Au début les choses étaient différentes.
Bien sûr au début il était lui-même différent. Il voyait encore les choses avec des yeux d'enfants.
Au commencement il n'était pas tout seul. Il avait des amis pour lui tenir compagnie, pour lui parler et l'encourager.
Il était entouré. Et aimé.
Et naïf aussi, pour ne pas dire aveugle.
Il n'avait pas su à l'époque apprécier ce qu'il avait, ce qui dans ce lieu où régnait les interdits lui était donné d'avoir, ne voyant que ce qu'il n'avait pas. Ce qu'il n'avait plus.
La liberté.
Celle que ses amis avaient.
Et il les enviait. Il les détestait pour ça.
Il n'avait pas compris que ses amis-là la lui offraient. Pas cette forme de liberté qu'il s'obstinait à atteindre, non, une autre infiniment plus belle : celle du cœur. Une belle amitié, sincère et désintéressée.
Et il avait rejeté cette amitié.
Il les avait disputés, les avait ignorés, les avait chassés, préférant s'enfermer dans un auto-apitoiement, choisissant sa fierté et l'idée qu'il était fort, qu'il s'en sortirait, seul, comme il l'avait toujours fait. Il n'avait pas besoin d'eux. Il n'avait besoin de personne.
C'était ce qu'il croyait, fou qu'il était.
Et il le regrettait à présent. Car maintenant ils étaient eux aussi partis. Ils l'avaient laissé derrière lui. Seul. Avec ses remords et ses excuses, ses désolés qui n'atteignaient les oreilles de personnes désormais.
Et il ne leur en voulait pas. Il l'avait cherché avec son comportement.
Il n'y avait pas eu que ça.
Ils n'avaient pas surmonté « l'accident. »
Il n'avait pas surmonté « l'accident » lui non plus. Son cœur saignait toujours à ce souvenir.
Cela s'était passé quelques mois après son enfermement. Dire s'il faisait beau, froid, si c'était une nuit de pleine lune, si les hiboux étaient de sortis il ne saurait le dire. A vrai dire cela n'avait pas retenu son attention. C'était des détails secondaires.
Un serviteur avait dû s'apercevoir des visites qu'il recevait de ses amis et il en avait averti le chef de famille. Qui avait pris ses dispositions.
Et son horrible piège avait fonctionné.
Un de ses amis y avait été attrapé.
Et les longues heures de torture, d'agonie avaient commencé.
Il n'oublierait jamais les cris plaintifs, les hurlements de douleur qui avaient résonné toute la nuit, à quelques mètres de lui, sans qu'il ne puisse rien y faire.
Et il avait hurlé à son tour jusqu'à ne plus en avoir de voix, il avait cogné les parois jusqu'à avoir les mains en sang et il avait continué, il avait supplié, menacé, prié, pleuré de rage.
Mais rien n'y avait fait.
Le poison ou le piège installé jouait bien son rôle premier.
Et les cris avaient continué.
Et il reconnaissait cette 'voix', il savait à qui elle appartenait.
Haja.
Le plus jeune d'entre tous.
Le plus téméraire aussi.
Celui qui ne se laissait pas repousser par son sale caractère. Qui persistait à venir l'embêter, à lui témoigner de l'attention.
Haja.
Aux yeux émeraude et au pelage gris. Pas plus de six mois mais qui débordait de vie. Qui par ses pitreries et ses cabrioles remplissait la maison d'énergie.
Haja, son ami. Et il ne le lui avait jamais dit.
Et cela avait duré toute la nuit. Au loin il entendait des miaulements de détresses et d'horreurs, ceux des autres chats présents et tout aussi impuissants que lui.
Et cela s'était poursuivi ainsi. Une sérénade aux intonations terribles et déchirantes, un requiem félin pour un chaton qui s'était montré trop vivant.
Au petit matin le calme était revenu. Le petit chat s'en était allé. C'était fini. Il était sauvé. Car plus jamais il ne souffrirait.
Plus jamais non plus il viendrait se frotter contre ses pieds, lui mordillerait les mains ou lui foncerait dessus tête baisser pour jouer.
Plus jamais il ne se réchaufferait au soleil, ronronnerait, fanfaronnerait ni même apprendrait fièrement ce qu'être chat signifiait.
Haja s'en était allé.
Et avec lui ses autres amis. Ils avaient fui. Les pièges, les cris, sa compagnie.
Il était seul.
Mais au moins ils ne pourraient pas être blessés à cause de lui.
Ils étaient en vie.
Aujourd'hui encore, certaine nuit, il réentendait ces cris déchirant. Il enfouissait alors sa tête sous son oreiller mais même ainsi ils continuaient. Ils étaient dans sa tête à présent, ces cris, ils feraient pour toujours parti de lui. Et tandis que les larmes coulaient silencieusement sur ses joues il murmurait encore et toujours le prénom de son ami disparu à jamais.
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Imthebest : Oui, Kyo est bien enfermé dans la maison du chat. Je suis heureuse de te retrouver pour cette noovelle histoire. J'espère que tu auras aimé également cet OS
