Merci à Camhyoga pour sa relecture ! ^^
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Cloth Memories – Chapitre 1
L'aube commençait à poindre de derrière les arbres et les nuages bas. La journée promettait d'être étouffante.
Ayoros s'étira avec délice : il avait toujours adoré flemmarder au lit, le matin, en écoutant les animaux commencer leur journée. Ce qui lui avait valu bien des regards agacés de la part de Saga lorsqu'il arrivait en retard pour les entraînements, lorsqu'ils étaient plus jeunes. Ayoros sourit : son frère aurait adoré ce genre de détails croustillants. Combien de fois le Sagittaire avait-il dû s'habiller en catastrophe tout en courant aux arènes ? Il ne les comptait même plus. Shura, au contraire, était toujours à l'heure. A la seconde près. Ayoros n'avait jamais compris comment faisait l'espagnol.
Ayoros se redressa dans son lit : justement, le cosmos de l'espagnol approchait. Le grec bondit de ses draps et enfila un pantalon en sautillant pour atteindre l'entrée de son temple : il était hors de question qu'il laisse passer Shura sans avoir une explication avec lui !
En effet, depuis qu'ils étaient revenus à la vie, le Capricorne évitait Ayoros avec une maîtrise extraordinaire. En quelques jours, l'espagnol était devenu le maître de l'esquive : il traversait le neuvième temple en gardant les yeux rivés au sol, comme plongé dans une intense réflexion. Il prenait garde de ne croiser Ayoros qu'en étant accompagné, pour ne pas avoir à faire la conversation. Les rares fois où ils se trouvaient seuls tous les deux, Shura faisait en sorte de partir dès que la politesse le lui permettait. Quand le Sagittaire essayait d'engager le dialogue, le Capricorne fuyait littéralement en prétextant n'importe quoi.
Si au début Ayoros laissait faire, ce manège commençait à l'énerver. Avant sa mort, Shura et lui s'entraînaient souvent ensemble : il était aussi fasciné par Excalibur que l'était Shura par la vitesse à laquelle pouvait filer une flèche d'or du Sagittaire. Leur complicité était réelle même s'ils ne passaient que peu de temps ensemble, Ayoros ayant malheureusement d'autres priorités.
Depuis qu'ils avaient été ressuscités, ils avaient à peine échangé cinq phrases. Certes, Shura devait s'en vouloir pour ce qui s'était passé. Mais Ayoros avait décidé depuis longtemps qu'il ne lui en en voulait plus. Car oui, il lui en avait voulu énormément. De ne pas l'avoir cru, de l'empêcher de vivre sa vie, de grandir, de protéger son frère, de ne pas avoir pu dire la vérité, d'être obligé de sacrifier jusqu'à la dernière goutte de sang pour protéger Athéna et la mettre en lieu sûr. Chevalier à sept ans, mort à quatorze.
Mais lorsqu'ils étaient revenus à la vie, Ayoros lui avait immédiatement pardonné. Le Capricorne semblait désemparé, perdu et tellement triste en le voyant à nouveau parmi eux. Ayoros avait remarqué le soupçon d'envie qu'avait eu l'espagnol lorsqu'Aiolia et lui s'étaient serrés dans les bras l'un de l'autre en pleurant toutes les larmes de leur corps. Mais lorsqu'il avait voulu s'approcher, Shura avait reculé d'un pas en baissant la tête. Comment pouvait-il croire qu'Ayoros lui en voulait encore alors qu'il s'était fait manipuler ? Il avait bien pardonné à Saga, pourquoi Shura n'y aurait-il pas droit lui aussi ?
Ayoros avait bien essayé de l'expliquer à son voisin, rien n'y faisait, Shura fuyait. Mais pas ce matin. La patience du Sagittaire était légendaire, mais cette fois-ci, c'était allé trop loin.
Ayoros se plaça au milieu de l'entrée, bras croisés sur le torse, faisant fi du carrelage glacial qui lui envoyait des élancements dans les jambes. Shura arriva en face de lui et s'arrêta, surpris de l'accueil. Ils restèrent un instant sans rien dire, à s'observer, jusqu'à ce qu'Ayoros prenne la parole :
« Il faut qu'on parle, Shura.
-Pus tard, peut-être, éluda l'espagnol en détournant les yeux.
-Depuis quand est-ce que tu préfères fuir plutôt que faire face ? » reprit le grec avec un ton sévère.
