Il y avait des jours qui étaient comme ça. Des jours où il ne se passait rien, même si on avait fait quelque chose d'important. Comme une mission de rang S par exemple.
Hatake Kakashi revenait de loin, cela faisait deux mois qu'il n'avait pas revu les portes familières du village caché de la feuille. Il s'était dépensé, avait blessé, et même tué, mais ceci n'empêchait pas qu'il se sentait à présent vide, et ce n'était pas à cause de la fatigue. Il avait été envoyé à la frontière du pays de la Terre pour recueillir des informations sur Orochimaru. Il avait espéré en apprendre plus sur Sasuke, mais il n'avait rien trouvé à son sujet. Comme quoi on avait beau avoir à sa tête une prime de quelques millions de ryos, mais on était toujours pas fichu de réparer une grosse gourde qu'on avait commise. Il aurait dû le laisser attaché au tronc d'arbre, l'Uchiha, au moins il n'aurait pas bougé d'un poil.
Il pouvait à présent sentir la bonne odeur qui émanait du village, et surtout celle des stands de nouilles. Dommage, il n'avait pas faim, ce sera pour une autre fois. L'entrée franchie, il dû rapidement se présenter au poste de surveillance où il remit son rapport aux deux chuunins de garde. Kotetsu et Izumo avait été apparemment relevé depuis un bail, ça faisait longtemps que Kakashi ne les voyaient plus flemmasser sur leur siège, en attendant que le temps veuille bien leur permettre de rentrer chez eux. Beaucoup de choses avaient changées depuis que Naruto était parti s'entraîner avec Jiraiya.
- Hatake-san ?s'empressa le chuunin de garde. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas remettre le rapport en personne à maître Tsunade ?
Kakashi leva les yeux de son livre vert, et fixa le jeune ninja de son air si détaché qu'il en paraissait nonchalant.
- Je ne pense pas que le Cinquième aimerait que je commente un rapport de deux lignes.
Ses yeux balayèrent un instant la table où se trouvait le rouleau contenant le rapport. A dire vrai, il n'avait même pas écrit deux lignes, juste une petite phrase comme « Rien à dire à ce sujet », pour illustrer à quel point cette mission avait été un échec. Hatake Kakashi n'était pas le genre d'homme à vanter ses mérites, ni à camoufler ses défaites. Il essayait juste d'être honnête avec lui-même, et il s'était dit que Tsunade avait mieux à faire qu'à entendre un de ses subordonnés parler pour ne rien dire. C'était exactement ce que faisait Gai, toujours à chercher à se justifier pour un rien. Le chuunin sembla hésiter, après tout il n'y avait que le ninja copieur pour se permettre ce genre d'attitude, même si cela ne fût pas considéré comme étant un manque de respect.
- Ne vous inquiétez pas pour le Hokage, s'il veut plus d'explications de ma part, il saura où me trouver.
- Ouais, je comprends monsieur.
Kakashi hocha imperceptiblement la tête en signe d'assentiment, puis il s'enfonça dans le centre du village, vers les « canaux principaux ». Ces derniers étaient en fait les grands axes de circulation qui traversaient Konoha, ces grandes avenues commerciales qui grouillaient de civils et de ninjas à n'importe quelle heure, de jour comme de nuit. Kakashi n'aimait pas la foule, même à 30 ans, quand on avait vécu toute sa vie au même endroit. Mais il devait passer par là pour rentrer chez lui, malheureusement. Aujourd'hui, il n'avait pas tellement envie d'utiliser son chakra pour se téléporter.
Il passa les clés dans la serrure, et tourna. La porte de son appartement s'ouvrit sans grand mal, non sans avoir bien grincer au passage. Il ferma à clés derrière lui, et déposa son paquetage à l'entrée. Il n'avait pas tellement envie de ranger ses affaires, bien qu'il soit d'ordinaire assez ordonné. Il était rentré chez lui, mais il se sentait toujours aussi vide. Bon sang. Il fallait vraiment qu'il y fasse quelque chose. Il ne pourrait pas rester toute sa vie à maudire le fait qu'il n'ait pas enfermé Sasuke dans une cage fermée à double tours ! Il écrasa ses dents les unes contre les autres, et sa mâchoire se crispa sous l'effet de la frustration. Ouais, il avait commis une gourde qu'il devrait prochainement réparer, mais cela n'empêchait pas qu'il était toujours ce qu'il était : un ninja, un guerrier sans failles. Or rien qu'au niveau moral, il en avait beaucoup de failles. Savoir qu'un élève, qu'un des siens était dans la gueule d'un monstre qui n'avait que faire de la vie des autres, le rendait malade. C'a en revenait presque à abandonner ses camarades, c'était comme s'il avait une nouvelle fois commise la même erreur, comme pour Obito, comme pour Rin.
