NdA : Voilà, comme promis, je poste ce premier chapitre rapidement. Je ne peux pas assurer autant de rapidité pour la suite, étant donné que je reprends le boulot demain, et que je n'écris pas vite !

J'espère que cette fic vous plaira, et n'hésitez pas à me laisser votre avis !


CHAPITRE 1

Every days are lonely days

POV Drago


J'émergeai difficilement de mon sommeil, la bouche pâteuse et les yeux hagards. Je me redressai avec difficulté sur un coude pour me laisser aussitôt retomber sur les oreillers dans un gémissement. Abominable mal de crâne. Je portai mes doigts fins à mon front, espérant en vain que leur fraîcheur apaiserait la douleur qui me vrillait les tempes. En vain. Je refermai les yeux et inspirai calmement de grandes goulées d'air à plusieurs reprises. Un léger mouvement contre mon flanc droit attira mon attention et interrompit mon ridicule exercice de respiration forcée. Un corps chaud vint se coller contre le mien. Soulevant à nouveau les paupières, je tournai prudemment la tête pour apercevoir une masse de cheveux blonds et scintillants qui s'étalaient en douces vagues sur un dos immaculé.

Au prix d'un effort surhumain, je parvins à m'asseoir dans mon lit, tentant de rassembler mes esprits. Je constatai que la fille collée contre moi n'était pas la seule à partager ma couche. Deux brunettes étaient allongées l'une contre l'autre à ma gauche. Dépité, je soupirai et m'extirpai précautionneusement du lit. J'enfilai un de mes précieux peignoirs en satin bleu roi, appréciant sa douceur contre ma peau, et m'aventurai dans le salon à pas lents. Ce n'est que là, en constatant l'état pitoyable de mon luxueux appartement londonien, que je commençai à prendre conscience de l'ampleur de la fête qui s'y était tenue la veille.

Des cadavres de bouteilles d'alcool moldu en quantités innombrables jonchaient le sol, se mêlant à des verres vides, souvent brisés, certains encore à moitié plein et crasseux, accompagnés de morceaux de nourritures et de tâches et flaques de liquides non identifiables. Je ramassai au passage trois baguettes que je déposai sur la table en verre de ma cuisine. Leurs propriétaires respectifs viendraient probablement les récupérer dans la journée, lorsqu'ils auraient surmonté leur gueule de bois.

J'ouvris à la volée le placard au dessus de l'évier. Parmi les innombrables flacons de toutes tailles et de toutes couleurs qui s'y trouvaient, je me saisis d'une petite fiole ronde remplie d'une potion noirâtre et nauséabonde. Réprimant un haut-le-cœur, j'en avalai rapidement trois gorgées avant de me laisser glisser contre le mur, à même le sol, attendant patiemment les premiers effets de cette infâme mixture.

Je promenai un regard hébété sur mon salon. Ou plutôt ce qu'il en restait. A l'évidence, et à en juger par l'état de mon appartement, les trois femmes dans mon lit, mon atroce migraine et mon absence quasi-totale de souvenirs à ce sujet, la soirée de la veille avait été bien arrosée. Logique. Je me rappelais tout de même la raison initiale de cette soirée de débauche.

Après l'équipe irlandaise de Kenmare, deux semaines auparavant, nous avions cette fois battu les faucons de Falmouth, ce qui nous propulsait en première position du championnat national. La saison serait encore longue mais cette première place était un grand pas vers le titre et méritait d'être fêtée dignement. Ce qui avait été fait. Evidemment. Un tel évènement n'était pas arrivé à Londres depuis au moins trente ans et la glorieuse époque d'Arius Lalanders, glorieux attrapeur des noir et or, qui avait conduit son équipe à la victoire du championnat. Autant dire que cette nuit, l'alcool avait coulé à flots dans les bars sorciers de Londres.

Pour mon équipe, mon appartement était le QG des après-matchs, bien que je le déplorasse à grands cris. Mais il était le plus grand et donc le plus à même d'accueillir nos soirées fastueuses. Pour Blaise Zabini, mon éternel compagnon, une telle victoire était un prétexte rêvé pour une beuverie, et il rameutait chez moi la moitié du Londres sorcier à chaque occasion de cette ampleur. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Nous avions tellement souffert. Comment nous reprocher de prendre enfin un peu de bon temps ? Et puis, pour moi aussi, ces soirées représentaient un bon prétexte. Je faisais semblant de m'amuser, je flirtais, je buvais et j'arrivais presque à oublier. Et ne serait-ce que pour une petite parcelle de cet oubli, j'étais presque consentant à la mise à sac de mon chez-moi.

