On Rainy Days

Le mardi matin n'était plus du tout matinal alors que deux hommes marchaient sans but dans les rues de Paris. Bien qu'il n'était pas encore midi, les rues étaient vivantes avec des personnes en pleine discussion, des cafés animés et des magasins ouverts.

''Alors tu as l'intention de rester en Espagne pour combien de temps ?''

''Assez pour présenter Romano à mes parents et à mon pays natal. Quelques semaines je pense.''

Francis sourit à son ami espagnol. Antonio avait finalement trouvé le véritable amour dans sa vie il y a tout juste six mois, et bien que l'élu (un italien au fort tempérament) avait surpris chacun de leurs amis, le français était vraiment heureux pour son ami.

Les deux amis choisirent un petit café confortable afin de s'asseoir et se détendre pour un petit moment. Francis commanda son habituel café au lait alors que son compagnon espagnol opta pour un smoothie aux fruits, et ils se reposèrent contre leur chaises, en regardant les passants.

''Tu dois être quelque part anxieux de présenter ton petit-ami à tes parents,'' déclara gentiment Francis avant de siroter son café. Parfait.

Antonio rit. ''C'est pas peu dire !'' s'exclama-t-il. ''Nous savons tous les deux comment Romano peut être s'il commence sa journée en se levant du mauvais pied.''

Francis le rejoignit dans son rire, imaginant l'italien déchaîné dans son esprit.

''Mais je suis sûr que ma famille verra aussi son bon côté,'' continua l'espagnol, ''et qu'en réalité, il est très mignon !''

''Il doit être nerveux, lui aussi.''

''C'est certainement le cas ! Même s'il ne l'admettrait jamais.''

Les deux hommes demeurèrent assis en silence pendant un certain moment, Antonio finissant sa boisson et Francis observant le ciel. Il était nuageux, et bien que le soleil jetait un coup d'œil furtif à travers les nuages de temps en temps, il y avait un risque d'averse dans l'air. Francis finit aussi son café, et les deux se levèrent pour poursuivre leur chemin.

''Et de ton côté, Francis ?''

''Hmmm ?''

''As-tu rencontré des gens intéressants récemment ?''

Francis haussa les épaules. ''Oh, pas vraiment.''

Antonio sourit (mais là encore, quand ne le faisait-il pas?). ''Tu rencontres de nouvelles personnes tous les jours dans ton travail,'' dit-il. ''Et avec ton allure, je n'arrive pas à croire qu'il n'y ait personne.''

''Eh bien,'' admit Francis avec un petit sourire, ''Tu as demandé à propos des personnes intéressantes. J'ai eu un rendez-vous ou deux la semaine dernière, mais sérieusement, ils n'ont pas été vraiment satisfaisants.'' Antonio leva des sourcils pleins de sous-entendus et le français ajouta avec un clin d'œil, ''Pas dans le sens physique du terme, mon ami~''

Antonio lui tapota l'épaule avec affection et lui offrit un sourire réconfortant. ''Ne t'inquiète pas Francis. Par une merveilleuse journée ensoleillée tu trouveras aussi ton âme sœur.''

''Je ne m'inquiète pas,'' répliqua Francis, mortifié. ''Je profite plutôt bien de ma vie comme elle est.'' C'était vrai, mais Francis ne niait pas le fait que trouver sa moitié rendrait sa vie encore plus agréable.

''Heureux de l'entendre amigo.''

Francis sentit une gouttelette sur son nez et leva les yeux. ''Tu as senti ça, toi aussi ?''

''Oui, mais je ne pense pas que ça puisse se changer en véritable averse avant quelque temps,'' dit l'espagnol. ''Mais ça me rappelle que je devrais acheter quelque chose de chouette pour mes parents.''

''Oh, pas de problème,'' dit Francis, une pointe de fierté dans la voix. ''Paris a tout''.

Puisque Paris avait évidemment tout, les deux compagnons devaient simplement regarder aux mauvais endroits, parce que quelque soit le magasin dans lequel ils entraient, Antonio ne trouvait rien qui ne conviendrait à ses parents. Qu'importe ce qu'ils regardent, c'était trop flamboyant ou trop cher, pas vraiment quelque chose que des gens comme ses parents aimeraient ou pas assez pratique.

''Hm,'' fit Francis après deux heures de recherches inutiles, pas encore prêt à admettre la défaite.

''En effet,'' acquiesça Antonio. ''J'ai cru que tu avais dit que Paris avait t- Oh, qu'est-ce que c'est ?''

Francis suivit son regard et en voyant ce que son ami voyait, il ressentit immédiatement une ombre à la fois d'irritation et de honte. ''Oh. Ça.''

''Un magasin anglais ?'' demanda Antonio en jetant un regard plein d'amusement à son ami, connaissant sa fierté française et son horreur générale pour ce qui était anglais. ''Je reprends mes mots. S'il y a un magasin anglais à Paris, alors votre ville a vraiment tout.''

''Oh, arrête avec ça.''

''Tu y es déjà allé ?''

