Chapitre 2

« Il faut, pour résister aux gens,

ne pas sentir leurs mouvements d'âme,

ma perte est peut-être de les percevoir plus qu'il ne sied à mon confort »

'L'orage rompu' Jacqueline Harpman

Alessa avait cherché Rogue toute la soirée. Cela lui avait permis de se rendre compte que les toilettes de Mimi Geignarde étaient inaccessibles pour réparations – Mimi s'était apparemment défoulée et les toilettes fuyaient sur la tête du professeur Flitwick dont les appartements se trouvaient en dessous. Et il était tellement tard lorsqu'elle décida de retourner dans son dortoir qu'elle dut faire attention à ne pas éveiller le concierge.

Quel sombre idiot ! Que pensait-il faire, maintenant ? Peut-être était-il déjà auprès de Voldemort.

Alors qu'elle allait prendre la direction de la Salle Commune, elle entendit des bruits provenant du fond du couloir du 2ème étage. Intriguée, elle s'avança furtivement vers l'origine du fracas. Elle aperçut alors Severus Rogue et James Potter, chacun tenant fermement sa baguette, le regard meurtrier.

-Ecoute, Servilo…euh, Severus… Je sais que ça n'a jamais été l'amour fou entre nous, sourit le jeune homme d'une façon contrite, et que ça ne le sera jamais, mais ce qu'il s'est passé durant toutes ces années, je le regrette. Je ne veux plus me battre contre toi.

-Ce serait trop facile, Potter, grogna Rogue.

La jeune fille fut étonnée de voir qu'il était bien moins calme qu'à l'accoutumée.

-Tu penses que juste parce cette année tu as décidé de changer de comportement et que la plupart des autres y voient un signe de grande maturité, moi, je vais te pardonner. J'ai été patient. J'attendais le jour où, enfin, tu serais seul, sans tes gardes du corps prêts à te porter secours. Aujourd'hui, je vais te faire payer.

-Si c'est ce que tu veux, Rogue.

La voix de Potter, quant à elle, était très calme et même un peu lasse.

-Endoloris !

Alessa fit une grimace en voyant le Griffondor s'effondrer, son corps secoué de convulsions. Rogue n'avait pas hésité à jeter ce sort.

Au bout de quelques secondes, il leva tout de même sa baguette et James leva les yeux vers lui alors qu'il se remettait, assis contre le mur. Une lueur de dégoût était passée dans les yeux verts et si la rousse l'avait vu, elle était certaine que Rogue aussi.

-Je vois que les rumeurs ne sont pas infondées, murmura James d'une voix rauque.

-Parfois, il faut croire ce que l'on dit, sourit sadiquement Rogue.

-Impedimenta !

Rogue esquiva difficilement, sa main ayant été touchée.

-Tu me fais pitié Potter. Même pas capable de me lancer un sort plus puissant que cela. Pourtant, les professeurs ne tarissent pas d'éloges au sujet de tes grands pouvoirs.

-Je ne te lancerai pas un Sort Impardonnable, Rogue, si c'est ce que tu attends de moi. Je ne me rabaisserai pas à un tel niveau…

Furieux de cette dernière remarque, Rogue lança un autre Doloris à son adversaire.

Alessa tremblotait, mais elle ne comptait certainement pas intervenir. Après tout, Potter n'était pas un allié. Elle n'avait pas de temps à perdre en futilité et grandeur d'âme…

-EXPELLIARMUS !

Rogue fut projeté dans les airs et sa tête heurta de plein fouet le mur qui se trouver dans son dos. La jeune fille ouvrit de grands yeux, le sort avait été jeté par quelqu'un d'autre, une tierce personne dissimulée dans l'ombre, tout comme elle. Etait-ce Black ? Pourtant, ce dernier n'était pas du genre à rester dans l'ombre, mais plutôt à se montrer, fier et orgueilleux.

James Potter se remettait difficilement, scrutant lui aussi l'obscurité du couloir. Alessa fut vaguement soulagée que le nouveau venu ne soit pas arrivé de son côté et ne l'ait pas vue inerte.

Le Serpentard se releva, la main sur la nuque.

-Tu ne m'avais pas dit que tu avais amené tes troupes, Potter.

-Je n'ai rien fait, répondit d'une voix toujours rauque, l'interpellé.

C'est alors que tous trois entendirent les pas de l'inconnu qui s'approchait et la rousse eut un petit cri étonné – ce qui lui valut un regard en coin de Rogue – en voyant arriver… James Potter.

-Qu'est ce que ça signifie ? grogna Rogue en fixant alternativement les deux jeunes hommes.

-J'aimerais bien le savoir aussi, s'éleva la voix de James.

Le nouveau venu s'approcha encore et à la lumière, Alessa remarqua que deux détails le différenciaient de James Potter : Il avait une cicatrice en forme d'éclair et son regard était vert.

-Est-ce que tout va bien ? demanda le sosie de James à ce dernier.

-…Ou…Ouai, ça va.

Et James prit la main tendue face à lui et se releva. L'inconnu se retourna alors vers elle et la jeune fille se rendit compte qu'elle était sortie de l'ombre pour mieux distinguer ses traits. Mais il ne s'attarda pas sur elle et fixa Rogue, le regard à la fois flamboyant et éteint.

-Je pense qu'il vaudrait mieux aller voir Dumbledore, dit alors l'inconnu.

-Eh bien, continue à penser tout seul. Moi, je ne vais nulle part, répliqua Rogue.

Mais James reprit d'une voix plus calme (il se remettait vite, se dit Alessa).

-Je ne pense pas que tu sois indispensable Severus. Le plus important étant que moi, je t'accompagne. Dumbledore verra de lui-même l'étrangeté de la situation.

Le jumeau de Potter hocha la tête et sans un autre regard en arrière, ils prirent la direction du bureau du vieil homme.