Je laissai reposer ma tête contre le mur, m'obligeant à arrêter de penser. Au bout de quelques minutes, un soupir de bien-être m'échappa alors que la potion commençait à faire son effet. Je respirais plus librement de minutes en minutes. Ce qui, au demeurant, faisait pénétrer jusqu'aux tréfonds de mes poumons l'odeur atroce qui flottait dans l'air. Alcool, tabac, sueur, vomi,... Atroce. Je me levai dans un gémissement. A présent, alors que ma migraine s'atténuait, je pouvais sentir les protestations de toutes les autres parties de mon corps à chacun de mes mouvements, si infime soit-il. Ecrasé de courbatures, et raide comme un i, je me traînai jusqu'à la baie vitrée du salon et l'ouvris en grand, pénétrant sur le large balcon et inspirant l'air frais qui m'assaillit aussitôt.

Quelque peu revigoré, j'osai enfin lever un œil vers l'imposante horloge au-dessus de mon canapé et que j'avais jusque-là soigneusement évité de regarder. 15h30. Je soupirai. La journée serait courte. Pas le temps ni l'énergie pour aller voir ma mère comme je le lui avais pourtant promis la semaine passée. Elle allait immanquablement me blâmer durant des semaines pour cette parole trahie, mais avec la gueule de bois que je tenais, je n'étais pas en état de supporter ses babillages incessants ni de croquer avec un faux sourire gourmand ses détestables et habituels cookies carbonisés. Non, pas de mère surprotectrice et gâteuse pour aujourd'hui.

Je m'emparai d'une bouteille d'eau fraîche dans mon frigo et en bus de longues gorgées, directement au goulot. Ma gueule de bois ne serait bientôt plus qu'un mauvais souvenir, et il fallait que je m'occupe jusqu'à ce soir. Une bonne douche d'abord. Ensuite, si l'état de mon estomac s'était amélioré, je grignoterais un morceau. J'irais peut-être toucher quelques souaffles. Le concierge du stade m'ouvrirait les vestiaires et le terrain sans aucun souci. Comme d'habitude. Il bavait devant moi, rampait à mes pieds, se traînait dans mon sillage. Comme tous les autres. J'étais le meilleur poursuiveur du Royaume-Uni, et probablement un des hommes d'affaires les plus riches d'Europe. Ils se tortillaient tous devant moi, plein d'un faux respect et d'un empressement dégoulinant. Tous et toutes. C'en était lassant. Monotone. Ecœurant. Je laissai échapper un petit ricanement de mépris. Mais avant toute autre chose, j'allais me faire un plaisir de gicler ces trois pimbêches hors de mon lit et de mon appartement.

Enfin, peut-être pas les trois…me rectifiai-je alors qu'un sourire carnassier étirait mes lèvres.

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« Oh, Drago… Oui…Ouuuiiiiii ! »

Je me concentrai sur le plaisir qui envahissait peu à peu tout mon corps, faisant disparaître les courbatures, pour ne plus entendre les gémissements stridents de la blondasse que j'étais en train de baiser contre le mur de ma douche.

Digne des films pornographiques moldus que Blaise adorait tant ou des maisons closes nauséabondes qui survivaient dans des villages perdus du fin fond de l'Angleterre. Je la plaquai un peu plus durement contre le mur glacé, lui coupant le souffle quelques instants. Quelques instants de répit. Merci Merlin ! J'accélérai volontairement le rythme, cherchant à atteindre la jouissance le plus rapidement possible.

« Oh, oui…Drago ! Vas-y…Vas-y…Plus vite! »

Je laissai échapper un grognement. Merlin, je n'arriverais à rien si elle ne se taisait pas. Dans le genre hystérique, elle battait les records. Par Salazard, j'aurais dû garder les deux brunes.

