter son destin. Dans ses yeux, il y vit le reflet des siens. Le même combat. Il sentit son cœur se serrer. Ils ne se quittèrent pas du regard jusqu'à ce que Balthazar ne le secoue comme un sac de plume.
.
Dean commençait à avoir du mal à respirer et dans un dernier sursaut, tenta de se libérer en s'accrochant désespérément à l'avant-bras du Nexus pour lui faire desserrer son étreinte, en vain. Les oreilles qui bourdonnent, l'image qui se brouille et puis...le centre de gravité qui l'attire vers le sol. Il perdit connaissance.
.
Quand il reprit ses esprits quelques secondes après, Balthazar était étendu mort, visage tourné vers lui, surpris, la bouche entrouverte.
Il se mit à quatre pattes et fut pris d'un violent haut le cœur. Il dut s'appuyer au mur pour ne pas s'effondrer une seconde fois.
" C'était moins une". Il reconnut la voix de Benny.
" Merci" ne pouvant en dire plus et tentant de se relever.
" J'ai juste terminé le travail. Il était déjà mal en point quand je suis arrivé...Beau boulot mec" en lui offrant sa main.
" Po...Pour rien" voix étranglée.
" Pardon?" en le tirant vers lui. Dean s'appuya sur ses genoux, penché vers l'avant.
" J'y suis pour rien" en pointant le cadavre.
" Alors tu peux dire merci à ton ange gardien ou qui que ce soit d'autre" en lui tapant sur l'épaule. " Ca nous en laisse plus que deux" en s'éloignant, téléphone collé à l'oreille.
.
Dean observa le corps sans vie : une balle dans la hanche, l'autre en plein cœur. Sans aucun doute, Benny...C'était sa signature. Ce qu'il visait en premier.
Il chercha son arme et finit par la retrouver posée sur une boîte en carton. Comment avait-il pu s'en servir? Il lui aurait fallu son empreinte digitale pour l'enclencher.
Si Benny n'avait tiré que le coup fatal, ça ne pouvait être que l'autre qui l'avait blessé au flanc...Castiel Batty mais pourquoi, bordel? Pourquoi tirer sur un des siens pour sauver la vie d'un mec comme lui, un blade runner?
.
"Qu'est-ce que tu fichais ici? Tu me suivais" fit Dean assis sur le marchepied de l'ambulance.
" C'est mon enquête aussi au cas où tu l'aurais oublié" bras croisés appuyé sur la porte.
" Tu es dans quel camp?" l'interrogea Dean, regard en coin.
" Pour le moment, le tien" en lui offrant son plus beau sourire avant de rejoindre son spinner. " Rentre chez toi".
Ce que Dean fit.
.
Quand il arriva, Rachel, la secrétaire de Dick Roman, l'attendait devant chez lui. Il marqua un temps d'arrêt avant de taper le code d'accès à son appartement.
" Vous voulez boire un verre?".
Elle lui sourit et opina de la tête.
.
Le trois-pièces ne payait pas de mine. La porte de la chambre grande ouverte donnait un piètre spectacle sur un lit aux draps désordonnés et des vêtements jetés au hasard sur une commode le long du mur.
" Désolé...J'ai pas trop le temps de ranger" en ôtant une chemise d'une des chaises du salon-cuisine. "Installez-vous...j'en ai pour deux minutes" en lui indiquant le sang sur ses vêtements.
Quand il revint, visage nettoyé, jean et T-shirt propres, elle l'attendait, patiemment en regardant les photos disposées sur la cheminée.
" Tous mes souvenirs ne sont que mensonges...J'ai exigé qu'il me dise la vérité...Il me la devait" murmura-t-elle.
" Navré d'en avoir été la cause" en se dirigeant vers un petit meuble bar.
" Vous n'y êtes pour rien" en prenant un des cadres. " C'est votre mère?".
" Oui" en la rejoignant, bouteille de scotch en main. " J'en ai peu de souvenirs. Elle est morte quand j'étais gosse".
" Et eux?" en pointant un autre cadre.
" Mon frère et mon père...Quand ma mère est morte, il a perdu pied et puis un jour, je me suis levé et plus personne".
" Vous n'avez pas cherché à les retrouver?".
" Si" en attrapant deux verres sur l'étagère." Ils vivaient sur Jefferson Moon".
" La colonie?".
" Oui" remplissant les verres. " J'ai recontacté mon père y a quelques années mais il n'a jamais répondu à mes appels".
" Et votre frère?".
" Ils sont morts" la voix lointaine. "Tous les deux".
Il lui tendit un des deux verres qu'elle accepta d'un sourire.
" Pourquoi êtes-vous là?".
" Vous êtes un blade runner...Vous...Vous chassez des gens comme moi".
