Jeu de Dupes
Note de l'auteur : Bonsoir à tous ! Pas d'avertissement particulier ici, j'espère juste que le chapitre vous plaira. ;-)
Remerciements : Un grand merci à Gentiane94 et à fidjet pour la relecture. ^^
Bonne lecture !
Chapitre 2 : Dans l'angle mort
Songeur, Alex regardait la rue depuis la fenêtre de sa chambre, au premier étage d'un hôtel particulier de Saint-Pétersbourg. Il n'avait pas allumé la lumière, et la pièce était simplement éclairée par la lueur jaunâtre des lampadaires. Accomplir sa mission s'avérait bien plus difficile qu'il ne l'avait prévu. Il avait fallu un mois pour évincer la précédente maîtresse de Kaplov, Vassilissa Petrovna, qui avait été un modèle de vertu si l'on considérait que vivre avec un ponte de la mafia permettait de l'être. Lassé des hésitations d'Alex à faire quoi que ce soit qui la compromette et qui la conduise très probablement à sa mort, le MI6 avait décidé de prendre les choses en main et avait rapidement orchestré une machination. Persuadé que sa maîtresse l'avait trompé, Kaplov l'avait fait disparaître, et Alex s'en était terriblement voulu.
Il avait fini par se ressaisir, et avait fait entrer en jeu David Johnson, son alias. La mort de Vassilissa avait provoqué comme un appel d'air autour de Kaplov, qui s'était retrouvé entouré d'imbéciles attirés par le pouvoir dès qu'il posait un pied dans une boîte. Contrairement à ce à quoi il s'était attendu, Alex n'avait pas eu tellement de mal à s'imposer. Sans doute parce que malgré ses efforts, il n'avait pas réussi à avoir l'air totalement idiot, et que le mafieux avait dû sentir inconsciemment l'attrait presque malsain qu'il avait pour le danger. Cela faisait près de deux semaines que Kaplov l'avait arraché à sa fausse vie d'étudiant Erasmus, pour l'installer auprès de lui, et pour l'instant il n'avait pas réussi à apercevoir ne serait-ce que l'ombre d'une activité illégale. La mission que lui avait confiée le MI6 étant de surcroît très précise, ils n'étaient pas intéressés par n'importe quel document, il lui faudrait avoir un pied solide dans le bureau du mafieux pour obtenir ce qu'il voulait.
Perdu dans ses pensées, il sursauta légèrement en entendant frapper. D'un mouvement vif, il se dissimula dans l'ombre avant d'autoriser la personne à entrer. La porte s'ouvrit silencieusement et une figure se dessina brièvement en contre-jour. Celle-ci s'arrêta un instant pour allumer la lumière avant de refermer lentement la porte. Réalisant de qui il s'agissait, Alex se retînt de crier « Yassen ! » et tâcha de ne pas paraître trop surpris, parfaitement conscient du fait qu'il devait y avoir des micros et des caméras dissimulés dans la pièce.
« Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il sèchement à la place.
- Le boss m'a demandé de garder un œil sur toi, répondit l'autre. Et je me suis dit que je n'aurais pas besoin de caméras ni de micros pour parvenir à mes fins alors j'ai fait un petit détour par la salle de surveillance avant de venir ici, conclut-il en souriant.
- Idiot, souffla Alex en se détendant immédiatement. Tu aurais pu me prévenir plus tôt.
- Tu crois vraiment que je serais venu dans ta chambre sans prendre le temps d'invalider les caméras ? dit Yassen, faussement choqué. D'ailleurs, tu m'as bien aidé en restant planté devant ta fenêtre pendant dix minutes, j'ai pu programmer une boucle. Mais ça ne devrait pas tarder à avoir l'air suspect, ajouta-t-il en se rapprochant du jeune homme.
- Ça m'arrive souvent de faire ça, répliqua Alex en haussant les épaules, je dirais qu'on en a encore pour une vingtaine de minutes avant que quelqu'un ne vienne vérifier en collant son oreille à la porte. Les micros ?
- Boucle aussi.
- Et tu n'as rencontré personne pendant que tu faisais tes petites modifications ? demanda Alex en haussant un sourcil perplexe.
- C'était mon tour de garde et mon binôme a eu à point nommé une envie très pressante, répondit Yassen avec un léger sourire, avant de se placer juste devant le blond qui avait croisé les bras.
- Je te demande pardon ?
- Par une heureuse coïncidence, commença l'autre homme en entourant Alex de ses bras, il s'avère que Serguei Kaplov cherchait à engager un assassin pour espionner, et éventuellement éliminer, son amant dont il souhaitait s'assurer de la fidélité. Il m'a donné rendez-vous dans la boîte ce soir et m'a demandé de lui tendre un piège. Tu peux imaginer je crois ma surprise en constatant que le-dit amant ne m'était pas tout à fait inconnu.
