La suite et fin, avec une rencontre inattendue pour Beth et Judith.

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LES OUBLIÉES


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Partie 2

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Beth se relevait du sol où elle cueillait jusqu'alors quelques plantes quand elle les découvrit, glacée d'effroi, encerclées par un tas d'hommes en armes.

- Qu'est-ce que nous avons là ? dicta aussitôt l'un d'eux.

Elle n'eut pas le temps de dire un mot qu'une voix éraillée s'exprima avec force.

- Réclamé !

Aussitôt, les trois hommes les plus proches d'elle se retournèrent et s'agacèrent vivement envers celui ayant ainsi réclamé elle ne savait quoi. Ils semblaient tous si bruts, sales et... manifestement dangereux.

- Non ! Il n'a pas le droit !
- Qui t'empêchais d'en faire autant, plus tôt ? Pas sa faute si t'es trop lent.
- Putain ! Toi tu me le payeras ! Crois-moi !

Alors soudain, l'homme lui ayant parlé - le chef à n'en pas douter - s'approcha d'elle pour la saisir par le bras, enfonçant dans son geste violent ses doigts dans sa chair. Nul doute qu'elle aurait une ecchymose, tant la douleur fusa dans son corps... Jusqu'à ce qu'il la relâche en la poussant vivement contre un torse aussi ferme qu'un mur de brique.

- Ok pour ce soir, mec. Mais demain, on reverra son acte de propriété !

À ces mots, Beth fut partagée entre la volonté de hurler de colère à ces goujats qu'elle n'appartenait à personne et la peur panique à l'idée de ce qui l'attendrait d'ici peu. Elle n'était pas assez naïve pour croire pouvoir se débarrasser, seule et sans arme décente, de ces six hommes !

- Putain, les gars ! Regardez, elle a un mioche avec elle.

Réalisant seulement que Judith se démenait avec force derrière elle, dans le but évident de sortir de son carcan, c'est toujours aveugle de l'identité de celui l'ayant prise en main, qu'elle tacha de calmer la petite fille.

- Shuutt... je t'en prie.

Mais aussi vite qu'elle s'était agitée, la petite se calma quand une main rude et couverte de sang écaillé se posa avec douceur sur sa tête joufflue. Surprise d'un tel geste tendre, Beth releva enfin la tête pour voir...

- D...

Beth ne put en dire plus, que les lèvres de Daryl se refermaient aussitôt sur les siennes, lui imposant de la sorte un baiser aussi vif que passionné. Nul doute que vu de l'extérieur, il pouvait être interprété comme donné sous la contrainte. Mais pour la jeune femme ayant jusqu'alors perdu tout espoir de retrouver des membres de sa famille, la stupeur de reconnaître son visage était bien plus forte que la simple existence du baiser.

Revenant doucement à elle, Beth réalisa que des cris et autres bruits obscènes couvraient leur scène de retrouvailles.

- Bon, si tu peux la retenir encore un peu dans ton pantalon, nous allons rentrer au garage pour ce soir.

Guidée avec force par un Daryl Dixon n'ayant toujours pas dit mot, Beth les suivis, docile, bien que toujours inquiète de ce qu'il adviendrait à elle et Judith.

Quand le soir venu elle termina de nourrir le bébé du lait qu'elle gardait toujours dans son sac besace en cas d'imprévu, Daryl les attira toutes deux dans le bureau vide du garage, juxtaposant l'atelier où le groupe d'hommes avait semble-t-il élu domicile.

Alors seulement, enfin isolés, Daryl la regarda dans les yeux. Aussitôt l'incompréhension mêlée à la tristesse et peut-être à un peu de joie s'afficha sans barrière, dans les prunelles bleues du chasseur. Pour Beth, il était évident, du peu qu'elle voyait, que l'homme avait souffert. Peut-être pas tant physiquement, quoi que rien ne prouvait le contraire. Mais mentalement, c'était une évidence. Elle avait un homme torturé face à elle.