Un silence naquit alors. La jeune fille était mal à l'aise que Rogue l'ait remarquée car cela signifiait qu'elle n'avait rien fait pour l'aider. Mais elle doutait que le jeune homme s'en formalise beaucoup. Et puis, elle se souvint qu'il avait en sa possession quelque chose qui lui appartenait et son sentiment pour Rogue changea du tout au tout. La nature humaine était décidément très paradoxale…

-Est-ce que ça va ? demanda-t-elle lentement.

-Ne fais pas mine de t'en soucier. Je suppose que tu es venue chercher ton dû.

-…

-J'ai fais des recherches. C'est bien ce que je pensais, il n'y a aucun remède à cette potion.

-'Ne fais pas mine de t'en soucier', répéta-t-elle en mimant Rogue. Dis-moi la véritable raison pour laquelle tu fais tout cela…

Il leva les yeux vers elle. Elle était certaine qu'il ne lui répondrait pas la vérité, mais elle ne pouvait s'empêcher de s'interroger et de lui montrer qu'elle n'était pas dupe.

-Le Maître m'a demandé de faire attention à 'ne pas perdre celle qui sera mon épouse avant qu'elle ne le devienne'.

Sa voix était monotone et ne laissait filtrer aucune émotion. Alors, elle avait raison. Il ne faisait cela que pour ne pas être puni. Pourquoi était-elle déçue à cet instant alors qu'elle s'était répétée sans arrêt cette version des faits ?

-Rends-moi la potion et je te fais la promesse que je spécifierai au Maître que tu m'as mis beaucoup de bâtons dans les roues afin de pouvoir me sauver.

Rogue ne répondit rien, mais elle vit qu'il semblait réfléchir à cette opportunité. Le Maître s'en satisferait et Alessa savait bien que, même si Rogue était persuadé qu'elle allait mourir, ce ne serait pas le cas. Et Voldemort le savait, lui aussi. C'était d'ailleurs l'histoire de sa vie.

-Tu l'as trouveras entre les mains de Narcissa.

Elle fronça les sourcils. Pourquoi lui avait-il déjà rendue ?

-J'ai compris ce qu'il fallait comprendre de cette potion.

Et sur cette dernière énigme, il s'en alla. Seule dans le couloir, la jeune fille se dépêcha de retourner dans sa Salle Commune en se demandant où Rogue se rendait.

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Le lendemain, la rousse s'attendait à ce que la nouvelle selon laquelle James avait un jumeau ait fait le tour du château, mais il n'en était rien. Au contraire, personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit.

Narcissa lui avait rendu sa potion et la jeune fille avait changé de tactique et l'avait ensorcelée afin que personne ne puisse ni la voir, ni la toucher. Elle n'était pas pour autant rassurée, mais c'était sans doute plus malin. Surtout qu'elle avait eu une autre crise la veille et que la douleur avait été encore plus insupportable.

La jeune fille repensait sans cesse à ce que Rogue lui avait dit : Ton sang se figera, puis il s'annihilera et finalement tu mourras. Elle savait bien qu'elle ne mourrait pas, son père avait agi comme il fallait pour éviter cela. Cependant, la souffrance n'en été pas moins là.

Assise dans la Grande Salle pour prendre son petit déjeuner, elle vit une hulotte acajou se poser devant elle, une lettre à la patte.

Fronçant les sourcils, Alessa se dit qu'elle l'ouvrirait plus tard. De un, elle n'avait aucune famille qui soit en position de lui écrire, de deux, elle avait vu Narcissa et Rogue recevoir la même lettre. Et ils n'étaient pas les seuls.

-Tu crois que Dumbledore lui a fait boire du Polynectar ? demanda Narcissa en levant les yeux vers la table des Griffondors.

-Je l'ignore. Il ne semble pas y avoir de nouvel élève.

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-Assieds-toi Harry.

Le jeune homme s'exécuta. Le directeur l'avait appelé alors qu'il se rendait à un de ses cours privés avec son professeur de potions et sur le coup, il en avait été très heureux : Quoi de mieux que d'éviter deux heures de torture ?

Cependant, maintenant qu'il voyait le visage grave de Dumbledore, il se demandait ce qu'il avait bien pu se passer de si atroce.

-J'ai une importante mission à te confier.

Le plus jeune fronça les sourcils.

-Excuses-moi mon manque de délicatesse, mais nous avons peu de temps.

-Je vous écoute, professeur.

Le vieillard sourit faiblement et poursuivit :

-Connais-tu le tableau du 2ème étage représentant ce sorcier à l'allure sombre et intrigante ?

-Celui à la main tendue ?

-C'est cela. Je me doutais bien que tu l'avais remarqué. Etrangement, la plupart des élèves ne savent s'empêcher de le dévisager à chaque passage.

Harry ne répondit rien, ne comprenant pas où l'homme voulait en venir.

-Ce tableau m'a été offert par un grand ami il y a de nombreuses années. Malheureusement, il n'est plus là pour en parler, mais il m'avait dit, à l'époque, qu'un jour il me servirait. Je me suis toujours demandé de quelle façon il pouvait savoir tout ce qu'il connaissait.

-Je me demande la même chose pour vous professeur…murmura Harry, d'une voix contrite.

Dumbledore sourit, amusé.

-Et en effet, aujourd'hui, il va m'être d'une grande utilité car je viens de comprendre sa fonction première.

-De quoi s'agit-il ?

-Le mot 'Destin' m'a toujours captivé. Et apparemment, la main tendue du sorcier invite le 'Destin' à passer la porte du passé.

-Vous voulez dire…

-A retourner dans le passé, oui, c'est ce que je veux dire.

-Comment pouvez-vous en être sûr ? Je veux dire… Vous y êtes allé ? s'intéressa Harry.