Je focalisai mon attention sur son corps, espérant parvenir à ignorer ses cris de plaisir ridicules. Je pétris ses fesses fermes et gémis de plaisir alors qu'elle contractait volontairement ses muscles vaginaux autour de moi. Mais mes caresses ne firent qu'accentuer ses hurlements. Je cessai rapidement et déplaçai sagement mes mains sur sa taille. Son visage, déformé par le plaisir et les cris, restait enchanteur. Mais ces yeux pâles qui cherchaient les miens en vain, cette bouche fine qui se tordait en une moue obscène…Presque écœuré, je détournai le regard et me retirai d'elle. Elle étouffa à peine son cri de frustration tandis que je la déposais à terre. Elle jeta un regard moqueur à mon érection proéminente avant d'afficher une moue provocante. Comme pour me mettre au défi de m'arrêter là. De sortir de cette douche et d'abandonner son corps parfait. Alors qu'elle savait très bien que j'en étais incapable. J'étais faible. Je l'avais toujours été.

Elle porta son majeur à sa bouche et commença à le sucer d'une manière significative, ne me lâchant pas du regard, tandis qu'elle accentuait volontairement les bruits de succion. Son autre main descendit vers son clitoris qu'elle se mit à caresser rapidement, le faisant rouler entre ses doigts fins, et ne retenant pas ses gémissements provocants. A cette vue, mon érection se fit plus dure encore. Cette fille était une traînée. Et je ne valais pas mieux de ne pouvoir lui résister. Aussi dégoutée par elle que par la réaction irrépressible de mon corps, je la saisis par les hanches avant de la retourner et de la plaquer contre le mur sans aucune douceur. Elle ne protesta même pas, se contentant de cambrer les reins en minaudant, tendant ses fesses vers moi pour donner un meilleur accès à ma verge dure et brûlante. Dans un gémissement contenu, je la pénétrai violemment. Je crus que j'allais jouir sur le champ tant elle était serrée. Mais sa litanie reprit.

« Oh, oui…C'est trop bon ! Dragoooo ! Plus fort ! »

« Ferme-la ! », éructai-je à son oreille, à bout de nerfs, alors que mes mains trouvaient ses seins parfaits et les malaxaient sans douceur aucune.

Je l'écrasai encore un peu plus entre moi et le mur avant d'accéder involontairement à sa demande et de me montrer presque violent, entraîné dans le tourbillon de ses cris de plaisir. Je la pénétrai avec une telle force, rentrait et sortait d'elle si vite…Merlin ! Ses muscles vaginaux ne tardèrent pas à se contracter fortement autour de moi et elle jouit dans un cri strident, enserrant encore plus mon sexe dans le sien. Je continuai à la labourer férocement, attendant en vain la jouissance qui ne semblait pas vouloir venir. Par Salazard, j'étais maudit !

Mais, après quelques instants, elle se dégagea de mon étreinte d'un mouvement souple. J'allais protester lorsqu'elle se blottit contre moi, posant la main sur mon torse. Ecœuré par cette soudaine tendresse, j'eus un mouvement instinctif de recul, mais ses lèvres se posèrent sensuellement sur la peau pâle de mon cou tandis que sa main descendait vers mon ventre. Lorsqu'elle se saisit de mon sexe, j'initiai inconsciemment un mouvement de va-et-vient et laissai échapper un gémissement de pure frustration. Elle resserra son emprise autour de mon membre palpitant et je la sentis rire doucement dans mon cou, apparemment amusée par la situation. Ce qui n'était absolument pas mon cas.

« Laisse-moi faire, je vais prendre grand soin de toi… », susurra-t-elle d'une voix rauque qui me fit frissonner d'anticipation.

Elle se laissa tomber à genoux devant moi, et sans perdre une minute, me prit entièrement dans sa bouche. Je me sentis butter au fond de son palais et haletai de plaisir. Sa langue caressa ma verge sur toute sa longueur, en titillant le gland, puis elle entama un mouvement de va-et-vient, pressant fermement ses lèvres autour de moi. Ses mains quittèrent mes hanches et effleurèrent doucement mes testicules gonflés. Le souffle court, je sentais la jouissance plus proche que jamais. Je m'adossai contre le mur glacé de la douche en gémissant. J'agrippai ses cheveux et l'incitai à accélérer ses mouvements. Elle ne protesta pas et s'exécuta. Une traînée. Je butai plusieurs fois contre le fond de son palais, et grognai de plaisir. Lorsqu'elle lécha à nouveau mon gland avant de le mordiller doucement, j'étouffai un cri. Immédiatement, elle me reprit goulument dans sa bouche, serrant ses lèvres plus fort que jamais autour de mon sexe, l'emprisonnant fermement. L'orgasme me traversa avec violence et je me vidai puissamment dans sa bouche, dans un long râle de plaisir, alors qu'elle avalait consciencieusement la totalité de ma semence.

