Note : Hello tout le monde ! Je vous remercie pour vos retours sur le premier chapitre :) Comme prévu voici la suite...

Bêta : Encore et toujours l'incroyable Maya Holmes. Merci, merci, merci !


Lorsque Molly Hooper rencontre Sherlock Holmes pour la première fois, il fait 34 degrés, la machine à café a été réparée et ses cheveux sont retenus en une queue de cheval haute.

Elle est encore stagiaire à Barts et, même si elle n'a pas suivi le même cursus qu'eux, elle s'est liée d'amitié avec Harry et Stan du 3e et c'est ensemble qu'ils prennent leurs pauses dans la cour Est. Elle reste à l'ombre, à cause de sa peau à taches de rousseur et, assise sur un petit muret, elle regarde ses deux amis qui parlent d'un film qu'elle n'a pas vu. Elle pense à sa mère qu'elle doit rappeler, au cadeau qu'elle devra acheter à son petit frère pour son anniversaire. Elle croit encore que c'est une journée comme une autre quand la porte à battant claque derrière elle. Elle se retourne et le regrette.

C'est un garçon, terriblement grand et fin qui est sorti par la porte dérobée. Il porte un pull informe, un jean noir et des chaussures tout aussi sombres. Avec sa peau blanche et ses cheveux fous, il fait penser à ces gothiques qu'elle croisait lorsqu'elle était encore au lycée. À la différence que lui est beau.

Molly n'a jamais été une littéraire. Alors, dans sa tête tourne un petit moteur qui cherche le meilleur adjectif pour qualifier ce mec. Ne reste que celui-ci : incroyablement, positivement, indéniablement beau. Elle frotte ses ballerines l'une contre l'autre, a oublié depuis longtemps la conversation des deux autres étudiants et ne voit que les mains fines du nouveau venu qui fouillent dans les poches bien trop près de son corps. Lorsqu'elles se glissent dans les poches arrière Molly a un frisson.

Elle cache son sourire en détournant la tête quelques secondes, enregistre mentalement l'image de ce fessier adorable touché par des mains qu'elle imagine aisément sur le sien, et tourne à nouveau le visage vers ce fantasme ambulant. Il a sorti un paquet de cigarette et s'en allume une sur laquelle il tire comme si sa vie en dépendait.

Molly déteste la clope. Elle déteste l'odeur, elle déteste le goût, elle déteste le geste et elle déteste cette idée idiote que fumer rend sexy. Il faut dire qu'elle dissèque assez de poumons de fumeurs pour avoir ses raisons.

Mais l'homme est si sophistiqué (malgré ce pull affreux) et si grand (son fantasme), qu'elle lui pardonne tout, là et maintenant. Il la fume sa cigarette à une telle vitesse qu'elle n'a même pas le temps de préparer un speech. Elle panique un peu, se dit qu'elle peut lui demander l'heure (elle porte une montre), qu'elle peut lui demander s'ils ne se sont pas déjà vus quelque part (pitié, pas ça), ou peut commencer la discussion par un « Salut, sexy » (trop flippant). Tant pis, elle lui adressera un sourire lorsqu'il repassera près d'elle, ça sera peut-être suffisant. Elle se tient prête, les deux mains sur le muret, la poitrine légèrement en avant, mais l'homme n'a toujours pas bougé. La raison lui fait lever ses sourcils au milieu de son front : il fume une deuxième cigarette.

Et avec la même ferveur que la première. Peut-être vient-il d'apprendre la mort d'un proche ? Bien sûr, ça expliquerait sa peau pâle et ce regard rouge, qu'elle ne remarque que maintenant qu'elle l'a fixé sans honte. Elle baisse le visage, se mord la lèvre inférieure et son empathie naturelle fait serrer son cœur juste assez pour se sentir triste. Elle n'ira pas le voir, pas aujourd'hui. Et comme elle ne le reverra peut-être jamais, elle fait ce que toutes les filles font : elle regarde de loin, sans un mot, sans oser prouver son existence. Elle mémorise dans son esprit les longs doigts, le cou interminable et les boucles brunes qui surplombent ce visage aux traits improbables. Elle tente de découvrir la couleur des yeux mais est trop loin pour ça, alors elle les imagine bleus, pour parfaire le fantasme.

Molly voit le quatrième mégot tomber au sol, avant que l'homme ne l'écrase avec sa chaussure et cette fois il s'avance. Vers elle. Ce n'est pas une illusion d'optique puisque ce sont à ses yeux à elle qu'il s'est accroché. Molly, foire pas, je t'en prie.