-Oh non. Je crains que je sois l'une des dernières personnes à pouvoir m'y rendre. Malgré ma sagesse et mon expérience, je ne pense pas pouvoir résister au besoin de prévenir mon 'moi' du passé sur ce qu'il adviendra du monde. Je ne sais que trop bien que si je l'avais su, j'aurais certainement pu l'éviter.

-Mais alors pourquoi ne pas le faire… ?

Harry pensait à ses parents, à tous ces innocents tués par Voldemort. Rien ne pouvait être pire.

-Il est hors de question de révéler quoi que ce soit, Harry, dit alors sèchement le directeur.

-Mais pourquoi ?

-Le passé est le passé. Imagine que tu sauves tes parents, Harry. Ta mère n'aurait pas eu à te jeter ce sort qui t'a permis de te protéger et Voldemort n'aurait pas été réduit à néant durant ces quinze dernières années.

-…Et il aurait tué bien d'autres gens…

-Oui.

-Mais vous, vous auriez pu le tuer si vous aviez su où il se trouvait. Vous lui faisiez peur !

-Ma réponse est la même Harry. Imagine rien qu'un instant que j'arrive trop tard pour tes parents et que Voldemort t'ait marqué. La prophétie, même si elle reste une prophétie, précise bien que c'est à toi de le tuer.

-Et si vous arriviez à temps.

-Jouer avec le temps est bien trop risqué. Je ne peux me permettre de partir d'ici et risquer de mourir dans le passé.

Harry réalisait peu à peu.

-Si c'était le cas, le chaos règnerait dans le futur, dans la réalité où nous vivons. Je ne veux te paraître prétentieux, Harry, mais si Poudlard reste un pilier d'espoir, c'est parce que j'y suis.

-Je comprends, dit Harry, presque dans un soupir.

-J'ai donc ta parole que tu ne tenteras pas de prévenir tes parents ou moi-même, lorsque tu seras dans le passé, de l'affreux destin qui les guette ?

-Vous voulez dire que je vais… que c'est moi qui vais me rendre dans le passé ? s'étonna le jeune homme.

-En effet.

-Mais si vous pensez que, vous, vous ne résisterez pas, comment être certain que moi, je serai assez fort ?

-Parce que j'ai confiance, Harry. J'ai confiance. Le grand âge est peut-être un puit de sagesse, mais il est aussi un gouffre pour la force. La jeunesse possède la résistance nécessaire pour survivre aux combats les plus ardus.

Le brun ne dit rien, mais n'était pas rassuré le moins du monde. Il était flatté du bien que Dumbledore pensait de lui, mais aussi terrorisé par la possibilité qu'il se trompe.

-Acceptes-tu ?

-J'ai le choix ?

Dumbledore sembla se mettre en colère.

-Je ne te forcerai pas à faire quelque chose contre ton gré. Et si tu avais compris ce que je t'ai déjà dit, tu saurais que nous avons toujours le choix.

Malgré sa voix calme, la tension avait monté d'un cran dans la pièce.

-Excusez-moi, professeur. Je ne voulais pas…

-Acceptes-tu ?

-… Bien sûr que j'accepte. Dit fermement le jeune homme.

Hochant la tête, le directeur lui rappela qu'il ne devrait rien révéler et surtout, qu'il risquait de souffrir lorsqu'il devrait à nouveau se séparer de ses parents.

-Je sais. Mais c'est également mon unique chance de les connaître.

L'homme sourit alors.

-Et que suis-je censé faire dans le passé, professeur ?

-Je ne peux t'en révéler beaucoup plus, tu devras apprendre par toi-même ta mission.

-Je ne comprends pas. Je pensais que vous vouliez…

-Je veux… que tu réalises quelque chose pour moi. Malheureusement, je ne peux t'y contraindre et je sais combien tu détestes le professeur Rogue.

Harry fronça les sourcils.

-Je te laisse donc découvrir par toi-même ce que tu devras faire pour l'aider. Je pense que tu as les connaissances nécessaires et surtout, la curiosité qu'il faut, sourit l'homme.

-Et si je ne trouve pas ? paniqua Harry.

-Tu reviendras dans soixante jours, que tu aies fait ce que tu devais faire ou pas.

Le jeune homme ne répondit rien.

-Et Harry… Si tu ne réussis pas, je ne t'en voudrais pas.

L'élève hocha la tête, pas très convaincu et Dumbledore se leva.

-Je te laisse le temps d'aller prévenir tes amis et de prendre ta cape d'invisibilité. Rejoins-moi dans le couloir du deuxième étage.

Harry sortit.

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-Asseyez-vous.

Harry avait l'impression de revivre la scène qu'il avait vécu une petite heure plus tôt avec le Dumbledore du futur. Le directeur qui se trouvait face à lui avait néanmoins l'air moins ridé et moins fatigué.

Lorsque son père et lui étaient arrivés dans son bureau, le vieillard avait été étonné de voir une telle ressemblance et avait demandé à James de n'en parler qu'à un cercle restreint de personnes. Harry savait que par là, il entendait Sirius, Remus et Peter.

Ensuite, Dumbledore, comme s'il avait entendu la prière de Harry, avait demandé à James de sortir et l'avait invité à s'asseoir.

-Je suppose que vous avez une bonne explication à me donner, sourit aimablement Albus Dumbledore.

-Oui… Enfin, j'ai longuement réfléchi à comment je vous dirai cela.

Elevant ses deux sourcils, Dumbledore répondit :

-Le seul fait que vous soyez venu me trouver est déjà une bonne chose, M… ?

-…Potter.

Harry avait réfléchi à ce qu'il allait dire au directeur et il pensait qu'il valait mieux lui dire la vérité…ou au moins ce que Albus Dumbledore lui-même lui avait permis de dire…

-Harry Potter.

-Eh bien, cela me semble à la fois singulier et normal. Vous ressemblez tant à James Potter.

-Je suis… son fils. Professeur, je m'excuse déjà pour le manque de cohérence que risquent d'avoir mes propos, mais c'est vous-même ou en tous cas votre 'vous' futur, qui m'avez demandé de ne pas vous révéler plus qu'il ne fallait.

