Chapitre 2

Anakin était assis dans le speeder qui le menait à la plateforme d'accès au sénat. Il ne parvenait toujours pas à réaliser que tant de choses avaient changé en si peu de temps. Aujourd'hui, il avait tout ce dont un Jedi pouvait rêver. La guerre était finie. Les Sith avait été éliminés. Il avait obtenu le titre de Maitre et sa padawan était devenue Chevalier. N'importe quel autre Jedi aurait été comblé. Pas lui. Il avait toujours été atypique au sein de l'ordre. L'homme qu'il était n'était pas satisfait. Il y a quatre ans, il avait été rejeté par la femme qu'il aimait plus que sa propre existence. Anakin aurait volontiers troqué tous ses exploits contre l'affection de Padmé.

Ces longues années de séparation l'avaient profondément changé. Parcourir la galaxie de bout en bout avec un cœur brisé l'avait rendu plus sombre et plus renfermé. Il avait appris à vivre sans Padmé, sans pour autant trouver un moyen de cesser de l'aimer.

Son ancienne apprentie, Ashoka, était en pleine discussion avec Obi-Wan. Tous les deux riaient aux éclats. Anakin n'avait pas suivi leur discussion. Cela ne l'intéressait pas. La fin de la guerre ne le réjouissait pas autant qu'il l'aurait souhaité. Il avait passé tant de temps à se battre. Les conflits l'avaient maintenu occupé et lui avaient permis de penser à autre chose que Padmé. Aujourd'hui, que lui restait-il ? Si les années à venir devaient être centrées sur la paix et la méditation, il craignait pour sa santé mentale.

- Ça va, Maitre ? demanda Ashoka en prenant place à côté d'Anakin.

Le jeune Jedi releva le visage et adressa un sourire à son ancienne apprentie. Il n'aimait pas qu'elle s'inquiète pour lui. Et particulièrement pas dans une situation où tous étaient aux réjouissances.

- Très bien, Chipie, répondit-il en la désignant par son surnom. Je suis un peu fatigué, c'est tout.

- Fatigué ? demanda-t-elle, pas convaincue du tout.

- Ces derniers temps ont été très mouvementés. J'ai simplement besoin de dormir, ajouta-t-il sans grande conviction.

- Maitre. Pardonnez-moi, mais vous ne dormez jamais. Je ne vous ai jamais vu fatigué. Vous êtes un vrai robot.

- Détrompe-toi, Ashoka. Sous la brute épaisse qu'est ton ancien Maitre se cache en fait un Jedi sensible et fragile, déclara Obi-Wan pour agacer son ancien apprenti.

Anakin releva un sourcil et dévisagea son maitre avec un air faussement vexé.

- Vous savez ce qu'il vous dit le Jedi sensible et fragile ?

- Ho, je ne préfère pas le savoir, rétorqua Obi-Wan en riant. Et puis de toute manière cela n'a aucune importance, nous sommes arrivés, déclara-t-il en désignant la plateforme qui se dessinait en face d'eux.

Anakin se leva et fit face à la fenêtre. Une impression étrange l'envahit. Une présence qu'il n'avait pas ressentie depuis très longtemps. Il ne lui fallut que quelques secondes pour l'identifier : Padmé. Comment cela était-il possible ? Pendant quatre ans, elle avait soigneusement évité toutes les réunions auxquelles il avait assisté. Pourquoi était-elle présente, aujourd'hui ? Quelle que soit la réponse à cette question, Anakin ne put garder son calme. Il avait été séparé d'elle pendant de longues années et il n'avait pas prévu de la revoir maintenant. Son cœur s'emballa et il ferma les yeux avec agacement. Le jeune homme venait d'obtenir le titre de Maitre Jedi et il avait mis un terme à une guerre qui avait causé des milliards de morts. Mais il ne pouvait contrôler son cœur qui s'emballait pour une femme qui avait clairement rejeté ses avances et qui ne voulait plus entendre parler de lui.

Tu es pathétique, pensa-t-il en secouant la tête.

Le transport déposa les trois Jedi sur la plateforme. Ashoka et Obi-Wan s'avancèrent en premier et Anakin resta légèrement en retrait. Cela ne lui ressemblait décidément pas du tout.

Tandis que le petit groupe s'avançait vers la délégation de sénateur venue les accueillir, le jeune Jedi tenta de faire le point sur la situation. Il n'avait pas revu Padmé depuis quatre ans. Qu'était-il censé faire ? L'ignorer serait juvénile, mais il ne trouvait rien qui semble bon à dire. Anakin n'était pas préparé à ces retrouvailles.

