Chapitre 2

Bulma attendait docilement au pied de l'escalier, Zarbon à côté d'elle. Il lui avait à peine laissé le temps de se rhabiller et elle tripotait les lacets défaits de son peignoir en se mordant la lèvre.

Tout était allé trop vite. En fait, tout allait trop vite ces derniers temps, bien plus vite que ce qu'elle était capable de gérer. L'idée de tout laisser tomber comme Piccolo le lui avait ordonné refit surface dans son esprit un instant mais elle la chassa aussitôt. Elle devait trouver une autre solution. Ce type, Ouji, était-il une solution ou un autre problème? Elle n'en avait pas la moindre idée. Même si, pour une raison étrange, elle avait cru comprendre dans la cabine privée qu'il proposait de l'aider, elle commençait maintenant à en douter sérieusement.

Elle jeta un coup d'œil à Zarbon. L'éclairage coloré et tamisé du club créait un clair-obscur qui faisait saillir ses traits et son visage crispé ne laissait aucun doute sur sa mauvaise humeur. Ouji lui tapait sur les nerfs depuis la première minute, c'était évident. Est-ce que Bulma pouvait en tirer avantage, ça c'était beaucoup moins sûr.

Elle se méfiait de Zarbon plus que des autres. De tous les hommes de main du lézard, il était le plus distingué. Toujours poli, avec sa voix douce et son allure élégante, il n'avait jamais un geste déplacé et se montrait respectueux avec les filles. La plupart du temps en tout cas. Pourtant, Chichi avait conseillé à Bulma de ne jamais le défier. La légende voulait que, dans un accès de rage, il avait un jour massacré une fille au point qu'elle avait dû quitter le club, incapable de remonter sur scène. Depuis qu'elle l'avait vu une fois s'en prendre à Lunch, Bulma avait tendance à croire à cette histoire. A cette occasion, elle s'était rendue compte que contre toute attente, Lunch n'était pas du genre à se laisser faire. La strip-teaseuse avait riposté aux coups avec une habileté surprenante, au début en tout cas. Elle avait quand même fini par préférer reculer et si Dodoria n'était pas intervenu, il ne faisait aucun doute que Zarbon n'aurait pas hésité à la démolir tout à fait. Bulma estimait qu'elle n'aurait elle-même pas grande chance à mains nues contre lui.

La porte du bureau en haut des escaliers s'ouvrit et Dodoria leur fit signe de monter. Zarbon lui attrapa le bras et la poussa devant lui sans ménagement. Un geste aussi brusque n'était pas dans ses habitudes, ce qui confirma à Bulma qu'il était passablement irrité par la situation. Elle se demanda à nouveau si elle n'avait pas fait une connerie en décidant sur un coup de tête de jouer le jeu de Ouji.

Quand elle entra dans le bureau de Freezer, elle ne manqua pas de noter que Dodoria et Zarbon se positionnaient derrière elle devant la porte, comme pour couper toute possibilité d'échappatoire à quiconque.

Freezer était adossé à son immense bureau de verre, les bras croisés, le visage fermé. Ouji se tenait en face de lui, les mains dans les poches, avec une allure décontractée qui contrastait totalement avec l'atmosphère tendue que Bulma percevait.

Elle se força à lever les yeux vers le lézard et un frisson la parcourut. Freezer était loin d'être laid. Objectivement, il aurait même pu être attirant. Il n'était pas très grand mais il était mince et plutôt musclé. Ses cheveux blonds et raides lui tombaient aux épaules et la plupart du temps il les lissait en une queue de cheval attachée sur la nuque. Les traits de son visage étaient fins sans lui dénier une certaine virilité et il s'appliquait à toujours paraitre impeccable. Il était toujours rasé de près, les ongles manucurés, et il portait invariablement des tenues aux couleurs claires et immaculées. Cette obsession de la propreté et de la perfection était le premier détail perturbant qui émanait de lui. Mais le plus glaçant était ses yeux ocre. C'est à cause d'eux qu'on l'avait appelé le lézard au départ, même si d'autres traits de sa personnalité collaient aussi bien au surnom. Ses yeux avaient quelque chose de reptilien qui respirait la folie et la cruauté. Quand il souritait, c'était pire. Une lueur inquiétante s'allumait dans ses prunelles dès que ses lèvres amorçaient le moindre rictus.

