Voilà la suite !

Alors, oui, je pose ici un petit avertissement : il y a des violences dans ce chapitre ainsi qu'un viol et de la torture psychologique, et ça ne va pas aller en s'arrangeant jusqu'au dernier chapitre.

En espérant que ça vous plaise tout de même, bonne lecture, courageux lecteurs !


P.O.V. Kyle

Il m'a pris dans ses bras. Ce n'était pas très confortable. Ce type, je ne le connais pas. Je ne sais même pas ce qu'il fout là, avec Cartman. Malgré tout, l'étreinte est chaleureuse alors je ne me dégage pas. Les plaies béantes sur mes bras m'empêchent de répondre correctement, mais je crois que c'est un mal pour un bien. Je ne veux pas que ce type s'imagine des choses, bien que ses yeux bleus innocents me rappellent vaguement ceux de Stan. Stan… Fermant les yeux, je me mord fort la langue pour parer à la souffrance, ses bras aussi, ils étaient réconfortants. Sur le coup de la surprise, j'avais même lâché le cadeau de Cartman, qui s'était répandu sur le sol. Mes yeux perdus se fixèrent dessus malgré moi et je grimaçais en voyant ce qu'il contenait. Des fringues de filles… Sans réfléchir et, malgré la douleur, j'écartais l'autre garçon de moi, foudroyant le gros lard du regard alors que ce dernier affichait un sourire satisfait. Ce n'est parce que je vais mal et que j'ai envie de mourir que je vais céder à tous les caprices de ce nazi !

« Cartman. T'es pas sérieux j'espère ?! Hors de question que je mette ça.

- Kyle, il y a quelque chose que tu ne réalises pas…

- Non, t'as raison, je pige pas, et t'as intérêt à être convainquant parce que là c'est mort.

- Il en dépend la survie de l'humanité ! Il faut que quelqu'un le fasse, Kyle, et tu es le seul parmi nous qui ressemble encore assez a une nana pour-

- Demande à Butters.

- Ouais, sauf que là c'est toi qu'est dans la merde, et Butters il se fait pas prendre par des mecs ! »

Gros silence. Il n'avait pas le droit de me balancer ça à la gueule. Pas alors que, justement, mes poignets sont ouverts précisément pour cette raison. Je serre les poings, prêt à intervenir, mais c'est le châtain qui m'en empêche.

« Euh… Si ça peut te rassurer, on ne se moquera pas !

- Tout à fait, mon nouveau pote -comment tu t'appelles déjà- à déjà tout dit. On va pas se moquer ! Je suis sûr que ça t'ira super bien en plus, regarde il y a du vert partout. A moins que tu préfères du bleu et rouge ? »

Je plisse les yeux en voyant que de toute évidence, rien que de m'imaginer dans ce genre de tenue, le gros lard est mort de rire et qu'il peine à se contenir d'éclater. Mais ce n'est pas nouveau, Cartman n'a jamais été sincère, même pas avec lui-même. Je réalise soudain ce qu'il sous-entend avec sa dernière pique et je me mords la langue pour ne pas me montrer trop émotionnel. Il joue sur mes sentiments, même s'il ne sait rien de ce qu'il s'est passé entre nous deux. Il n'y avait que Kenny qui savait quelque chose, et encore… Je croise doucement les bras, essayant de ne pas toucher mes plaies pour éviter de souffrir encore plus. C'est toujours comme ça, je finis par regretter toutes les souffrances que je me suis infligées quand je redescend. Mais à quoi bon ? J'ai perdu la personne que j'aimais depuis que j'étais petit, et la personne la plus importante pour moi… Mon meilleur ami. Celui avec qui je partageais tout, jusqu'à mes propres habits lorsque les siens étaient trempés ou inutilisables. La personne que, toutes ces années, j'ai cru aimer en secret. Je l'aime toujours, mais je me rend compte maintenant que ça n'a jamais été secret, qu'il m'a menti. Ou plutôt qu'il n'a rien dit, plus pour ne pas me blesser qu'autre chose. On a même essayé d'être ensemble, sûrement parce qu'il ne voulait pas me faire souffrir, mais ça n'a pas marché. Au contraire, ça a fait encore plus mal quand il m'a quitté, surtout si c'était pour se jeter dans les bras de Craig. Même pas volontairement d'ailleurs. Je crois que, secrètement, je me prend à penser qu'il s'est juste fait kidnapper, qu'on ne lui a pas demandé son avis et qu'en réalité, il essaye de me retrouver de quelque moyen que ce soit, parce qu'il m'aime. Mais ça ne sert à rien de se voiler la face… J'ai de nouveau envie de pleurer, mais c'est hors de question que je le fasse devant ce gros connard et son nouveau sous-fifre apparemment. Il faut que j'écourte l'échange le plus rapidement possible, je ne me sens pas à l'aise face à eux. Surtout face au plus fin, qui m'observe d'une manière que je trouve très suspecte… Aussi, j'attrape le sac qui est au sol, lance le regard le plus froid dont je suis capable à Cartman, et je m'éclipse. Claquant la porte derrière moi, je m'effondre contre la porte, me laissant glisser jusqu'au sol, en position fœtale. Je jette la poche aussi loin de moi que je le peux et je me mets à pleurer silencieusement. Je ne peux pas faire de bruit, à tous les coups le gros lard est juste derrière la porte et ça l'amuserait franchement de se foutre de ma gueule en disant que je chiale pour rien. D'ordinaire je m'en serais foutu, mais pas là. Parce que, là, s'il se fout de ma gueule, c'est qu'il aura compris pourquoi je pleure. Et ça c'est bien la dernière chose que je veux voir arriver. Cette allusion dans sa dernière phrase, il l'a faite exprès pour me faire réagir, et je ne pleurerais pas à ce point s'il s'agissait juste de mon meilleur ami, après tout je devrais juste être content pour lui. Qu'il ai trouvé l'amour et qu'il se sente bien… Mais je ne peux pas m'y résoudre. Pour moi, même si j'essaye de lutter contre cette idée égoïste, il est malheureux sans moi.