" Seulement quand on me l'ordonne ou que certains Nexus merdent" tentant de la rassurer en lui indiquant la chaise libre.
" Ils ne merdent pas...Ils veulent vivre...Nous...Je ressens les choses".
" On vous a implanté ces émotions, elles ne sont pas réelles".
" Pourquoi, les vôtres le sont-elles? Quelle différence entre vous et moi? Je suis de chair et de sang tout comme vous".
" Et de laboratoire" rectifia-t-il d'une voix douce.
" Ne le sommes-nous pas tous? Vous ne vous êtes jamais posé la question de savoir qui vous étiez?".
" Je sais qui je suis" sourire qui se crispa sur la douleur de sa lèvre fendue.
" En êtes-vous certain?" en posant le bout de ses doigts sur sa blessure.
" Je bois pas de cette eau-là...Désolé" en lui attrapant le poignet.
" Vous parlez du fait que je sois...une androïde" le regard vide.
" Non...J'ai déjà couché avec des...humains de compagnie" mal à l'aise.
" Je ne vous plais pas?".
" Je préfère vos homologues masculins" en vidant son verre pour cacher sa gêne.
"Oh" en retirant sa main.
" Vous espériez qu'en couchant avec moi, je vous épargnerais?" sourire en coin.
" Du tout...Je ne suis pas comme...ça...Je voulais juste savoir".
" Savoir quoi?".
Elle rougit, ce qui surprit Dean. Norman Corporation avait dépassé les limites avec ses derniers prototypes. Ils n'avaient plus rien d'inhumains...Il repensa à Balthazar et à ce que pourrait être le chagrin d'Hannah...En aurait-elle? Ressentirait-elle de la peine? Le vide?
" Rachel?".
" Laissez tomber" en se levant. " Je dois rentrer" en reprenant son manteau abandonné sur le dossier de sa chaise. " Je m'excuse de vous avoir importuné, je voulais juste que vous sachiez...", en fixant son verre qu'elle n'avait même pas entamé, "…nous ne sommes pas dénués d'émotion. Je ressens la colère, la joie, la frustration, l'envie, la tristesse...Je ressens toutes ses choses, je les ai apprises comme un enfant le ferait de ses parents...Je ne suis pas si différente de vous...Ils ne le sont pas non plus...J'ai lu leurs dossiers" en refermant ses boutons sans le regarder. " Viendra un temps où vous ne saurez plus différencier le vrai du faux" en se dirigeant vers la porte. "Le test de Voight-Kampff devrait être obligatoire pour tous...Vous seriez surpris des résultats" en jetant un dernier coup d'œil aux photos. "Au revoir Dean" en se tournant vers lui.
" Bonne chance, Rachel".
La porte se referma et laissa derrière elle, un Dean fatigué et perplexe. Il se leva, prit une poche de glace qu'il se colla au visage et s'assit sur sa terrasse. Un dirigeable affichant une publicité pour une clinique de chirurgie esthétique passait en hurlant entre les immeubles.
La pluie drue avait cédé sa place à la bruine.
.
Il ferma les yeux et croisa ceux bleus de ses doutes.
.
wwwwwwwwwww
.
Garth construisait des androïdes de compagnie. C'était sa passion. Ces petits êtres sans danger, à mille lieux des Nexus, partageaient sa vie et son appartement perdu dans un immeuble 1900 déserté depuis plus de vingt ans.
Rongé par la rouille et l'humidité, squatté par des pigeons qui logeaient à tous les étages, l'immeuble était encore raccordé à l'électricité, ce qui était en soi, un petit miracle mais Garth était doué pour les faire ces miracles.
.
Il revenait d'une vente quand il heurta un sac dans la ruelle qui donnait à l'arrière du vieux bâtiment. Il sursauta quand ce dernier se mit à bouger.
" Qui est là?" apeuré tout saisissant un morceau de palette abandonné. "Montrez-vous ! Je suis armé" bredouillant en dressant le bout de planche.
Le sac s'écarta et sortit de sous l'amas d'ordure, une jeune femme aux cheveux blancs, vieux paletot sur le dos, effrayée, déjà prête à s'enfuir.
"NON...Attendez" lança l'homme en lâchant aussitôt son arme de fortune. " Ne partez pas...Je ne vous veux aucun mal" en levant les bras en signe d'apaisement.
La jeune femme se cacha derrière la benne à ordure.
" Je m'appelle Garth Sebastian" en lui souriant timidement, se voulant rassurant.
" Bon...Bonsoir...Garth Sebastian" en se renfrognant.
" Garth" insista l'homme. " Tu peux me dire qui tu es?".
" Hannah...Je suis Hannah Pris" en s'avançant, tête baissée. " J'ai froid, Garth...J'ai faim" d'une voix faussement timide.