Il ouvrit le réfrigérateur et en sortit une bière qu'il décapsula d'un geste sec. Sa gorge commençait à bouillir à force de ne pas avoir été hydratée pendant plus de vingt-quatre heures. Il enleva provisoirement son masque et avala une première gorgée tout en se callant dans son canapé. Ce genre de confort était l'une des seules choses qu'il considérait comme étant une divinité : il se rappelait ô combien il avait put dormir dans un lit de boue et de sang, entouré de cadavres se décomposant sous l'effet de la chaleur. Et c'est pour cela qu'il aimait tant se retrouver chez lui après une mission pour le moins agaçante. Le téléviseur devant lui était éteint, et il se résolut à ne pas l'allumer, pas par fainéantise, mais plutôt parce qu'il aimait ce calme quand il n'y avait que lui. Au moins, il pouvait réfléchir en toute tranquillité. Il leva les yeux vers l'horloge. Quinze heures et trente minutes. Il avait encore le temps de faire pleins de trucs, comme faire un peu de ménage par exemple. La poussière c'était de la vraie vermine, il suffisait juste de partir quelques semaines et vous en retrouvez déjà une petite couche sur les meubles et les surfaces. Il vida sa cannette de bière qu'il alla jeter dans une poubelle déjà pleine tout en prenant soin de réajuster le bout de tissu sur son visage. Il renifla bruyamment, se rendant compte qu'il y avait longtemps qu'il n'avait pas fait deux choses.
Se laver, et rendre visite à une certaine personne.
Il faisait déjà nuit quand Shinetsumi termina le travail et rentra chez elle. C'était en plein hiver, et il faisait noir très tôt. Il faisait froid aussi. Il entra chez elle et alluma la lumière tout en prenant soin de bien fermer la porte derrière elle. Elle posa son long manteau noir à l'endroit approprié et enleva son étui rempli de kunais. En ce moment, elle ne pouvait pas s'enchanter d'avoir du temps libre et elle passait la majorité de ses journées au bureau en train d'étudier des dossiers que le « patron » n'oubliait pas de leur transmettre dès leur arrivée. Elle envierait bien certaines de ses connaissances qui étaient pour la plupart en train de risquer leur vie aux quatre coins du continent. Au moins, ils avaient l'impression d'être utiles. C'était fou comme on prenait très vite les mauvaises habitudes. La kunoichi était entrée au service des renseignements il y avait maintenant un peu plus de quatre ans, un an après que leur section se soit disloquée avec la mort de Korei, la désertion d'Aibo, le retour d'entre les morts de Karuya et la démission de Kakashi. Après avoir été réaffectée à un autre capitaine, elle avait sentit que ce ne serait plus pareil, qu'elle ne ferait plus les choses comme avant. Changer de capitaine, c'était comme changer de logement : on prenait très vite ses petites habitudes. Puis, le vieux Rô Otome lui avait proposé le poste qu'elle occupait actuellement. L'ayant trouvé au départ avantageux, elle avait accepté pour un contrat de dix ans. Et la voilà coincée pour encore une demi-décennie à remplir des papiers dans un bureau. Au moins, elle pouvait se vanter d'avoir eu l'occasion d'améliorer son écriture. Elle se rendit dans sa chambre pour se changer quand quelqu'un frappa à la porte. Qui pouvait bien lui rendre visite à une heure pareille ? Karuya ?
Elle grogna un « j'arrive » avant de se diriger d'un pas rapide et énergique vers l'entrée et d'ouvrir la porte. L'individu qui se trouvait derrière l'entrée n'était pas Karuya. Il était bien plus que ça.
- Mhn, salut. Je te dérange ?
L'homme avait prononcé cette phrase sur un ton divague. Il avait les deux mains fourrées dans les poches et la regardait de cette maladresse si adroite qui était devenu sa marque de fabrique. C'était bien Kakashi. Shinetsumi lui sourit avant de lui ouvrir sa porte en grand.
- Entre.
Il passa le seuil de la porte sans faire de commentaire. Elle devait avouer qu'elle ne s'attendait pas à le voir ici avant encore une bonne semaine. Après tout, il était censé être en mission de rang S.
- Alors, comme ça tu as appris à entrer par la porte ? le taquina-t-elle tout en refermant la porte derrière lui.
- Je me suis dis que si j'entrais par la fenêtre, tu m'aurais fait attendre sous la pluie.
- Que je suis méchante !
- Sadique, je dirais, renchérit-t-il, un semblant de sourire pouvant se lire sur son masque.
Elle lui donna une tape amicale sur l'épaule et l'invita à s'assoir sur le divan.
- Je t'en pris, assieds-toi. Fais comme chez toi.
Il se débarrassa de sa veste trempée et la posa sur une chaise. La jeune femme alla chercher de l'eau dans la cuisine.
- Je suis désolée, mais j'ai oublié de faire mes courses.
Elle revint avec un verre d'eau et le lui tendit. Il le prit avec une étrange lueur dans les yeux.