Je finis de pleurer. Je ne peux pas rester aussi malheureux toute ma vie. Il faut soit que j'arrive à passer à autre chose, soit que je me redresse par moi-même. Même si pour l'instant c'est impossible, petit à petit je suis persuadé que j'y arriverais. Enfin… Je ne berne personne, je suis malheureux et incapable de faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Il faut que j'arrête de me tourmenter l'esprit avec ce que pourrait penser Stan, je ne suis pas dans sa tête, je suis dans la mienne. Et la mienne l'idéalise un peu trop. Beaucoup trop… Et elle satanise Craig, comme si ça ne suffisait pas comme ça, que je regrette. Tout ça, c'est en partie ma faute, je n'aurais vraiment pas dû commencer par coucher avec Craig dans le dos des autres.

Bref, la question n'est pas là. Je me redresse, essayant de voir le contenu de la poche à nouveau renversée. Des fringues de fille. Là-dedans, si je ne ressemble pas à une version ultra-féminisée d'Heidi, je ne comprend plus. Pourquoi il veut me faire porter ça au juste ? Je l'entends toquer à la porte, je ne réponds pas. Pourquoi répondre à des coups de poing contre la porte des toilettes ? Personne ne fait ça. Et pour une fois que ma porte est fermée à clé, il ne peut pas entrer pour vérifier lui-même ce qu'il se passe. Je ne compte pas lui donner de nouvelles, ça n'arrivera pas. Il ne me fera pas enfiler cette tenue merdique de midinette. Je suis un mec, jamais je ne mettrais de tenue qui pourrait me travestir, je ne m'appelle pas Butters. Surtout si leur projet est ensuite de me ramener à l'école, là ils peuvent toujours courir. Les coups se font plus insistants, je me relève de contre la porte pour faire face à celle-ci. Ils n'ont pas bientôt fini ? Je m'apprête à répliquer quelque chose, comme quoi ce n'est pas en défonçant la porte de la salle de bain que je serais prêt plus vite ou alors, plus cruement, que je ne compte pas mettre ce torchon, quand je réalise que la personne derrière la porte n'est pas Cartman. C'est l'autre garçon, et il finit par s'adresser à moi.

« Kyle… Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire, je suis Kip… Tu sais, ton ami de Facebook ?

- …

- Il faut se dépêcher de partir Kyle, Eric Théodore t'a piégé, j'ignore comment. Il dit que si tu reviens sans la tenue, c'est que tu es une fiote et que tu es parti pleurer.

- En quoi ça te regarde..?

- Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal, Kyle.

- Pfff, je ne suis plus à ça près…

- Je sais que ça ne doit pas être facile, depuis ta rupture avec l'autre garçon, mais ce qu'il faut c'est-

- C-Comment tu sais ça ?! Dégage, ne reste pas là avant que je ne m'énerve, sort de chez moi !

- Pas sans toi ! Kyle, je suis venu ici pour t'aider.

- Tu ne m'aides pas… Kip. Tu enfonces encore plus le couteau dans une plaie déjà grande ouverte. S'il te plaît, va-t'en !

- Mais… Cartman… Il va…

- Je m'en CONTREFOUS ! Ça fait mille ans que ce connard me persécute, alors une fois de plus ou de moins…

- Justement, ne te laisse pas faire !

- Et comment je fais ? Dans les deux cas, il se fout de ma gueule.

- Ne l'écoute pas ?

- Il ne va pas s'arrêter là. Il ne s'arrête jamais à ça. Et… D'ailleurs, comment il t'a laissé monter ?

- Euh, il était au téléphone…

- Bordel ! »

Je déverrouille la porte et l'ouvre brusquement, voyant Kip faire un mouvement de recul juste à temps pour l'esquiver puis, je descends en trombe l'escalier. Le gros con est en bas, mais cette fois, comme toutes les autres, il n'est plus seul. Butters est en sa compagnie, un sourire niais fiché au visage, comme à son habitude. Je m'approche rageusement et attrape Cartman par le col, histoire de lui faire peur ou, mieux, lui faire cracher le morceau sur ce qu'il compte faire exactement.

« On peut savoir à quoi tu joues ?!

- Oh, Kahl. Je me suis dis que ça serait intéressant de parler de toute cette histoire à Butters, comme tu n'arrêtes pas de le trash-talk dans son dos.

- Ouais, renchérit le blondinet, c'est vraiment pas cool ça Kahl !

- Et puis, au moins, comme ça, il peut voir la jolie tenue que j'ai achetée spécialement pour toi, pour te remettre sur pieds à cause de ta rupture douloureuse. Je suis sûr que c'est ça qui manquait à ta vie, pas vrai le feuj ? »

Le coup est parti tout seul. Mon poing, trop longtemps serré de frustration, s'était abattu sur sa face de gosse de riche aux joues brillantes. Malheureusement pour moi, le fait qu'il fasse deux fois mon poids aurait dû m'effrayer d'avantage. Mais à cet instant, ma seule pensée rationnelle a été de le frapper. Comme si je voulais le réveiller et qu'il arrête de me ridiculiser. Butters avait beau paraître sage, il était le roi pour répandre de sales rumeurs partout, et ça Cartman était le mieux placé pour le savoir. Aussi, quand j'ai vu le visage du gros se décomposer, sans pour autant qu'il ne fasse quoi que ce soit comme à l'époque, comme par exemple partir en pleurant, je me suis senti mal. Mon estomac s'est noué. C'est vrai, nous n'étions plus des gosses, et mon coup de poing n'avait à présent plus rien d'anodin comme lors de nos chamailleries juvéniles. Au contraire, maintenant ça avait l'air très sérieux. Il me donna à son tour un coup de poing, je sentis ma mâchoire trembler sous la force de ce coup qui me fit tomber à la renverse. Il en profita pour se tourner vers Butters et lui donner des instructions très précises.