Depuis que je ne suis qu'un vulgaire assassin, eut envie de répondre le Capricorne. Mais il référa rester silencieux, attendant la suite.
« Tu veux être puni pour ce que tu as fait, c'est ça ? demanda Ayoros en fronçant les sourcils. Est-ce que ça t'aidera à te sentir mieux ? Si oui, je veux bien te mettre une raclée, comme celle que Shion a mise à Saga. »
Shura eut un léger sourire en y repensant. C'était à un entrainement. Shion avait décidé de venir se dérouiller et les avait accompagnés aux arènes. Le Gémeau avait alors déclaré qu'il ne comprenait pas pourquoi Shion ne s'en prenait pas à lui après tout ce qu'il avait fait. Le Grand Pope s'était tourné si vite vers Saga qu'il ne l'avait pas vu frapper. Le Gémeau avait été projeté contre un pilier qui s'était brisé net sous le coup, sous les yeux effarés des autres chevaliers.
« Satisfait ? avait demandé l'Atlante avec un léger sourire. Maintenant que je t'ai tabassé, on va peut-être pouvoir reprendre à zéro, non ? »
Saga s'était mis à rire et à pleurer en même temps et ce quelque chose en lui qui l'empêchait d'aller vers les autres s'était cassé. Se pourrait-il qu'il en soit de même pour le Capricorne ?
« Je… Je ne sais pas, avoua l'espagnol.
-Quand tu le sauras, dis-le-moi. Mais je ne veux plus que tu m'évites comme tu le fais depuis que nous sommes tous revenus au Sanctuaire. Pour l'instant, est-ce que tu veux bien m'attendre le temps que je me prépare pour l'entraînement ? J'en ai pour deux minutes ! Installe-toi au salon, j'arrive ! »
Ayoros s'éclipsa avant que Shura n'ait eu le temps de répondre. Le Capricorne finit par entrer dans le neuvième temple et alla s'asseoir sur une chaise, le dos raide. Le temple n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il y était entré. C'était quelques jours avant que le côté sombre de Saga ne l'envoie tuer son camarade. Depuis qu'Ayoros avait été déclaré « meilleur tartineur du Sanctuaire », tous les futurs chevaliers d'or venaient prendre leur goûter dans le neuvième temple. Le Sagittaire avait alors réaménagé sa cuisine afin d'accueillir tous les gourmands chez lui. Même après avoir passé l'âge des tartines de confiture, Shura aimait passer un peu de son après-midi chez son aîné. Ayoros avait toujours quelque chose à lui faire raconter. Tant qu'il pouvait profiter un peu du Sagittaire, il se moquait de devoir le partager avec Aiolia, toujours fourré avec son grand frère. Le futur Lion était un moulin à paroles, complétant ses récits de grands mouvements de bras. Ayoros riait souvent, Shura se contentait de sourire face à l'enthousiasme d'Aiolia qui était persuadé qu'il changerait le monde à lui seul.
Plongé dans ses souvenirs, Shura ne se rendit pas tout de suite compte qu'Ayoros était revenu et l'observait, appuyé contre le mur, paré pour se rendre aux arènes.
« Tu es prêt ? demanda Shura en se levant.
-Tu m'as attendu ! répondit le Sagittaire avec un sourire.
-C'est ce que tu m'as demandé, non ? riposta l'espagnol.
-Oui, mais je n'y croyais pas ! Tant mieux, j'ai besoin de conseils avisés. »
Le Capricorne haussa un sourcil intrigué tandis qu'ils quittaient le temple et attendit la suite qui ne tarda pas :
« Tu sais certainement que mon frère est fou d'amour pour Marine ? »
Shura acquiesça en esquissant un sourire.
« Eh bien figure-toi qu'il a décidé de faire de moi son journal intime ! pouffa Ayoros. Pas que je m'en plaigne, mais je ne sais pas comment réagir.
-Pourquoi me demandes-tu ça à moi ?
-Je me suis dit qu'avec Aphrodite tu devais avoir établi une parade exceptionnelle… » répondit honnêtement le grec en rougissant un peu.
Shura resta figé quelques secondes avant d'éclater franchement de rire.
« Je suis ridicule, hein ? sourit le Sagittaire.
-Franchement ? Oui, j'en ai peur !
-Je me disais aussi… Alors, comment tu fais ?
-Tu fais semblant d'écouter, la plupart du temps ça marche. Aphro ne se vexe jamais, ça ne le dérange pas. Quand il a vraiment besoin de se confier, je le sens.