- Je ne t'ai rien demandé, dit-il simplement sur un ton doux et ironique.
- Je me suis dit que monsieur était en état de déshydratation après une longue mission. J'ai eu tord ?
- Non.
- Kakashi, je déteste quand tu me prends sur ce ton.
- Je faisais juste une gentille remarque. Je m'excuse si je t'ai offensée.
- Depuis quand le capitaine Loup s'excuse ?
- Depuis que Gai a fait le tour du village à poils à cause d'un mauvais pari.
Il enleva son masque, et ses lèvres fines et gercées imitèrent un petit sourire sarcastique avant d'avaler l'eau glacée. Il n'arrêterait jamais de la titiller, même quand tous deux seraient vieux et à la retraite. S'ils arrivaient jusque là.
- Pauvres gosses, ils ont dû être traumatisés, répondit Shinetsumi au sujet de Gai. Tu devrais arrêter tes paris, ça va mal finir.
Elle lui reprit le verre des mains quand il l'eut fini et alla le reposer dans l'évier. Il la suivit.
- Encore faut-il le reprocher à Gai, affirma-t-il d'un air pensif.
La kunoichi le regarda attentivement. Il avait l'air contrarié, cela pouvait se lire sur ses traits d'ordinaire impassibles. Sans le masque, il ressemblait à n'importe quel homme avec les rides d'expressions qui apparaissaient quand il souriait, la manie qu'il avait à contracter compulsivement sa mâchoire quand il était nerveux. C'était presque quelqu'un de différent de la personne que tout le monde connaissait, c'était le Kakashi de l'envers, celui dont elle était la seule à connaître. Néanmoins, il avait toujours le même fond : bon, généreux et têtu. Il ressemblait juste un peu plus au gamin qu'il était il y a autrefois, celui d'avant la mort d'Obito quand il ne portait pas le masque. Il avait beau avoir des tonnes de défauts, mais elle ne pourrait jamais s'empêcher de l'aimer comme il était. Elle rinçait le verre à l'eau glacée du robinet.
- C'est ta dernière mission, c'est ça ?
Il leva aussitôt la tête vers elle. Son regard changea, et tergiversa entre les yeux de la kunoichi et le verre qu'elle rinçait. Il devait certainement savoir qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de lire ses ordres de mission maintenant qu'elle y avait accès.
- Ouais.
Elle ferma un court instant les yeux. Il ne changerait jamais, il se laisserait toujours bouffer par ses remords. Elle stoppa net le jet d'eau et essuya le récipient avec un torchon propre. Il ne disait rien, mais elle était certaine qu'il luttait pour contenir le flot douloureux à qui il devait livré bataille depuis bien des années. La jeune femme rangea le verre. Et s'accouda au plan de travail pour lui faire face.
- Uchiha a fait son choix, tu ne pouvais rien y faire. Il est déserteur, il n'est plus ton élève.
- Je sais, répliqua-t-il amèrement.
- Si tu t'en veux de ne pas avoir pu le retenir, dis-toi alors que personne n'aurait pu le faire. Le Troisième savait très bien qu'il finirait par rejoindre Orochimaru, il l'avait vu. Et s'il n'a rien fait pour l'en empêcher, c'est qu'il avait une très bonne raison.
Le visage de Kakashi se contracta, et sa main gauche se referma sur la surface lisse de la cuisine. Il était calme, mais en colère contre lui-même.
- Il s'en foutait, Tsu. Et personne, ni même toi ne sait ce qui s'est réellement passé ce jour-là. Alors, s'il-te-plait n'essaie pas de comprendre.
Il plongea son œil dans les siens et elle sut qu'il fallait mieux qu'elle abandonne la conversation. Kakashi ne partageait ses problèmes avec personne, même elle en était écartée. Cela la révoltait de savoir qu'il ne pourrait être soulagé de ce poids qu'en s'occupant des bonnes personnes, mais en même temps, elle le comprenait et ne voulait pas le juger, tout simplement parce qu'elle n'était pas en droit de le faire. Elle l'attira légèrement vers elle en referma sa main droite dans la sienne.
- Tu ferais mieux de te reposer. J'imagine que tu as manqué pas mal d'heures de sommeil ces temps-ci.
Il eut un sourire sans joie pour approuver les dires de la kunoichi.
- Oui, tu as raison.
Il serra un peu plus fort sa main. Son pouce se mit à caresser maladroitement le dos de la main de la femme. Cette dernière savait pertinemment qu'elle avait toujours eu une relation privilégiée avec Kakashi, lui qui avait toujours été émotionnellement fermé aux autres. Et elle en fut encore plus sure lorsque ce dernier ne rechigna pas à ce qu'elle l'embrasse.
C'est tout pour ce second chapitre, le prochain mettra sûrement en place l'action.
A bientôt ;)!
Anyday
