Bonjour, bonsoir tout le monde, ici Kermadec. J'ai eu envie d'écrire une scène de sexe. Voilà.
Plus sérieusement, quand j'ai commencé à écrire des histoires, mes premiers lecteurs m'ont laissé entendre que j'écrivais bien ce genre de choses. A l'heure actuelle, ça fait une paire d'années que je n'ai plus tenté l'exercice. J'ose aujourd'hui, après avoir consulté mes followers sur Twitter pour savoir quel couple allait subir ma plume. Ce texte est donc dédié aux trois personnes qui ont répondu à cette question existentielle :p
ATTENTION : Ce texte s'intitule "Crudité gratuite" pour une bonne raison. N'attendez pas de scénario cohérent ou de logique interne dans ce texte. J'ai écrit ce dont j'avais envie, tout bêtement.
N'hésitez pas à me dire ce que vous aurez pensé de cette chose.
Crudité gratuite
Depuis plusieurs semaines, les vastes étendues du Cratère résonnaient des lamentations sans fin d'un pyromage aux abois. Les échos de ses gémissements plaintifs se perdaient au loin. Bob Lennon lançait au monde un appel de détresse condamné à rester sans réponse.
"Pays de merde. Forêt de merde. Nature de merde. Aventure de merde."
L'humeur du pyromage était sur le déclin depuis un certain temps, et ses compagnons d'infortune avaient abandonné tout espoir d'apaiser sa rancœur. Ils ne connaissaient que trop bien les sautes d'humeur de leur ami. Seul Mani le Double s'était inquiété de la situation, et avait tenté, un temps, de trouver une solution.
"Grunlek? Dis, pourquoi Bob n'est pas content?
- Bah, il est toujours comme ça quand on voyage trop longtemps dans la nature. Quand on remettra les pieds dans une ville, ça ira mieux… Même si je n'ai aucune idée du temps qu'il faudra pour en trouver une, vu qu'on est complètement perdus… Hein, Shin?
- Oui, roh, bon, ça va, je vais la retrouver, la route !
- On ne peut rien faire pour Bob, alors? S'enquit l'elfe
- Nan, pas vraiment. Il vaut mieux le laisser marmonner dans son coin. Il finira bien par revenir à la raison, à un moment ou à un autre."
Ce moment tardait à venir. Le mage s'enfonçait chaque jour davantage dans la déprime. Ni la nourriture de Grunlek, ni les combats occasionnels n'avaient eu la moindre influence sur son état d'esprit. En désespoir de cause, Mani avait fait inhaler à son ami des herbes prétendument euphorisantes. Leur seul effet fut de délier la langue de Bob, qui en profita pour se plaindre en continu pendant plusieurs heures.
"J'en peux plus, forêt à la con ! Qu'est-ce qu'on fout ici, on devrait être en ville, à célébrer nos exploits dans une taverne. Ou mieux encore, dans un bordel. C'est ça, on devrait être tranquillement posés dans un bordel, une chope dans une main et une fille dans l'autre. Au lieu de ça, on crapahute dans une forêt dégueulasse et on avance sans même savoir où on va. Je suis sûr qu'on est déjà passés par là il y a trois jours ! C'est n'importe quoi. On n'est rien qu'une bande de bras cassés qui vivent des histoires à la zigodille. Perdus comme des glands au milieu de rien, dans un pays de merde…"
Bien vite, les compagnons de Bob comprirent que la détresse du mage était plus profonde que d'ordinaire. Si son comportement n'avait rien d'inhabituel, sa durée finit par agacer le paladin du groupe, qui décida de prendre les choses en main. Mieux que quiconque, il avait compris la source du problème.
Quelques jours plus tôt, Bob et lui avaient partagé la même tente. Ils avaient passé la nuit enlacés en secret, comme ils le faisaient souvent. Il n'était pas question d'amour, entre eux. Théo et Bob partageaient simplement un peu de chaleur humaine, quand l'envie s'en faisait sentir. Seulement, le paladin était parfois pris de remords quand il pensait à la nature hérétique de son amant. Cette nuit-là, il avait choisi d'en parler au mage.