« Tu peux virer d'ici, avec l'autre putain de clown ? Cette affaire ne concerne plus que Kyle et moi maintenant. Ah, et aussi, Kyle est une fiote qui pleure la perte de son petit-ami la fiote Stan qui s'est barré avec Craig. Craig qui est AUSSI une fiote.

- Oh mon Dieu, doux Jésus, je- »

Je le vis monter à l'étage chercher Kip et, alors qu'il redescendait, je sentis que Cartman me déplaçait dans une autre pièce pour qu'on ne se croise pas. Ce connard était diabolique, et visiblement je l'avais mis en rogne. Sévèrement en rogne. Arrivés dans la cuisine, je l'avais repoussé malgré la douleur qui se propageait rapidement dans ma mâchoire. Je suis sûr, à présent, qu'il n'y était pas allé de main morte. Essayant de retrouver mon équilibre, je m'étais appuyé contre la table, haletant. De son regard meurtrier, il me regardait et je frissonnais. Comment es-ce que j'en étais arrivé là au juste ? Alors que quelques heures plus tôt j'aurais juste pu parler tranquillement de mes problèmes avec Ike, avant que tous ne s'en aillent. Il n'y avait que moi dans la maison, j'avais à présent tout à perdre face à toute cette graisse. Où est-ce que ça avait dérapé ? Est-ce que j'avais réellement fait quelque chose de mal, ou…?

« Sache-le, je rends toujours les coups qu'on me donne, maintenant. Et je t'en dois encore d'ailleurs, pour toutes les fois où tu m'as battu sans que je puisse me défendre. »

Cette fois, c'était un coup dans les côtes qui m'avait fait perdre l'équilibre. J'avais beau dire que mon métabolisme était de constitution solide, face aux poings de Cartman c'était une toute autre affaire. Un autre coup au niveau du visage m'avait fait tomber en arrière, me faisant heurter le carrelage dur et froid. Un liquide chaud commençait même à s'échapper de ma bouche et mes narines. Pour autant, je sais qu'il n'a pas fini, et qu'il n'aura pas fini tant qu'il ne m'aura pas fait regretter mon coup de poing. Or, jamais je ne regretterais, c'était satisfaisant et si je devais le refaire, je le referais sans aucune hésitation. Pourtant, ça n'a pas l'air de suffire à Cartman, il me relève par les cheveux, que son visage soit en face du mien. Ses yeux sombres ne reflètent rien sinon le vide et il parle d'une voix affreusement détachée pour quelqu'un de normal.

« Dis-moi que tu regrettes et je te laisse tranquille.

- Je regretterais jamais. Tu méritais ce coup de poing gros cul !

- Et pourquoi, je le méritais ?

- Attend… T'es quand même pas sérieux là ?

- Excuse-toi à genoux sinon je continue de te frapper. Et je ferais même pire…

- Je demande à voir, tu me fais pas peur gros tas. »

Nouvelle décharge de douleur dans la mâchoire, j'aurais pas dû parler, mais je pouvais pas décemment le laisser croire qu'il avait raison. Je ne pouvais pas qu'il se complaise dans le fait qu'il me faisait souffrir sans que je me défende. Je ne suis pas un lâche, et surtout pas face à un gros connard comme Cartman. Ce n'est pas parce qu'il ne part plus en chialant que je vais rester les bras croisés et dire Amen à tout. Au contraire, bien que chancelant j'arrive à lui mettre un coup dans les parties intimes. Malheureusement, ça ne suffit ni ne suffira jamais à le faire s'effondrer. Mon coup n'était pas assez puissant, et tout commence à tourner autour de moi. Je m'appuie de nouveau sur la table pour le pas me casser une nouvelle fois la gueule. J'ai envie que ça s'arrête, mais hors de question que je m'excuse. Au contraire, ça serait plutôt à lui de le faire, pour toutes les fois où il m'a tout mis sur le dos alors que je n'avais rien fait. Je le vois saisir un rouleau à pâtisserie et, bien que j'essaye de l'esquiver, quelque chose me dit que c'est impossible. Soit je me le prend, soit je me casse la gueule et je me le prend quand même. Autant limiter les dégâts, je ne bouge pas, prêt à accueillir le coup. Mais il ne vise pas mon visage, il vise ma nuque. Le choc m'étourdit assez pour que je perde seul l'équilibre. Et, alors que je tombe, je vois tout virer au noir autour de moi. Le con, il vient de m'assommer…