" Ca tombe bien...J'ai de quoi tenir tout un siège chez moi si tu veux".
" Je..." en tiquant, scrutant son sauveur de haut en bas.
Il avait l'air plus vieux que son âge. Presque malade, le visage émacié, un peu ingrat mais le regard bienveillant et doux. Elle sut d'instinct qu'elle pourrait lui faire confiance. Batty ne lui avait pas menti. Ce petit homme sans intérêt était leur dernier espoir, l'unique lien.
" Merci Garth Sebastian".
" De rien Hannah" en lui indiquant la porte grillagée qui donnait sur la cour intérieure.
Elle lui sourit, réajusta son manteau et se pencha pour ramasser son sac.
Garth la détailla avec intérêt. Mince, élancée, le blanc n'étant définitivement pas sa couleur de cheveux d'origine. Elle portait des bas de laine troués et une vieille blouse trop grande, des bottes de motard et un manteau qui devait dater du siècle passé.
" Suis-moi" en partant, espérant qu'elle le fasse.
Quand il disparut, Hannah se redressa et sourit. Elle était dans l'antre du génie...Bientôt Balthazar et Castiel viendraient la rejoindre et grâce à ce petit homme, ils auraient peut-être la réponse à toutes leurs questions...Les secrets de la vie.
.
Garth l'entendit marcher derrière lui. Elle gardait ses distances, méfiante, analysant tout de l'environnement qui la cernait dont l'énorme cour intérieure autour de laquelle s'élevait à l'infini des appartements pour finir sur un ciel gris, la verrière ayant laissée place à un trou béant qui donnait sur un ciel éternellement gris.
"Il n'y a qu'un seul ascenseur d'encore praticable...J'habite au sixième".
" Il n'y a personne ici à part toi?".
" Personne ne veut vivre dans ce quartier...Mais je m'y sens chez moi et personne ne vient jamais me déranger" en appuyant sur un bouton à moitié pris par la rouille. Le grincement sonore de la cage d'ascenseur résonna dans l'immensité des lieux.
.
"Voilà...Bienvenue dans mon modeste petit chez moi" en ouvrant la haute porte en bois.
Hannah fut accueillie par une dizaine de petits androïdes et poupées de la taille d'enfants qui saluèrent Garth dans une même unité de " Bonjour à toi, Garth" "Bonne journée, Garth". Simples pantins écervelés maugréa Hannah tout en affichant son éternel demi-sourire.
" C'est chouette chez toi" en entrant dans l'énorme salon réunissant une cinquantaine de ses créations. " Grande famille "en laissant tomber son sac au sol.
" Assieds-toi...je vais te chercher de quoi manger" en disparaissant.
.
Quelques minutes plus tard, un bruit de cliquetis résonna dans la cage d'escalier. Hannah sourit quand il entra, sourire qu'elle perdit quand elle ne vit pas son compagnon à ses côtés.
Au regard de Castiel, elle sut.
.
Garth sursauta devant son frigo quand un hurlement ébranla les murs. Celui d'un loup une nuit de pleine lune. Il accourut jusqu'au salon et stoppa net. Un homme se tenait debout, bras ballants devant Hannah recroquevillée sur elle-même.
" Qui êtes-vous? Que lui avez-vous fait?" en tendant, tremblant, un couteau droit devant lui.
" Je suis Castiel Batty" en tiquant, perplexe devant l'attitude agressive de ce petit homme insignifiant.
" Hannah?" l'interpelant d'une voix inquiète en ne quittant pas Castiel des yeux.
Il la vit se redresser en se dépliant avec grâce.
" Garth Sebastian...Voici mon ami, Batty" les yeux brillants de larmes contenues. " Nous sommes des Nexus 6...Nous avons besoin de toi".
.
Fin 2eme partie
.
Dans le film, on ne voit pas la vie "privée" des Nexus excepté sur les photos trouvées par Deckard (ici Dean). Du coup, j'ai décidé d'en écrire quelques lignes parce que j'ai toujours eu beaucoup d'empathie pour ses répliquants (surtout Batty et Zhora) et ce depuis ma première vision du film.
Tout comme j'ai décidé d'approfondir un peu le patron du bar où travaille Zhora, il sera un peu le regard extérieur.
Donc pardon aux puristes (dont en plus je fais partie...LOL) surtout quand dans ce chapitre, Castiel agit en lieu et place de Rachel (la mort de Balthazar).
J'espère que ce chapitre vous aura plu même si j'en suis pas entièrement satisfaite mais c'est de la faute de ce film qui m'a tellement marqué.
On se retrouve dimanche pour " Les affres de la gloire" ou/et jeudi prochain pour le dernier volet de cette adaptation.
Mille mercis.
Love you.