-Vous venez donc du futur. Intéressant. Je suppose que je ne peux savoir comment.

-Eh bien, dans quelques années, vous comprendrez. Vous m'avez dit que vous aviez compris le fonctionnement… de quelque chose, s'emmêla Harry. Pour l'instant, je pense que vous l'ignorez encore.

-Bien. Et que faîtes-vous ici, M. Potter ?

-Vous m'avez envoyé… pour accomplir une mission. Je sais que vous devez vous demander pourquoi vous n'êtes pas plutôt venu vous-même, mais…

-Je sais pourquoi je ne suis pas venu moi-même, répondit calmement Albus.

Harry hocha la tête, réfléchissant.

-Je ne sais pas de quelle mission il s'agit. Vous n'avez pas voulu me le dire.

Et la voix de Harry devait être désabusée car Dumbledore leva les sourcils jusqu'au dessus de ses lunettes en demi-lune et sourit.

-Eh bien, il semble que je vous mène la vie dure.

Le jeune homme sourit.

-Je n'irais pas jusque là.

-Vous comprenez que pour plusieurs raisons, je ne peux vous laisser vous promener dans le château sans surveillance… ?

-Oui, bien entendu.

-Premièrement, vous ressemblez comme deux gouttes d'eau à l'un de mes élèves, ce qui risque d'attirer l'attention.

-Ah. Au fait… dit lentement Harry. J'ai déjà croisé deux autres élèves en dehors de mon… enfin… James.

-De qui s'agit-il ?demanda son interlocuteur en fronçant les sourcils.

-Une fille que je ne connaissais pas… Rousse, environ 1m65, Serpentard d'après son écusson. Et puis, Rogue.

-Vous connaissez M. Rogue ?

-Disons que pour lui, l'expression 'il me mène la vie dure' est en deça de la vérité.

Dumbledore n'en demanda pas plus et Harry se dit que le directeur était vraiment quelqu'un de responsable. Si lui-même avait rencontré une personne du futur, il n'aurait cessé de l'interroger.

-Eh bien, nous verrons comment les choses se dérouleront. Les Serpentards ne sont pas très bavards, et surtout pas avec les autres maisons, ce qui nous laissent une chance de garder votre existence secrète quelques temps encore.

-Vous ne préférez pas leur demander de ne rien dire ?

Harry avait demandé cela alors qu'il savait très bien que Dumbledore ne pouvait pas demander à des Serpentards, ou du moins à Rogue, de faire quelque chose pour lui alors qu'ils étaient certainement Mangemorts.

-Il est préférable que non.

Hochant la tête, Harry poursuivit :

-Et quelle est l'autre raison qui vous pousse à vouloir me faire surveiller ?

-Rien ne me prouve que je puisse avoir une entière confiance en vous. Par les temps qui courent, la prudence n'est pas malvenue.

-Je comprends. Et qui me surveillera ?

D'un coup de baguette, le directeur fit apparaître un Elfe de Maison vêtu de haillons bleus sales ressemblant à une toge romaine.

-Je te présente Blink, il pourra t'aider dans tes recherches.

Harry sourit à l'elfe, qui lui disait que ce serait un grand honneur que de l'aider.

-Et comment faire si un élève me voit ? Je veux dire que je ne peux accomplir quoi que ce soit en restant dans votre bureau, s'excusa Harry. Mais les élèves risquent de me reconnaître.

-Cela dépend de vous. Soit je vous donne un appartement et vous décidez de ne sortir que la nuit pour vos recherches, ce qui me semble assez ennuyeux et tout de même risqué étant donné ceux qui parviennent malgré tout à sortir après le couvre-feu sans se faire prendre.

Harry remarqua un sourire dans les yeux bleus du directeur et sut qu'il parlait de son père.

-Soit vous buvez du Polynectar et intégrez les élèves. Ce qui me semble tout aussi ennuyeux pour vous étant donné que vous devrez boire toutes les heures une mixture immonde et que vous devrez suivre les cours, ce qui vous ralentira dans vos recherches. Mais moins risqué vu que personne ne vous reconnaîtra. A vous de choisir.

-Je préfère suivre les cours.

Un silence naquit. Harry se doutait bien qu'il ne trompait personne. Sa mission était une chose, mais il avait soixante jours et durant ce temps, il comptait bien profiter d'avoir des parents de son âge pour apprendre à les connaître quand ils étaient jeunes. En fait, il dirait plutôt que c'était pour apprendre à les connaître tout court. Mais le directeur ignorait encore le sordide destin des Potter.

-Qu'il en soit ainsi.

En prononçant ses mots, Dumbledore fit apparaître une petite fiole en argent.

-Toutes les heures, rappela-t-il. La fiole se remplit après chaque consommation.

Harry fut heureux d'apprendre que, contrairement à Maugrey alias Croupton Junior, il ne devrait pas fouiller l'armoire de Rogue. Puis, il se souvint, en se donnant une tape mentale, que Rogue n'était pas professeur.

-En ce qui concerne la répartition…

-Je suis à Griffondor, s'écria presque Harry, de peur de devoir remettre le Choixpeau sur sa tête et qu'il décide, cette fois, de l'envoyer à Serpentard.

-Bien. Bienvenu à Poudlard M. Harry Matthew.

Harry se répéta mentalement le nom plusieurs fois. Il ne fallait pas qu'il se trompe. Puis, il fixa la fiole.

-Dites, je vais ressemblez à qui ?

-J'ai pris les cheveux d'un jeune homme, Vian Matthew, que j'ai eu pour élève il y a de nombreuses années. Il s'était malencontreusement perdu dans la Forêt Interdite et Me. Pomfresh avait dû recoudre la moitié de son crâne blessé. Ensuite, elle avait concocter une potion pour faire repousser ses cheveux plus vite afin qu'il n'ait pas à subir une calvitie précoce. C'est ainsi que plusieurs de ses cheveux sont restés dans le laboratoire de Me. Pomfresh, au cas où un jour, une personne chauve veuille acquérir des cheveux.