Reprenant rapidement mon souffle, je retirai mes mains de ses boucles claires et, sans même lui adresser un regard, j'ouvris le robinet d'eau chaude en grand et soupirai de bien-être. J'allais me saisir du savon lorsque son regard avide attira mon attention. Je l'observai, incrédule. Comme si elle n'était qu'une anomalie dans mon environnement post-orgasmique si parfait. Que faisait-elle encore là ? Je vis qu'elle allait parler et je l'interrompis immédiatement.

« Dégage ! », crachai-je en la toisant.

Mon ton était sec, cassant. Méprisant. Du Malefoy dans son plus grand art. Comme elle s'apprêtait à protester, je lui lançai un regard si glacial qu'elle aurait pu geler sur place. Elle le soutint un instant seulement, furibonde, avant de quitter la cabine de douche. Quelques minutes plus tard, j'entendis la porte de mon appartement claquer violemment. Enfin seul.

Quoique, malgré ses gémissements atroces, cette fille avait été un bon coup. La tournure qu'avaient pris les choses l'avait contrainte au silence. Et par Merlin, elle avait des lèvres divines. Et savait se servir de sa langue.

Je ricanai en repensant à son regard furieux avant de déguerpir. Classique. Elle avait sans doute cru qu'après ce petit intermède dans la douche, j'allais la demander en mariage ! Comme toutes les autres. Elle devait se rêver propriétaire de bijoux étincelants et d'un coffre-fort plein à craquer à Gringotts. Elle devait déjà s'imaginer dans le luxueux manoir Malefoy, avec toute une armée d'elfes de maison à son service. Si elle savait…Je ne pus retenir un large sourire à cette idée. Mon manoir était barricadé depuis maintenant plus de quatre ans. Je n'osais même pas songer à l'état de son intérieur. Ce devait être un enfer de poussière et de moisissures. Quant à mes anciens elfes, Merlin seul savait ce qu'ils étaient devenus. Après les lois qu'avait fait voter cette maudite Granger à leur sujet sitôt la guerre terminée, il m'avait été bien difficile de les garder. Ils me coûtaient une fortune. Autant se servir soi-même ! C'est ce que je faisais, c'est ce que ma mère faisait, et c'est ce que faisait l'immense majorité des sorciers désormais. Granger avait eu ce qu'elle voulait. Les parfaits petits elfes de maison appartenaient à une autre époque. Une époque révolue.

J'abrégeai la douche et sortis de la cabine, mes cheveux d'or dégoulinants devant mes yeux. Je les repoussai en arrière et enfilai mon peignoir presque gaiement : ma gueule de bois n'était plus qu'un mauvais souvenir, je venais de prendre mon pied et cette douche m'avait revigoré.

A nouveau, je me dirigeai vers la cuisine, agitai rapidement ma baguette en murmurant divers sorts et finis par me servir un café noir délicieusement fumant et odorant. Alors que j'allais y tremper mes lèvres, la sonnette de la porte d'entrée me fit violemment sursauter. Courroucé, je reposai ma tasse brûlante à regret et me dirigeai à grand pas vers la porte. La pétasse qui avait oublié sa petite culotte ou Blaise qui venait d'émerger ? Je n'avais envie de voir ni l'un ni l'autre en cet instant. J'ouvris la porte à la volée en rugissant des paroles inarticulées du type :

« Qu'est-ce que c'est encore ? »

Ni la pétasse, ni la loque qui me servait de meilleur ami. Je me trouvai nez à nez avec une paire d'yeux d'un gris métallisé époustouflants et apeurés. Lorsque je parvins à en détacher mon regard, je revêtis mon masque d'indifférence et jetai un regard interrogateur à la fille qui se tenait toujours sur le perron, tordant nerveusement ses mains et se mordillant les lèvres.

« Je…Je viens pour…pour le ménage… », murmura-t-elle.

J'haussai un sourcil perplexe. J'avais une femme de ménage attribuée depuis que j'habitais cet appartement. Ellen. Une fille splendide sur laquelle Blaise et moi avions passé des soirées entières à fantasmer. Une fille splendidement attirée par les filles aussi. Et qui ne ressemblait en rien à celle qui se tenait devant moi à présent.

« Je…Je remplace Ellen pour aujourd'hui. Elle est…malade… », balbutia-t-elle d'une voix blanche, visiblement terrifiée. Par moi.

« Oh ! », lâchai-je, ne sachant pas quoi dire d'autre.