- Hé...

Glissant une main douce sur sa joue râpeuse, Beth ne savait quoi dire. Il y avait tant de choses à évoquer, tant de questions à poser. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas vu l'un des leurs. Si longtemps qu'elle n'avait tout simplement pas parlé à quelqu'un ! Mais le lieu et le moment étaient sans doute mal choisis pour s'épancher. Aussi soupçonnait-elle que Daryl apprécierait qu'elle reste concentrée sur leur situation présente.

- Qui sont-ils ?
- Des hommes morts. Cette nuit, ils seront tous morts.

Ne sachant quoi y répondre, Beth vit Daryl l'observer avec un peu plus de douleur dans les yeux. À l'évidence, il s'apprêtait à faire quelque chose qui le répugnait.

Un instant de doute et l'homme se détourna vivement d'elle pour subitement mettre à sac la pièce, hurlant toute sorte d'insanités. Si Beth parut d'abord décontenancée par son attitude, elle réalisa soudain ce qu'il tentait de faire entendre. Aussi n'eut-elle aucun doute quand elle hurla soudain à plein poumon, faisant passer cet acte pour un jeu aux yeux de l'enfant assise sur ses genoux.

Gelé de stupeur, Daryl cessa son propre raffut, fixant la jeune femme avec terreur. Mais en lieu et place de toute peur, Beth afficha plus sûrement sa tristesse, sa peine, mais aussi son bonheur d'avoir enfin retrouvé un membre de sa famille. Aussi n'eut-elle finalement pas à se forcer pour subitement pleurer à grosses larmes dans le giron de Daryl, la berçant aussitôt avec douceur. Alors elle abandonna dans ses larmes réelles toute l'angoisse et la crainte qu'elle avait eu à vivre ces six derniers mois abandonnée de tous !

WD

Si Daryl fut surpris de voir Beth toute seule au milieu des bois. La réalité de sa situation, le poussa dès lors à tout faire pour la protéger des autres membres du groupe. Il savait qu'il n'aurait pas gain de cause, s'il ne fonctionnait pas d'abord en suivant leurs règles. Raison pour laquelle, il la réclama aussitôt quand il aperçut son visage et la reconnu à l'instant.

L'empêchant de dire le moindre mot, de peur que tous comprennent qu'ils se connaissaient déjà, Daryl fut rassuré quand elle sembla jouer le jeu de la victime terrorisée. Bien qu'il n'y ait rien de surprenant à la peur qu'elle affichait et que tous s'attendaient à voir sur son visage, en telle situation.

Si son cri au sein du bureau le surprit, son regard compréhensif l'assura aussitôt qu'elle avait agi de la sorte pour suivre son exemple. Alors quand il s'était rapproché et qu'elle s'était jetée dans ses bras pour y pleurer tout son saoul, Daryl était heureux que ses pleurs puissent correspondre à de tout autres activités. Tandis qu'il pouvait enfin prendre le temps de la réconforter comme il y aspirait, ses sanglots suffiraient amplement à faire croire aux autres qu'il profitait à loisir de sa proie.

Une bonne heure plus tard, quand il sortit enfin - s'assurant au préalable de laisser Beth et Judith loin des yeux au fin fond de la petite pièce - le chasseur ne fut pas surpris d'obtenir la surveillance de nuit. Mieux, cela l'arrangeait au plus haut point. Il lui avait fallu des mois pour que chacun de ces hommes lui fasse suffisamment confiance pour le laisser veiller pour eux tous. D'abord, Daryl avait su qu'il était minutieusement surveillé. Que certains faisaient mine de dormir dans le seul but de prouver qu'ils ne pouvaient pas lui faire confiance. Mais connaissant ce type de gars, pour avoir traîné avec eux et son frère toute sa vie d'avant, Daryl avait usé de patience. Comme à la chasse, il fallait suivre le rythme de la proie, aussi dur que ce soit.

