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Oliver soupira en regardant sa nouvelle épouse discuter avec sa demi sœur, Dame Thea, la fille illégitime qu'avait eu son père avec sa maîtresse en titre, la seule enfant qu'il accepta de reconnaître comme la sienne. Depuis son mariage avec la Princesse, cette dernière l'avait pratiquement ignoré, ils avaient fait le tour des rues en calèche en souriant royalement aux paysans.
Il devait avouer qu'elle lui avait coupé le souffle ce matin dans sa robe blanche et or bouffante, son cou et ses oreilles parés de bijoux exquis fait d'or et de diamants, sa couronne encore plus somptueuse que celle qu'avait porté sa propre mère quand elle était en vie, sa traîne ne semblait pas avoir de fin, ses cheveux coiffés eux aussi avec des perles brillantes de milles feux. Soit, il avait eu l'air d'un imbécile devant tout le monde en étant bouche-bée devant sa femme, la cérémonie s'était en somme bien passée, sa Princesse était une grande Dame avec beaucoup de prestance et d'après ce qu'il avait vu elle savait être gentille et bonne avec les autres... Sauf lui visiblement.
Dire qu'elle ne l'aimait pas était un euphémisme, ils avaient échangé quinze mots en l'espace de trois jours et à chaque fois elle l'avait rejeté avec insolence.
Il alla s'asseoir à coté de son père qui semblait ne pas en finir de sourire, il prit le cidre tendu par une servante qui lui faisait les yeux doux, Oliver l'ignora sans mal, il avait bien d'autres soucis que de penser à séduire une femme. Le banquet pour célébrer son mariage battait son plein, le festin était fait de viandes et de boissons, le vin de qualité coulait à flot, tout avait été décoré richement et la plus belle argenterie polie avait été sorti pour cette grande occasion.
- Alors comment va la conjugalité ? Demanda narquoisement Robert buvant son vin rouge préféré.
- Très bien si n'est que mon épouse me hait cordialement et refuse catégoriquement de me parler mis à part ça tout va bien.
Son père regarda sa femme de haut en bas avec un air curieux et un peu… Envieux… Non absurde... Pourquoi ressentirait-il ce genre de sentiment pour sa Princesse, une partie de lui qui n'avait jamais fait son éveil auparavant n'aima pas ce regard posé sur sa femme.
- Je vois pourquoi François l'a donné si vite en mariage.
- Quoi ? Que dites-vous ? Ce n'est pas Henri qui...
- Non le Roi François a signé le traité et les fiançailles ont été organisé par lui, je pense qu'il voulait s'en débarrasser.
- Mais pourquoi avez-vous accepté ? Insista Oliver en tournant vers son père.
- Avez-vous entendu les rumeurs parlant la possessivité d'Henri vis à vis de sa précieuse fille ?
- Oui Thomas m'en à parlé mais je ne vois pas quel est le rapport...
- François à donné sa petite-fille en mariage sans l'accord de son fils.
Il comprenait mais ne voyait toujours pas le rapport, voyant son incompréhension le roi soupira d'agacement et entreprit de lui expliquer que le geste de François avait enragé son fils unique qui avait pratiquement déclaré ne plus lui être fidèle, un espion lui avait même dit qu'Henri envisageait de renverser son père sur le trône face à ce qu'il considérait être une haute trahison. Et si Henri reversait son père de manière brutale, jamais les français ne l'accepterait comme roi et c'est là que eux gentil anglais entreraient en scène, le grand sourire enchanté de son père retourna le ventre d'Oliver.
- Donc vous me dites que la seule raison pour laquelle j'ai du épouser cette femme c'est parce que vous vouliez le trône de France ?
- Oh plus ou moins mais la dot et les armes ainsi que l'amitié éternel de nos cousins à eu bon de me convaincre aussi.
Dit gaiement son père.