Le fils de James Potter se dit que, décidément, Me. Pomfresh était bizarre. Il vida la fiole d'un trait et la vit se remplir à nouveau. La refermant, il la glissa dans sa poche et commença à sentir les effets de la potion fonctionner.

Quelques minutes plus tard, Dumbledore fit apparaître un miroir qui lui renvoya l'image d'un jeune homme blond foncé aux yeux verts, assez élégant et de bonne taille.

-C'est surprenant, dit alors le directeur. Je me souviens que M. Matthew avait les yeux marron…

Après avoir passé et repassé en revue l'histoire de la vie de Matthew avec Dumbledore, Harry put rejoindre la Salle Commune des Griffondors.

Il était assez stressé et en même temps déçu que son père ne le reconnaisse pas. Ce n'était plus celui qui l'avait défendu devant Rogue…

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Une réunion avait été prévue le soir même : Lucius les avait fait appeler un à un afin de les prévenir de l'heure et des conditions du rassemblement. En effet, pour ne pas attirer l'attention, les élèves partaient par petits groupes. Ainsi, ils ne disparaissaient pas tous en même temps.

Alessa avait un jour compter le nombre d'adeptes de Voldemort et en était arrivé à 18, rien qu'à Serpentard. C'était énorme compte tenu que Lucius ne recherchait des partisans que dans les trois dernières années. A Serdaigle et Poufsouffle, il y avait trois filles et cinq garçons de 6 et 7ème année. Et bien entendu, aucun élève de Griffondor ne faisait partie de leur petite assemblée. Le Maître préférait éviter d'aller rechercher des adeptes là-bas.

'Sûrement eu beaucoup trop de refus…' se dit Alessa. Cette dernière devrait partir avec le deuxième groupe de Serpentards – Lucius en avait fait cinq – et passerait par le passage secret qu'elle avait utilisé la fois précédente. Elle était avec Bellatrix Lestrange, la cousine de Narcissa et Rogue. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle se tape les pires compagnons ? La rousse se doutait bien qu'elle ne serait pas avec Narcissa étant donné que Malefoy l'emmenait personnellement avec lui. Cependant, certains Serpentards n'étaient pas si terribles que cela.

Pourquoi Malefoy la détestait-elle autant ?

-Il est l'heure, lui rappela la voix dure de Rogue alors qu'il se dirigeait vers l'escalier menant au dortoir des garçons.

Alessa soupira, jetant un dernier regard aux flammes rougeoyantes. Il était temps… Se levant, elle se sentit bousculée par Bellatrix qui rejoignit rapidement Rogue. Il fallait dire que depuis qu'il était connu que le Serpentard était le favori du Seigneur des Ténèbres, Lestrange s'intéressait beaucoup plus à lui.

Si seulement le Maître avait pu les marier ensemble, ces deux là… Mais non. Elle savait bien pourquoi. Alessa avait toujours eu une relation particulière avec le Maître. En effet, lorsqu'elle était arrivée dans ses rangs, c'était contrainte et forcée.

La jeune fille fut tirée de ses pensées par Rogue qui la fixait étrangement. Alessa, embarrassée, jeta un coup d'œil alentours. Elle se trouvait dans le couloir des dortoirs masculins et une petite statue en forme de gargouille venait d'être baissée, ouvrant un passage très utile menant au quatrième étage de Poudlard.

-Où est Lestrange ?

-Déjà passée. Et il serait peut-être temps de t'activer, râla-t-il.

Ne répondant rien, elle passa. Atteignant, une ou deux minutes plus tard, le couloir, elle vit Rogue en sortir juste derrière elle. Décidément, il la suivait de près… Elle n'avait pourtant pas méritée d'être autant surveillée.

Sans un mot, il prit la tête du groupe et dix minutes plus tard, ils parcourait la petite et sinueuse route du passage menant au château de Voldemort. Ou plutôt, à une route la plupart du temps enneigée qu'il leur faudrait parcourir durant une demi-heure avant d'atteindre leur but final.

Alessa retomba dans ses pensées, connaissant les moindres recoins du passage par cœur. Oui, elle n'avait pas désiré rejoindre les partisans du Seigneur des Ténèbres. Malheureusement, ce n'était pas de l'avis de ce dernier et il était venu la chercher lui-même…

-Alessa !

La rousse, tout sourire, se retourna vers sa petite soeur, courant difficilement dans la neige pour la rejoindre.

-Tu es en retard, dit gentiment Alessa.

La petite, qui devait avoir à peine six ans, lui répondit par un sourire contrit et elles se remirent en marche.

-Dis Alessa ?

-Hm.

-Il revient quand papa ?

Un silence naquit et la rousse s'agenouilla près de la petite fille blonde.

-Lilith… Je t'ai déjà expliqué que papa était parti pour un long voyage et qu'il ne reviendrait pas.

-Mais pourtant, il nous disait sans cesse qu'il ne nous laisserait jamais !commença à pleurer la plus jeune.

Sa sœur aînée d'un peu moins de dix ans de plus ne répondit rien, se contentant de serrer sa jeune sœur dans ses bras.

C'est alors qu'une rafale de vent s'éleva, faisant tourner la neige autour des deux sœurs agenouillées. Alessa se leva difficilement, les yeux gênés par la neige et tenant toujours sa sœur par la main.

-Que se passe-t-il ? s'écria la plus jeune.

Mais la rousse venait de voir quelque chose, ou plutôt quelqu'un. Entièrement vêtu de noir, l'homme s'approchait et réprimant un frisson, Alessa comprit sans même le voir qu'il souriait.