« Rien…rien de grave. Elle sera sûrement…vite remise. », bredouilla-t-elle à nouveau.

Je tentai de me radoucir, et m'écartai pour la laisser entrer. Un délicieux arôme de framboise vint flotter jusqu'à mes narines lorsqu'elle passa tout près de moi pour pénétrer dans mon appartement.

Je la détaillai de la tête aux pieds. Elle était affublée d'un jean mal taillé et d'un gros pull tirant sur le bleu. Par Merlin, j'avais beau chercher, je ne me souvenais pas d'avoir vu un jour quelqu'un d'aussi mal fagoté. A part Granger à Poudlard peut-être…Réflexion faite, oui, Granger était encore plus mal habillée que cette fille. Ses vêtements larges et informes ne parvenaient pas à cacher un corps mince et fragile, et je fus soudain envahi d'une vague de remords en songeant à l'état de mon appartement qu'elle allait devoir nettoyer de fond en combles. Comment une aussi petite chose allait-elle pouvoir venir à bout d'un tel désordre ?

Son visage, pâle et dont la peau semblait aussi pure que de la porcelaine, était barré de larges cernes violets, et camouflé par une masse de boucles châtaigne, tirant sur le roux lorsque la lumière parvenait à s'y glisser. Je songeai bêtement que ses cheveux devaient être magnifiques en plein soleil.

J'interrompis mon observation lorsque je rencontrai son regard. Gris. Comme le mien. Plus pur encore. Je lui souris, me voulant chaleureux. Peine perdue. Elle ne se détendit pas d'un pouce. Un Malefoy chaleureux, un antagonisme.

« Je suis Drago Malefoy », lançai-je, assuré, en lui tendant la main.

Elle sembla hésiter un instant, puis elle la prit, levant une minuscule main tremblante vers la mienne. Ses petits doigts disparurent totalement dans ma grande main froide. La sienne était tiède et moite. Je lui adressai un nouveau sourire mais celui-ci se figea alors que je l'observais à travers mes cils. Elle était étrange. Elle me regardait étrangement. Comme si elle était intriguée et fascinée à la fois. Comme si j'avais fait quelque chose de vraiment bizarre. Quoi ? Je n'avais fait que me montrer courtois. C'était si bizarre que çà ? Je fronçai les sourcils, déconcerté. Elle repoussa une mèche de ses cheveux derrière son oreille dans un geste machinal et nerveux, avant de faire à nouveau retentir sa voix fluette aux échos de cristal :

« Je sais... », dit-elle simplement. « Je m'appelle Maylen. Maylen O'Brian. »

« Ca fait très…irlandais », ne puis-je m'empêcher de faire remarquer. D'où les reflets roux des cheveux, pensais-je.

Elle sourit timidement à ma remarque et deux petites fossettes se creusèrent dans ses joues pâles, tandis qu'elle retirait sa main. A nouveau, je fronçai les sourcils, intrigué. Ces fossettes, cette voix, ces yeux,…Je les avais déjà croisés.

« Nous nous sommes déjà vu quelque part, non ? », questionnai-je.

Elle parut décontenancée par ma question mais elle confirma mes souvenirs.

« Il y a deux semaines, à Kenmare. Mon fils est venu vous demander un autographe. »

Deux semaines, Kenmare. Oui, je me souvenais de ce garçonnet, aux yeux d'un vert scintillant, qui m'avaient rappelé ceux de Potter. Et sa mère qui l'attendait un peu plus loin, dans l'humidité glaciale de la soirée.

« Je me souviens. », affirmai-je. « Il va bien ? »

« Il a attrapé un bon rhume ce soir-là, mais il va mieux maintenant. »

Je souris malgré moi à ces paroles, puis ne trouvant plus rien à dire, je lui désignai l'appartement. L'appartement et son piteux état.

« Je suis navré, mon appartement est un vrai champ de bataille. »

Elle haussa les épaules en jetant un regard indifférent autour d'elle. Embarrassé, je la regardai un instant s'avancer dans les immondices qui jonchaient le sol puis haussai les épaules à mon tour. Après tout, c'était son travail. Repoussant mes remords un à un, je la laissai commencer à nettoyer le salon et me dirigeai vers la cuisine où je bus mon café en longues gorgées. Après quoi, j'allai dans ma chambre et passai rapidement un pantalon noir et un pull gris impeccablement taillés. Je me chaussai et saisis ma veste doublée de peau de dragon dans l'entrée. Je saluai vaguement cette fille et sortis sans attendre une réponse.