"Tu sais, Bob, je crois qu'il vaut mieux qu'on fasse une pause. On s'amuse bien, hein, je dis pas le contraire. C'est juste que j'ai pas la conscience tranquille. A la base, l'Eglise voulait que je te surveille, pas que je partage ta couche.
- Comment ça, une pause? De quoi tu parles?
- C'est simple : à partir de maintenant, on refait tente à part… jusqu'à ce que je trouve l'occasion de retourner dans une Eglise pour prier et demander le pardon pour… tout ça. Après, on pourra recommencer, si tu veux. Mais pour le moment, je préfère en rester là. J'ai besoin de me recentrer sur ma foi, tu comprends?"
Bob n'avait pas voulu comprendre. Depuis cette conversation, il opérait la plus sournoise des vengeances en rendant la vie du groupe impossible. A force de jérémiades et d'allusions aux bordels qu'il rêvait de fréquenter, Bob espérait miner le moral des aventuriers jusqu'à ce que Théo renonce à sa prétendue quête de spiritualité. Ce fut long et dur, mais il finit par y parvenir.
Une nuit, Théo céda. Au beau milieu de son tour de garde, il poussa un soupir, marmonna une prière et alla se glisser sans bruit dans la tente du mage. Ce dernier, plongé dans un rêve salace, ne l'entendit pas tout de suite. Il ressentit cependant la chaleur de l'homme qui se glissait à son côté. Il entendit, dans son demi-sommeil, les cliquetis d'une armure retirée tant bien que mal dans cet espace exigu. Il frissonna au contact des mains viriles de Théo sur son dos, autour de sa taille, sur son torse. Lové dans les bras de son amant, Bob s'éveilla. Un sourire victorieux se dessina sur son visage.
"Je savais que tu finirais par venir.
- T'es vraiment chiant, quand tu t'y mets, tu sais?
- Oui, je sais. Mais c'est pour ça que tu reviens toujours, avoue.
- Mmh…
- Ne me refais plus jamais un coup pareil, Théo. J'ai cru devenir fou, à devoir me priver de sexe comme ça.
- Tu exagères…
- Je te promets que non. J'en crève tellement d'envie, là, que je serais prêt à te laisser me prendre.
- Quoi? Mais pourtant, d'habitude, tu…
- Je sais."
Bob se retourna et fit face au paladin. Ses yeux brillants d'envie seraient bien plus éloquents que tous les discours qu'il aurait pu prononcer. Théo ne put dissimuler un hoquet de surprise. Bob ne l'avait jamais dévoré des yeux comme ça. Il se laissa alors envahir par son propre désir, et scella ses lèvres à celle du demi-diable.
Aussitôt, Bob s'agrippa au paladin comme si sa vie en dépendait. Il approfondit leur baiser, laissant sa langue danser au rythme de son souffle rauque. Le torse nu de Théo frémissait sous ses doigts. Bob jouait. Il s'amusait à caresser en douceur chaque recoin de peau qu'il pouvait atteindre. Chaque gémissement retenu du paladin était pour lui comme une victoire. L'homme qu'il tenait contre lui, cette nuit, serait sien. Qu'importe le monde autour. Pour Bob Lennon, désormais, le monde s'arrêtait à la tente qu'il partageait avec son ami et amant. Le reste n'était rien.
L'étroit espace sous la toile tendue devenait suffoquant. La moiteur de leurs corps enlacés obligea Théo à se défaire en hâte du reste de son armure. Une fois dévêtu, le paladin mit un terme au baiser et observa le mage. Des idées nouvelles jaillissaient dans son esprit. Bob avait joué avec ses nerfs durant des jours. Il comptait reprendre le dessus. Suivant le fil de ses envies, Théo se plaça à califourchon sur son amant, sans le quitter des yeux. Le mage se mordait la lèvre inférieure. Incapable d'attendre une seconde de plus, il dirigea sa main vers le membre dressé qui se trouvait devant lui. Théo poussa un profond soupir d'aise, mais parvint à se contenir suffisamment pour reculer, hors de portée du mage. Ce dernier lui lança un regard noir.
