J'aimerai 'excuser pour l'impardonnable attente que je vous ai imposée ! C'est à regret que je n'ai pas eu l'occasion de poster ce premier vrai chapitre (exams, exams, boulot, exams enfin bref l'horreur !). J'espère que ça vous plaira, et je vous annonce d'ores et déjà que j'ai écrit 10 chapitres en 6 jours !

Je vous embrasse, vous remercie tous de vos reviews charmantes et adorables, mes p'tits lecteurs adorés !

Cathy

Septembre 2011

"Comment t'appelles-tu ?"

Comment t'appelles-tu ?

C'est quoi cette question ? "Comment t'appelles-tu ?". Cette femme me demande mon nom ? Pourquoi ?

Je n'en sais rien.

Je ne sais pas où je suis. Je ne sais pas ce que je suis censée faire. Je ne sais pas pourquoi je suis à cet endroit précis, endroit que je ne connais pas. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé pour que je me retrouve à cet endroit ; je ne sais pas ce qu'il va se passer quand je quitterai cet endroit.

Je ne sais pas qui je suis.

Je ne sais pas.

Tout est noir. Tout n'est qu'abîme. Tout n'est que désolation et ténèbres.

Tout est dans ma tête.

J'ouvre les yeux d'un seul coup et une lumière éblouissante m'aveugle. Passer de la nuit au jour, ça fait un choc.

"Ah bah enfin ! Elle se réveille. Mademoiselle ? Vous allez bien ?"

C'est une voix masculine qui me parle. Elle est grave mais légèrement veloutée. Je tâte le sol avec mes paumes de mains et je sens mes doigts effleurer de l'herbe.

"Comment t'appelles-tu ?"

Encore cette voix. Cette voix de femme, dure et cassante. Cette voix qui m'a réveillée. Cette voix que je ne connais pas.

"Hé, calme-toi Sal' ! Laisse-lui le temps de reprendre ses esprits. Tu vois bien qu'elle n'a pas encore réalisé ! Elle vient à peine de se réveiller !"

"Tout ce que je vois, c'est une enquête qui n'avance pas et un besoin de témoins de plus en plus urgent !"

La femme se redresse et active son talkie-walkie. Ses longs cheveux bruns bouclés sont détachés et bougent dans tous les sens tandis qu'elle parle à l'homme connecté à son talkie-walkie.

"Inspecteur ? Ici le sergent Sally Donovan. On a un témoin dans le secteur B."

L'homme qu'elle informe lui répond qu'il la charge de me poser les questions de routine. Elle remet son appareil dans sa poche et se penche vers moi. Je recule. Je n'aime pas cette personne. Tout ce qui l'intéresse, c'est sûrement une promotion. Elle n'en a rien à faire de moi, ni de cette enquête. Plus vite l'affaire sera terminée, mieux ce sera.

"Bon ... Il me faut des informations. Tu es l'un de nos seuls témoins. Nous avons besoin de ta coopération."

Tout en disant cela, elle sort un carnet ainsi qu'un magnétophone, certainement pour m'enregistrer. Mais de quoi parle-elle ? Pourquoi y a-t-il une enquête ? Pourquoi ?

"Pourquoi ?"

C'est le premier mot que je prononce depuis que je me suis réveillée.

"Sally, tu ne lui as même pas raconté ce qu'il s'était passé."

C'est l'homme qui est assis près de moi depuis tout à l'heure. Celui qui possède la voix veloutée. Sally, puisque c'est son nom, lui lance un regard noir et reprend son discours.

"Toi et ta classe avez eu un accident de bus."

J'ai un choc, comme si quelque chose venait de me rentrer dans l'estomac. Cette nouvelle me prend de court.

Puis tout me revient en mémoire.

Le bus. Les cris. Les pneus qui crissent sur le goudron. Des bruits de vitres qui se fracassent.

Je regarde ma main. Elle est ensanglantée et des bouts de verres y sont incrustés. Je promène instinctivement mon regard autour de moi. Ce que je vois, je ne veux pas le voir. Je veux détourner mes yeux. Mais je n'y arrive pas. Ce spectacle est si ... monstrueux que, malgré moi, je m'y sens attirée. Je vois des ambulances, des policiers, des infirmiers, des brancards, des bannières "Interdiction de franchir cette ligne/Scène de crime". Crime. Crime ?

"Crime ?"

C'est dingue comme le fait d'être en état de choc vous rend incapable de dire des phrases entières.

"Un crime ? Je... Nous ne sommes pas en mesure d'affirmer s'il s'agit d'un attentat ou non."

Merci de l'info. Je ne sais pas quoi faire. Tant de questions se bousculent dans ma tête que j'ai l'impression que cette dernière va exploser.

"Excusez-moi, mais... Pouvez-vous me dire s'il y a des morts ?"