Il la toisa froidement des pieds à la tête.

- Bulma mon petit chat, notre invité est semble-t-il totalement sous ton charme, expliqua-t-il d'une voix sifflante. D'après ce que j'ai vu sur les caméras, il s'est même permis de prendre un peu plus que ce qui lui était offert.

Il tourna un regard sombre vers Ouji en disant cela mais son invité se contenta d'un demi-sourire.

- J'ai tout juste piqué dans le plat, répliqua-t-il avec un amusement à peine voilé. Je ne comprends pas cette mascarade, Freezer. T'as une tripotée de filles ici, qu'est-ce que ça change si je t'emprunte celle-là pour la nuit? Au prix que je paye, tu fais bien des manières.

Le lézard fronça les sourcils à cette remarque. Bulma observait la scène avec prudence, essayant de déterminer lequel des deux hommes pouvait représenter le moindre mal. Freezer s'écarta de son bureau et marcha jusqu'à elle. Il posa sa main sur sa taille et l'attira plus près de lui. Elle se raidit mais pour le reste, elle parvenait maintenant à dissimuler sa répulsion à la perfection.

- Bulma est mon petit chat et j'y tiens, affirma Freezer.

Il reporta son attention sur elle et lui sourit. Elle s'efforça de lui rendre son sourire comme si elle était touchée et ravie de son compliment.

- Bulma, tu n'es pas obligée d'accepter la proposition de Monsieur Ouji. C'est un partenaire important pour moi mais… Je suis sûre qu'il s'en remettra ajouta Freezer.

Elle figea son sourire et lança un coup d'œil à Ouji qui les regardait d'un air impassible. Il était temps pour elle de jouer sa vie à pile ou face. La main de Freezer sur sa hanche et la façon qu'il avait de la serrer de trop près façonnèrent sa résolution. Elle n'avait aucune idée de ce qui se passerait avec Ouji, mais elle savait trop bien ce qui finirait par se passer avec le lézard. Il valait mieux le tenir à l'écart autant que possible.

- Je ne voudrais pas vous créer de problème, boss. Et je n'aimerais pas non plus vous faire perdre un bon contrat. Je n'ai aucun problème à tenir compagnie à Monsieur Ouji pour la nuit. Je serai de retour demain de toute façon, n'est-ce pas?

Cette réponse contraria instantanément Freezer. Il eut à peine un froncement de sourcil mais Bulma le sentit se figer imperceptiblement et l'ocre de ses yeux s'assombrit. Il fusilla Ouji du regard et soupira avec résignation.

- Végéta, je compte sur toi pour prendre soin de mon petit chat, marmonna-t-il sur un ton qui tenait plus de la menace que de la requête.

Bulma sentit la main de Freezer descendre sur ses fesses et il mit une petite pression en l'embrassant doucement sur la joue. Elle se retint in extremis de fermer les yeux, un nœud douloureux dans la gorge.

- Va te préparer, chaton. Et sois sage, je t'attends demain, souffla-t-il à son oreille.

Elle lui sourit à nouveau.

- Ne vous inquiétez pas, Boss. Tout se passera bien.

Elle avait le cœur battant quand Zarbon la raccompagna au vestiaire. Si elle s'était écoutée, elle aurait détalé sur le champ pour traverser le club et en ressortir par la porte de derrière. Projet totalement délirant évidemment. Kiwi l'aurait chopée en deux minutes, sans compter qu'elle se serait retrouvée sous la pluie en peignoir et sous vêtement, sans un sou en poche, ce qui réduisait sérieusement toute perspective de trouver de l'aide. De toute façon, elle devait jouer son rôle jusqu'au bout.

Quand elle arriva dans le vestiaire, Lunch s'y trouvait à nouveau, en train de se changer pour son deuxième numéro de la soirée. Elle lança un coup d'œil noir à Zarbon qui s'éclipsa pour attendre devant la porte.

- Qu'est-ce tu fous? Grogna Lunch en la voyant sortir ses fringues.

- Je… Je pars avec un client, bredouilla Bulma en se débarrassant du peignoir.

Lunch suspendit son geste alors qu'elle était en train de fixer un porte-jarretelle et lui adressa un sourire obscène.