{….}

Quand je me réveille, la mâchoire toujours aussi douloureuse que tout à l'heure, je mets un peu de temps à comprendre où je suis. Puis, je comprend rapidement que cet endroit m'est inconnu. Enfin, pas totalement en fait… Si je n'avais pas vues les vidéos que la mère de Cartman poste sur le net, je ne connaîtrais pas cet endroit. Mais, curieux comme je suis, j'y ai déjà jeté un œil. Ça ressemble à une cave, comme si c'était au sous-sol. Or, je sais, pour avoir joué avec le gros à cette époque, que son sous-sol ne ressemble pas à ça. Alors, bordel, je suis où ? J'entends des bruits bizarres qui me font flipper malgré moi, parce qu'au fond je sais où je suis, et la caméra en face de moi ne vaut rien de bon. J'essaye de bouger, mais je me rend vite compte que je ne suis pas libre de mes mouvements. Je suis accroché à une espèce de croix, poings et jambes liées. Je ne veux pas rester ici, je veux partir, mais je dois me rendre à l'évidence, ce n'est pas possible. Mes yeux observent l'espace ambiant avec peur et ce que je vois n'est pas pour me rassurer. Des instruments de torture, à droite comme à gauche, devant moi, au-dessus de moi… Je ne suis pas sûr de vouloir appeler à l'aide, si je le fais mon agresseur se rendra compte que je suis réveillé. C'est bien la dernière chose que je souhaite. Le bruit s'intensifie, je ne peux m'empêcher de trembler. Plissant les yeux, je me rend compte qu'en dehors de la zone éclairée de la pièce où je me trouve, dans l'ombre, quelqu'un me tourne le dos. Le bruit semble venir de cette personne, que j'identifie directement comme étant Cartman, aux vues de sa carrure imposante. Il ne me fait plus peur, alors je me dis que je peux hurler.

« Détache-moi, connard ! »

Il se retourne et je vois ce qu'il tenait dans la main. Un gode. Mais pas n'importe lequel, il est affreusement gros et noir. Un tube en silicone le relie à une poire que ce gros con s'amuse à presser, et je vois cette horreur gonfler de volume. Un sourire malsain se dessine sur sa face, je n'aime pas ça du tout. Il s'approche doucement de moi, actionne la caméra, et lorsqu'il pénètre dans la lumière je me rend compte que j'avais sous-estimé la taille du mastodonte. Pour autant, je fais comme si ça ne m'impressionnait pas. Je ne veux pas qu'il croit que j'ai peur de lui, ça serait trop facile. Et puis, je suis sûr qu'il ne sait pas comment utiliser les… "ustensiles" de sa mère. J'attends toujours la réponse à ma question, essayant de le fixer dans les yeux, essayant d'esquiver le monstre. Ce n'est pas tellement ce truc-là qui me fait peur, mais plutôt la façon donc Cartman compte l'utiliser…

« Pas tant que tu te seras pas excusé à genoux, ah, et que tu m'auras sucé aussi.

- C'est moi ou tu rajoutes une condition à chaque fois que je dis non ?

- T'es pas en position de négocier le feuj !

- Je suis sûr que tu ne sais même pas utiliser ce truc.

- Détrompe-toi. Et, pour info, ce "truc" comme tu dis, il s'appelle Léviathan, et il va devenir ton pire cauchemar.

- Wow, dis-je d'un ton ironique, j'ai peur ! Bon, maintenant, ça suffit les conneries Cartman, je compte pas m'excuser et tu vas me détacher. »

Au moment où je le vois se crisper, je me dis que je n'aurais pas dû le provoquer autant et qu'il va vraiment le faire. Enfin, ça m'étonnerait vraiment qu'il… Ok, je dis plus ça pour me convaincre moi-même, en vérité je suis mort de peur et je prie pour que mon bluff marche, l'intérieur de la joue lacéré par des morsures à répétions visant à tenter de me calmer. Malheureusement, ça ne suffit pas. Un Cartman en colère est capable de tout. Il soulève ma jupe et retire ma culotte. Attend… Depuis quand je porte une jupe, moi ? Indigné, je m'apprête à protester de nouveau mais je sens quelque chose d'énorme entrer en moi d'un seul coup et je me cambre en arrière avec un affreux cri de douleur. Il l'a fait… Je ne l'en pensais pas capable, je me suis trompé, et ça fait un mal de chien. Si je pouvais mourir plusieurs fois, je dirais que ce truc viens de me tuer dix fois des pires façons que ce soit… Cartman rit, il rit alors que je pleure tant j'ai mal, la lèvre en sang faute de pouvoir contenir la douleur. Pourtant, je sais que ce n'est que le début, mais je me sens déjà comme écartelé de l'intérieur.

« Alors la tapette, je croyais que Craig en avait une plus grosse que ça pourtant ! T'es vachement serré pour un gay.

- T-T'y es allé à sec connard… »

Il rit toujours alors que j'essaye de me débattre, mais chaque mouvement est pour moi une souffrance. Plus à cause de mes poignets plein de sillons rouges qui frottent contre les chaînes emprisonnant mes bras, mais bien à cause du truc énorme que j'ai entre les jambes. Du regard, je le supplie de m'enlever ce truc, la respiration à présent coupée puisque mon corps n'arrive pas à s'habituer à cette présence énorme en moi. Je ne peux pas… Il faut qu'il me l'enlève avant qu'il ne se passe un truc… Je meurs de douleur, je suis même prêt à accepter ses conditions maintenant.

« C-Cartman…

- Oui, Kaaaaaaaahl ? »

Soudain pris d'un espoir désespéré, je ne sais pourquoi, mais je lui crache au visage, espérant qu'il se recule et que je puisse faire quelque chose pour me dégager. Malheureusement, la surprise le fait appuyer sur la poire et je sens ce truc déjà énorme séparer mes chairs un peu plus, me faisant échapper un autre cri de douleur bien plus perçant. J'aimerais tellement que quelqu'un m'entende, que quelqu'un me sorte de là… Mais le seul qui aurait pu en être réellement capable, c'est Stan. Et Stan, il est si loin de moi qu'il n'a sûrement même pas idée de ce que je vis en cet instant. Je ne suis même pas sûr de vouloir qu'il sache, je me sens tellement mal, tellement sale, tellement… Je veux mourir. Je n'en peux plus de cette vie de merde, pourquoi il ne m'arrive absolument jamais rien de bien en ce moment ? Pourquoi la malchance s'acharne contre moi de cette façon ? Je sens de nouvelles larmes rouler le long de mon visage. Le sel qu'elles contiennent brûlent lentement les plaies de mon visage. Je baisse la tête, observant le sol. Ce gros con cherchait à me briser ? Il venait de réussir, comme un chef. Pourtant, alors que tout mon corps me hurlait que je n'en pouvait plus, les seules paroles qui sortirent de ma bouche n'avaient rien à voir avec ce que je pensais.