- Tu veux dire que si je n'avais pas sauté sur toi dans cette coursive c'est toi qui m'aurais fait des avances ? dit l'espion avec un sourire en coin.
- Serguei voulait voir si dans un environnement où tu te sentirais relativement en sécurité tu aurais pu le tromper, acquiesça Yassen. Il m'a appelé il y a une heure pour avoir la réponse.
- Et qu'est-ce que tu lui as dit ? souffla Alex en passant ses bras autour du coup du Russe.
- Que tu n'étais pas intéressé mais que tu semblais un peu trop curieux pour un étudiant, répondit sérieusement l'assassin. Nous sommes restés trop longtemps dans l'angle mort, ça lui paraissait louche.
- Il faudra que je fasse attention à ce que je dis alors, murmura pensivement le jeune homme en fronçant les sourcils, il va sans doute me poser des questions. »
Yassen ne répondit rien, mais remonta une de ses mains vers le visage de l'autre, et passa son pouce sur son front pour en effacer les rides d'inquiétude qui s'y trouvaient. Alex fixa son regard dans le sien et sourit légèrement, avant de se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser doucement. Le Russe avait glissé sa deuxième main derrière sa nuque, jouant avec les cheveux courts, pendant qu'il caressait lentement sa joue de l'autre. Le baiser était doux, languide, à l'opposé de ceux qu'ils avaient échangés plus tôt, dans le couloir sombre de la boîte de nuit. Après quelques instants, ils s'interrompirent, leurs respirations se mêlant, leurs fronts collés l'un contre l'autre.
« Tu m'as manqué aussi, souffla Yassen.
- Pourtant, répliqua Alex en riant légèrement, j'ai entendu dire que tu séduisais des jeunes hommes innocents sur contrat maintenant...
- Tu fais pire que ça sur ordre, insinua l'assassin sur un ton où perçait une jalousie qu'il refuserait toujours de reconnaître.
- Ne m'en parle pas, grimaça le jeune homme en se détachant lentement de son amant. Cette mission me rend malade.
- Pourquoi as-tu accepté alors ? demanda le Russe en le regardant se laisser tomber sur le lit.
- Tu venais de partir pour le Guatemala, soupira Alex, et je me suis dit que la mission serait rapidement expédiée et que compte tenu de sa nature, je serais en droit de demander des vacances après pour partir avec toi. Mais elle traîne en longueur et je ne sais absolument pas comment faire pour m'en sortir. Serguei Kaplov est beaucoup plus intelligent que je ne l'avais anticipé.
- J'ai eu l'occasion de le croiser quelques fois, dit Yassen en venant se placer juste en face du jeune homme qui s'appuya sur ses mains pour le regarder, il me fait l'effet d'une bête fauve qui attend l'ombre de la nuit pour se laisser aller à ses pulsions sanguinaires.
- Tu deviens poète toi maintenant ? sourit Alex.
- J'ai eu le temps d'y penser pendant que je l'observais de loin, dit le Russe en croisant les bras.
- Cela dit, reprit l'autre lentement, tu n'as pas tort. »
Le jeune homme se redressa alors, et enleva son T-Shirt d'un mouvement vif, exposant son torse à l'assassin. Celui-ci se figea à la vue de ce qui lui était montré. Yassen savait qu'Alex possédait son lot de cicatrices. Il se souvenait très bien de la nuit où il avait accepté de se mettre totalement à nu devant lui pour la première fois. Il avait enlevé un à un ses vêtements, lentement, en le regardant dans les yeux avec un air de défi qui ne dissimulait pas entièrement la peur de se voir rejeté. L'assassin avait alors vu l'étendue de ce qu'avait dû subir le jeune homme qui n'avait que dix-sept ans à l'époque. Depuis, Alex avait certes gagné d'autres blessures, mais il avait aussi gagné en confiance, et surtout avait accepté de considérer ses cicatrices comme une preuve de son courage et de sa capacité à survivre et non comme un objet de honte.
Mais par dessus les marques pâles dont certaines étaient presque effacées par le temps, de nouvelles avaient pris places. Outre nombre de suçons, le jeune homme arborait des bleus jaunissants sur les hanches et ce qui apparaissait être des morsures. Celui-ci se leva pour faire face à Yassen, le regard insondable, et se retourna. L'assassin étouffa un juron en russe en voyant les traces qui marbraient son dos, et qui n'avaient pu être produites que par un fouet ou par un objet similaire. Il saisit son amant par les épaules, le retourna, et lui demanda lentement en le regardant dans les yeux.
« C'est lui qui t'a blessé ? demanda-t-il d'une voix rauque en tâchant de ne pas laisser trop transparaître sa colère.
- Il a bien fallu que je trouve une excuse plausible à ça, répondit Alex en désignant d'un vague signe de la main ses cicatrices. J'avais le choix entre m'inventer des tendances masochistes poussées ou lui avouer que je m'étais fais torturer par Scorpia. Je pouvais difficilement prétendre être tombé à vélo étant petit, souffla-t-il en enroulant les bras de Yassen autour de lui.