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Comme prévu, le gardien n'avait fait aucune difficulté pour m'ouvrir le terrain. Surtout lorsqu'il avait aperçu les quelques gallions que j'avais sorti de ma poche et que je lui avais tendu d'un air nonchalant. Je ricanai à ce souvenir. Cet homme était un vrai larbin. Jusqu'où serait-il prêt à aller pour trois pièces d'or ? Si l'administration apprenait qu'il m'avait ouvert le stade, quand bien même je fus le grand Draco Malefoy, il perdrait son emploi à coup sûr. Et je n'interviendrai pas. Il n'aurait que ce qu'il méritait. J'aurais presque préféré qu'il me refuse tout mes caprices plutôt que de le voir se traîner à mes pieds comme il le faisait. Je le méprisais pour cela. Comme je méprisais tout les autres.

Ils étaient tous pareils. La seule exception étant Potty et sa bande. Parce que j'étais célèbre et connu jusqu'au tréfonds de la Roumanie pour mes feintes époustouflantes le Souaffle en main. Parce que j'étais riche et beau. Ils croyaient tous me connaître. Et pour cause, tout le monde connaissait mon histoire. Ou plutôt une partie de mon histoire.

A Poudlard, j'avais été un bon attrapeur, mais toujours dans l'ombre de Potter. Et les temps n'étaient alors pas vraiment propices au Quidditch. Et puis, après la guerre, ma réputation et les rumeurs sur le rôle que j'y avais tenu, aux côtés du Mage Noir, avaient largement joué en ma défaveur. Aucun club ne voulait d'un sbire de Voldemort comme attrapeur. Jusqu'à ce qu'un petit club de Cornouailles me donne ma chance. Mais j'avais alors beaucoup trop grandi et forci pour continuer à poursuivre le Vif d'Or. Et j'étais trop rapide pour être batteur. C'était poursuiveur ou rien. J'avais rapidement fait mes preuves. Ce poste était finalement celui qui me convenait le mieux. Et lorsque j'avais fait remonter mon club en deuxième division, tous les plus grands clubs de la Ligue m'avaient ouverts grand leurs portes. Tout à coup, plus de dédain, plus de mépris, plus d'accusations sur mon rôle pendant la guerre, sur mon camp pendant la Bataille Finale. Plus rien de tout çà. Seulement le grand Draco Malefoy, richissime, talentueux, beau, issu d'une longue lignée de sang-pur et d'une noble famille. Tout à coup, peu importait que je puisse ou non avoir été un Mangemort, que mon père soit emprisonné à vie à Azkaban. Les hommes se courbaient devant moi, les femmes se jetaient à mon cou, les enfants m'admiraient. Je savais depuis longtemps que les hommes étaient corrompus et hypocrites. Je ne m'imaginais pas à quel point. C'est à cette époque-là que j'ai totalement cessé de me bercer d'illusions sur la nature humaine.

Je soupirai de lassitude et remontai en piqué dans les airs, laissant le vent et l'air humide me fouetter le visage. Délicieux. Comme beaucoup de joueurs de Quidditch, amateurs ou professionnels, c'était ça que j'aimais par-dessus tout. C'était çà le vrai plaisir du Quidditch. Voler. Tout le reste n'était qu'accessoire. Rentrer le Souaffle dans les anneaux dorés, entendre le grondement de la foule, les acclamations d'un stade, connaître l'ivresse de la victoire. Tout ça, c'était autre chose. Voler était unique. Sentir l'air vibrer autour de soi, son ventre se nouer en descendant à pic vers la pelouse verte et brillante, le vide sous ses pieds. Toucher, quelques instants, à la liberté.

Je râlai de frustration en voyant l'obscurité descendre peu à peu sur le stade. Même s'il me laissait rentrer sans difficulté en dehors des entraînements, le gardien n'irait certainement pas jusqu'à m'allumer les gigantesques panneaux lumineux du terrain. Il n'était pas si inconscient, même pour une poignée de gallions supplémentaires. J'amorçai ma descente vers le sol, résigné.