Mais ce soir, les astres étaient alignés pour agir. Le groupe avait enfin une confiance relative en lui. Et l'impossibilité de laisser Beth entre leurs mains dès le lendemain était la motivation suffisante pour enfin agir ! Cela faisait déjà quelques semaines qu'il aurait pu mettre son plan en œuvre. Mais il n'avait pas réussi jusqu'alors à en trouver le courage. Trop peureux qu'il était de devoir faire face à toutes ses défaites, seul...

Alors quand tous se mirent doucement à s'endormir, Daryl attendit deux longues heures avant de passer devant chacun d'eux pour les tuer d'un coup de couteau dans le crane, débutant par le plus sociopathe, Joe, le chef de meute. Malheureusement, il aura fallu que Len ait une envie de pisser et se réveille pour le prendre sur le fait, tandis qu'il lui restait encore trois proies à achever. Tuant aussitôt l'homme d'une flèche tirer en plein œil, son cri n'en réveilla pas moins les deux derniers survivants. Ayant pris soin d'éliminer les plus forts en premier, restaient les plus couards de la troupe. Aussi n'eut-il guère de mal à s'attaquer au premier tentant de le contrer. Devant se battre aux points avec lui, Daryl ne réalisa qu'à la fin de son combat, combien il était étrange que le dernier homme ne lui ait pas encore tiré dessus.

Se relevant pour observer son entourage à peine éclairé par les lueurs des braises, il la vit : sa silhouette fine, munie d'une arme tranchante - un couteau majeur dont du sang coulait à grosses gouttes. A ses pieds, un homme mort. Nul doute qu'il devait sa sauvegarde à Beth qui sans même connaître son plan avait réussi à protéger ses arrières.

C'est à l'aube, alors que Daryl avait repoussé tous les corps dans un coin du garage, que tous deux s'assirent devant le feu ravivé.

- Nous n'avions pas d'autre choix. murmura Daryl, se sentant responsable de leur situation.
- Je sais.
- Ils auraient voulu te prendre chacun leur tour.
- Je sais.
- Je n'aurais pas pu avoir le dessus.
- Mais tu serais mort en essayant. Mieux vaut eux que nous.

Hochant de la tête à cette évidence, Daryl s'y conforma.

- Et maintenant ? demanda-t-elle.
- On va partir d'ici. Je vais trouver de quoi vous mettre à l'abri, toi et Judith...
- J'ai déjà un abri, Daryl.

La regardant enfin dans les yeux, n'ayant pas pu s'y résoudre depuis qu'il avait compris que Beth avait du tuer un homme pour lui, Daryl la questionna.

- Où ?
- Vous m'avez perdu. Mais si tu sais nous ramener là où vous m'avez trouvé, je serais capable de rentrer à la maison.
- La maison... ? Tu es avec quelqu'un d'autre ? Rick ? Carl ?
- Non... personne... Après l'attaque de la prison, j'ai fini par m'enfermer au sein de notre bloc où Judith se trouvait toujours. A priori, personne n'avait eu la possibilité de venir la chercher. Alors coincées par des marcheurs entassés à la porte, nous y sommes restées.
- Tu veux dire...

Avalant sa salive douloureusement, Daryl se fit des plus sérieux.

- Tu es resté longtemps dans la prison ?
- Environ quatre mois.
- Oh mon Dieu...
- Quoi ?
- Je... je me suis réveillé le lendemain de la bataille pas loin de la prison. Ne voyant trace de personne et comprenant rapidement que notre bloc était fermé et donc inaccessible, j'ai pillé quelques vivres de l'autre bloc avant de faire mon chemin à travers les marcheurs pour fuir les lieux. Si seulement j'avais su... J'aurais pu vous rejoindre, vous aider, vous protéger.
- Tu sais... Je n'ai pas fait un si mauvais travail par moi-même. osa-t-elle lui répondre.

