J'ai tué le méchant !

« Il avait fait ce qui était juste. Il avait sauvé son père. Peu importe qu'il doive mourir à cause de cela. »

Il est en train de mourir.

On vient tout juste de lui tirer dessus, et il va mourir, bientôt.

Mais pourtant, Charles n'était pas triste.

En un sens, il était même heureux.

La mort avait frappé sans prévenir, comme d'habitude, alors que lui et son père se trouvaient dans une calèche, discutant tout deux de la future récupération de leurs terres, parlant de ce pour quoi son père se battait depuis presque vingt longues années, évoquant un futur qui ne deviendrait jamais réalité.

Des hommes avaient surgi de nulle part, il avait pris une première balle dans le ventre, et d'un seul coup, en un instant, il avait su.

Il avait compris qu'il allait mourir, qu'il était trop tard, déjà trop tard pour essayer de survivre, trop tard pour seulement vivre.

Trop tard pour eux, trop tard pour revenir chez eux, trop tard pour essayer de s'enfuir.

Il avait vu son père sortir du véhicule, l'avait vu sortir son épée, et avait trouvé tout cela bien absurde, oui, il était absurde de faire cela face à un assaillant armé d'un pistolet, qui de ce fait pouvait le tuer plus facilement et plus sûrement que dans un combat à armes égales.

Son père avait beau dire que peu importe le régime, il servait la France, le fait est que lui et ses méthodes de combat étaient encore très Ancien Régime, emplis de notion d'honneur, de combats loyal, et de duels.

Charles aurait souri s'il avait pu, s'il n'avait pas eu aussi mal, s'il n'avait pas été à l'instant même en train de mourir.

Sans qu'il comprenne vraiment comment, son père finit par se retrouver à se battre au corps-à-corps contre son adversaire, et il s'en sortait même plutôt bien, jusqu'à ce qu'un second assaillant ne survienne.

Et que Charles agisse sans réfléchir, que son corps ne bouge avant que son esprit ne mettre seulement des mots sur ce qu'il était sur le point de faire.

Il avait tiré, et reçu une autre balle, et son père s'était retourné vers lui, horrifié, mais le jeune noble n'avait réussi qu'à ressentir un profond soulagement.

Parce qu'il avait réussi.

Il avait fait ce qui était juste.

Il avait sauvé son père.

Peu importe qu'il doive mourir à cause de cela.

Il était tombé, avait chuté hors de la carriole, et son père l'avait pris dans ses bras, avait hurlé son nom, avait imploré, et Charles, lui, s'était contenté de sourire.

Du sang avait commencé à envahir sa bouche, accompagné de son goût métallique si caractéristique, son père avait continué de hurler des mots qu'il n'arrivait même plus à comprendre, mais de toute façon, ça n'avait plus d'importance.

Il allait bientôt mourir.

Il n'allait bientôt plus souffrir, et son père était vivant.

Il pouvait partir en paix.

Quand Charles de Neufchâteau s'éteignit, sous les yeux de son père désespéré, ce fut le sourire aux lèvres.