- C'est pas ton papi, hein?

La passe était hors de prix au club de Freezer et il n'était pas fréquent que les clients arrivent à faire affaire avec le boss. Grâce aux tarifs prohibitifs du lézard, Bulma avait réussi à cantonner sa couverture au strip-tease. Depuis six mois qu'elle était embauchée, elle avait eu deux clients.

Le premier était son contact avec l'unité. Cet obsédé de Roshi avait réussi à se faire choisir pour assurer ce rôle. Il venait régulièrement louer les services de Bulma et, profitant de l'intimité de la nuit qui leur était ainsi accordée, Bulma et lui faisait le bilan des informations récoltées et des pièces manquantes au dossier. Mais maintenant que Piccolo avait décidé que la mission devait se terminer, il y avait peu de chances que celui que les filles appelaient son "papi" ne se repointe au club.

Le deuxième client ne s'était présenté qu'une fois. Respectable homme d'affaire et père de famille, il avait suffi que Bulma brandisse son badge sous son nez pour s'en débarraser une fois pour toute. Elle avait été assez convaincante pour être honnête, expliquant au gars que s'il remettait les pieds au club ou parlait à quiconque de ce qui s'était passé entre eux, toute sa petite vie confortable serait impitoyablement ruinée en moins de 24 heures. Bulma n'en avait plus jamais entendu parler et elle soupçonnait que certains de ses collègues étaient repassés derrière elle pour rappeler au type la nécessité de tenir sa langue.

De fait, c'était la première fois que Bulma était sur le point de gérer un vrai client, potentiellement dangereux et certainement difficilement impressionable. La perspective la rendait franchement nerveuse et cette fouineuse de Lunch n'avait pas manqué de le remarquer.

- Hm. Non, c'est un VIP du boss apparemment, expliqua Bulma en dézippant ses bottes.

Lunch ne répondit pas et reprit l'ajustement de sa tenue. Elle enfila ses talons et se dirigea vers la table de maquillage. Néanmoins, au lieu de s'atteler à ses retouches, elle s'assit et s'alluma une cigarette en observant Bulma qui s'habillait.

- Et donc le boss a donné son feu vert? Demanda-t-elle finalement.

Bulma lui présenta son dos pour qu'elle remonte la fermeture éclair de sa robe.

- Je crois qu'il a pas trop eu le choix, marmonna Bulma pendant que sa camarade refermait la fermeture éclair d'un coup sec et nonchalant.

Bulma retira sa perruque et se posta devant le miroir. Lunch continuait à la scruter, elle pouvait le voir dans le reflet. Elle lâcha ses cheveux et les brossa énergiquement. Ils étaient plaqués par les résidus de gel et de paillettes. Elle essaya d'en éliminer un maximum pour les ramener dans un chignon arrangé.

- Tu as bien conscience que le boss te lorgne de très près, n'est-ce pas? reprit Lunch. Et il aime pas trop partager. S'il se fâche, tu sais que tu seras en première ligne. Enfin… Je dis pas ça pour te faire flipper, j'espère seulement que tu sais ce que tu fais.

Si seulement. Bulma faisait semblant de ne prêter qu'une oreille distraite à Lunch mais chacun de ses mots résumait très précisément le merdier dans lequel elle se trouvait. Mais je ne me retirerai pas.

Elle ajouta une dernière épingle à sa coiffure et soupira.

- Merci du conseil, Lunch. Je fais ce que je peux.

Elle attrapa son imperméable et son sac et repassa un dernier coup de rouge à lèvre devant le miroir avant de rejoindre Zarbon à l'entrée du vestiaire. A nouveau, il la laissa passer devant comme une manière de la garder à l'oeil.

Elle traversa le club et croisa le regard surpris et inquiet de Chichi. Elle lui adressa un mince sourire de loin pour la rassurer et poursuivit son chemin jusqu'à l'entrée officielle du club. Ouji discutait à voix basse avec Freezer. Ils se turent dès qu'elle s'approcha. Freezer lui prit les doigts et déposa un baiser sur le dos de sa main.

- A demain, mon petit chat, murmura-t-il avec un sourire qui l'épouvanta autant que le contact de ses lèvres sur sa peau.

- A demain, Boss, salua-t-elle avec un nouveau sourire plein d'entrain.