Francis eut envie de rentrer sous terre. ''Une fois, il y a deux semaines environ.'' Mais il se serait bien passé de l'arrière-goût laissé par la visite. ''Et juste parce qu'il pleuvait.''

''Mm. Allons-y.'' Antonio fit un clin d'œil. ''J'ai le sentiment que je vais trouver ce que je cherche là-bas.''

''Oh allez, Antonio… Sérieusement.''

Mais il apparut qu'Antonio était sérieusement persistant à visiter The English shop, alors Francis, naturellement, dut suivre son ami. De toute façon, deux semaines s'étaient écoulées depuis sa dernière visite, il y avait donc une chance pour que le commerçant ne se souvienne plus de lui. (Mais là encore, de toute manière, qui pouvait oublier Francis si facilement?) Mais qu'importe, il le saurait bien assez tôt.

La clochette à la porte tinta joyeusement quand les deux hommes entrèrent dans la boutique. Cette fois-ci Francis aperçut le commerçant – le même qu'avant – immédiatement. Le jeune homme était assis à la caisse et lisait un livre, mais aussitôt que la clochette sonna il détacha avec réluctance ses yeux de quoi que ce soit qu'il était en train de lire et leva la tête pour saluer les clients. ''Bonjour,'' dit-il avait un petit sourire, ''Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?'' Francis vit ses yeux verts bouger d'Antonio vers lui et nota à moitié amusé la manière dont ces impressionnants sourcils se froncèrent légèrement. Apparemment Francis avait fait une impression indélébile sur le jeune commerçant durant sa première visite – bien que bonne ou mauvaise, il n'arrivait pas à trancher. Un air renfrogné s'installa sur le visage de l'anglais (Francis le supposait être anglais) et le français ne put s'empêcher de remarquer qu'un sourire allait mieux à ce visage pâle qu'une expression revêche.

''Oh, je cherche juste quelque chose à acheter pour mes parents,'' dit Antonio de manière amicale, ne remarquant pas le changement d'humeur chez le boutiquier. ''Ils vivent en Espagne, pensez-vous que vous puissiez avoir quelque chose d'intéressant ?''

Les orbes vertes quittèrent le français et se reposèrent sur l'espagnol. Le négociant ferma son livre et se leva. ''En Espagne, huh ? Voyons voir ce que j'ai ici.''

Francis recula légèrement tandis qu'Antonio se lançait dans une conversation avec l'anglais à propos de l'Espagne et de ses parents. Se sentant un peu mal à l'aise avec les deux autres hommes, il décida de regarder autour pendant qu'Antonio recherchait son cadeau et se tourna vers l'étagère qu'il avait observée la dernière fois. Les soldats en bois étaient toujours là – mais cette fois-ci positionnés légèrement différemment. Francis fronça un peu les sourcils - même avec peu d'imagination ça paraissait… ça paraissait presque comme si les soldats français étaient sinistrement cernés par ceux britanniques, d'une manière telle qu'ils n'auraient eu aucune chance de victoire sur un vrai champ de bataille. Bien que vaguement ennuyé, Francis eut un léger rire face aux manies du boutiquier. D'une certaine façon il était plutôt amusant.

''Francis ! Regarde !'' La voix de son ami ramena le français sur terre et il se tourna pour voir l'espagnol lui demander de se rapprocher. À ses côtés, le jeune blond regarda Francis avec précaution avant de tourner le regard vers l'objet tenu par Antonio.

Francis les rejoignit. ''Tu as trouvé quelque chose ?''

''Oui, regarde.'' Antonio montra un coffre fait en bois sombre et l'ouvrit. ''C'est parfait pour la collection d'herbes de mes parents.''

Francis pris le coffre et l'inspecta dans ses mains. ''C'est plutôt charmant,'' dit-il, parcourant distraitement les gravures du bois avec ses doigts. ''Mais n'avions-nous pas vu deux ou trois de ce genre dans d'autres magasins ?''

''Oh, oui, mais celui-ci est unique,'' Antonio dit avec contentement et un petit sourire satisfait apparut sur les lèvres du négociant pendant une seconde. ''C'est fait spécialement pour les herbes, alors que ceux des autres magasins étaient juste des… boîtes.''

''Je vois,'' dit Francis et il rendit le coffre à son ami. ''Je vois ce que tu veux dire. Tu prends ça, alors ?''

''Si,'' dit joyeusement Antonio avant de se diriger vers la caisse. Le commerçant prit sa suite mais s'arrêta, comme s'il hésitait sur le moment, et puis se tourna à moitié vers Francis. ''Quelque chose pour vous ?'' demanda-t-il, levant ses sourcils interrogateurs, l'ombre d'un sourire sur son visage, et Francis ne put décider s'il posait honnêtement cette question ou si c'était avec une certaine moquerie cachée.

''Ça ira,'' répondit-il et le négociant se retourna avec un haussement d'épaules.

Quand Francis et Antonio sortirent du magasin, le français ne put s'empêcher de se demander si les yeux vert-forêt du boutiquier le suivaient ou si le sentiment était simplement le fruit de son imagination.

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