-Je vois. Je vais essayer, on verra bien. Au fait, ça te dirait qu'on s'entraîne ensemble ?
-Je suis avec Aphro ce matin, marmonna Shura, soudain un peu gêné.
-Pas de soucis, répondit Ayoros avec un sourire. Par contre, je réserve la place pour demain ! Et il est hors de question que tu refuses ! »
Le Capricorne hocha vaguement la tête. Satisfait, Ayoros changea de conversation.
« J'ai du mal à me faire à ce corps. C'est vraiment étrange. Je n'ai pas d'aussi bons réflexes qu'avant.
-Vu ton dernier entraînement avec Kanon, je trouve que tu n'as rien à nous envier. »
Le grec fit la moue, peu convaincu. Ils arrivèrent aux arènes en silence. Dokho et Aldébaran faisaient un bras de fer sous les regards amusés de Kanon, Aiolia et Milo.
« Je vois que l'entrainement a déjà commencé, se moqua Ayoros en s'asseyant à côté des deux adversaires.
-Qui gagne ? demanda Shura.
-Pour le moment, ils sont à égalité, commenta Milo. Mais je suis sûr qu'Aldé se retient pour ne pas abîmer Dokho.
-Répète un peu ? grogna le chinois sans détacher ses yeux de la poigne du Taureau. Tu vas voir qui va s'abîmer si tu continues !
-Surtout que je suis certain que Shion approuve totalement ce que vous êtes en train de faire, intervint soudain Camus, que personne n'avait entendu arriver.
-Laisse-les s'amuser mon cœur ! rit Milo en ne prêtant pas attention au regard peu amène que lui jeta son amant.
-Tu as parié sur qui ? interrogea Ayoros en se tournant vers son cadet.
-Je suis pas comme ça ! s'insurgea le Lion.
-Qui ?
-Aldébaran. »
Les mains penchaient tour à tour de chaque côté, sous les commentaires enjoués des parieurs. Mu et Egidio arrivèrent peu après, suivis par Shaka. Quand Aphrodite apparut, il s'amusa à jouer les pompom girls, entraînant à sa suite Mu et Shaka. Déconcentrés, Dokho et Aldébaran finirent par rendre les armes, imitant leurs camarades qui riaient aux éclats.
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Il tournait en rond dans son temple. Son cœur battait à tout rompre sans qu'il sache vraiment pourquoi.
« Qu'est-ce que je peux faire ? » marmonna-t-il pour lui-même.
Viens, je vais te montrer autre chose si tu veux.
Il hésita en entendant la voix. Il avait été ébranlé par ce qu'elle lui avait montré.
Je te protège. Je suis là pour ça. Mais j'aimerais te montrer.
Il hésita. C'était malsain, effrayant. Et pourtant, il se sentait bien dans ces moments-là.
Viens…
Il se dirigea vers la porte et la rejoignit. Il devait refuser. Lui faire comprendre qu'ils ne devaient pas continuer. Qu'il valait mieux tout arrêter.
Elle sentit immédiatement son trouble. Effleura son cosmos avec sa conscience.
Je dois te protéger.
« Je n'ai pas besoin d'être protégé ! » riposta-t-il.
Tu es en danger de toi-même. Mon rôle est de veiller sur toi.
« Je vais bien. »
Tu mens. Je le sais.
« Je n'ai pas besoin de toi ! » s'écria-t-il en reculant d'un pas.
Je te protègerai. Que tu le veuilles ou non.
Une onde glacée le traversa. Il poussa un cri muet en tombant brutalement sur le sol. Des images inconnues l'assaillirent alors, ne lui laissant aucun répit.
Un homme, grand, athlétique. Une armure qu'il reconnaîtrait entre mille. Un sourire qui revenait souvent, des émotions qui n'étaient pas les siennes mais qu'il ressentait avec un même besoin. Des regards, des silences, des souffrances, des morts.
Il cria. Tout s'arrêta brusquement, le laissant pantelant.
« Arrête, murmura-t-il. Je t'en prie… »
Tu as besoin de moi ! Je ne veux que t'aider !
« Arrête ! »
Laisse-moi te montrer…
« Non !! »
Le visage de l'homme revenait inlassablement, comme un refrain. Mais qui était-il ?
Celui que tu as aimé.
Un sourire chaud.
Celui que tu aimes encore.
Un rire.
Celui qui t'a fait souffrir.
Un déchirement.
Celui à cause de qui tu es mort.
Le noir total.