Comme pour couper court à ces adieux, Ouji la prit par la taille et la guida vers la sortie. Ce fut seulement à cet instant qu'elle s'aperçut qu'il était lui-même accompagné par deux hommes de main. Un grand chauve à moustache et un plus jeune avec des cheveux jusqu'à la taille. Les deux hommes leur emboitèrent le pas, comme pour couvrir leurs arrières.

Le voiturier avait avancé une voiture rutilante et sombre. Très cher mais relativement sobre en comparaison de celles que Freezer aimait conduire. Il pleuvait encore et l'employé du club les accompagna jusqu'à la portière avec un parapluie. Bulma eut une seconde d'hésitation avant de monter à l'arrière de la voiture et elle jeta un coup d'œil derrière elle. Freezer se tenait sur le pas de la porte, l'air morose, encadré par Dodoria et Zarbon. Le spectacle suffit à la décider et elle s'engouffra dans l'habitacle.

Ouji prit place à côté d'elle tandis que ses hommes de main étaient à l'avant. Il se laissa aussitôt aller dans le moelleux des sièges, basculant sa tête en arrière avec un soupir.

- Il avait pas l'air content, le lézard, commenta le chauve qui conduisait.

- Il l'était pas. Tu veux aller le consoler, Nappa? Grommela Ouji.

Nappa éclata de rire à cette proposition.

- J'aime pas ses gars. Ils me filent la chair de poule, râla l'autre homme de main sur le siège passager.

- C'est que t'as encore un peu d'instinct de survie, rétorqua Ouji avec un sourire.

- Moi, je m'en ferai bien un, un de ces jours. Le dandy, là avec son costume impeccable et ses cheveux de gonzesse, reprit Nappa.

Ouji ne répondit pas et se mit à observer le défilement des rues illuminés par le carreau de sa fenêtre.

- Vous voulez aller où maintenant, boss? Demanda Nappa en tournant la tête vers l'arrière.

- Je rentre, lâcha Ouji.

- Déjà? S'étonna Nappa.

Ouji prit la main de Bulma et la souleva pour la lui montrer.

- Tu vois bien que j'ai de quoi m'occuper, vous aurez qu'à vous éclater un peu pour une fois.

Bulma restait muette et immobile. Elle avait conscience que ce n'était pas le comportement d'une pro. Elle aurait dû être plus agréable, plus engageante, plus tactile aussi, mais elle continuait à se demander si Ouji avait vraiment eu l'intention de louer ses services ou si tout ça n'était qu'une astuce pour lui venir en aide d'une manière ou d'une autre. Elle avait du mal à cerner ce type mais ce qui était sûr c'est qu'après lui avoir sauté dessus dans la cabine privée, il ne semblait plus lui accorder beaucoup d'attention maintenant.

Elle remarqua qu'il n'en allait pas de même pour le plus jeune des hommes de main qui la lorgnait dans le rétroviseur. Elle essayait de comprendre où, et surtout avec qui elle se trouvait. Elle soupçonnait que ces mecs étaient des Saïyens mais elle n'en était pas sûre. Quoiqu'il en soit, elle tentait de rassembler toutes les informations que son petit cerveau détenait sur les Saïyens. Ce n'était pas grands choses. C'était des assassins à la base mais il s'était diversifié dans divers trafics. Ça ne leur avait pas porté chance et les trois-quarts du clan étaient tombés une quinzaine d'année auparavant. Ceux qui restaient se faisaient extrêmement discrets, mais on supposait qu'ils étaient revenus à leur activité d'origine, assassins.

La conversation entre les hommes de main à l'avant avait reprise. Elle essaya d'écouter pour en savoir plus. Le plus jeune s'appelait Raditz et elle fouilla à nouveau sa mémoire pour vérifier si elle en avait déjà entendu parler. Rien ne lui vint à l'esprit. Ils parlaient à nouveau de Freezer et de ses hommes de mains. Ils se foutaient de leur gueule pour l'essentiel. Elle continua à suivre leur discussion sans en avoir l'air mais son espionnage prit fin quand la cloison de séparation entre l'avant et l'arrière de la voiture se remonta. Elle se tourna avec surprise vers Ouji qui était en train de presser le bouton du mécanisme de fermeture tout en lui adressant à nouveau son demi-sourire énigmatique.

