Chapitre 2 : Magie écossaise
Mon cheval galope dans les Highlands.
J'ai envie de casser, de briser, de faire éprouver à quelqu'un toute la douleur que je ressens.
Le paysage défile sur les côtés sans que j'y prête la moindre attention.
Plus rien ne m'importe. Si ce n'est la vengeance.
Mon père a peur, peur de moi, de cet être si différent qu'il ne parvient pas à maîtriser.
Dès ma naissance, la crainte s'était installée dans son esprit. La première chose qu'il a remarquée en me prenant dans ses bras a été mes yeux. Il a alors compris que le nourisson qu'il tenait maladroitement entre ses bras, que son premier fils, serait plus fort que lui, animé par d'autres valeurs, mu par d'autres passions.
C'est pourquoi, pour préserver ce pays, qu'il se vante d'avoir enrichi, défendu, pour préserver cet héritage qui lui vient de ses aïeux, il a pris la décision de le partager plutôt que de me voir en devenir le souverain.
Pourtant, je me prépare à cette tâche depuis mon plus jeune âge. J'ai appris à me battre, à lire et à écrire (sciences que je juge inutile), j'ai potassé durant des nuits entières les textes qui régissent nos vies.
Et maintenant, l'oeuvre de ma jeunesse et mes projets d'avenir s'écroulent, sans espoir de retour.
Soudain, mon solide étalon se cabre, manquant de me faire vider les étriers.
Je le calme assez vite et cherche autour de moi la raison de son affolement.
Un bruit derrière moi me fait me retourner. C'est comme un appel cristallin. La petite bestiole qui le pousse est bleuâtre, minuscule et ressemble à une flamme.
Un feu-follet.
On raconte aux enfants, le soir, au coin du feu, que ses êtres fantastiques guident les hommes vers leur destin. Je n'y ai jamais cru, mais, aujourd'hui, je n'ai plus rien à perdre.
Ils guident mes pas, formant une guirlande lumineuse à travers le bois.
Quand le dernier s'évapore, je me retrouve face à une chaumière creusée dans la pierre et dont la cheminée exhale une fumée grise.
Curieux, je pousse la porte de bois, qui s'ouvre sans aucune résistance.
À l'intérieur, des ours en bois. Au plafond, dans les coins, partout. Et sous toutes les formes : jouets, scies, ustensiles de cuisine,...
Dans un coin, une veille femme aux cheveux gris relevés en un chignon négligé. Elle taille dans une bûche qui doit être plus lourde qu'elle. Des copeaux jonchent le sol, ainsi que les vêtements de la femme.
-Je peux vous aider ? me demande-t-elle d'une voix grinçante.
-A moins que vous n'ayez un moyen de me donner la force de dix hommes...
A tout hasard...
-Je ne suis pas une sorcière, répond-elle. Mais, si vous m'achetez quelque chose, je pourrai peut-être vous aider.
Je pouffe. Elle est folle.
Je laisse mon regard errer sur ses productions.
-Une planche à fromage ? je propose.
-Si vous rajoutez votre chevalière.
Je la retire de mon doigt et la pose dans la paume tendue.
-Marché conclu...
OUI ! J'y suis arrivée ! 500 mots, pas un de plus.