- Et les blessures par balle ? continua l'assassin en serrant l'autre un peu plus.
- Je les ai fait passer pour des brûlures de cigarette. »
Le Russe soupira fortement, en pensant à la douleur derrière chacune des cicatrices d'Alex et au fait qu'il en était en grande partie responsable, et espéra que les marques laissées par le mafieux s'effaceraient vite. Il enfouit son nez dans le cou du jeune homme, ferma les yeux et inspira profondément. Il passa lentement ses mains sur son dos, répertoriant les irrégularités qu'il connaissait et celles qu'il n'aurait de cesse de voir disparaître. Alex fut parcouru d'un long frisson et se colla plus encore contre lui. Ils restèrent ainsi quelque minutes, avant que l'assassin ne relève la tête pour embrasser de nouveau l'espion qui fit courir ses mains le long des bras de Yassen pour les croiser derrière sa nuque.
Même si la tendresse n'était pas bannie entre eux, elle était rarement aussi présente, surtout lorsqu'ils ne s'étaient pas vus depuis plusieurs mois. Depuis le début de leur relation, quatre ans auparavant, ils n'avaient jamais été séparés aussi longtemps, essayant de se croiser lors de leurs missions respectives. Malgré cela, à chaque fois qu'ils se retrouvaient, ils ne pouvaient se détacher l'un de l'autre pendant des heures, tâchant de compenser la distance qui les avait un temps séparés par la proximité de leurs corps. Le désir de se prouver mutuellement qu'ils étaient en vie et ensemble l'emportait alors, et rendait leurs étreintes passionnées, presque violentes. La douceur ne venait qu'après, lorsqu'ils étaient épuisés, tous deux allongés face à face, et que les mots chuchotés à voix basse remplaçaient les cris et les halètements.
Mais aujourd'hui la situation était différente. Ils étaient en territoire ennemi et Yassen était peu désireux de compromettre Alex plus qu'il ne l'était déjà en laissant sur son corps des marques involontaires. D'autant qu'il avait peu envie de le blesser davantage.
Le Russe finit par s'asseoir sur le lit, le jeune homme sur les genoux. Il resta totalement habillé tandis qu'Alex se serrait le plus possible contre lui pour profiter de la chaleur qu'il dégageait. Les deux hommes s'embrassaient lentement, sans chercher à aller plus loin, et quelques minutes plus tard, ils cessèrent de concert, sachant pertinemment qu'il serait dangereux pour eux que Yassen reste plus longtemps avec lui. L'espion le laissa se relever et s'assit en tailleur sur son lit pour remettre son T-Shirt. Il déposa un baiser rapide sur les lèvres de son amant avant de retourner se poster à côté de la fenêtre, comme s'il n'avait pas bougé depuis une demi-heure.
Dans le reflet de la vitre, il regarda Yassen éteindre la lumière et sortir silencieusement de la pièce après avoir vérifié que le couloir était désert. Il allait sans doute devoir trafiquer les caméras du couloir aussi, car même si Kaplov ne s'étonnerait peut-être pas du fait qu'il soit venu vérifier que le jeune homme était bien dans sa chambre, le fait qu'il y soit resté pendant plus d'un quart d'heure lui semblerait à coup sûr étrange.
Alex sentit un léger sourire étirer ses lèvres. La paranoïa de Serguei Kaplov avait peut-être eu du bon finalement, il était heureux de savoir Yassen dans les parages. Pour une fois, le Russe allait être payé pour garder un œil sur lui, il serait ravi. Le jeune homme attendit quelques minutes avant de quitter la fenêtre et de tirer les rideaux, laissant à son amant de temps de trafiquer à nouveau les caméras de sécurité. Il se rendit dans la salle de bain, où il se déshabilla pour prendre une douche rapide qui le débarrassa de la sueur et de l'odeur de fumée qui lui collaient à la peau. Il prit bien garde à se mettre dos aux grands miroirs qui surmontaient les lavabos, souhaitant faire face le moins possible à un reflet qu'il méprisait d'autant plus que les dernières marques qu'il arborait avaient été faites par un homme haïssable.
Alex retourna dans la chambre et enfila un boxer et un vieux T-Shirt qu'il avait plus ou moins emprunté à Yassen six mois auparavant. En se glissant sous les draps, il espéra de toutes ses forces que le mafieux ne viendrait pas le voir au cours de la nuit. Savoir que l'assassin était probablement juste derrière la porte le refroidirait sans doute plus que d'habitude, si cela était seulement possible.
J'espère que vous avez apprécié ce moment de "calme", les choses sérieuses commencent dès la semaine prochaine... ;-)
Portez-vous bien et à vendredi ! ^^