Cette aura qui flottait autour de lui était tellement dégoûtante et attirante à la fois que la jeune fille de quinze ans fit un pas en arrière, la tornade de neige lui éraflant le dos par son air glacial.

-Alessa ! pleurait Lilith.

Mais sa sœur ne l'entendait pas. Elle savait pourquoi cet homme était là sans même qu'il ne lui explique quoi que ce soit. Il s'était arrêté face à elle, la regardant de ses yeux rouges et souriait. D'un geste de la main, il fit tomber la neige et le calme revint à leurs oreilles. Seuls les reniflements de la sœur d'Alessa continuait de résonner.

-Miss James, c'est bien cela ?

Aucun mot ne parvint à passer ses lèvres. Alessa était trop impressionnée, trop terrorisée, trop admirative pour dire quoi que ce soit. Bien entendu, elle savait qui était cet homme. Tous les journaux en parlaient. Cependant, jamais personne n'avait eu de problème avec ce monstre dans son village. En effet, confiné au fin fond de la montagne, la cité d'Alessa ne voyait jamais de visiteur.

Souriant toujours, l'homme décolla ses yeux rouges de ceux de la plus âgée et tourna son regard vers les trois habitations se trouvant à sa gauche.

-Est-ce là votre maison ?

Les trois petites demeures tenaient à peine sur leurs gonds et Alessa sentit du mépris dans la voix de l'homme quand il lui posa cette question. Pourquoi sentait-elle qu'il connaissait très bien la réponse ? Pourquoi lui répondit-elle ?

-Non… Nous vivons au château, un peu plus haut. Là-bas, finit-elle en tendant le doigt derrière elle, en ne le quittant pas des yeux.

-Oh, je vois. Vous êtes donc bien Alessa James. Justement celle que je cherchais.

Le fait que l'homme ait déjà prononcé son nom plus tôt fit comprendre à la rousse que ce n'était pas un hasard du tout.

-Qui êtes-vous ? lança la voix grelottante de Lilith.

Alessa frémit lorsqu'elle vit Lord Voldemort poser ses pupilles rouges sur sa fragile petite sœur. Il ne souriait plus, mais sa joie était bien au-delà de cela, bien au-delà des mots : Il semblait proche de l'extase lorsqu'il rencontra les yeux verts de la plus jeune, ses cheveux blonds bouclés voletant au gré du vent.

-Voilà une charmante fillette. Quel est ton nom ?

Pourquoi connaissait-il le nom d'Alessa et pas celui de sa sœur ?

-Mon père m'a dit de ne pas parler aux inconnus ! cria-t-elle.

-Il avait bien raison.

'Avait'… Ce mot résonna aux oreilles de Alessa. Cet homme savait que leur père était mort et c'est pour cette raison qu'il venait les trouver aujourd'hui. Parce que de leur père, Il savait qu'il n'aurait pas reçu ce qu'il voulait.

Par contre, d'une jeune fille faible et angoissée…

-Il fait bien peu chaud de par chez vous. Je prendrais bien une tasse de chocolat avant de reprendre ma route.

Pourtant, il était bien le seul à ne pas trembler sous le vent glacial.

-D'a…D'accord, dit Alessa.

Toute seule, elle ne pourrait rien. Jamais, elle n'avait été une puissante sorcière. L'une des raisons était sûrement son manque de confiance en elle… En tout cas, s'il y avait encore quelqu'un qui pourrait l'aider, c'était bien son frère. A cette heure-ci, il devait se trouver au château.

Et c'est ainsi qu'elle avait mené Lord Voldemort droit dans sa demeure, ce château que son père avait eu tant de mal à maintenir en état, cette maison à laquelle il tenait tant.

Arrivés devant la porte de bois, Alessa frappa et comme par magie, elle s'ouvrit instantanément.

-De la Magie Ancienne, dit l'homme.

Et elle sentit dans sa voix une pointe de dégoût.

-Mon père s'est arrangé pour que jamais le château ne soit fermé pour nous, répondit-elle le plus calmement possible.

-Alessa ! Lilith ! C'est vous ? Mais que faîtes vous déjà… ?

Le jeune homme qui avait crié venait juste d'atteindre le hall en descendant l'escalier menant au rez-de-chaussée et avait croisé le regard de l'homme. Calmement, le regard fixé sur Voldemort, le frère d'Alessa descendit les marches. Ce que la rousse aurait aimé être aussi posée et sans peur que son frère.

Pourtant, les gens disaient souvent que les jumeaux se ressemblaient comme deux gouttes d'eau… C'était bien faux. Même physiquement, il ressemblait plus à Lilith qu'à elle. Des mèches châtain aussi fines que celles de Lilith lui tombaient souvent sur les yeux, d'un bleu intense. D'une apparence musclée, ses vêtements étaient ceux d'un éternel duelliste. Seule une fine chaîne ornait son cou. Jamais Alessa n'avait rencontré personne plus classieuse.

-Enchanté, susurra la voix de Voldemort.

-Lilith, Alessa, allez dans la cuisine, leur ordonna-t-il. Puis, dans un sourire : Je commence à avoir faim.

La rousse savait qu'il ne voulait pas qu'elle reste en présence du monstre qu'elle avait invité à entrer, mais elle avait également très peur de le laisser seul. Pourtant, elle se dirigea rapidement et furtivement vers la cuisine, sa sœur à ses côtés.

La lumière blanche et éclatante d'un ciel pleurant de la neige éblouit Alessa qui se rendit compte qu'ils venaient d'atteindre la route.

Elle jeta un coup d'œil à Rogue et vit qu'il resserrait sa cape. Il était vrai que le vent était froid, mais pas aussi glacial que là où elle avait grandi. C'était même, selon elle qui détestait le soleil, un temps idéal.

-Dépêchons-nous, dit Rogue.

Et elle croisa son regard avant qu'il ne se mette en marche vers le château dont on apercevait déjà les tours de là où ils étaient.