Le sénateur Organa s'avança pour saluer Obi-Wan. Les deux hommes échangèrent quelques paroles et se félicitèrent pour la fin des conflits. Anakin n'entendit pas un mot de cet échange.

Padmé se tenait là, dans la foule, face à lui. Elle ne bougeait pas. Leurs regards se croisèrent pour ne plus se séparer. Ni l'un ni l'autre ne savait visiblement quoi dire, mais la situation n'exigeait pas de mots. Pas pour le moment. Cette proximité était troublante. L'atmosphère était électrique. Et pourtant, cette présence était apaisante, pour l'un comme pour l'autre. Un long moment s'écoula avant qu'Anakin ne décide de prendre les devants. Il s'avança lentement vers la sénatrice et ne put retenir un sourire discret mais gêné.

- Bonjour, murmura-t-il en s'approchant d'elle.

Padmé sentait sa gorge se serrer, mais décida de lutter contre sa timidité. C'était Anakin, après tout !

- Je suis heureuse de voir que tu vas bien, déclara-t-elle en faisant un pas vers lui.

Anakin ne sut quoi répondre et ria doucement. S'il lui disait qu'il avait pensé à elle chaque minute de chaque jour, il passerait probablement pour un imbécile. Mais que pouvait-il lui dire, dans ce cas ? Au moins, elle était heureuse de le revoir.

- Sénatrice ! s'exclama l'ancienne padawan d'Anakin en s'avançant vers eux. Je m'appelle Ashoka Tano. Je suis ravie de finalement vous rencontrer en personne.

- Ravie également, répondit Padmé en souriant. J'ai beaucoup entendu parler de toi. Les exploits de votre trio sont légendaires, ajouta-t-elle en regardant Anakin.

- Vous savez, l'Holonet exagère beaucoup de choses, répondit-elle avec modestie.

- On a beaucoup parlé de vous pendant la guerre. J'ai d'ailleurs eu vent de ton nouveau surnom de « Héros Sans Peur », ajouta-t-elle à l'attention d'Anakin.

- Moi, je l'appelle le « Héros Sans Instinct de Survie », rétorqua Ashoka avec sarcasme.

Anakin dévisagea son ancienne apprentie avec exaspération. Elle ne l'aidait pas beaucoup.

- Bon, je vais vous laisser. J'ai été ravie de vous rencontrer, sénatrice.

Padmé salua la jeune Jedi et se retourna vers Anakin en souriant.

- Elle est adorable, déclara-t-elle avec sincérité. Tu as fait du bon travail en t'occupant d'elle.

- Merci, répondit Anakin, sans cacher sa fierté. Elle est un peu têtue et assez téméraire. Ça n'a pas toujours été facile.

- Et tu te demandes de qui elle tient ça ? C'était ton apprentie, après tout !

Anakin secoua la tête en riant. La gêne était toujours présente, mais Ashoka avait réussi à les détendre un peu. Le ton de leur discussion était léger. Dans tous les cas, quoi qu'ils puissent vouloir se dire, le lieu n'était pas propice à un échange plus privé.

Le jeune Jedi se demanda à cet instant s'il était nécessaire d'en dire plus. Padmé avait très clairement exprimé le fond de sa pensée il y a quatre ans. Etait-il nécessaire d'ajouter quelque chose ? Il lui avait offert son cœur et elle l'avait rejeté. Ces retrouvailles imprévues n'étaient que le fruit du hasard, une parenthèse dans leurs deux existences séparées.

- J'ai été content de te revoir Padmé, déclara Anakin, la voix teintée de mélancolie.

Il baissa le visage et se tourna pour ne pas lui faire face. Il ne voulait pas qu'elle lise la tristesse sur son visage.

۞

Il était très tôt lorsque la sénatrice de Naboo quitta son appartement pour se rendre sur son lieu de travail. Elle n'avait pratiquement pas fermé l'œil de la nuit. L'interminable séance qui avait pris place au sénat hier soir avait surtout servi à présenter sa nouvelle positon aux sénateurs. Elle était désormais Vice-Chancelière de la République. La jeune femme avait donc passé une partie de la matinée en conférence avec la Reine de Naboo pour lui expliquer la situation et lui annoncer sa démission.

Padmé était assise à la table de conférence située dans la salle annexe à son bureau. Organa avait demandé que son nouveau comité se réunisse pour parler du plan politique à adopter, des changements à effectuer dans la Constitution et de quelques détails concernant la sécurité de sa nouvelle équipe.

