Shaka, donc, était harcelé par ses camarades de classe à cause de son apparence et de ses origines. Et cela pouvait aller loin, ses harceleurs pouvaient parfois même le frapper à la fin des cours, même si il n'avait rien fait qui le mériterait. Sa mère ne savait rien, quand il rentrait blessé il trouvait un mensonge crédible. Mû n'avait jamais vu grand-chose mais trouvait ça louche. Il était rare qu'il rentre avec Shaka, et il n'avait jamais été témoin de violences physiques sur son ami. Et son ami ne lui disait rien de toute manière.
Mais ce qui devait arriver arriva. Un jour qu'Angelo avait attrapé Shaka à la sortie, cela partit trop loin, et il lui fit vraiment mal.
Notre pauvre hindou rentra donc chez lui ce soir-là, plus mort que vif. Quand sa mère le vit ainsi, elle en fut épouvantée. Il avait les cheveux emmêlés, son œil gonflait très vite, il portait de nombreuses entailles sur les joues, et un filet de sang s'échappa de la commissure de ses lèvres enflées et violacées. Son bras gauche pendait lamentablement le long de son corps. Livide, elle se précipita sur lui et l'entraîna à sa suite par son bras valide. Elle sentit son coeur rater un battement quand Shaka s'écroula à moitié sur elle. Les mains tremblantes, elle le mit assis et défit la chemise du jeune homme. Un hoquet la secoua; la peau si pâle de Shaka était bleuie de coups plus ou moins récents, surtout sur les côtes. Quelques entailles sanglantes marquaient sa clavicule. Elle essaya de lui relever le bras, un gémissement de douleur échappa à son fils.
Elle ne laissa même pas Shaka s'expliquer. Elle le rhabilla, l'emmena dans la voiture, et direction les urgences. Elle lui fit des reproches pendant tout le trajet, auxquels Shaka à moitié sonné ne répondait pas. Sa mère n'arrêta qu'une fois arrivés. Shaka fut pris en charge assez rapidement.
- Madame Mahiato Leiyaa ?, appela le docteur.
-Oui ? Comment va Shaka ?!
-Suivez-moi, je vous prie. Là, asseyez-vous. Shaka a été victime de coups très violents, il aurait été pris dans une dispute de délinquants.
-Oui, mais mon fils ? Dites-moi comment va mon fils !
-Ce sont pour la plupart des plaies superficielles, mais...
-Mais ?
-Son bras est blessé, il en a pour deux semaines de plâtre, et ses côtes sont légèrement fragilisées. Le reste n'est que purement superficiel, il aura un bel oeil au bord noir.
-Je peux le voir ?
-Oui. Mais nous allons le garder jusqu'à demain matin. Pas d'école pour lui demain.
-Bien.
Le lendemain, Shaka ressortit plâtré avec sa mère de l'hôpital, et ils rentrèrent chez eux. Mme Mahiato tenta de l'interroger, en vain. Mû passa chez eux pour ramener ses notes et prendre des nouvelles. Shaka lui sembla absent, en retrait. Il ne répondait pas non plus à ses questions, il se contentait de coller son front à celui du tibétain pour chercher un peu de réconfort disait-il. Avant de partir, Mû lui dit simplement:
-Si Angelo va trop loin, fais-le moi savoir, d'accord ?
Shaka n'eut pas le temps de répondre que son ami avait déjà filé. Le jeune homme aux cheveux lilas avait un don pour déceler les malaises chez les gens. Et s'il restait discret, Shaka savait que son ami avait quelques soupçons. Mû était perspicace, tout en finesse de réflexion. Il avait compris que Shaka avait un souci majeur avec le jeune albinos.
Ses camarades qui étaient gentils avec lui s'étaient vraiment inquiété, comme par exemple Aiolia et Milo. Ils voulaient savoir ce qu'il lui était arrivé. Shaka se contentait de servir le même mensonge à tout le monde, il disait avoir été pris dans une dispute délinquante. Et heureusement pour lui, ses camarades étaient serviables.
-Tu veux qu'on rentre ensemble Shaka ? Si ta mère ne vient pas aujourd'hui...
-Merci Aiolia, c'est très gentil de ta part, mais je ne veux pas te gêner.
-Tu habites sur mon chemin, ça ne me gêne pas ! En plus Mû sera rassuré de te voir rentrer accompagné. Et puis regarde comme tu douilles avec ton sac ! Je vais t'aider !
-Merci Aiolia.
Shaka eut l'occasion de faire plus ample connaissance avec Aiolia. Il était moins calme que Mû, mais ce tempérament lui plaisait.
-On est arrivés, merci Aiolia.
-A ton service vieux !
-Tu veux entrer cinq minutes ?
-C'est gentil, mais non ! Je dois me dépêcher. A demain !
-A demain.
Il fit un pas, puis se retourna. La lueur sympathique de ses yeux était teintée d'animosité.
-Et Shaka. Si la bande de racailles du lycée te cherche des crosses, n'hésite pas à m'appeler.
-Oui.
Shaka rentra, estomaqué. Cela se voyait tant que ça qu'Angelo le terrorisait ? Et lui n'osait rien dire, oh non, il avait trop peur des représailles. Mais conformément aux enseignements de ses parents, il pensait que personne n'était foncièrement mauvais. Et voir la mine choquée qu'Angelo avait eue en voyant son bras plâtré le confortait dans cette idée... Pour lui le lycéen pouvait encore changer et se repentir, même si Shaka n'était pas certain de lui pardonner un jour.
Mais la question restait entière.
Qu'avait-il fait pour mériter tant d'acharnement sur sa personne ?