Pourquoi avait-elle laissé son frère seul ? Elle l'ignorait. Cependant, il se passa à peine un quart d'heure avant qu'elle n'entende un éclat de verre de l'autre côté du château.

Sans prendre le temps de prévenir Lilith qui jouait dans la cour intérieure du château sur laquelle donnait la cuisine, Alessa se mit à courir aussi vite qu'elle put vers l'endroit où son père recevait les invités lorsqu'il était encore vivant.

Une fois qu'elle eut atteint le salon, elle vit l'homme vêtu de noir, scrutant le sol face à lui. S'approchant encore, il lui lança un regard rougeoyant de plaisir et la rousse vit son frère, allongé sur le sol, du sang s'écoulant de sa bouche.

-Elinor !

Les larmes coulaient déjà sur ses joues alors que sans même s'en rendre compte, elle était passé devant Voldemort et s'était jeté près du corps de son frère. Il ne bougeait plus, ses yeux étaient clos et sa respiration inaudible. Non… Non… Elle ne vit même pas l'assassin de son frère sortir de la pièce sans la toucher. Elle qui avait pensé, en voyant son frère ainsi, qu'elle mourrait sur le champ. Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi son frère ? C'était elle qu'il fallait tuer ! C'était elle à qui il fallait faire du mal ! La plus faible, celle qui se cachait toujours derrière les autres pour être défendue.

Alessa crut qu'elle ne s'arrêterait jamais de pleurer, tellement l'impression qu'on lui avait amputé la moitié d'elle-même persistait.

Puis, soudain, elle entendit un vacarme assourdissant provenant de la cuisine.

-Lilith…

Prenant à peine le temps de respirer, elle courut, courut dans le sens inverse. Non. Pas Lilith, pas encore.

Voldemort était de dos et tenait quelque chose dans ses mains, mais Alessa sut immédiatement que ce n'était pas sa sœur. En effet, la rousse vit à travers les vitres du deuxième étage sur lesquelles donnait la cour sa petite sœur courir comme une damnée. Mais bien entendu, elle n'était pas la seule à l'avoir vu.

Sans prendre le temps de regarder à nouveau le dos de Voldemort, Alessa fit demi-tour et rejoignit l'escalier de marbre du hall.

La jeune fille avait l'impression que ses jambes la lâcheraient d'un moment à l'autre : Jamais, elle n'avait été une grande sportive. Et puis surtout, son souffle lui manquait. C'était comme si l'angoisse empêchait l'air d'arriver à ses poumons. Alessa savait qu'elle ne pouvait s'arrêter, elle pouvait entendre les pas de Voldemort monter l'escalier alors qu'elle était déjà au fond du couloir du premier étage. Le château était entièrement construit autour de la cour et les couloirs formaient donc un rectangle. Si seulement l'homme se trompait et prenait l'autre côté du couloir… Cela lui ferait perdre du temps étant donné que l'escalier menant au deuxième étage était dans l'autre aile du premier étage.

Une fois qu'elle fut arrivée, la jeune fille rousse chuchota autant qu'elle put le nom de sa sœur. Et la plus jeune sortit immédiatement d'une armoire se trouvant dans la seconde pièce du deuxième étage : La chambre de leur père.

-Lilith !s'écria-t-elle presque en la prenant dans ses bras.

La petite saignait au front et Alessa comprit que ce que Voldemort tenait dans ses mains était des cheveux de sa sœur.

-Il n'a pas su m'attraper Alessa.

-Je sais. Viens, il faut partir, s'angoissa-t-elle en entendant l'intrus monter les escaliers menant au deuxième étage.

Il était étonnant qu'il aille si vite alors qu'il donnait l'impression de marcher… La plus âgée prit la main de sa sœur et tourna à l'angle du couloir. Malgré la tension, elle savait parfaitement comment sortir sans passer par la porte principale. Avant de mourir, son père lui avait montré de nombreux endroit du château, comme s'il savait que peu de temps après, elle en aurait besoin.

Leur château était une ancienne demeure royale et un passage secret avait été conçu dans les souterrains pour permettre au roi de fuir en cas d'attaque ou encore afin que sa maîtresse puisse le rejoindre. Le seul problème étant de redescendre alors qu'elle se trouvait maintenant au troisième étage.

-Alessa ? Où est ce que tu nous emmènes ?

-On va descendre par le monte-plat.

-Alessa, on ne peut pas, dit alors la plus jeune.

-Je sais que ce sera trop lourd, je te descendrai d'abord.

-Mais…

-Chut, il arrive.

En effet, Voldemort venait de tourner l'angle du couloir où se trouvait la pièce où elles s'étaient cachées.

-Alessa !

-Qu'est ce qu'il y a Lilith ? s'énerva la rousse en chuchotant.

-Il faut récupérer Eternity !

Alessa se tut instantanément. Elle venait de comprendre ce que l'homme était venu chercher. Ce n'était ni des adeptes potentiels, ni de nouvelles victimes ! Il La voulait. Oui. Mais il ne l'aurait pas. Elle ne lui donnerait pas.

Dans un grand fracas, Voldemort venait d'ouvrir la porte de la première pièce du couloir, prêt à la fouiller : Il les sentait, il savait qu'elles étaient là, mais le lieu était tellement imprégné de Magie qu'il ne pouvait les situer plus précisément.

C'était le moment. La rousse ouvrit la porte et, prenant la main de sa sœur, s'élança à travers le couloir. L'homme se retourna au moment où elles passaient telles deux furies devant la porte de la pièce qu'il visitait – façon de parler vu l'état dans laquelle était désormais celle-ci.

Descendant l'escalier du troisième étage, Alessa se dirigea vers la chambre de leur père et y fit entrer Lilith.

-Mais Alessa ! Et Eternity ?

-Rentre dans le monte-plat. Vite.