« Va… Te faire foutre…

- C'est plutôt toi qui te fais foutre, là. Ah, non, c'est vrai, pas encore ! »

Pitié, non, je ne veux pas… Je veux que cette torture cesse, s'il vous plaît… S'il y a un dieu quelconque sur cette Terre, quel qu'il soit, je serais prêt à le vénérer jour et nuit s'il me fait sortir de là. Je ne veux pas… Je veux partir… Je veux qu'il me laisse tranquille… Je veux qu'il arrête de- Plus rien. Il a retiré le gode énorme. Je me sens un peu mieux. Un peu moins sale, bien que je souffre encore et qu'un liquide chaud semble couler d'entre mes jambes. Pour autant, je sais que ce n'est pas fini. Je le sens. Surtout que je ne me suis pas excusé, la raison de pourquoi je suis là… Mais m'excuser pour quoi au juste ? C'est totalement disproportionné comme "punition" pour ne pas vouloir m'excuser de l'avoir frappé. Il y a forcément autre chose, mais la douleur physique m'empêche de réfléchir correctement. Je me rends compte que j'avais arrêté de respirer lorsqu'une grande inspiration dictée par mon instinct de survie me fait ouvrir la bouche. Je me sens nauséeux, j'ai envie de vomir… Ça ne tarde pas d'ailleurs, et avec ma chance innée, j'ai failli vomir sur Cartman. Il n'a plus l'air de jouer, son regard est devenu d'un sérieux déconcertant alors qu'il m'observe. Je halète, tentant de reprendre ma respiration malgré l'horrible odeur qui s'est infiltrée dans ma bouche. J'ai l'impression que mon corps est en train de se briser, j'ai mal…

« Cartman… Je… Je n'en peux plus…

- Tu sais quoi ? La pipe, tu me la feras plus tard. »

Redressant la tête, mes boucles collées au front à cause de la transpiration, je vois la mine dégoûtée du nazi. Si je n'avais pas si mal, cette réaction m'aurait fait sourire je pense, mais l'heure n'était pas aux blagues. Il me détache enfin et je sens que je tombe en avant. Mes jambes tremblent tellement qu'elles ne me soutiennent plus. En même temps, je pense que le seul effort que je pourrais faire avec mes jambes ne ferait qu'accentuer la douleur encore plus. Le gros a l'air satisfait, il me porte doucement jusqu'à un lit dans un coin de la pièce. Une fois dedans, je m'effondre directement, ayant atteint la limite de ce que je pouvais supporter, usé aussi bien mentalement que physiquement. Surtout physiquement… Je sens tout de même, avant de tomber de fatigue, que Cartman me borde, et il s'excuse à mon oreille pour tout ce qu'il vient de faire, qu'il ne pensait pas que ça me ferait aussi mal, qu'il ne recommencera plus, parce qu'il n'aime pas me voir souffrir. J'ai un peu de mal à y croire, pourtant sa voix n'est pas vile en cet instant et il est sincère, je le sens. Je ne sais plus quoi penser, mon cerveau usé par les événements récents se déconnectant simplement.


P.O.V. Kip

Aujourd'hui, les flics sont venus nous voir. Apparemment, il y aurait un garçon qui aurait disparu depuis une journée maintenant. Mes amis sont incapables de me dire de qui il s'agit, mais j'ai la forte impression qu'il s'agit de Kyle. En même temps, je suis le seul du groupe à le connaître et à en parler tout le temps. Des fois, même, ça les soûle, et ils me le font bien comprendre en roulant des yeux. Il n'a rien publié sur Facebook depuis hier, depuis notre retour de chez lui en fin de compte. Depuis que Butters m'a assuré que retourner en cours était la meilleure chose à faire parce que Kyle n'allait pas tarder à nous rejoindre. Je ne l'ai pas vu de la journée suite à ça. Je trouve même que l'alerte enlèvement a été lancée un peu tôt, après tout il n'a disparu qu'une journée, à la différence de Stan et Craig. Eux, ça fait quelques jours maintenant qu'on a plus de nouvelles. D'ailleurs, aujourd'hui, le père de Stan nous a fait une intervention sur les récentes disparitions, persuadé que ça avait quelque chose à voir avec les enfants de South Park. Pour être honnête, je pense surtout que l'alcool est monté à la tête de ce pauvre Randy, lui qui s'est remis à boire depuis la disparition prématurée de son garçon. J'aimerais qu'on retrouve au moins Kyle, après tout Stan lui a fait du mal non ? Peut-être qu'il mérite un peu de disparaître comme ça. Mais Kyle… Kyle, il n'a rien fait dans l'histoire, ce n'est qu'une victime innocente et tout lui est tombé dessus. Il n'a rien demandé à personne, mais ça s'est produit. Si seulement il pouvait un peu avoir la paix, après tout ça. J'aurais tellement aimé que Kyle soit là, pour voir que la vie n'était pas si grise, on aurait pu parler ensemble, de nos problèmes, de tout ça. Je suis sûr que j'aurais réussi à le consoler, comme lorsque je l'ai pris dans mes bras la dernière fois. On aurait dit qu'il avait une fragilité palpable, comme si, si je n'avais pas fait attention, il se serait brisé entre mes bras.

