Nouveau chapitre !

Moi qui ne voulait pas me prendre la tête, voilà que je me perds sur Wikipédia ou autre pour des recherches sur la Cour de Louis XIV...

Nesple : Merci pour ta review ! C'était un devoir pour moi d'écrire une fic sur Versailles (j'avais pitié du nombre de fic) ;) Ne t'inquiète pas pour Louis, il sera trèèès présent... Je ne veux pas en dire plus mais j'imagine que tu comprends ce que je veux dire...

Le trajet se révélait plus long et morne que Blanche ne l'avait imaginé. Elle n'arrivait pas à se reposer tant les chemins étaient cahotants. Les vastes plaines et les forêts denses se succédaient sans qu'elle puisse les différencier. Le sol était gorgé d'eau en ce début de printemps. C'était bien la première fois qu'elle et ses sœurs quittaient leur domaine, et alors que Paris n'était pas loin, leurs parents avaient pourtant toujours refusé de les y emmener.

Les premières heures s'étaient déroulées en silence. Blanche profita de l'occasion que ses sœurs, Constance et Anne, et sa mère, la marquise de Valmant, soient endormies pour sortir son carnet de croquis. Elle dessina tout d'abord Anne, qui était allongée sur Constance. Son trait était léger et gracieux mais manquait encore d'assurance. Une fois le travail terminé, elle se mit à imaginer Versailles. Quelques personnes lui avaient brossé le portrait de ce lieu hors du commun mais l'image qu'elle avait en tête restait floue car jamais elle n'avait été confrontée à de telles merveilles. La pointe du crayon posé sur la feuille, Blanche tenta de dessiner ce qu'on lui avait décrit mais rien ne vint : aucune courbe, ni aucun trait ne lui semblait à la hauteur et son imagination avait ses limites. Désespérée elle rangea le carnet et se laissa ballotter au rythme de l'irrégularité de la route.

Vers onze heures du soir, les maisons se faisaient de moins en moins rares jusqu'à former de petits hameaux. Les voyageurs étaient à présent près de Paris. Il ne restait plus qu'un peu plus de deux heures avant d'atteindre Versailles. La Marquise avait été réveillée par ses filles, trop excitées par ce qu'annonçaient ces quelques maisons.

- Calmez-vous ! Ou vous serez mortes de fatigue avant d'arriver à Versailles ! se désespéra la marquise.

- C'est l'inactivité qui justement m'exténue, maman, répliqua Blanche. Je ne sens plus mes pieds !

- Tu peux aller courir avec les chevaux! se moqua Anne.

- Il faut d'abord que je sache encore tenir sur mes deux jambes, répondit ironiquement Blanche.

- A ces propos, mes filles, commença la marquise gravement, à la Cour, je crains que votre spontanéité à la Cour ne soit mal vue.

- Comment cela, maman ? demanda Constance avec incompréhension.

- Déjà, je sais que c'est beaucoup vous demander, mais à présent vous devrez m'appeler « Mère. Les courtisans prendraient cette marque d'affection pour de l'impolitesse.

Blanche, Constance et Anne n'étaient pas vraiment surprises mais plutôt dépitées. Elles qui étaient si proches de leurs parents devaient prendre une certain distance d'eux.

- De même que nous vous vouvoierons et que vous vous vouvoierez.

- Ma… Mère, vous ne pouvez nous demander de nous vouvoyer…, se buta Blanche. Je suis certaine que de nombreux frères et sœurs très haut placés se tutoient.

La marquise sourit avec douceur à la vue des visages défaits de ses filles.

- Je sais bien que je ne peux vous imposer cela, tant que cela reste en privé, je n'en vois pas la nécessité. Mais à l'extérieur c'est autre chose.

- Sauf qu'à Versailles, il est difficile d'avoir de l'intimité, remarqua Constance.

- Une vie en communauté, quoi de mieux pour apprendre la patience et l'humilité ? s'amusa sa grande sœur.