Je rentrai chez moi en claquant la porte. Il faisait à présent nuit noire. Je m'emparai de ma baguette dans la poche arrière de mon pantalon et marmonnai quelques sorts pour allumer les différentes lampes de mon appartement. Je soupirai et me laissai tomber sur le canapé. L'air était frais et sentait le propre. Les débris de verre, les tâches sur le sol, les morceaux de nourriture, tout cela avait disparu. La pièce était parfaite de propreté. Voilà qui était bien plus agréable. Alors que je promenais mon regard sur mon salon, un morceau de papier posé en évidence sur l'imposante table basse attira mon attention. Je souris, moqueur. Une proposition de la petite femme de ménage ? Comment s'appelait-elle déjà ? Maylen. Joli prénom. Un peu maigrichonne mais sûrement plus silencieuse que la tordue de ce matin. J'eus une grimace à ce souvenir, mais mon corps fut parcouru de toute une série de frissons de désir. Le mot laissé par Maylen, me fit ravaler ma prétention de plein fouet.

« Mr Zabini est venu récupérer sa baguette.

Ellen passera vendredi à 14h.»

Plus platonique aurait été difficile. Je chiffonnai le papier et le jetai au sol. Le côtoiement des femmes de la haute société m'avait presque fait oublier la réalité. Cette Maylen venait de me la renvoyer en pleine face. Premièrement, je n'étais pas totalement irrésistible (bien que cela restât à démontrer) et deuxièmement, toutes les femmes (une grande majorité, cependant) n'étaient pas des traînées. Je grognai, frustré. Finalement, au bout de quelques minutes passées à peser le pour et le contre, j'ouvris la fenêtre et, frissonnant dans l'air glacial de la nuit, je murmurai un sort. Quelques instants plus tard, mon hibou frappait au carreau. Je lui remis le petit bout de papier sur lequel je venais de griffonner quelques mots.

« Apporte çà chez Blaise Zabini », marmonnai-je alors qu'il s'éloignait déjà dans un hululement sinistre.

Blaise aurait bien une de ses amies qui accepterait de venir me tenir compagnie pour la nuit.

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« La prochaine fois, si c'est pour m'envoyer une hystérique pareille, préviens-moi, je transplane dans un bordel. », râlai-je, en songeant à la fille que Blaise m'avait recommandée la veille au soir.

Encore pire que celle de l'immonde soirée deux jours auparavant. C'est dire. Je levai ma chemise et lui montrai les traces de griffures dans le bas de mon dos. Il pouffa, visiblement content de lui. Je le fusillai du regard et m'affalai à ses côtés sur le canapé, lui tendant un verre de Whisky Pur Feu.

« Je te signale que j'ai fait du mieux que j'ai pu. Tu pourrais me prévenir avant. Les filles que je fréquente sont de la Haute Société. Elles ont des soirées prévues pratiquement tout les soirs. Pour ton charmant minois et ton corps d'athlète, elles peuvent se libérer. Mais pas au dernier moment. Si tu n'es pas content, la prochaine fois, tu n'auras qu'à aller dans un bordel, comme tu dis. Ce n'est pas ce qui manque dans l'arrière pays. Ou alors, utiliser ta main. »

« Très drôle. »

« Quoi ? T'as pas réussi à te taper la femme de ménage ? Un peu maigre, c'est vrai! Mais, tu aurais pu tester le sadomaso avec elle. »

J'éclatai de rire et failli m'étouffer avec mon Whisky Pur Feu.

« Je ne suis pas sûr qu'on parle de la même personne. Je peux t'assurer que la fille qui est venu faire le ménage chez moi hier après-midi avait tout sauf un penchant sadomasochiste ! »

« Je te promets que cette fille était vraiment flippante, Dray ! », s'exclama Blaise pour la énième fois de la soirée. « Du genre à te fouetter ou t'attacher aux barreaux du lit. Et même, je ne suis pas sûr qu'elle ait besoin de çà… »

« Je ne vois pas de quoi tu parles. Plus normale que cette fille, tu meurs ! »

« Tu l'as touchée ? »

A nouveau, je faillis m'étouffer. Blaise avait l'air vraiment intrigué.

« Quoi ? », m'exclamai-je, presque horrifié par sa question. « Je te signale que je ne saute pas sur tout ce qui bouge ! Et puis, je suis ravi de t'apprendre que ce n'est pas le genre de filles qui s'intéresse à moi. »

« Toutes les filles s'intéressent à toi, Drago ! », rétorqua-t-il. « Et je suis ravi de t'appendre que tu sautes vraiment sur tout ce qui bouge et porte une jupe, façon de parler bien sûr. Mais ce n'était pas ma question, preuve que tu as l'esprit mal tourné. Je ne t'ai pas demandé si vous aviez couché ensemble, juste si tu l'avais touché. Un simple contact physique, quoi ! Une bise, une poignée de mains… »

Je ne voyais absolument pas où Blaise voulait en venir. Cette conversation tournait au ridicule.