Quand la paroi fut totalement remontée, elle réalisa qu'Ouji et elle se retrouvaient complètement isolés des deux autres et une alarme se déclencha dans la tête de Bulma. Ouji sortit une cigarette de sa poche de veste et l'alluma. Après en avoir tiré la première bouffée, il se tourna vers elle et glissa la cigarette entre ses lèvres peintes. Elle le laissa faire et l'observa tandis qu'il s'en allumait une pour lui.

- Nerveuse, hein? Demanda-t-il en expirant à nouveau la fumée.

Elle s'agita un peu sur son siège mais parvint à faire naitre un petit sourire sur son visage.

- Plutôt un peu… impressionnée, répondit-elle. Freezer ne me laisse pas souvent… sortir.

- Je n'ai aucun doute à ce sujet, répondit-il avec un petit rire. Il aimerait bien te garder pour lui, pas vrai?

Elle pinça les lèvres à cette suggestion, incertaine de la bonne réponse à donner.

- En quelque sorte, mais on n'est pas là pour parler de lui, n'est-ce pas?

Elle avait essayé de parler d'un ton naturel. Elle n'aimait pas la tournure de la situation et elle n'aimait le sujet de conversation. Elle n'arrivait toujours pas à comprendre ce que Ouji attendait d'elle et ça la rendait nerveuse. Elle décida de prendre les choses en main et de tater le terrain en prenant une attitude plus adaptée à son rôle. Elle jaugerait bien sa réaction et ça lui donnerait un indice sans flinguer son propre double jeu. Elle ouvrit la fenêtre et jeta sa cigarette avant de s'approcher de lui avec un sourire malicieux. Elle se pencha vers lui et lui caressa la cuisse en prenant soin de lui laisser entrevoir un maximum de son décolleté.

Il se contentait de la regarder sans réagir.

- Vous aviez l'air plutôt pressé au club, murmura-t-elle.

- Tu sais y faire, j'ai été pris au dépourvu, répondit-il sans la lâcher des yeux.

Elle eut un petit rire.

- Vous perdez vite votre sang froid, alors.

Il plissa les yeux et lui lança un regard qui la glaça.

- Je ne perds jamais mon sang froid, chuchota-t-il froidement.

Il n'avait pas répondu à son contact jusqu'à présent, la laissant jouer son jeu de séduction avec un plaisir certain. Il prit doucement sa main qu'elle promenait le long de sa cuisse et la força à cesser son va et vient.

- On est arrivé, ajouta-t-il tandis que la voiture s'arrêtait.

La portière du côté d'Ouji s'ouvrit et il descendit en la tirant par la main. Elle le suivit sans résistance et se retrouva sur le trottoir d'une grande avenue, devant un immeuble moderne. Ouji murmura quelques mots à l'oreille de Nappa qui était venu leur ouvrir et l'homme de main remonta au volant de la voiture qui redémarra aussitôt.

Bulma tenta d'identifier la rue. Un panneau indiqua qu'il s'agissait d'une des artères principales de la ville. Elle n'aurait aucun mal à se repérer ici si elle devait fausser compagnie à son client.

Ouji balança sa cigarette et l'entraina à l'intérieur de l'immeuble, jusque dans l'ascenseur. Tout puait le fric, ici. La dorure de l'ascenseur, le marbre du hall, le concierge en uniforme. Ouji pressa le bouton du 20ème et dernier étage et la cabine commença à s'élever. Elle n'aimait pas se retrouver dans un endroit si confiné avec lui. La façon dont il s'était jeté sur elle au club lui rappelait qu'elle faisait face à un homme imprévisible, sans compter qu'elle n'avait toujours aucune idée de ses véritables intentions.

Mais Ouji lui avait lâché la main pour s'adosser à la paroi en face d'elle. Il continuait à la scruter à distance. Son attitude la mettait mal à l'aise. Le laisser la déshabiller des yeux sans réaction était le pire détonateur d'un désir mal contenu et c'est ce qu'elle redoutait le plus. Elle avait hâte de se retrouver dans l'appartement. Si ça tournait mal, c'est là qu'elle fondait ses meilleurs espoirs d'en réchapper.