« Kip ? »

Je me retourne pour me trouver face à Nathan, l'un de mes amis handicapés. Il a le sourire des bons jours, mais je ne sais pas ce que ça signifie avec lui. C'est toujours compliqué de savoir à quoi il pense, même s'il le dit clairement. Je décide de l'interroger du regard, mes pensées encore focalisées sur la chevelure rousse de Kyle.

« Si tu l'aimes tant que ça, tu devrais lui dire.

- Mais, tu as entendu ? Il a disparu…

- C'est parce que tu n'observes pas bien.

- Hum ? »

D'un mouvement de tête, il me montre la frimousse réjouie de Cartman, qui a l'air exceptionnellement heureux, malgré le fait que deux de ses amis proches aient déjà disparu. Il a raison, quelque chose ne tourne pas rond avec ce gros garçon. Déjà, à partir du moment où il avait pris son temps pour aller chez Kyle, alors qu'il avait clamé être parti le chercher, puis maintenant… Il remarque que je le fixe et je le vois plisser les yeux en regardant dans ma direction. Je détourne rapidement le regard, me concentrant de nouveau sur Nathan comme si de rien n'était. Le sourire de l'handicapé me fait pourtant très peur.

« Tu comptes retrouver ta dulcinée ? Je te conseille vivement de suivre ce type ce soir, il a quelque chose à cacher.

- Merci Nath !

- Mais après ne te fait pas trop d'espoirs, c'est peut-être autre chose qu'il cache.

- Il faut que je tente, au moins pour avoir une piste.

- On peut savoir de quoi que vous parlez, les nazes ? »

Eric venait de poser son cul à côté de nous. Je lançais un regard suppliant à Nathan pour qu'il ne dise rien. L'handicapé soupira.

« Je me disais juste que Butters semblait très suspect dans la disparition de Kyle, et Kip était d'accord. Quand tu vois à quel point il a l'air stressé.

- Ouais, j'suis d'accord aussi. Peut-être qu'il sait des trucs. Ou alors il va accuser quelqu'un d'autre pour être sûr qu'on ne le fasse plus chier. Vous allez devoir être prudents les mecs.

- Compte là-dessus. »

{….}

Plus tard, Nathan parti, j'ai décidé de suivre Eric de la manière la plus discrète possible. Il n'était pas resté pour manger ce midi, par conséquent j'avais peur qu'il ne revienne pas le voir, s'il l'avait réellement enlevé, ayant déjà tout prévu de A à Z. Mais visiblement je m'étais trompé sur le fait que c'était lui. La première chose que je l'ai vu faire en rentrant de l'école, ça a été de se diriger vers chez lui en courant pour regarder la télévision, vautré sur le canapé avec un paquet de Cheesy-Pouf. Je commençais à perdre espoir de le voir bouger quand la nuit était tombée, qu'il était toujours immobile, mais il s'est soudain levé, se dirigeant vers la cuisine. Attendant qu'il revienne, je me suis installé un petit poste d'observation discret, quitte à m'installer dans les buissons qui bordent la maison. Je l'ai attendu, longtemps, avant de me rendre compte que, visiblement, il ne reviendrait pas. Certainement avait-il eu conscience que je le surveillais, ou qu'avec Nathan nous le suspections, mais je crois bien qu'il a réussi a fuir en douceur. Sûrement avait-il réellement quelque chose à se reprocher ? J'ai fini par trouver ça de plus en plus bizarre, pour autant je n'ai pas bougé de peur de manquer son retour. Je me suis finalement endormi, dehors, dans le froid, sans avoir aperçue aucune trace du gros garçon. A mon réveil, il n'était même d'ailleurs pas revenu. Peut-être que je l'avais jugé trop vite, peut-être que lui aussi avait été enlevé ? C'est la première pensée qui m'a secoué, alors que je me réveillais en grelottant de froid. J'étais allé sonner, pour être sûr que je ne l'avais pas raté. Une élégante dame était venue m'ouvrir, mais elle avait été surprise de me trouver là, je l'ai vu dans son regard.

« Bonjour jeune homme, tu n'es pas un peu jeune pour..?

- Je viens pour Eric Cartman madame, il est en retard à l'école.

- Oh, il était souffrant hier soir, je vais voir où il en est. Entre, tu trembles comme une feuille ! »

Je ne me fais pas prier et m'installe. Je ne compte pas rater les cours, mais si ça peut me permettre d'avoir la confirmation que je me suis trompé, alors c'est toujours bon à prendre. Je l'entends dire un "poussin" de sa voix douce alors qu'elle monte les escaliers et vois un chocolat sur la table face à moi. Sans réfléchir, le froid ayant déjà un peu entamé mes os, je le prend et bois un peu dedans. Pas tout, évidemment, mais juste assez pour que ça ne paraisse pas suspect et que ça me réchauffe. Je vois l'adulte redescendre après quelques minutes, la mine inquiète.

« Si tu veux, tu peux prendre le chocolat, on dirait qu'il est déjà parti. Es-tu sûr qu'il n'est pas en cours ?

- Quand j'y étais, il n'était pas arrivé.

- Est-ce que tu as des parents ? On dirait que tu as passé la nuit dehors.

- Oh, ça ? Ils sont au courant, c'est une activité sportive de faire du camping en plein hiver.

- Réchauffe-toi un peu alors… »

Comment une femme aussi gentille pouvait être la mère d'un enfant comme Eric Théodore Cartman ? Je saisis le chocolat que j'avais entamé un peu plus tôt, les mains tremblantes et commence à boire. Mes parents, je leur ai dis que je rentrerais tard, mais je ne pensais pas passer la nuit dans ces buissons. Il va falloir que je trouve une excuse, moi qui ne sors jamais d'habitude, ils ont dû mourir d'inquiétude, surtout avec les récentes disparitions. Elle vient s'asseoir à côté de moi, m'observant boire. Elle ne semble pas me connaître, je ne l'avais jamais rencontrée non plus avant. Elle finit par soupirer.