En attendant la délégation, la jeune femme se perdait dans ses pensées. Sa réunion de la veille avec Anakin l'avait profondément bouleversée. Il avait eu l'air si triste et si vulnérable. La conséquence de ses actes l'avait frappé en pleine figure. Elle l'avait rejeté pour le bien de la République, au détriment de leur bonheur à tous les deux. Mais une nouvelle constante entrait désormais en jeu. La guerre était finie. Etait-il possible que la situation puisse changer ? En aurait-il seulement envie ?

Le Chancelier Organa entra dans la salle de réunion, suivi d'une délégation de plusieurs sénateurs. Au milieu des politiciens, Padmé constata la présence de son vieil ami Obi-Wan Kenobi. Anakin n'était pas avec lui. Ils étaient pourtant inséparables. S'il n'était pas là aujourd'hui, c'est qu'il n'avait pas voulu venir.

Le comité s'installa à la table de conférence. Ils commencèrent par féliciter la nouvelle Vice-Chancelière pour son élection. Elle n'était cependant pas d'humeur à festoyer. A dire vrai, si elle avait accepté cette offre, c'était essentiellement car se retirer de la vie politique ne lui aurait rien apporté. Ses parents et sa sœur avaient espéré qu'elle mette un terme à sa carrière et qu'elle fonde une famille. Comment pouvait-elle faire cela maintenant qu'elle avait rejeté le seul avec qui elle aurait aimé fonder la famille en question ? Sa carrière était tout ce qui lui restait.

- Ces temps d'incertitude et de manipulation ont ébranlé la République. Nous devons nous atteler à réinstaurer la confiance. Ensemble. C'est pour cela que j'ai convié Maitre Kenobi à notre réunion. Je souhaite collaborer étroitement avec les Jedi dans le processus de reconstruction.

Padmé regarda son vieil ami avec un sourire. Il y avait quelque chose de réconfortant dans le visage calme d'Obi-Wan. Sa sagesse était apaisante.

- J'ai demandé à ce que des Jedi se chargent de reprogrammer tous les protocoles de sécurité des appartements sénatoriaux de ce comité. Le général Grievous manque toujours à l'appelle. Je ne tiens pas à prendre des risques inutiles.

- Je vais demander au Conseil de dépêcher un Jedi pour chaque politicien de ce comité. Ils travailleront en collaboration avec votre équipe de sécurité. Soyez assurée que leur présence ne vous dérangera pas. Il s'agit simplement de mettre en place une sécurité supplémentaire. Le processus sera rapide.

La séance ne dura pas longtemps. Le nouveau Chancelier était attendu pour son entrevue avec l'Holonet. Il était désormais l'homme le plus demandé de toute la galaxie.

Padmé se leva et se dirigea vers la sortie de la salle de conférence pour reprendre son travail dans son bureau. Obi-Wan la rattrapa rapidement.

- Sénatrice !

La jeune femme se retourna et lui adressa un sourire chaleureux.

- Excusez-moi, marmonna Obi-Wan d'une voix gênée. La force des habitudes, je suppose. Il convient de vous appeler Vice-Chancelière, à présent !

- Ou alors appelez-moi simplement Padmé, suggéra-t-elle en riant de la gêne de son vieil ami.

- Je souhaite vous parler au sujet du Jedi qui s'occupera de réviser les protocoles de sécurité pour votre compte. Je sais qu'Anakin et vous êtes des amis de longue date. Je me demandais donc si vous souhaitiez qu'il vous soit assigné en priorité?

Padmé soupira doucement. La gêne qui s'était installé entre eux ne dépassait pas ce sentiment dévorant qu'elle avait de le revoir. Leur entrevue de la veille l'avait conforté dans l'idée que rien ni personne ne pourrait lui faire oublier Anakin. Elle savait qu'elle lui avait fait du mal et qu'il ne serait pas simple de recoller les morceaux. Mais elle savait également que rester loin de lui était insoutenable.

- Ce serait avec grand plaisir, répondit-elle avec honnêteté.

- Très bien. Anakin est très demandé ces derniers temps. L'Holonet l'a élevé au rang de célébrité et cela n'est pas passé inaperçu auprès des politiciens. Je suis certain cependant qu'il sera heureux de travailler avec vous.

Je n'en serais pas si convaincue, pensa Padmé en souriant. Leur collaboration était malgré tout nécessaire si elle voulait arranger les choses entre eux. La jeune femme ne savait pas ce qu'elle comptait faire avec lui. Elle savait simplement qu'elle ressentait le besoin de le revoir.