Une sonnerie discrète leur indiqua qu'ils étaient arrivés à destination. Bulma le suivit le long du couloir tapissé de moquette épaisse et jusqu'à sa porte d'entrée – blindée, elle s'en rendit compte au premier coup d'œil. Si elle ne s'était pas trompée, ce type était un assassin après tout, la porte blindée n'aurait pas dû l'étonner.

L'intérieur de l'appartement était à la hauteur du reste. L'entrée débouchait sur un salon qui ouvrait sur une cuisine, le tout formant un espace de près de 100 m² à vue d'œil. Il régnait dans cet endroit un ordre qui faisait froid dans le dos. Pas une trace de poussière, rien qui traine. Le décor était sobre et moderne, tout à fait impersonnel en réalité.

Il balança les clés sur la console de l'entrée et se débarrassa de sa veste. Puis il traversa le salon vers un bar.

Elle s'avança dans le salon avec hésitation.

- Assieds-toi, ordonna-t-il sans même lui jeter un coup d'œil.

Elle défit son imperméable et l'enleva avant d'obéir nerveusement en prenant soin de garder son sac à mains tout près d'elle. Il revint vers elle avec deux verres à la main et se posta en face d'elle en prenant une gorgée de l'un d'entre eux.

Ses yeux insistants qui dévalaient son corps moulé dans sa robe la brûlait presque. Elle connaissait trop bien ce regard et elle commençait à paniquer. Elle s'était plantée, elle s'en rendait compte maintenant. Ce type avait compris que Freezer avait une inclination pour elle et il avait juste décidé de défier le lézard en lui prenant son jouet. Ouji avait bien l'intention d'en avoir pour son argent avec elle et il avait même peut-être l'intention de lui faire du mal, une façon de se mettre en compte avec Freezer, pourquoi pas? Avec ces criminels tout était possible. A quel moment avait-elle cru que ce gars allait l'aider d'une manière ou d'une autre?

A cette pensée, elle sentit sa gorge se nouer et son souffle s'accélérer. Elle se sentait tétanisée. Elle n'avait aucun plan d'action. Aucun. Piccolo le lui avait dit. Retire- toi. Jamais. Pas maintenant.

- Les cheveux bleus, je m'en suis douté pendant le strip-tease, remarqua Ouji avec malice.

Il posa les deux verres sur la table basse derrière lui et se tourna pour lui faire face à nouveau. Elle devait lever la tête pour le regarder. Très lentement, il s'accroupit pour se mettre à sa hauteur. Il ne la lâchait jamais des yeux et elle soupçonna que l'incertitude qu'il lisait dans son regard lui plaisait. Ouji devait être un sadique ou un truc dans le genre. Ça n'arrangeait pas les affaires de Bulma. Il posa ses deux mains sur ses genoux très doucement.

Sans même s'en rendre compte, elle posa sa propre main sur son sac.

Il remonta l'ourlet de sa robe jusqu'à mi-cuisse tandis qu'elle glissait ses doigts dans l'ouverture du sac.

Il replaça ses mains sur ses genoux et commença à les écarter très lentement. Elle se raidit et tâtonna le plus silencieusement possible dans le sac pour identifier chaque objet que ses doigts rencontraient.

- Voyons comment le petit chat de Monsieur Freezer s'en sort, murmura-t-il.

A ce moment, elle craqua et posa sa main libre sur son bras pour stopper son geste.

- Non, gronda-t-elle.

Il haussa un sourcil.

- Non? répéta-t-il avec amusement.

Elle se mordit la lèvre. Subitement, sans qu'elle s'y attende, il envoya le petit sac à main valser. Elle fut totalement prise au dépourvu et le pistolet qu'elle venait de trouver tomba sur le sol. Sans lui laisser un instant de répit, il saisit ses poignets et la força à croiser ses avant-bras sur sa poitrine. Il la plaqua d'un geste brusque contre le dossier du canapé tout en posant son genou entre ses jambes.

Elle résista et se débattit avec panique mais Ouji faisait poid de tout son corps contre elle. Elle réalisa rapidement l'inutilité de ses mouvements agités tandis qu'elle se sentait suffoquer sous la pression de son agresseur. Ouji s'était immobilisé mais continuait à maintenir ses poignets avec une force contre laquelle elle ne pouvait à l'évidence pas lutter. Elle finit par renoncer à ses gesticulations et leva des yeux incertains vers lui. Il la fixait avec froideur.