- Voyant la grande insolence de cette jeune personne je peux comprendre que François n'en veuille plus à sa cour, surtout si son fils est déraisonnable quand on parle de sa fille, sincèrement mettre une aussi belle femme dans un couvant ? Quelle honte.
Le regard de son père sur son épouse s'intensifia, le désir s'inscrit sur son visage et Oliver senti un feu étrange se répandre dans son ventre et ainsi il comprit la possessivité de son cousin, il y avait quelque chose chez sa femme qui attirait le regard et ce n'était pas que sa beauté.
- En effet.
Répondit sèchement Oliver.
- Ah oui le médecin viendra confirmer la virginité de votre épouse avant que vous ne consommiez l'union...
- Non !
- Non ? C'est la tradition Prince et une demande faite de ma part au Roi François que j'ai longuement dû négocier.
- Peu importe ! Je ne veux en aucun cas qu'un autre homme que moi touche à mon épouse, soyons bien clair père !
Son père lui jeta un regard surpris et amusé le considérant un long moment avant de hocher la tête doucement signifiant son accord, Oliver retourna à la contemplation de son épouse qui discutait avec Thomas qui arborait un air perpétuellement incrédule depuis sa rencontre avec la Princesse comme à peu près toutes les personnes l'ayant rencontrée.
- Et bien je vais devoir bientôt annoncer votre retraite avec votre épouse mon fils, prêt à goûter à la chaleur française ? Taquina Robert lascivement.
- De la chaleur ? Cette femme est un vrai glacier, ça va être terrible.
- Mon garçon ça se voit que vous êtes encore jeune, cette femme est un brasier de flammes attendant d'être ravie comme il faut. Elle brûle ne le voyez-vous pas ? Si seulement votre mère, paix à son âme, avait eu un quart de ce feu, croyez bien que mon enthousiasme aurait été tout autre.
Oliver regarda son épouse, ses longs cheveux bouclés en un chignon complexe s'était un peu défait avec les heures, une boucle dorée taquinant sa nuque à découvert, il observa son profil parfait, son port de tête royale, son dos aussi droit que la colonne vertébrale de fer qui s'y cachait, ses épaules frêles découvertes par sa robe lui donnait envie de passer son bras autour d'eux. Il désirait pouvoir embrasser sa gorge pâle si délicate continuer ses baisers jusqu'à la naissance de ses seins qui encore une fois semblaient vouloir sortir de leur corset à chaque respiration. Il avait envie de l'embrasser tout court, de poser sa bouche sur la sienne et de la goûter, pouvoir respirer son parfum.
Elle était magnifique et sauvage, il ne s'était pas attendu à tomber sous son charme de cette manière cependant une pensée tatillonne resta bloquée dans sa tête.
- Et si elle ne veut pas ?
- Plaît-il ?
- Si elle dit non une fois dans la chambre ?
- Fils.
Dit le roi lentement comme si il parlait à un enfant en bas âge.
- Il s'agit de votre épouse, votre femme, à vous de faire ce qu'il vous plaît avec elle, vous disposez d'elle, votre épouse se doit de vous obéir car non seulement vous êtes son mari mais son Prince.
- Vous dites donc que si elle refuse, je peux... Non, je dois la forcer ?
L'incrédulité l'envahit.
- Faites ce que bon vous semble mon fils.
- Elle ne voudra jamais ! Elle me déteste et est pratiquement sauvage !
- Il suffit de la mater un tant sois peu, soyez un homme Oliver !
- Ce n'est pas une jument ! S'indigna le prince, sous le choc des propos tenu par son père. C'est une femme qui plus est une Princesse !
- Sachez malgré tout que l'union se doit d'être consommée cette nuit, des vérifications seront faites demain matin sur les draps blanc comme neige.