« Nous nous sommes serrés la main. »

« Et ? »

« Et quoi ? », lançai-je, agacé.

« Il ne s'est rien passé ? »

Blaise était en train de virer à la parano ou à la bouffée délirante. Peut-être avait-il pris un peu de crack avant de débarquer chez moi. Tout ça n'avait aucun sens.

« Je viens de te dire que je lui avais serré la main. Qu'est-ce que tu veux qu'il se soit passé ? Une poignée de main ! », articulai-je en appuyant sur chaque syllabe comme si je m'adressais à un demeuré.

« Je lui ai seulement effleuré les doigts en récupérant ma baguette. Et j'ai ressenti comme une décharge électrique ! », lâcha-t-il, songeur.

Je laissai échapper un ricanement.

« Quoi ? Dans le genre coup de foudre ? », me moquai-je.

« Non, dans le genre douleur fulgurante. »

Cette fois j'éclatai franchement de rire. Là, c'était clair, Blaise avait sniffé avant de venir. J'hoquetai de rire sous le regard furibond de mon ami. Seule la sonnette qui retentit brusquement parvint à me calmer un peu alors que je me levai pour aller ouvrir.

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Je me contentais d'acquiescer de temps à autre. Ca lui suffisait. Ca lui suffisait amplement. Nous savions tout les deux que ce dîner et la réception qui avait précédé n'était qu'un leurre. Ce que nous voulions tout les deux, c'était rentrer chez moi dès que possible pour nous envoyer en l'air. Comme nous le faisions régulièrement depuis longtemps.

Je connaissais Irya depuis Poudlard, à l'époque où j'étais le Prince des Serpentards et le Dieu du sexe de Poudlard. Dans ce dernier domaine, Irya était mon homonyme féminin. En plus discrète. Beaucoup plus discrète. A croire qu'elle lançait un sort d'amnésie à ses amants. Au départ, elle était une conquête de Blaise, et je m'étais toujours demandé lequel des deux avait le plus débauché l'autre.

C'était une peste. Mais c'était une peste magnifique. Et dévergondée au possible. Je ne l'aimais pas, elle ne m'aimait pas. Ce que nous aimions, en revanche, c'était nos parties de jambes en l'air. Nous remettions ça régulièrement. Au hasard de nos rencontres. Et quand nous étions las de toutes nos autres conquêtes respectives.

« Drago, tu m'écoutes ? », s'impatienta-t-elle.

Visiblement, j'avais loupé un hochement de tête. Je lui fis mon sourire le plus charmeur. Irrésistible.

« Bien sûr. », assurai-je, un air innocent et faussement attentif collé au visage.

Visiblement convaincue, elle reprit sa litanie, dont je ne connaissais même pas le sujet. Je retins un soupir. Je me lassais déjà de ses histoires superficielles. Je regardai bouger ses lèvres parfaites, sans entendre les sons qui en sortaient. Puis, je promenai discrètement mon regard sur la salle. « Twins », le restaurant de luxe sorcier en vogue ces temps-ci. Ouvert il y avait un peu moins d'un an en plein milieu du Chemin de Traverse, par les jumelles Patil, il était devenu ces derniers temps l'endroit branché où dîner. Depuis que le Survivant et sa clique y étaient venus fêter la naissance d'un énième rejeton Weasley. Par Merlin ! Ils allaient repeupler l'Angleterre !

Mais en dépit du fait que le restaurant soit tenu par ces pimbêches Patil, et que Potter avait tendance à en faire son QG, je devais bien reconnaître que c'était un endroit parfait. Une salle claire et illuminée de centaines de cierges suspendus magiquement dans les airs et qui faisaient nostalgiquement écho à la Grande Salle de Poudlard. Le plafond haut et le sol, carrelé de blanc renforçaient cette impression de luminosité. Les tables étaient élégantes et insonorisées. Et puis, le plus important, ce que malgré ma mauvaise foi, je ne pouvais nier : on y mangeait divinement bien.

« Vous avez choisi ? »

La voix fluette et chantante perça mes pensées et stoppa net les babillages d'Irya. Cette voix, je la reconnus aussitôt et je me tournai brusquement vers sa propriétaire.