Parce que je n'aime pas commencer un recueil sans avoir quelques chapitres d'avance...


Jeux interdits

(Hao, Marion)

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Sa peau a la délicatesse et le moire du satin.

En l'effleurant du bout des doigts, on peut en sentir la jeunesse. Quoi de plus absurde? Quoi de plus immonde? Le ton chatoyant et lunaire de cet épiderme est d'une pureté presque obcène. C'est insoutenable. Une telle beauté ne peut être faite que pour être souillée. Ce blanc trop parfait mérite des crocs qui, frénétiquement, viendraient creuser profondément pour faire émerger le rouge du sang.

Les voilà justement qui se penchent sur le dos offert, repoussant la chevelure épaisse. Les lèvres fines se retroussent, exhibent une canine et glissent le long de la colonne vertébrale. La peau blanche se couvre alors de chair de poule tandis qu'un frisson la parcourt. Le sourire, au-dessus, s'étire encore, dévoilant le reste de la denture. Les incisives caressent déjà les vertèbres saillantes, prêtes à mordre. Et voilà qu'une main se pose sur l'omoplate, une main aux ongles courts, translucides, et pourtant tranchants. La main erre, caresse, se promène… et soudain se plante!

Le dos se soulève dans un cri, une goutte rouge perle. Lentement, la main griffe vers le bas, laissant sur son passage une longue strie rouge.

Le premier sang versé est le plus lent à venir.

Ensuite, l'autre main se manifeste, les dents franchissent le pas, le dos blanc se distord.

Les crocs avides mordent dans la chair et laissent ci et là, les traces de leur passage. Les corolles mauves des échymoses fleurissent. Les lignes rouges s'entrelacent, tout autour, comme une vigne vierge. Bientôt, la surface nue s'orne d'un paysage bucolique au parfum de décadence.

Marion finit par se redresser, la bouche pleine de sang. Ses yeux perçants scrutent son œuvre. Hao se retourne et la regarde. Il se tord pour ne pas s'allonger sur le dos. Un sourire illumine son visage essouflé d'extase. Marion l'interroge du regard: que veut-il? Que doit-elle faire? Il tend les lèvres pour un baiser. Elle les goûte, hésite et tranche. Ses dents s'enfoncent dans la chair pulpeuse jusqu'au sang. Elle lui tire un gémissement, aspire et se rétracte. Hao ouvre les yeux, lentement, la dévisage. Marion attend. C'est à lui d'ordonner. Elle reste immobile, jusqu'à ce qu'il parle.

Et sa voix est aussi calme qu'à l'acoutumée.

– Ça ira, déclare-t-il en lui caressant la joue. Tu peux y aller.

Alors, Marion relace son corsage, sans mot dire, et se retire.

Il la fera sans doute rappeler dans quelques heures. Le Seigneur Hao a le sang mauvais: il faut sans cesse lui en tirer du nouveau. Et Marion est très fière d'avoir été choisie pour cette tâche.

Le goût d'hémoglobine demeure dans sa bouche. Elle le savoure. Longtemps.

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