La bile lui montant à la gorge il se leva, ne saluant pas son père, il n'en avait pas la force, des milliers de questions envahissaient son esprit, un souvenir d'enfance lui revint l'espace d'une seconde. Il avait cinq ans et il était parti à la recherche de sa mère... Il avait fini par la trouver occupée avec son père dans sa chambre il se souvint de ses hurlements. Était-ce des larmes dans ses yeux ? Trente ans après le souvenir était flou mais il ne pouvait s'empêcher de se demander si la raison pour laquelle sa mère avait été aussi malheureuse n'était pas à cause de la mort de ses six enfants morts nés... Mais plutôt à cause des actions barbare de son Roi... Il savait que son père n'était pas le plus bienveillant des hommes mais ce que ce dernier lui disait concernant son épouse dépassait le bon entendement.
Il n'avait jamais eu le besoin, ni l'envie de forcer une femme et ça n'allait pas commencer maintenant, jamais il ne ferait une telle chose ! Il préférait mourir que faire du mal à une femme, Oliver avait juré de protéger les gens, homme et femme, surtout celle qu'il venait tout juste d'épouser et qu'il avait juré de chérir.
Voyant son épouse enfin assise à sa place, il alla d'instinct vers elle et s'assit à son tour, elle ne le regarda pas, préférant regarder les gens danser, il prit un instant pour regarder son profil et eu la pensée subite qu'elle avait l'air triste.
- Bonsoir.
Il devait tenter une approche, un semblant de conversation. Cette fois elle lui épargna un coup d'œil dédaigneux avant de se détourner vers les danseurs.
- Bonsoir.
Lui répondit-elle tout de même. Un sujet ? Que devait-il lui dire ? Pense Oliver !
- Alors Felicity c'est spécial comme prénom, ce n'est pas trop français je veux dire... Dit-il précipitamment en voyant ses yeux bleus se glacer.
- C'est la version anglaise de mon prénom Prince, en français c'est Félicité, ça représente la joie, celle de mes parents, j'étais la leur.
La mélancolie dans sa voix lui fit de la peine, il compatissait, ça ne devait pas être facile de partir de son pays précipitamment pour épouser un étranger loin de sa famille et de ses proches, il pouvait aisément comprendre qu'elle soit mécontente et malheureuse.
- Les deux sont très jolis Princesse.
- Je vous remercie Prince.
La conversation tomba aussi froidement qu'elle avait commencé, Oliver ouvrit la bouche plusieurs fois mais rien ne sortait, il ne savait pas quoi lui dire, elle ne voulait pas de ce mariage et encore moins de lui.
- Parlez-moi de vous Princesse... Qu'aimez-vous ?
- Que je vous parle de moi ? Répéta la princesse prise au dépourvue, le regardant comme s'il était devenu fou.
- Oui, aimez-vous l'équitation ? La chasse ? La couture ?
- Je... J'aime l'équitation... Beaucoup et la chasse aussi mais pas la couture, je hais ça.
- Moi aussi... Sourit-il maladroitement.
Il n'avait jamais essayé de séduire une femme, ça avait toujours été le contraire, c'était sur de dire qu'il n'était pas doué.
- Oh vraiment vous n'aimez pas la couture ? Se moqua son épouse en ricanant. Je ne l'aurais pas cru.
- Non je voulais dire que j'aime l'équitation aussi... La couture... Je... N'en ai jamais fait.
- Vraiment ? Quelle immense surprise.
- Et donc...Vous... Vous...
- Oui ? Quoi ?
- Vous... Aimez quoi d'autre ?
- La question est pour vous où pour moi Prince ?
Ou comment chercher l'aiguille dans la botte de foin. Cette conversation n'allait nulle part, continuer c'était se rendre ridicule et s'il y avait bien une chose qu'Oliver détestait... C'était se sentir ridicule. Il avait essayé d'avoir une conversation avec son épouse... Personne ne pourrait dire le contraire.
- Très bien, il est désormais l'heure pour le Prince Oliver et la Princesse Felicity de prendre congé, annonça le Roi en souriant benoîtement à ses sujets. Longue vie à la Princesse, qu'elle nous apporte richesse et prospérité !