"Reviens…"
Théo ne répondit pas, se contentant de sourire avant de reprendre possession de la bouche de Bob. Lentement, il entreprit de retirer la robe du mage. Il interrompait souvent ses gestes pour mieux effleurer, suggérer par des caresses l'ardeur de son excitation. Lorsqu'enfin, Théo parvint à se débarasser des épaisses frusques de Bob, il reprit sa place. Sans cesser de l'embrasser, il enserra ses doigts autour de leurs érections. Bob dut se retenir de hurler de plaisir. Il resserra son étreinte autour du corps puissant de Théo. Le paladin ne cachait pas sa fierté de voir ainsi son ami perdre ses moyens. Il lisait dans ses yeux une faim dévorante, une envie intarissable, voire un besoin dévorant. Il n'était pas question d'amour entre eux, mais l'un sans l'autre, sans ces pulsions charnelles qui les unissait, leurs vies auraient été bien différentes. Vides.
Théo accéléra ses mouvements. Il déposait des baisers partout où il le pouvait, s'attardant sur ce point qu'il connaissait si bien. Là, juste sous l'oreille droite. Bob n'y résistait jamais. Théo aimait tant entendre les graves gémissements du mage qu'il en oubliait toute forme de prudence. Il savait très bien que jouer avec ce recoin de peau leur faisait prendre un risque inconsidéré. Le risque d'être entendus, démasqués par les autres. Jugés. Théo chassa cette pensée de son esprit. Au diable le reste du groupe, pourvu qu'il puisse retirer de cette nuit tout le plaisir possible.
Après un nouveau baiser déposé sur ses lèvres du mage, Théo l'interrogea du regard. Le visage rosi par l'excitation, Bob répondit avec une lueur étrange dans les yeux.
"Prends-moi, Théo."
Le paladin sourit à son tour et ralentit la cadence de ses gestes. Il voulait rassurer son homme. La lueur, dans les yeux du mage, il l'avait comprise et aussitôt adorée. Balthazar Octavius Barnabé Lennon s'était senti gêné, timide face à une envie nouvelle. Il n'avait encore jamais osé exiger cela du paladin. Cette nuit, il se sentait prêt. Il le voulait, pour lui. En lui.
Le souffle court, Théo dirigea ses mains vers la partie la plus intime de son amant. Il prenait son temps, explorant chaque centimètre de ce corps offert. Il guettait les réactions de Bob, s'arrêtant au moindre doute, l'interrogeant sur ses désirs. Encouragé par le pyromage, Théo glissa un doigt dans sa bouche avant de le diriger vers l'objet de ses convoitises. Il le pénétra lentement. En dépit des apparences, ce n'était pas lui qui menait la danse. Bob le guidait. Petit à petit, Théo s'autorisa à aller plus loin, jusqu'à démarrer un subtil mouvement de va-et-vient. Un deuxième doigt vint ensuite se mêler à ces prémices d'une jouissance annoncée. Bob haletait, de plus en plus fort, jusqu'à être contraint d'arrêter Théo. Il plaqua ses mains sur son torse musculeux et le regarda avec une intensité telle que Théo en eut un frisson.
"Je ne sais pas… Si je vais pouvoir aller beaucoup plus loin… Je suis désolé, Théo, mais… Il… Il aime un peu trop ce qui est en train de se passer…
- Le diable?
- Oui…
- Il vaut mieux en rester là, alors… Jusqu'à la prochaine fois?
- Jusqu'à la prochaine fois."
Théo se retira et se replaça aux côtés de Bob. Il l'entoura de ses bras et le laissa s'y lover. Le paladin savait que son amant ne tarderait pas à s'endormir. Il s'endormait toujours en premier. Qu'ils ne soient pas allés au bout de leur acte comptait peu. Ils avaient partagé un peu de chaleur humaine. Ils avaient oublié le monde ensemble, le temps d'une étreinte, d'un instant charnel qu'ils reproduiraient dès que l'occasion se présenterait. C'était là leur façon de survivre, de se soutenir face à un monde hostile. C'était, pour eux, ce qui s'apparentait le plus au bonheur.
Le lendemain matin, Bob Lennon se réveilla, au grand étonnement de ses camarades, d'excellente humeur. Leurs Aventures pouvaient enfin reprendre.
