Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

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Une armée de créatures hideuses trapues appelées Raïs portant des morceaux d'armures disparates et brandissant un armement hétéroclite gesticulaient et hurlaient sauvagement à l'autre bout de la plaine. De l'autre côté, un frisson de peur parcourut les hommes s'apprêtant à mener l'assaut.

Leur commandant, Edwin Til' Illan, chevauchait devant les rangées de soldats. L'armée était hétéroclite, rassemblant des hommes de tout Gwendalavir. On y trouvait des Frontaliers, des soldats de la Légion Noire, des troupes composées de gardes de différentes villes qui avaient été envoyées au nord, des gardes impériaux, des chevaliers en quête de gloire… Bref, tout homme obligé de par son métier ou disposé à combattre.

Edwin, refusant de penser davantage aux pertes certaines qui surviendraient, lança les hommes au combat, droit vers les Raïs. Les officiers suivirent leur général et mirent en marche les troupes dont ils étaient responsables. La peur au ventre, les cavaliers s'élancèrent, suivit bien plus lentement par les fantassins.

Soudain, Edwin remarqua la présence d'une petite fille. Pile entre les deux armées qui fonçaient l'une vers l'autre. Il était certain qu'elle n'avait pas été là il y a moins d'une seconde. Un simple battement de cils et elle était apparu. Au milieu d'un champ de bataille.

Edwin talonna sa monture pour devancer l'armée. Il fut le premier sur elle. Sans ralentir, il se pencha à son approche et la souleva sans peine, la posant devant lui sur son cheval. Tenant la fillette et les rênes d'une main, il dégaina son épée de l'autre. Les Raïs étaient maintenant sur lui.

La bataille avait été floue. Comme tout conflit engageant deux armées, il était difficile de garder la trace de tout homme pendant le combat. La stratégie mise au point auparavant avait payé, mais à quel prix…

Les guérisseurs travaillaient maintenant d'arrache-pied pour maintenir les hommes en vie, devant parfois décider d'en laisser mourir pour en sauver le plus grand nombre. On procédait aux diverses réparations des armes et armures, vérifiait l'état des chevaux et réalisait leur redistribution en fonction des morts et des blessés aussi bien équidés qu'humains.

Pendant ce temps, les officiers supérieurs se rassemblèrent dans la tente de commandement pour débriefer et réfléchir à la prochaine stratégie. Edwin arriva avec son passager clandestin. L'interrogatoire commença.

– Comment es-tu arrivé ici ? demanda-t-il sèchement comme il avait l'habitude de parler à un homme qui avait désobéi.

Il regretta aussitôt son ton en voyant les larmes s'assembler dans les yeux extraordinairement violets de la gamine. Ses boucles blondes encadraient un visage possédant les rondeurs de l'enfance.

Edwin était désemparé. Il n'avait pas reçu de formation pour savoir gérer un enfant. Il se demanda amèrement si ce genre de formation était jamais dispensé. Il souhaita ardemment laisser un autre s'occuper de la gamine. Après tout, il était le plus jeune parmi les officiers et il savait que certains d'entre eux avaient des enfants. Certainement, ils étaient plus qualifiés que lui pour cette tâche ! Mais Edwin Til' Illan était du genre à effectuer ses tâches lui-même. Il commença par s'accroupir pour se mettre à sa hauteur.

– Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il plus doucement.

– Cam…Ewi… hésita-t-elle. Camille.

– Quel âge as-tu ?

– Six ans.

– Pourquoi étais-tu dans cette plaine ?

– Je voulais rentrer à la maison.

Un silence incrédule suivit sa réponse.

– Pallois, il y a des habitations par ici ? interrogea Edwin en se tournant vers l'un des officiers.

– Non commandant, nous sommes encore bien trop au nord.

– Où est-ce que tu habites ? exigea-t-il en reprenant son ton de commandement bien que toujours accroupi.

Il ne sembla pas s'en rendre compte mais la petite ne sembla pas s'en formaliser non plus maintenant qu'elle se sentait un peu plus assurée.

– Je ne me souviens plus, répondit-elle honnêtement.

– Comment es-tu arrivé ici alors ? s'exaspéra Edwin.

– Je ne sais pas.

Voyant qu'il commençait à s'impatienter, Camille commença à offrir les explications qu'elle put :

– J'étais dans ma chambre et puis j'ai souhaité très fort rentrer à la maison. Je crois que j'étais partie pour rentrer à la maison mais un vieux monsieur m'a dit : « Pas par-là, il n'y a personne qui t'attend. C'est ici que tu dois être. » Et puis quand j'ai ouvert les yeux j'étais dans la plaine.

– Commençons par le début, fit un Edwin un peu abasourdi par cette histoire. Si tu étais dans ta chambre, est-ce que ça ne veut pas dire que tu étais chez toi ?

– Ce n'était pas vraiment chez moi, répliqua Camille en fronçant les sourcils. Comme ce n'étaient pas vraiment mes parents. Je ne sais pas où les vrais sont et j'essayais de les rejoindre.

– D'accord, je veux bien admettre que ce soit vrai. Qui est ce vieux monsieur ?

– Je ne sais pas, je l'ai juste entendu dans ma tête. Je crois… Je crois que c'était Merlin ou Merwyn.