- Ou à l'inverse, la rivalité et la vanité, répondit sa mère, c'est pourquoi je vous mets en garde. La Cour est en constante concurrence, chacun tente de désarçonner l'autre en pointant du doigt le moindre de ses défauts, le moindre travers. Votre conduite doit être irréprochable, vous n'êtes plus les sauvageonnes que vous étiez à Anvrac, maintenant vous êtes de vraies demoiselles à l'éducation parfaite. Méditez et maîtrisez chacun de vos gestes, chacune de vos paroles. Ne soyez pas effrontées et soyez discrètes mais sûres de vous, c'est là que résidera votre force.

- Mère, tout cela nous a été déjà dit, protesta Anne en insistant sur le premier mot, nous avons compris.

- Je ne vous le répéterai jamais assez. Et surtout, faites attention aux hommes, ceux qui vous charment et vous piègent, vous faites de jolies proies pour les vautours qu'ils sont. Ils n'ont aucune morale et n'ont aucun remord à déshonorer des familles. Le plaisir et le désir de pouvoir sont les seuls maîtres.

Blanche écoutait sa mère avec sérieux, même si elle n'en avait jamais fait l'expérience – et Dieu merci – ses propos l'effrayaient. Elle échangea un regard inquiet avec sa sœur.

- Mais pourquoi le Roi a-t-il réuni ces nobles, s'ils représentent un réel danger ? demanda Anne.

- Le Roi n'est pas dupe et ils sont tenus sous sa coupe et ne peuvent pas lutter.

- Est-ce que notre famille pourrait constituer un intérêt quelconque pour les autres ? Ou bien sommes insignifiants ? questionna Blanche.

- Cela par contre je ne le sais pas, nous verrons bien comment les choses s'annoncent.

A une heure et demie du matin, les deux voitures s'enfoncèrent enfin dans les bois de Versailles. Tous étaient tendus sur leurs banquettes et passaient le nez à travers les rideaux. Les femmes s'étaient légèrement recoiffées même si elles avaient toujours leurs tenues de voyages. Ils iraient directement dans leurs appartements.

Les ombres s'étiraient au passage des lampes accrochées aux voitures. Rien n'annonçait pour l'instant l'approche d'un lieu de richesses et de puissance. Enfin les arbres se firent plus rares et de nouvelles maisons apparurent. Sur le pavé, les pas des chevaux résonnaient dans la nuit tandis que défilaient les bâtiments. Puis un peu plus loin, à tous s'offrit la vision pâle d'un palais de lumière que barrait un imposant portail d'or. Même à une telle heure, le château ne semblait pas endormi et sa lumière se reflétait sur la cour.

-C'est magnifique, s'exclama la marquise, enchantée.

-Nous allons vraiment vivre ici… je n'ose y croire, ajouta Constance.

Quant à Anne, la mâchoire était prête à se décrocher.

Blanche se pencha de plus belle par la fenêtre, intriguée.

Les bâtiments étaient massifs mais relevaient d'un équilibre et d'un sens du détail sans pareil. Elle ne pouvait voir tous les bâtiments, et la nuit avait sa part d'ombre, mais Versailles paraissait lui ouvrir les bras dans une invitation à y pénétrer.

Un garde, après avoir vérifié l'invitation du Roi, ouvrit le portail.

Les carrosses s'arrêtèrent contre un bâtiment latéral et des domestiques arrivèrent pour décharger les malles. Ils accomplir leur devoir en toute discrétion et avec organisation. Pendant ce temps les Valmant descendirent des voitures.

Blanche se sentait gauche et n'osa même pas s'étirer tellement elle était intimidée.

-Regardez-moi ces toits, dit le marquis enchanté, ils sont également recouverts d'or.

Louis-Joseph s'approcha de Blanche et prit sa main.

-Comment vous sentez-vous ?

-Bien ! Répondit-elle un peu vite, Enfin j'imagine…

Elle promena son regard sur les façades.

-Je suis tellement curieuse de découvrir tout ce que le château possède en son sein.