- Pathétique, murmura-t-il.

Elle cilla à sa réflexion, attendant la suite avec méfiance.

- Qu'est-ce que je pourrai bien faire de toi, maintenant? Il y a de quoi s'amuser d'après ce que j'ai pu voir, gronda-t-il d'une voix sourde en effleurant la courbe de son cou de ses lèvres.

Bulma ferma les yeux et tenta de contrôler sa peur.

- Je suis flic, souffla-t-elle. S'il m'arrive quoi que ce soit…

Ouji éclata de rire avant qu'elle ne finisse sa phrase.

- C'est comme ça que tu comptes t'en tirer avec le lézard?

Contre toute attente, il la lâcha subitement et se releva. Il ramassa le flingue sans un mot et le lui montra avec un air désapprobateur.

- N'importe quoi, grommela-t-il.

Elle rabattit sa robe avec embarras et le regarda avec incompréhension tandis qu'il enclenchait la sécurité et replaçait l'arme dans son sac. Puis, sans un mot, il reprit son verre et s'installa sur le sofa en face d'elle.

- Qui… Qui êtes-vous? Murmura-t-elle.

Il s'alluma une cigarette et la dévisagea un instant avec son éternel demi-sourire.

- Je suis là pour te sortir de la merde, annonça-t-il.

- C'est Piccolo qui t'envoie, répliqua-t-elle en fronçant les sourcils.

Il eut un petit rire.

- Piccolo? C'est qui ça? Nan, c'est Gokû qui m'envoie pour te récupérer.

Elle entrouvrit la bouche sous le coup de la stupéfaction.

- Gokû? Répéta-t-elle avec perplexité.

Elle se sentit abasourdie pendant un instant. Elle n'avait plus vu Gokû depuis au moins un an et demi. La dernière fois qu'il s'était croisé, il était venu lui dire au-revoir avant de partir en infiltration. Bulma n'était pas dans la confidence de sa mission mais Goku connaissait son projet avec Freezer – qui ne le connaissait pas? Elle jugea que Krilin avait dû le mettre au courant de sa situation, ces deux-là étaient comme cul et chemise. Elle se pencha pour attraper son verre. Elle en avait besoin.

- Je dois dire que je suis quand même impressionné par ta couverture. Comment tu fais? reprit Ouji.

- Comment je fais quoi?demanda-t-elle avec prudence.

Il tira sur sa cigarette.

- Le strip-tease, les mecs qui te mate en se branlant, les mains de Freezer sur ton cul. Tu couches avec lui?

- Non, s'exclama-t-elle avec horreur.

Il hocha la tête.

- Bon. Tu dois être contente de me voir alors. Une voiture passe te prendre d'ici deux heures.

- Une voiture? Répéta-t-elle avec incompréhension.

- Oui, pour te tirer de là. Te ramener à la "maison", ou je sais pas comment vous appelez ça.

Bulma fronça les sourcils et fouilla dans son sac à la recherche de ses propres cigarettes.

- J'arrêterai pas. J'en ai chié pour m'infiltrer au club et je vais me faire Freezer. Tu peux dire à Gokû de remballer sa bagnole.

Ouji haussa les sourcils et se mit à rire.

- Toi? Tu vas te faire Freezer? Je t'ai pas fait assez peur tout à l'heure, alors? Ha, Gokû m'avait prévenu mais je pensais pas que t'étais tarée à ce point.

Elle haussa simplement les épaules en allumant sa cigarette. Le sourire d'Ouji retomba lentement tandis qu'il l'observait avec une sorte de curiosité méthodique.

- Tu sais comment tu vas finir? Reprit-il. Ravagée. Morte, au mieux. Dans les deux cas, tu passeras par le pieu de Freezer que tu le veuilles ou non. Le reste de l'histoire dépendra seulement de ta capacité de résistance, grinça-t-il d'une voix sinistre.

- Je sais me défendre, siffla Bulma avec irritation.

La dernière chose dont elle avait besoin, c'était qu'on vienne lui rappeler le guêpier dans lequel elle s'était fourrée. Ouji soupira à sa réponse et la fixa avec dédain.