D'une certaine manière, elle se sentait vexée qu'il puisse laisser entendre qu'elle ne s'en était pas sortie suffisamment bien à elle seule, jusqu'ici.

- Bien évidemment.

En valait pour preuve, aux yeux de Daryl, leur petite Ass-kicker qui avait tant grandit, à l'évidence parfaitement soignée et nourrie, babillant heureuse dans les bras de sa mère adoptive.

Trop perturbé par ces révélations, une fois le jour levé, Daryl accompagna cette fois-ci avec précaution et attention, Beth et Judith à leur point de rencontre. La petite fille ayant fini le peu de lait que Beth gardait pour elle, il devenait urgent qu'ils soient de retour en leur lieu de repli. Aussi pressèrent-ils leurs pas, Beth portant de nouveau l'enfant, tandis que lui rapportait avec eux trois imposants sacs débordant de fournitures - bien que dénués de toute nourriture, le groupe d'archers n'en possédant plus depuis déjà plusieurs jours.

Une fois au cœur de la forêt, Beth ne mis plus qu'une heure à les ramener chez elle. Là. Elle ne perdit pas de temps pour préparer pour eux trois de quoi les nourrir, aucun des deux adultes n'ayant rien avalé depuis la veille. Alors enfin repus, Daryl fit le tour de la propriété tandis que Beth mettait à la sieste la petite Judith qui avait eu une nuit bien agitée.

Visitant d'abord l'intérieur de leur lieu de vie, une petite maison de quartier en briques rouges composé de deux chambres à l'étage, il fit ensuite le tour du jardin. Entouré d'un simple mur de briques, ce dernier était au moins suffisamment haut, pour cacher toute activité intérieure. De quoi permettre de vivre et sortir dehors, sans pour autant attirer l'œil attisé des marcheurs. Mais cela restait bien insuffisant contre une horde ou face à des vivants avides de pillages...

À l'avant comme à l'arrière, chaque parcelle de terre était surtout exploitée pour la culture de toute sorte de plantes. Nul doute que Beth avait décidé ici de produire sa propre alimentation. L'ayant rejoint, elle s'expliqua sur son constat.

- Je sais qu'il y en a vraiment partout. Mais je n'avais pas mille façons de subvenir à nos besoins. Ceci étant, j'ai eu la bonne surprise de découvrir que les jardins avoisinants abritaient plusieurs arbres croulant sous les fruits que nous pourrons prochainement récolter. Et les sous-bois des environs sont aussi très riches en plantes comestibles.
- Jamais été tenté d'y chasser ?
- Si. Mais j'ai beau poser des pièges. Personne ne m'ayant jamais montré comment m'y prendre, ils ne fonctionnent pas. Je n'ai donc jamais réussi à attraper que des escargots. Et crois-moi, ce n'est pas si bon que les Français veulent nous le faire croire.

Amusé par sa réflexion, Daryl comprit aussitôt ce qu'il pourrait faire pour ces deux filles.

- Vais faire un plus grand tour, pour voir ce qui se trouve dans les horizons et tacher de vous rapporter de la viande fraîche.
- Il n'y a rien de si pressé, Daryl. Tu parais épuisé et...
- Je préfère savoir à quoi m'en tenir avant de faire une pause.

Ne voulant pas le contredire, Beth abdiqua

- D'accord.
- Je reviens vite. C'est une promesse.

Daryl la fixant avec force, Beth crut se noyer dans son regard. Alors elle hocha simplement de la tête, rassurée par la promesse que le chasseur reviendrait à elles. À sa connaissance, jamais cet homme n'avait trahi sa parole.

- Bien.

Partant aussitôt, Daryl se munit sans surprise de son arbalète, alors richement chargée en flèches pour avoir récupéré l'ensemble des armes en possession des cadavres de son ancien groupe.