Je suis fière de moi. C'est la première phrase complète que je prononce. Je me demande pourquoi j'essaye d'optimiser tout cela. Mon père faisait ça, lui aussi. Je me fais vieille. Et il me manque.

En tout cas, ma question n'a pas l'air d'enchanter le sergent Donovan. Elle secoue la tête, baisse les yeux et un grand silence plane.

Jusqu'au moment où son talkie-walkie se réactive et laisse entendre une voix nasillarde.

"J'en suis à dix-huit corps, Sal'. Quoi de neuf de ton côté ? Tu sais, pour ce soir, je pensais..."

Sally Donovan appuie sur un bouton de son appareil et la voix se coupe dans son élan.

Dix-huit corps.

Dix-huit.

Je tourne la tête vers le sergent Donovan. Elle s'est relevée et ne dit plus rien. Son regard croise le mien et je crois y déceler une lueur de tristesse, malgré tout. C'est à partir de ce moment-là que je commence à réaliser.

A réaliser que le bus dans lequel j'étais, il y a environ une heure, a eu un accident. Que dix-huit personnes sont décédées.

Et que moi, je suis toujours là.

"Que voulez-vous savoir ?"

C'est la phrase que je prononce pour rompre un long et pesant silence qui venait de s'installer. Sally m'observe étrangement et commence son interrogatoire.

"Je suis désolée, encore une fois, de te presser ainsi, mais nous avons impérativement besoin de ton témoignage maintenant. C'est d'une urgence capitale. Bien, commençons. Dis moi tout ce dont tu te rappelles."

Je la fixe quelques instants, car j'essaye de me souvenir au mieux de tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Mais d'abord, je dois savoir quelque chose.

"Quelle heure est-il ?"

Le sergent Donovan jette un coup d'oeil à sa montre et me répond qu'il est bientôt midi.

Nous avons quitté le pensionnat à onze heures du matin ; je m'en souviens car c'était l'heure qu'affichait l'horloge dans le grand hall. Gena m'en avait même fait la remarque, parce que d'après elle, onze est un chiffre maudit. Gena est très superstitieuse. Elle croit en tout et en n'importe quoi. A la madédiction des chats noirs et à l'éternité selon les égyptiens.

C'est ce que je dis au sergent Donovan. Je ne lui laisse pas le temps de prononcer un mot que déjà, je me lance dans mon récit. Je n'omets rien, comme à mon habitude. Je ne vois pas, j'observe.

Tout ce que je sais, tout ce que j'ai vu ce matin, je le lui dit. A la fin de ma tirade, elle me regarde, presque époustouflée. L'homme à la belle voix me fixe aussi, puis lance un coup d'oeil à Sally.

"Sally... Cette gosse, elle ne te rappelle personne ?"

L'intéressée lui lance un autre regard noir, puis tourne la tête vers moi.

"Dis-moi, comment t'appelles-tu ?"

Cette femme est vraiment bizarre. Elle me pose une question qui me tire de mon sommeil et elle ne me la demande que maintenant ? C'est son collègue qui me la pose.

ASH.

C'est mon surnom. Il signifie "cendres". Comme mon caractère de recluse. Gena est ma seule amie. La seule que je n'ai jamais eue. La seule qui soit capable de supporter de partager une chambre avec moi, même si cela inclut le fait que je joue de la flûte n'importe quand, que je pirate son ordi, que je m'enferme dans un mutisme impressionnant, que je ruine la réputation de plusieurs personnes en leur balançant, devant une foule de gens, leurs secrets les plus intimes (on m'avait provoquée !).

De mon côté, je supporte quotidiennement d'écouter ses histoires d'amour, de donner mon avis sur tout et n'importe quoi, de lire l'horoscope chaque matin, de regarder avec elle une série télévisée complètement nulle, de mettre un "attrape-rêves" indien au-dessus de mon lit.

C'est peut être pour ça qu'on est meilleures amies. On se complète.

On se complétait. Je ne sais pas si elle est encore en vie.

"Avez-vous vu une Gena Kingshaw ? Est-elle encore en vie ?"

"Je ne sais pas encore ... Mais répond à ma question ! Comment t'appelles-tu ?"

"Je m'appelle Agatha Sybil Holmes."

L'homme à la voix veloutée ouvre les yeux et est pris d'un rire nerveux.

"Sally ... dis moi que c'est une blague ! Ils sont quand même pas plusieurs comme lui, non ?"

Sally ne répond rien. Elle se relève, s'empare de son talkie-walkie, appuie sur un bouton et dit :

"Chef ... on a un problème."

Elle prononce cette phrase tandis qu'elle tourne les talons et se dirige vers une voiture de police. Son patron lui répond, mais je ne distingue pas ses paroles. Le dernier mot que j'entends le sergent Donovan prononcer est "taré".