Le vol de Tokyo à Athènes parut interminable à Saori. D'une part parce que, contrairement à d'habitude où elle voyageait avec Tatsumi ou les chevaliers de bronze, cette fois elle était seule – elle avait préféré demander à son majordome de rester à Tokyo – et d'autre part car elle s'inquiétait.

En effet, elle ne savait absolument pas pourquoi elle devait se rendre au Sanctuaire sans délai. Tatsumi lui avait dit qu'il avait parlé à Mu, mais celui-ci n'était pas entré dans les détails. Peut-être ne pouvait-il pas, et ça n'en était que plus étrange. Ce n'était pas la façon de faire habituelle du chevalier du Bélier et la princesse fut soulagée lorsque le pilote du jet lui annonça qu'ils atterriraient à Athènes dans plusieurs minutes.

Une autre surprise l'attendait au Sanctuaire . Elle avait pensé trouver le Sanctuaire, sinon sens dessus-dessous, du moins passablement agité . Pas du tout ! Tout semblait parfaitement calme, et plusieurs gardes ouvrirent des yeux ronds en voyant le jet se poser sur l'esplanade principale. Visiblement , ils n'avaient pas été informés de sa visite et improvisèrent à la hâte ( et dans le plus grand désordre ) une haie d'honneur pour leur déesse.

Pas de chevalier d'or non plus pour l'accueillir. Etrange, décidément !

Saori commençait vraiment à s'inquiéter, et à croire à un malentendu quand elle vit la haute silhouette du chevalier du Bélier se diriger vers elle. A ses côtés se trouvait Kiki, son apprenti, visiblement ravi de la voir leur rendre visite.

- Majesté !

- Bonjour, Kiki. Dis-moi, tu as bien grandi depuis la dernière fois ! Bonjour, Mu !

Le chevalier du Bélier s'inclina profondément devant sa déesse.

- Majesté, quelle heureuse surprise ! Pourquoi ne pas nous avoir prévenus de votre visite ? Nous aurions pu vous accueillir plus conformément selon votre rang …

Surprise ? Pourquoi donc était-il surpris puisque c'était lui-même qui lui avait demandé de venir ? A quoi donc jouait-il ? Ou bien la présence de Kiki l'empêchait-il de dire de quoi il retournait ?

Elle décida donc de jouer le jeu, en attendant de pouvoir avoir un tête-à-tête avec Mu et d'en savoir un peu plus.

- Je suis désolée de débarquer ainsi à l'improviste j'étais à Athènes pour un important contrat avec Julian Solo, et je me suis dit qu'il serait dommage de ne pas faire un saut par ici pour y passer quelque temps …

- Vous êtes évidemment la bienvenue !, répondit Mu avec entrain .

Rien dans son attitude ne laissait entrevoir le moindre souci. Ou bien c'était un redoutable acteur, ou alors il y avait vraiment un malentendu quelque part !

- Je crains toutefois que vos appartements ne soient pas prêts, enchaîna-t'il . Si toutefois vous voulez bien m'accompagner …

Mu lui offrit son bras, et ils se dirigèrent tous deux, Kiki sur leurs talons, vers le Palais. Ils ne croisèrent aucun chevalier en route. Tous devaient être en train d'assister aux entraînements de leurs protégés respectifs.

- Souhaitez-vous réunir les chevaliers d'or pour un conseil extraordinaire demain ?, lui demanda Mu.

- Avec plaisir, acquiesça Saori.

- Je dois toutefois vous informer que plusieurs d'entre eux sont absents. Aldébaran est parti pour quelques jours voir des amis au Brésil, et Shaka s'est retiré en Inde pour méditer.

- Cela ne fait rien, ce sera une réunion informelle, de toute façon.

- Bien. Je vais vous laisser maintenant . Je reste évidemment à votre disposition si vous avez besoin de quoi que ce soit.

- C'est très gentil à toi, Mu. Merci pour tout.

Il s'inclina et se dirigea vers le grand escalier qui menait aux douze temples . Kiki avait déjà disparu. Juste avant de franchir le seuil , le chevalier du Bélier se retourna, et murmura d'une voix à peine audible :

- Soyez ici à minuit, Majesté. Je viendrai vous chercher.

Et il disparut à son tour, la laissant à ses interrogations.

Il était à l'heure pile. La flamme des Poissons était en train d'agoniser sur le cadran de la grande horloge du Sanctuaire, lorsque Saori perçut un bruit infime derrière elle.

C'était Mu. Pour une fois, il ne portait pas son armure, mais sa tenue tibétaine traditionnelle.

- Mettez cela, je vous prie. Et suivez-moi. Pas un bruit, surtout.

Il lui tendit quelque chose de sombre. Une cape . Lui-même en revêtit une qu'il avait roulée sous son bras.

Saori s'exécuta sans poser de questions. Elle connaissait Mu, et savait pouvoir lui faire une confiance aveugle.

Suivant son exemple, elle rabattit sur sa tête le capuchon qui dissimulait ses traits aux regards d'un maigre croissant de lune, puis ils plongèrent dans la nuit .

A suivre ...