« Est-ce que tu as une cigarette ? », demande-t-il d'une voix chaude et même l'odeur de la fumée qui a imprégnée ses vêtements n'est pas suffisante pour empêcher tout le corps de la jeune femme de vouloir se serrer contre celui face à elle.

Elle secoue la tête, ne préfère même pas ouvrir la bouche de peur d'émettre un son qui ressemblerait plus à l'ultime jérémiade d'un oisillon mourant et le laisse la dévisager. Ça dure quelques secondes qui paraissent des heures, avant qu'il ne se retourne vers Harry et Stan.

« Auriez-vous une cigarette ? », leur demande-t-il et Stan hoche la tête avant de lui en offrir une.

L'homme tire longuement dessus comme si c'était sa première (et Molly est la seule dans cette arrière-cour qui sait qu'il en est réellement à sa cinquième) et souffle la fumée en redressant la tête. Son cou est un sévisse sexuel pour les yeux à lui tout seul.

« Ça va Sherlock, t'as trouvé ce que tu cherchais ? », demande Stan.

« Combien de temps tu penses que ça va prendre pour révéler les traces de PCP-Mescaline ? », se renseigne Sherlock.

« J'sais pas, 24h... Maximum. »

« Du PCP ? T'es dealer ou quoi ? », demande Harry en riant, mais même Molly peut dire que c'est le rire d'un mec qui flippe.

« Sherlock est... Une sorte de détective privé. », explique Stan. « Quand il a besoin d'un labo, il vient me voir au 3e. »

« Et vous avez l'autorisation de Mr. Rebers ? », s'inquiète Harry.

« Le frère de Sherlock travaille avec le mien. », conclue Stan et ça semble être un code secret qui garantit la bonne foi de ce Sherlock parce qu'Harry ne renchérit pas.

Ils parlent encore un peu de leur plan du weekend - sans Sherlock, note Molly - et rentrent les premiers dans l'immeuble. Elle s'est levée pour faire mine de les suivre mais reste en retrait. Si Sherlock vient ici pour travailler alors il n'est pas en deuil. Elle hésite encore un peu mais ne trouve pas les mots pour l'aborder. C'est ridicule, elle qui n'a d'habitude aucun soucis pour draguer se retrouve complètement démunie face à un mec qu'elle ne connaissait pas il y avait encore dix minutes de ça. Elle le voit jeter son mégot, l'écraser et s'approcher à nouveau d'elle.

« Toujours pas de cigarette ? », demande-t-il de sa voix chaude.

Sa voix.

« Toujours pas... », réussit-elle à répondre, et rien que pour ça, elle est persuadée qu'elle mérite une médaille.

Il a un sourire, affreusement faux, et disparait à son tour dans Barts.

Lorsque Molly retrouve cinq minutes après Harry aux labos du rez-de-chaussée et qu'elle lui demande une cigarette, il s'étonne mais lui donne sans sourciller. Elle la glisse dans la poche de sa blouse et se tient prête pour la prochaine fois où Sherlock lui en demandera une.


Ça fait deux mois que Sherlock n'est pas revenu, mais elle en a appris plus sur lui. Déjà, c'est son vrai prénom et non pas un surnom, comme elle le pensait. Son nom de famille est Holmes et il profite du labo où Stan travaille depuis mars. Ils se connaissent du lycée, même s'ils ne se parlent réellement que depuis que Stan a trouvé ce boulot ici. Il vit chez son frère, à Belgravia. Stan a juré que ce n'était pas une blague et qu'ils ne faisaient pas non plus partie de la famille royale.

Stan n'a jamais eu son numéro de téléphone et ne sait pas où est Sherlock, ni s'il compte revenir.

Molly pense tous les jours à ce qu'elle aurait dû lui dire. Saloperie d'effet escalier.


Ça fait six mois que Sherlock n'a pas mis les pieds à Barts et Molly ne pense plus qu'à lui un jour sur deux. Elle est fière de ce progrès. Dans la poche de sa blouse, il y a toujours la cigarette qui attend avec elle.


Quand en janvier Molly descend avec Harry et Emma pour écouter la jeune femme se plaindre de son chef qu'ils détestent tous les trois, elle ne pensait réellement pas sentir son cœur s'arrêter de battre.