-Nous aurons tout notre temps pour cela mais d'abord allons dans les appartements qui nous ont été attribués.

Un autre domestique les accompagna à l'intérieur. Ils passèrent par un petit escalier en pierre sculptée. Tous montèrent en silence. Ils arrivèrent enfin dans un couloir au plafond haut. Les peintures étaient récentes et recevaient d'une certaine simplicité mais tout de même d'un bon goût.

L'homme s'arrêta à une porte et l'ouvrit de sa clef.

-Voici les appartements du Marquis d'Aulmes, annonça-t-il.

Louis-Joseph s'avança car c'était bien lui. Il salua la famille de Valmant et puis entra. Blanche se pencha pour regarder mais n'eut pas le temps de voir l'intérieur car la porte fut tout de suite refermée.

Le domestique s'avança ensuite et ouvrir une autre porte un peu plus loin.

-Les appartements des Valmant.

Le marquis, le premier à entrer, fut suivi de toute sa famille d'un pas précipité.

Quand Blanche entra, elle remarqua tout d'abord l'étroitesse du salon qui était à présent le leur.

Quelques meubles de simples manufactures étaient disposés de manière à dégager le centre de la pièce. Tout était réfléchi pour optimiser la pièce. Aucune fioriture, ni superficialité.

Blanche se sentait tout de même un peu déçue, malgré le fait qu'elle ne s'attendait pas à des appartements extraordinaires. Ils n'étaient qu'une famille ordinaire qui ne méritait pas un meilleur traitement que n'importe qui d'autre. Et des centaines de familles étaient également présentes. Il fallait bien tous les loger.

L'endroit restait tout de même tout à fait acceptable. A droite, il y avait un couloir où était alignées les portes des chambres au nombre de quatre, plus une salle d'eau.

Les coffres avaient été déposés dans les chambres. Blanche alla dans celle où il y avait ses affaires. La chambre était si petite qu'il n'y avait la place que pour le lit et pour une commode, un bureau et le nécessaire de toilette. Exténuée, elle se lava le visage avec l'eau d'une bassine, défit son corset et se laissa tomber sur le lit qui n'était pas inconfortable.

Ses yeux se fermaient tout seuls. Mais elle entendit toquer à la porte.

- C'est Constance, chuchota une voix.

- Entre.

Constance ouvrit doucement la porte.

Elle avait pris le temps de se mettre en chemise.

- Je n'arrive pas à dormir, expliqua la cadette.

- C'est pour cela que tu dois déranger mon sommeil ? dit Blanche avec ironie, tu peux dormir avec moi si cela peut t'aider.

- Ma foi, je n'en espérais pas moi de toi !

Et Constance rejoignit sa sœur dans le lit.

- Maman, enfin Mère, m'a dit que demain nous serions présentés au Roi, dit Blanche pensivement.

- Tu es vraiment effrayée ?

Blanche ferma les yeux.

- J'ai encore des réactions enfantines. Je ne ferai jamais le poids face à toutes les jeunes femmes.

- Ne t'en fais pas. Nous apprendrons à nous comporter comme des vraies femmes du Monde.

- J'espère sincèrement que nous ne serons pas seules, continua Blanche, et que nous serons appréciées.

- Arrête de te faire du souci, la gronda Constance, nous ne savons même pas à quoi nous avons à faire.

- Justement ! Nous allons plonger dans l'inconnu, nous qui n'y avons jamais été confrontées. Et soit nos ailes se déploieront, soit nous nous briserons sur le sol.

- Ne fais pas de la philosophie à une heure si tardive, veux-tu ? N'oublie pas que j'essaye de dormir, je ne veux pas que tu ne me mettes des idées terribles dans la tête.

- Alors tais-toi aussi.

Les deux mirent cet phrase à exécution.

Et quand Blanche souhait une bonne fin de nuit à Constance, celle-ci ne répondit pas, emportée finalement par la fatigue.

Et Blanche s'endormit alors dans un sommeil sans songe.

N'hésitez pas à me corriger si vous voyez des incohérences. A la prochaine !