« Tu es un ami d'Eric ?

- On peut dire ça. J'enquête sur les disparitions…

- Je pense que tu n'as pas besoin. Stanley Marsh et Craig Tucker sont partis en voiture pour d'autres horizons il y a un moment déjà. On sait tous qu'ils sont certainement en road-trip ou quelque chose du genre. Le plus inquiétant est Kyle Broflovski, ses parents ont remarquées des traces de lutte dans la cuisine, mais je pense que ça ne veut rien dire. Tous les couples se chamaillent à un moment ou un autre je pense. Peut-être qu'ils avaient juste peur de l'avouer.

- Sûrement…

- Il a peut-être juste fugué, j'ai cru comprendre que cela n'allait pas très fort pour lui en ce moment. Il reviendra je pense, comme si de rien n'était ! »

Je ne dis plus rien, continuant de tourner ma cuillère dans la tasse à présent vide. Elle a peut-être raison. Je ne connais pas assez Eric, et encore moins Kyle, pour savoir comment ils réagiraient dans ce genre de situations. J'ai peut-être jugé trop vite, sachant que personne n'aime le gros garçon à l'école, et surtout pas Kyle. Ça me semblait presque logique de l'accuser, avec tout ce que j'avais appris sur leurs rapports, et le fait dont il avait traité Kyle la dernière fois, chez les Broflovski. Le forcer à mettre une robe… J'avoue que ça devait peut-être bien lui aller, et ça aurait fait de magnifiques photos, mais… S'il ne voulait pas, ce n'était peut-être pas la meilleure chose à faire que de le forcer. Une fois le chocolat fini, j'ai dis au revoir à la dame, dont le nom était Liane, et je me suis dirigé vers l'école, dépité. Mon enquête piétinait puisque le seul suspect potentiel s'était évaporé dans la nature. Je devrais me contenter de ce que j'ai pour l'instant, j'en parlerais à Nathan quand j'aurais l'occasion, au moins histoire de lui dire qu'il s'était planté en beauté, même si je déteste dire ce genre de choses aux gens qui ne veulent qu'aider. Mais, au moment où j'arrivais devant Nathan, son air neutre me fit penser qu'il savait déjà tout. J'ignore comment, mais ce type est un petit génie parfois, il est impossible à doubler.

« Laisse-moi deviner. Le suspect numéro un a disparu ?

- Hum… Ouais…

- Ce n'est pas très grave.

- Que- Quoi ?! Mais, et pour Kyle, comment on fait ?

- Quel que soit l'agresseur, vue la pression médiatique, il finira bientôt par relâcher sa prise. De toute manière, on ne peut rien faire d'autre si on ne sait pas où ils ont disparu. Laissons ça aux policiers, ils ont certainement plus de preuves que nous et seront plus efficaces.

- Je ne sais pas…

- Parce que tu comptes faire quoi ?

- Ne pas rester là à me tourner les pouces, il faut que je trouve le moyen de l'aider !

- Je ne pensais pas qu'il t'obsédait à ce point-là le rouquin. Alors voilà, il y a peut-être encore une chance de le localiser, mais je ne te promets rien. Tu te souviens du blond qui fait tout le temps des blagues de cul ?

- Ouais…?

- Bah il est dans le même groupe de potes que ta princesse et le gros lard. Peut-être, je dis bien peut-être, que si c'est le gros qu'a fait le coup, il pourra t'indiquer l'endroit où ils sont. Par contre, ajouta-t-il en posant une main sur mon épaule, bonne chance pour le trouver, il va plus trop en cours et lui ses parents s'en foutent s'il disparaît. »

Et il a eu raison, j'ai mis plusieurs jours à le trouver. Il était en train de flirter avec le nouveau quarterback de l'équipe des vaches, l'ancien étant visiblement parti vers d'autres horizons. J'avais attendu ce moment en me préparant aussi bien physiquement que mentalement, je savais que Kenneth McCormick n'était pas le genre de types que je me voyais aborder en temps normal. Si sûr de lui, à rire pour un rien, alors que sa vie était vraiment de la merde. A la différence, moi, j'étais celui qui n'avais aucune vie sociale et qui pleurais pour la moindre petite chose, aussi insignifiante soit-elle. J'étais ce mec qui passe sa vie devant un écran d'ordinateur, ne vivant qu'à travers ça, sans réellement voir le monde. Mais là, pour la personne que j'aime, je me dois de prendre mon courage à deux mains. Si je ne peux même pas le faire pour ça, alors ça veut vraiment dire que je suis une mauviette et que ma vie deviendra un échec cuisant. Je ne dois pas m'arrêter à ça, même si ce mur me semble infranchissable, une fois en haut je le trouverais insignifiant, jusqu'au prochain obstacle. Mais il me faut du courage, et le temps que je le trouve il avait déjà disparu. Le quarterback me fixe de ses yeux verts, si semblables à ceux de Kyle, et sans même y réfléchir je m'approche doucement. Clyde, c'est le genre de type sur qui on ne sait rien. Un peu comme le bon ami, dans un coin, à qui on parle quand on a besoin, mais qui la plupart du temps est assez effacé. C'est plus facile pour moi d'entamer la conversation avec lui.

« Ouais, quelque chose ne va pas ?

- Euh… Je voulais te demander, tu le vois souvent, Kenneth McCormick ? »

Il fronce les sourcils avant de faire une petite grimace. Quoi ? Ce n'est pas comme ça qu'il s'appelle ? Je l'aurais juré pourtant…

« Tu sais, on l'appelle tous Kenny. Et ouais, il me tourne souvent autour, mais je suis pas gay !