Parce que Sherlock Holmes est revenu et que personne n'a jamais été aussi beau à ce moment précis. Elle se rappelait avec précision de sa taille mais n'avait jamais vu ses yeux si fins, si clairs. Sa peau n'a plus rien de celle d'un mourant et ses cheveux ont enfin croisé le chemin d'un peigne, mais ce qui retient son attention c'est le long manteau sombre dans lequel il est enveloppé. Molly rougit, mais il fait assez froid pour blâmer la température de la capitale.

« Bonjour. », commence-t-elle.

« Bonjour. », répond-il.

Il se rappelle d'elle.

« Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas vu. »

« Oui j'ai... Été occupé. Je venais pour analyser cette terre, mais on ne me laisse pas entrer. », l'informe-t-il en sortant de sa poche une petite fiole en verre qu'il lui montre. « Stan a changé de numéro de téléphone ? »

« Stan est mort. », est-elle obligée de lui apprendre, sans comprendre comment il n'a pas pu le savoir avant.

« Assassiné ? », s'empresse-t-il de demander.

« Non... », grimace-t-elle, choquée qu'il puisse penser automatiquement à une chose pareille. « Accident de voiture... Le... L'autre chauffeur n'a pas vu le feu rouge... », commence-t-elle sans aller plus loin, parce que y'a pas grand chose à dire.

« Oh... »

Il hoche la tête, les yeux perdus dans le vague et Molly a attendu assez de mois pour ne pas relancer la conversation.

« Vous pouvez entrer. On donnera mon nom comme garant. »

L'homme la regarde, le visage penché, comme un serpent prêt à attaquer et Molly ne bouge pas.

« Oui, je pense que nous pouvons faire ça. Je suis Sherlock Holmes. », dit-il finalement en tendant sa main qu'elle serre avec plaisir.

« Je sais... », ne peut-elle s'empêcher de répondre dans un sourire magnifique.

Il hoche la tête une nouvelle fois et rentre le premier dans l'immeuble. Elle se dit qu'il lui demandera son nom une autre fois.


Molly l'a vu passer lorsqu'elle parlait avec le directeur du département dans le couloir et même si Sherlock n'a pas répondu à son sourire, elle sait qu'il l'a vu. Elle n'a pas eu le temps de se recoiffer mais aujourd'hui elle a mis ce nouveau rouge à lèvre qu'Emma lui a offert.

Ça fait quatre ans qu'elle est la garante de Sherlock et maintenant, au moins, elle peut faire des phrases à peu près correctes devant le détective. C'est parce qu'il-y-a à chaque fois un assistant ou un laborantin dans les parages qu'elle n'arrive toujours pas à lui demander s'il veut aller fumer en bas avec elle. Et aussi parce qu'il est toujours aussi distant.

Elle a eu des aventures pendant ces quelques années, rien de sérieux, mais juste assez pour lui rappeler qu'elle peut encore séduire. Mais la chose est que face à Sherlock Holmes, Molly perd tous ses moyens et s'en veut après pendant des jours. Aujourd'hui, elle s'est assez entraînée devant le corps de Mrs. Vinci pour arriver à lui demander s'il voudrait aller boire un café. Il lui répond qu'il le prendra corsé, avec deux sucres et qu'il l'attend à l'étage. La remarque sur son nouveau rouge à lèvre ne passe pas inaperçue non plus.

Si Molly avait compris ce jour-là, en lui apportant son café commandé, qu'elle était passée à côté de John Watson, elle l'aurait sans nul doute considéré autrement.


« John ? »

« Non, c'est Molly. », manque-t-elle de grogner en laissant tomber ses dossiers bruyamment sur son bureau. « Sherlock, il est une heure du matin, je veux rentrer chez moi maintenant. »

« J'ai presque fini... », soupire-t-il en collant à nouveau son œil contre le microscope.

« Vous me dites ça depuis 17h ! »

« Laissez-moi vos clés, je les déposerai dans la boîte aux lettres... »

« Non. Depuis qu'on s'est fait voler des choses dans les laboratoires du rez-de-chaussée, on a interdiction de laisser une personne extérieure à Barts seule dans les bureaux, je vous l'ai déjà dit... », s'impatiente-t-elle, épuisée.

Mais Sherlock ne se préoccupe même pas de ses plaintes justifiées et, imperturbable, note ses dernières découvertes. Quand son téléphone sonne, Molly ne peut qu'espérer qu'on ait trouvé un corps à l'autre bout de la ville qu'il l'obligerait à partir.

« Allo ? Ah, John. Je suis à Barts. J'ai mangé, oui. Comment ça quand ? J'ai mangé hier, pourquoi ? »

Molly relève la tête et regarde Sherlock fermer les yeux et soupirer.