- Longue vie à la Princesse, qu'elle nous apporte richesse et prospérité ! Hurlèrent les hommes et les femmes présent dans la salle de bal.
Oliver se leva sous les lourds applaudissements et sifflements. Il tendit la main à son épouse pour l'aider à se lever et resta sans voix en voyant son désarroi et sa pâleur, elle avait l'air d'être terrifiée et les mots de son père lui revinrent en tête... Les mots qui lui ordonnait de faire ce qu'il voulait de son épouse...
Peut-être que cette insolence et cette froideur était une sorte de masque pour cacher sa peur et sa vulnérabilité ? Après tout elle ne savait pas quel genre d'homme était son mari, peut-être l'imaginait-elle rude et grossier ? Ou pire encore, violent. Malgré ses chevaliers qui l'accompagnaient elle était terriblement seule face l'inconnu, ce que Oliver représentait... Un inconnu rempli de danger et de méfiance.
- Venez ma chère.
Lui chuchota-t-il en prenant son coude nu entre ses doigts, sa peau était incroyablement douce. Elle se leva et salua la foule dignement d'un signe de la main bref mais qui enflamma la pièce, les gens semblaient l'aimer et l'accepter comme la future Reine d'Angleterre, Oliver l'admira pour ne pas avoir tremblé comme elle l'aurait sans doute voulu.
Ils marchèrent côte à côte jusqu'aux portes que les gardes ouvrirent en se prosternant devant eux, une fois sortis de la salle l'air froid fit du bien à Oliver ne s'était pas rendu compte de la chaleur étouffante qui régnait à l'intérieur. Malgré ça l'anxiété dévora son ventre, il ne savait pas quoi faire.
La dernière chose qu'il voulait était de faire du mal et d'effrayer cette femme, si jeune et innocente, mais quel autre choix avait-il que de faire son devoir ? Il espérait qu'elle soit coopérative, qu'elle comprenne, il ferait de son mieux pour la rassurer le plus possible.
Arrivés dans la chambre, des servantes s'approchèrent et prirent en aparté son épouse pour la préparer dans la chambre adjacente à la sienne, lui-même alla derrière son paravent pour se dévêtir. Avec soulagement il enleva ses bottes toujours aussi serrées, sa chemise ainsi que son pantalon.
Dans sa tenue de nuit, il se dirigea vers son lit et s'assit pour attendre son épouse, dix minutes plus tard elle arriva vêtue d'une longue robe en soie blanche lâche qui étreignait son corps, ses longs cheveux lâchés autour de son visage angélique, son regard baissé sur le sol.
- Vous pouvez disposer.
Ordonna-t-il aux servantes encore présentes dans la pièce qui se dépêchèrent de s'en aller. Seul le crépitement du feu se fit entendre dans la chambre, la tension si épaisse pouvait aisément être coupée au couteau en grosses tranches, son épouse resta au milieu de la chambre ne bougeant pas d'un pouce. Il décida de faire le premier pas et s'avança vers elle, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur le large tapis de fourrure.
- Je ne vous ferais aucun mal.
Lui murmura-t-il en levant son menton de son index pour rencontrer son regard bleu étincelant.
- Vous ne devez pas avoir peur de moi Felicity, je ne vous ferais jamais le moindre mal.
Sa bouche rose s'ouvrit alors qu'elle le regardait de ses beaux yeux écarquillés, un léger souffle un peu étranglé en sortant, son index fit parcourir la ligne de sa mâchoire à l'ossature fine, Oliver caressa ensuite sa joue avec une tendresse insoupçonnée.
- Je n'ai pas peur Prince ! Lui rétorqua-t-elle à voix basse, de légers tremblements dans la voix la trahissant entièrement.
Oliver sourit, prit une profonde inspiration et...
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