- Tu sais te défendre? Avec ce flingue merdique? T'as aucun réflexe, je te maitrise d'une seule main. Un flic bien minable dans le fond. T'es meilleure strip-teaseuse, cracha-t-il.

Cette fois-ci, la remarque la piqua au vif et elle ne put s'empêcher de lui balancer son verre à la figure. Il esquiva à la dernière minute et l'alcool atterrit sur le sol, formant instantanément une auréole sombre sur la moquette moelleuse.

- Putain de garce, siffla-t-il avec colère en constatant les dégâts avec incrédulité.

- Je t'emmerde, rétorqua-t-elle. T'es qui, toi d'ailleurs? T'es pas de la maison à t'entendre parler, reprit-elle.

Il reporta son attention sur elle comme si il avait encore du mal à croire que c'était bien elle qui avait essayé de lui balancer un whisky à la face.

- T'es vraiment une grande malade, souffla-t-il. Non, tu vois, je suis pas "de la maison" comme tu dis; ça risque pas, même. Mais t'aurais peut-être dû te poser la question avant de faire ce que tu viens de faire, tu crois pas?

Elle essaya d'ignorer la menace dans sa voix. Ce type était odieux et même s'il semblait lié à Gokû, il n'en demeurait pas moins dangereux, surtout s'il était vraiment un assassin. Bulma ne supportait pas ces mecs qui se croyait tout-puissants, elle n'était pas devenu flic uniquement par opportunisme, mais pour l'occasion, elle réalisa qu'elle ferait aussi bien de marcher sur des oeufs.

- Alors? Si t'es pas de la maison, t'es de l'autre bord, conclut-elle.

Il réprima un soupir d'agacement.

- Je te l'ai dit, je rend service à Goku et crois-moi, ça n'arrange pas trop mes affaires, grogna-t-il. Alors, je te le dis une dernière fois. La bagnole va arriver dans deux heures avec des gentils collègues à toi dedans. Tu vas y embarquer ton petit cul et disparaître dans un monde meilleur. C'est compris?

Elle releva son menton d'un air de défi.

- Alors, je te le dis une dernière fois, va te faire foutre, répliqua-t-elle.

Il laissa échapper un petit rire et secoua la tête.

- Je le crois pas, murmura-t-il.

Il but le fond de son verre et la fixa pensivement, comme s'il étudiait une chose tout à fait extraordinaire. Elle soutenait son regard avec insistance, s'attendant à ce qu'il tente quoique ce soit pour la convaincre de gré ou de force. Il ne bougeait pas cependant. Après un long moment, il soupira.

- Bien. Je te ramènerai chez Freezer demain puisque c'est ce que tu veux. Pour ce que j'en ai à foutre, maugréa-il.

Il reposa son verre sur la table et se leva. Elle épiait ses mouvements avec méfiance mais il se contenta de s'éloigner du sofa pour se rendre à la cuisine. Elle baissa les yeux sur son verre vide. Est-ce qu'elle faisait le bon choix? C'était sa dernière chance, le dernier croisement avant l'enfer ou le paradis. Elle serra les dents. Elle pouvait le faire, elle savait qu'elle pouvait s'en sortir. La situation pouvait paraître désespérée mais elle en avait chié pour arriver jusqu'à là. Se faire enrôler dans l'unité d'infiltration, convaincre sa hiérachie d'accepter sa couverture au club du lézard, des mois à se former pour apprendre les ficelles d'un métier dégueulasse, des mois à se faire reluquer par des excités libidineux. Elle ne pouvait pas renoncer maintenant.

Le contact d'une main sur sa nuque la prit au dépourvu et elle se retourna avec surprise. Elle trouva Ouji accoudé sur l'assise du canapé derrière elle. Il lui souriait avec malice, une lueur intense dans les yeux. Elle cilla et le fixa avec incertitude.

- On a toute la nuit du coup. Tu veux pas en profiter? Murmura-t-il.

Elle haussa les sourcils et écarta vivement sa main sur son cou.

- Je crois que t'as pas bien compris, siffla-t-elle, c'est vraiment qu'une couverture.

Il ne parut pas déconcerté par son refus et haussa une épaule.

- Dommage. Le canapé est moins confortable que mon lit mais il est tout à toi, petit chat.

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