« Et bien mets-le au frigidaire et je le mangerai en rentr... Bien. D'accord, j'arrive. »

Le détective raccroche, se glisse dans son manteau et garde son téléphone à la main en se dirigeant vers la porte. Il l'a presque complètement fermée derrière lui lorsque Molly l'appelle :

« Vous partez ?! »

« Ah, Molly, vous êtes encore là ? », s'étonne Sherlock.

Molly ouvre les lèvres, les referme, sent son coeur battre dans sa poitrine avec la même force que celle qu'elle voudrait utiliser pour claquer la joue du détective, et ne s'étonne même plus qu'il l'ait oubliée puisque ça fait six ans qu'il l'oublie.

« Pensez à me ramener demain matin l'oreille de Finn Gobalt que je vous ai prêtée. C'est très important, Sherlock... »

« Noté. », sourit-il avant de claquer la porte derrière lui.


Sherlock n'a pas ramené l'oreille. Sherlock n'a pas ramené l'oreille et la famille Gobalt est venue reconnaitre le corps. Molly n'a pas pu expliquer à une femme pourquoi son mari, mort d'une crise cardiaque dans le métro, n'avait plus d'oreille droite. Molly s'était jurée de la recoudre dès que Sherlock aurait fini ses expériences. Molly a horrifié une pauvre mère de famille qui n'avait rien demandé, s'est fait suspendre pour un mois et se dégoûte aujourd'hui à cause d'une personne. Molly est devenue ce genre de fille qu'elle critiquait, celles qui changent pour les beaux yeux d'un homme. Molly se déteste d'être tombée un jour amoureuse de Sherlock Holmes.

Elle a préparé un sac avec des affaires qu'elle ramène chez elle pour ce mois d'arrêt forcé. C'est en sortant par la porte de derrière qu'elle se rend compte qu'elle porte toujours sa blouse. Elle pose son sac sur le muret, la retire, la chiffonne en boule avec rage et sent dans la poche une cigarette. La cigarette qu'elle a gardé six ans pour en avoir une le jour où Sherlock Holmes la lui demanderait.

« Vous auriez du feu ? », demande-t-elle à deux infirmières qui passent.

Elles lui laissent leur briquet vu que Molly a un mal fou à allumer sa clope et qu'elles ne savent pas qu'elles ne la reverront pas puisqu'elle est mise à pied. Quand le médecin légiste tire la première tafe, ça lui brûle la gorge. Tant mieux, ça sera sa punition. Elle crapote sans le savoir, trouve le goût aussi détestable que prévu et peste inlassablement contre elle-même. Lorsqu'elle se retourne et voit approcher Sherlock, elle se retient de rire à cause des nerfs qui lâchent.

« Vous fumez ? »

« Vous êtes vraiment brillant en déduction. », ironise-t-elle.

Sherlock se renferme instantanément. Touché. Bien fait.

Ils restent silencieux un temps infini, puisqu'elle ne sait pas fumer et que chaque fois qu'elle tire sur le mégot elle manque de s'étouffer. Sherlock ne semble même pas le remarquer puisqu'il regarde la cigarette et la fumée qui s'en échappe comme un pauvre malheureux qui n'aurait pas mangé depuis une semaine. La comparaison n'est pas optimale, certes.

« John vous a engueulé, alors ? », ne peut-elle s'empêcher de demander, la voix sèche.

« Pardon ? »

« Hier, quand il vous a appelé et que vous avez couru le rejoindre... »

« John n'aime pas quand je ne mange pas le soir. »

« Et il ne faudrait surtout pas que John Watson ne soit pas satisfait, n'est-ce pas... », dit-elle et ce n'est pas une question.

Sherlock fronce les sourcils et ouvre les lèvres, prêt à demander ce que c'est censé vouloir dire, mais elle interrompt sa tentative en enfonçant sa blouse dans son sac qu'elle met en bandoulière avant de marcher vers l'arrêt de bus 51.

« Attendez, Molly... », appelle Sherlock en attrapant son avant-bras.

Elle relève les yeux et le regarde.

« ... Vous n'auriez pas une cigarette pour moi ? », murmure-t-il, de peur que quelqu'un ne l'entende.

« Non, c'était ma dernière. », répond-elle en se dégageant de son emprise.

Elle attrape le bus deux minutes après et mange un gaspacho ce soir-là.

Le jour où Molly fume sa dernière cigarette, elle est prête à tomber amoureuse de quelqu'un d'autre.