L'observant s'échapper dans les bois longeant leur maison, Beth était déçue de n'avoir pu parler plus longuement avec lui avant son départ. Elle était si avide d'échanges, de contacts humains avec un autre adulte... Soupirant, elle se préoccupa de trier le contenu des sacs rapportés par Daryl. Par leur forfait des plus violents, ils étaient dorénavant fiers possesseurs de deux arbalètes supplémentaires, trois armes de poing, un fusil et un imposant sac à dos rempli de fournitures diverses. Mais étrangement, Beth y constata l'absence notable de nourritures. Comme elle ne pouvait nier que Daryl était maigre. Bien trop maigre pour qu'il n'ait pas souffert de la faim.

Sachant qu'avec lui et ses multiples capacités, ils ne tarderaient pas à exploser la diversité de leurs futures ressources alimentaires, ne serait-ce qu'avec la chasse. Beth décida d'investir plus qu'elle ne l'aurait fait pour elle seule dans la préparation d'un imposant dîner. Elle souhaitait là offrir à Daryl plus qu'il n'avait du avoir depuis des semaines, voir peut-être depuis des mois.

Sauf que le temps passa et l'homme ne revenait toujours pas. Au crépuscule, Beth ne cachait plus son angoisse à l'idée qu'il ait pu lui arriver malheur. Ils venaient à peine de se retrouver et déjà elle craignait que la malchance ait voulu leur nuire aussi vite. Ce n'est que lorsqu'il rentra enfin, aux premières lueurs de la lune, avec rien de moins qu'un imposant cerf sur les épaules, que Beth comprit la raison de son retour tardif. Elle savait que pister un cerf et le rapporter était une manœuvre très longue et fastidieuse. Nul doute que Daryl avait dû y laisser ses dernières forces.

Alors sans attendre, elle le poussa à aller se laver, tandis qu'elle s'occuperait de préparer la bête déjà évidée.

- Tu ne sais pas...
- Je sais exactement ce qu'il faut faire à cette étape. Je te rappelle qu'Otis et mon père ont toujours chassé. Si je ne les ai que rarement accompagnés à l'époque ou que je n'ai jamais été sollicité à aider sur ce point à la prison, du fait que vous me jugiez tous trop inexpérimentée. Je n'ai pas moins aidé ma famille à prendre en charge leurs proies depuis mes douze ans !

Cédant bien malgré lui, Daryl se rendit finalement dans la salle de bain où il profita d'une douche qui se transforma très vite en non moins de trois douches. La crasse le couvrant était si drue, n'ayant pu profiter de la moindre hygiène correcte depuis la perte de la prison.

C'est finalement une bonne heure plus tard qu'il se présenta habillé de frais à Beth qui terminait pour sa part de cuire au gril les meilleurs morceaux de la viande chassée.

- J'en ai cuit suffisamment pour ce soir et demain. Nous pourrons fumer une partie de ce qui reste. J'ai aussi du sel qui nous permettrait de mettre en salaison les gigots pour les transformer en jambon.
- Bonne idée.

Satisfait d'avoir ainsi fait sa part, ce soir-là, Daryl dévora plus que de raison viande et chili préparés par Beth, tout en observant serein le merveilleux spectacle formé par la jeune femme et Judith perdues dans leur quotidien. Elles étaient si belles, si pleines de vie... Si contagieuses aussi, dans leur bonheur à redécouvrir le goût de la viande après en avoir été privée plus de six mois.

Finalement, au terme de leur dîner nocturne, Beth l'incita à ne pas veiller. Ne pouvant faire le gué non-stop, en étant seule - sans se mettre volontairement en danger, elle avait pris la décision lourde de conséquences de juste vivre et risquer l'inconnu. Après tout, malgré toutes leurs surveillances et protections à la prison, cela n'avait pas stoppé l'homme ayant voulu leur fin. Alors, à quoi bon s'y épuiser ?