-Mais…

-Lilith, dit la rousse en prenant le visage de sa sœur dans ses deux mains, tu me fais confiance ? N'est ce pas ?

-Oui, mais…

-Alors, crois moi. Eternity est déjà en sécurité.

Après un léger silence, la blonde monta dans l'appareil et Alessa commença à la descendre. Etrangement, elle n'entendait pas les pas de Voldemort approcher. Pourquoi était-il si long alors que plus tôt il marchait aussi vite qu'elle courait.

Elinor passa dans la tête d'Alessa. Elle n'arrivait pas à y croire. Plus jamais, elle ne lui parlerait, plus jamais il ne lui sourirait. Malgré le fait qu'elle ne voyait pas souvent son frère ces derniers temps, il lui manquerait atrocement. Depuis la mort de leur père, il partait souvent quelques temps pour travailler et ramener de la nourriture.

S'il n'avait pas été là, elles seraient mortes de faim.

Lorsqu'elle sentit le monte-plat toucher le sol, elle attendit une seconde afin de laisser le temps à Lilith de descendre et remonta l'appareil. Elle entendit alors les pas de l'homme passer devant la chambre pourtant entrouverte. Se disant qu'elle avait beaucoup de chance, elle monta dans le monte-charge et se mit à tirer difficilement sur la corde pour glisser plus vite.

Arrivée en bas, Alessa eut à peine de voir Lilith bâillonnée et terrorisée, qu'un sort la faisait tomber dans l'inconscience.

La rousse dut se forcer à se concentrer à nouveau sur la réalité car le Manoir du Maître se trouvait juste devant elle, cet imposant colosse l'écrasant de sa stature.

Bellatrix redressait son chignon si bien coiffé et Alessa se dit que vu le nombre de Doloris qu'ils risquaient de recevoir, cela n'était pas très utile. Puis jetant un coup d'œil à Rogue, elle croisa son profil impassible. Le seul mouvement que provoquait l'homme était la fumée qui sortait de sa bouche à chaque expiration. Il ne supportait apparemment pas très bien le froid.

Sans dire un mot, les trois pénétrèrent dans le Manoir et suivirent le chemin menant aux souterrains. Les mêmes couloirs, les mêmes tableaux à chaque fois. Chacun d'entre eux les connaissait par cœur. Mais que jamais Voldemort ne les prenne à se trouver ailleurs que dans cette aile du château…

Ils atteignirent une Salle décorée de magnifiques étoffes bordeaux et ornée de splendides objets en tout genre. Alessa avait toujours admiré le côté imposant et magistral du Maître… Comment pouvait-elle encore estimer quelque chose de cet homme… ?

De nombreux adeptes étaient déjà présents dans cette sorte de 'Salle d'attente' et la rousse croisa le regard vide de Narcissa, aux côtés de Lucius Malefoy.

Curieusement, c'était maintenant que Alessa avait froid… Elle vit Rogue se diriger vers le fauteuil le plus éloigné de la foule et s'y installer, le visage calme. Elle décida qu'il était préférable aussi pour elle de s'asseoir. Mais c'était plus par peur que ses jambes la lâchent que par envie.

Pourquoi ne parvenait-elle pas à se faire à ces réunions douloureuses ?

'Certainement parce que tu sais qu'il ne te laissera t'en aller que le jour où tu seras morte' lui répondit une voix dans sa tête.

Et ce jour là, s'il arrivait, elle savait que le monde entier aurait signé son arrêt de mort. Car si la mort venait la cherchait, cela signifiait que… Un brouhaha fit taire les conversations et trois autres Mangemorts arrivèrent, des casques sur la tête. A partir d'un certain rang et d'un certain âge, les partisans du Lord devaient porter un masque. Il était évident que de toute façon, les élèves se connaissaient entre eux et qu'ils ne devaient jamais accomplir de missions périlleuses en dehors de Poudlard.

Les déguisements leur étaient inutiles.

Les trois nouveaux arrivants se tenaient bien droits et n'étaient pas peu fiers de l'admiration qu'ils lisaient sur la plupart des visages. Comment ces jeunes pouvaient-ils être stupides à ce point ?

Lucius s'approcha d'eux et ils se saluèrent. Le fait que Malefoy les connaisse en fit chuchoter plus d'un. Alessa se tourna vers Rogue et vit qu'il se fichait royalement de l'arrivée des trois Mangemorts ou même de Lucius. Il avait pris un livre d'une des étagères peu remplies et semblait le lire très vaguement.

Son cœur manqua alors un battement lorsqu'il releva la tête vers elle. Il avait senti son regard et maintenant, quoi qu'elle fasse, elle aurait l'air stupide. Soit elle détournait le regard et il se moquerait d'elle la prochaine fois qu'il la verrait en disant qu'il l'impressionnait, soit elle continuait à le fixer et il se dirait qu'elle s'intéressait à lui.

Que faire ?

Etonnement, elle le vit fermer son livre et se diriger dans sa direction, en regardant pour la première fois les nouveaux arrivants et Lucius. Il s'arrêta à sa gauche, son corps tourné dans le sens opposé à celui de la jeune fille et lui parla sans lui adresser un regard alors qu'elle fixait son profil avec appréhension :

-Sais-tu pour quelle raison le Maître nous a demandé de nous réunir ?

Alessa répondit que non. La plupart du temps, Voldemort voulait seulement s'assurer du soutien infaillible de ses troupes.

-Il a fixé une date.

Fronçant les sourcils, la jeune fille ne comprit pas. Puis Rogue tourna son regard noir vers elle et elle comprit sans savoir comment : Le mariage était fixé.

D'un geste saccadé, elle attrapa son bras gauche et ses sourcils s'affaissèrent en signe d'inquiétude. Mais le jeune homme n'ajouta rien, son visage n'en fut pas troublé et il continua sa route comme si de rien n'était vers les trois Mangemorts masqués et Lucius. Apparemment, lui aussi les connaissait.

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