- Ah, euh, très bien, je suppose ? En fait, c'était pour te demander si tu pouvais lui dire que j'aimerais bien lui parler…

- Wow, euh, je ne suis pas sa secrétaire.

- C'est juste que je n'arrive pas souvent à le croiser, et que c'est assez urgent.

- Je vois, bah écoute je lui dirais la prochaine fois que je le vois, ça te va ? »

Je fais oui de la tête, je le remercie et me dirige de nouveau vers Nathan, au milieu de la cours, qui est encore en train de fusiller Jimmy Valmer du regard. Dieu sait à quel point ces deux-là se détestent, pour autant cette haine semble bénéfique autant pour l'un que pour l'autre, pour la simple raison que ça les fait tous deux progresser vers un niveau encore plus performant. Comme ça fait des années que ça dure, les deux sont sans aucun doute, ceux avec la meilleure capacité de déduction existante. C'est cool de se dire que je connais deux personnes comme ça, je suis assez fier de leur avoir déjà parlé et d'avoir même l'un d'eux en ami.


P.O.V. Eric

Je suis pas assez con pour tomber dans le panneau de Nathan, je sais à quel point ce couillon est cramé quand il fait une déduction foireuse. Enfin, cette fois, elle l'était pas. Il avait beau parler de Butters, ça se voyait clairement que c'était de moi qu'il parlait, et le regard pas discret que Kip m'a lancé l'a confirmé assez rapidement. J'ai compris qu'il allait me suivre dès que j'allais quitter l'école, j'ai donc pris un coup d'avance. Si t'as pas encore compris que c'est moi qui ai séquestré Kyle c'est que t'es long à la détente, et encore plus si t'as pas capté que mon but, avant tout pour le faire souffrir, c'est de voir si le syndrome de Stockholm peut passer avec lui. Ouais, mais si on découvre que c'est moi qui l'ai emprisonné, je pourrais pas finir ma petite expérience. Elle doit se faire sur plusieurs jours pour que ça marche, sinon il va juste me balancer comme la grosse merde qu'il est. Alors, entre midi et deux, au lieu d'aller me précipiter vers la cantine (je sens que je vais détester cette journée, et Nathan, et Kip, pour foutre leurs nez dans mes affaires et m'empêcher de bouffer), je me dirige derrière le bar de Skeeter. Personne ne soupçonne que, là-dessous, y'a un espace tellement grand et insonorisé qu'on peut foutre tout le bordel qu'on veut sans se faire choper. Mais Skeeter a peur des rats, alors jamais il ira foutre un pied dans sa cave. Il veut même pas tenter de les chasser, ce sale roux. Enfin, tout ça, ça arrange mes petites affaires. Parce que, mine de rien, les rats, y'en a assez peu, et en passant derrière le magasin, personne ne m'a vu transporter des choses. Derniers trucs à mettre, mon sac d'école que j'ai dans les mains. Je vais en profiter pour faire un petit coucou à ma victime favorite. En vrai, il peut me remercier, grâce à moi il a arrêté de se scarifier. En même temps, les objets coupants sont proscrits, il n'en a plus besoin vu qu'il ne voit plus la lumière du soleil, et encore moins la gueule de Stan. Dire que la première nuit j'ai dû rester avec lui pour essuyer ses larmes, faisant de mon mieux pour compatir à son malheur dans le seul but d'en savoir plus. Il a craché un sacré morceau, moi qui pensais qu'il garderait tout ça pour lui, au final il avait vraiment besoin de parler. Je suis resté essuyer ses larmes, le rassurer comme j'ai pu, me montrer le plus conciliant possible et imaginable. En temps normal, il aurait résisté plus avant de se laisser tomber dans les filets, mais je crois que cette histoire l'a tellement brisé, lui qui n'osait rien dire, qu'il s'est lentement laissé tomber dans mes bras réconfortants. Je crois que le fait de lui répéter que dehors il n'y avait que des choses qui pourraient le blesser, et que s'il restait ici avec moi, il serait en sécurité, ça a dû jouer. Il ne voulait même plus sortir, si bien que le lendemain quand je suis parti pour l'école, je l'ai vu devenir blême, me suppliant corps et âme de rester avec lui. J'aurais adoré lui faire du chantage pour qu'il ai l'impression de me forcer à rester, mais je devais aller en cours au moins une journée après sa disparition pour écarter les soupçons, qu'on ne pense pas que je l'ai enlevé comme Craig l'a fait avec Stan. On sait pas bien ce qu'ils sont devenus d'ailleurs, ces deux-là. Sûrement en train de faire des bébés quelque part, en fait je veux pas savoir. En faisant un crochet par la maison, j'ai décidé de faire la provision de bouffe, et rattraper le repas de midi que j'avais manqué. Kip n'avait pas abandonné après trois heures où j'étais resté immobile devant la télé, alors je suis passé par le jardin, emportant des restes du frigo après les avoir réchauffés pour certains. Kyle me serait reconnaissant de lui amener de la bouffe chaude, très reconnaissant même. Et s'il ne l'était pas, je m'arrangerais pour qu'il le soit. Comme je m'en doutais, là il ne m'avait pas suivi, et je me suis rendu au sous-sol de Skeeter, prêt à profiter de ces quelques jours en compagnie de Kyle. Si jamais les poulets finissaient par nous retrouver, je serais pas accusé, je sais suffisamment bien jouer la comédie pour faire croire que moi aussi j'avais été maintenu au sous-sol contre mon gré. Et, la prochaine fois que je ferais semblant de partir, je pourrais utiliser mon chantage. Il me tarde de voir à quel point coucher avec des mecs a rendu le roux performant au lit, parce qu'il va devoir se montrer très convainquant pour que je "reste".