Cédant non sans mal à cette idée incongrue, Daryl se vit offert la chambre jusqu'alors non occupée, les deux filles partageant leur espace. S'y installant pour une poignée d'heures, c'est finalement près de seize heures plus tard que Daryl retrouva conscience, pour constater effaré et gêné que Beth avait durant ce laps de temps déjà traité le reste de la viande dans ses différentes possibilités de conservation. Lui qui espérait l'y aider, se trouvait à l'écouter lui expliquer ce qu'elle avait eu en ses manches, alors qu'elle le poussait à se nourrir de nouveau. Comme évoqué la veille, elle avait salé les deux gigots afin d'en faire des jambons. Fais fumer au feu de bois, les morceaux les moins nobles coupés en lanières. Et utilisé le reste de la viande pour la mijoter dans des bocaux, à présent scellés pour en assurer leur bonne conservation. Autant dire qu'elle avait réalisé là, bien plus qu'il n'aurait juste pu y penser.

WD

Finalement, au grand damne de Beth avide d'échanges, Daryl resta éteint et observateur une semaine entière avant qu'enfin il ne se mette à parler. D'abord quelques mots, suivi le temps passant par quelques confidences. Avant qu'un jour d'été, l'homme se confie enfin entièrement à sa compagne d'infortune.

Beth s'était sans mal doutée, combien le chasseur cachait en lui-même. Aussi avait-elle été patiente. Traitant en attendant ce qui était au moins apte à l'être, en minimisant ses carences par l'apport journalier de copieux repas. Après deux semaines à ce régime, les joues creuses avaient disparu, tandis que le corps tout en muscles retrouvait ses formes habituelles. Il fallait dire que l'homme avait dévoré presque à lui seul le cerf qu'il avait chassé le premier jour.

Et puis enfin, il trouva la force de se confier et lui expliquer ce qui lui était advenu : Sa rencontre avec ce groupe de bandits de grand chemin et ce qu'il avait du faire pour y survivre et gagner leur confiance afin de pouvoir agir le moment venu, comme après leurs retrouvailles. S'il avait craint que Beth agisse différemment avec lui, suite à ses aveux. Le fait qu'il n'en soit rien avait évidemment aidé Daryl à le soulager. Alors, comme si vider son sac avait suffi à le libérer d'un poids, c'est dès lors plus léger que l'homme commençât doucement à réapprendre à vivre avec « ses » femmes, tous deux rassurés qu'aucune gêne ne prennent naissance entre eux. Bien au contraire.

Le temps passant, à l'automne, Beth poursuivit assidûment ses cultures, désirant maximiser sa production avant les premiers froids. Depuis l'arrivée de Daryl, ce dernier s'était montré dans les premiers temps souvent absents des journées entières. Pour autant, grâce à lui et sa capacité à éliminer au besoin les marcheurs bloquant l'entrée des autres maisons du quartier, ils purent très vite enrichir leur capacité à conserver toutes ses cultures avec plus de bocaux, plus de sel... Tandis que le chasseur rapportait chaque semaine non moins de viande fraîche à consommer et conserver, là encore.

Leur binôme alors complémentaire, leur garde-manger grossit progressivement, tandis qu'ils se relayaient aussi aux côtés de Judith, dorénavant avide de marcher au sein de la petite maison. À la fin de l'automne, la petite fille s'était affichée totalement autonome, ne tombant plus sur ses pieds. Beth était si fière d'elle. Dans le même temps, la petite commença à exprimer plus distinctement leur nom. Nul doute qu'elle saurait parler d'ici ses deux ans, au printemps prochain. Peut-être alors auraient-ils l'occasion de partir à la recherche du reste de leur famille...

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FIN

Je sais que cela semble finir abruptement, mais ce n'était qu'une petite idée à poser sur le papier. Peut-être un jour reviendrais-je sur cette version pour leur offrir une suite. Mais pour l'instant, je pose là, le clap de fin, les deux oubliées ayant été enfin rejointes par leur ange gardien. ^_-

mimi yuy