octobre 1991.
Ce matin je m'étais réveillée d'excellente humeur. Le soleil m'avait accompagné tout au long de mon petit déjeuner servi par les bons soins de ma gouvernante, Tituba.
C'était une ancienne esclave noire achetée par mon père, à un prix fort raisonnable sur le grand marché annuel de Boston. C'était il y a huit ans tout juste. Tituba a remplacé la mère que je n'ai jamais eu, prenant très à coeur ce rôle. Il faut dire que pour une esclave elle s'en était plutôt bien tirée. Rare étaient les esclaves noirs traités convenablement. Or Tituba était avec le temps devenu un membre a part entière de la famille, résidant au troisième niveau de notre grande demeure.
Mon père, Charlie était le pasteur le plus compétant de la ville, aimé et respecté par son dévouement total pour autrui. Un homme charitable, plein de bonne volonté qui travaillé dans le grand axile de Salem.
C'est d'ailleurs là-bas que je comptais me rendre après avoir fini mon repas. Depuis trois ans maintenant, Charlie m'enseignait la médecine et tout son savoir sur la biologie. Cette démarche fut au départ profondément bannie allant contre les moeurs voulant qu'une femme ne puisse s'instruire trop occupée à gérer le foyer et les enfants de son mari. Or mon père n'avait que moi comme enfant, et ma curiosité toujours piquée à vif depuis ma tendre enfance, avait fini de le convaincre de m'enseigner son art.
Tous les matins depuis mes 16 ans je l'accompagnais mettre en pratique ses théories sur les nombreux patients qu'il avait.
Maintenant que j'avais su faire mes preuves auprès des villageois, guérissant des enfants des maladies bénignes ou graves, soignant les fractures des travailleurs aux champs, les dépressions des femmes laissaient trop souvent seules ou encore en relayant mon père durant les interventions chirurgicales, tous s'adresser à moi lorsque mon père était déjà occupé.
Je passais mes après midi lorsqu'il pleuvait à faire des recherches sur la médecine moderne, tout nouvelle expérience à tenter ou théorie à mettre en pratique je les faisaient pour me forger une connaissance toujours plus florissante afin d'administrer les meilleurs soins à mes patients.
Ainsi j'avais compris, avec le temps, que la saigné n'était pas comme on le croyait le premier soin à apporter aux soufrants. Bien au contraire, il s'agissait d'une pratique néfaste dans la plupart des cas.
Ces derniers mois, bannissant la fameuse saignée, j'expérimentais un nouveau mode de médicament, les plantes naturelles. Cependant, ce genre de traitement étant très mal vu surtout venant d'une femme je considérais bon de garder pour moi ces recherches.
Ainsi aujourd'hui, nous étions mercredi, seul jour de la semaine où j'étais autorisée à voir ma meilleure amie, celle qui depuis tant d'années de manquer atrocement, mais que jamais je n'abandonnerai. Alice Howe, avait le même âge que moi, mais son histoire était beaucoup moins calme que la mienne. A l'âge de 15 ans, Alice à commencer à avoir des sortes de transes de quelques secondes probablement post-traumatique à la mort foudroyante de son père. Il fut pris un matin d'un violent maux de tête qui dura et s'amplifia jusqu'à ce qu'il s'effondre raide mort dans le champ où il travaillait. Il fut conduit à mon père qui malheureusement ne pu rien faire. Sachant que ces transes devaient restés dans l'ombre de tous je fis tout ce qui était en mon possible pour la protéger des préjugés face à son étrangeté. Hélas, les crises furent de plus en plus régulières et de plus en plus longues, passant de quelques secondes à quelques minutes puis à quelques heures. Mon père fut alors mis au courant lorsque la mère d'Alice comprit qu'elle avait un problème et vienne quémander à sa porte de l'aide.
Etant totalement démuni face au problème neurologique d'Alice, il décida de la garder comme patiente pour une durée de six mois, tout ceci dans le plus grand secret médical. Malheureusement les mauvaises langues- que je suppose être les infirmières- ont éventées la nouvelle. Bien vite tout Salem fut au courant du cas d'Alice créant la fascination des curieux, un sujet de conversation distrayant pour les femmes de petites conditions, mais aussi la peur dans les esprits les plus étroits. Ce fut cette dernière qui eu raison du reste. Un tribunal fut ouvert quant à savoir si Alice devrait être interné pour toujours ou seulement provisoirement si une amélioration était notable. Il fut décidé de que son cas serait traité en quarantaine et qu'elle ne sortirai que si le pasteur Charlie -et sous l'accord de son patron Mr Parris - était en capacité de la guérir et ce de manière définitive.
C'était il y a bientôt quatre ans.
Mon père étudia jour et nuit tout ce qui pouvait s'approcher de près comme de loin de cette maladie inconue.
Au final les seules recherches qui s'approchaient du cas d'Alice furent celles portées sur les sorcières ce à quoi mon père n'avait cure et par la religion, lorsque le malin prenait possession des âmes faibles et sensibles. Or Alice n'était pas une faible. Après la mort de son père c'est elle qui reprit les choses en main pour que sa famille survive. Elle était responsable, mature, censée et particulièrement vif d'esprit malgré le fait qu'elle n'ait jamais été instruite. Contrairement à moi, Alice n'était pas issue d'une famille aisée et n'avait pas eu les mêmes privilèges que moi. Bien sur notre amitié aux yeux de beaucoup était incompréhensible vu nos rangs différents.
Quoiqu'il en soit chaque mercredi était attendu avec impatience autant pour moi que pour elle. C'était le seul jour où elle était autorisée à sortir de sa chambre close. Je haïssais les traitements qu'elle subissait, mais elle gardait toujours espoir, rien ne l'empêchait de croire que la vie lui sourirait un jour et qu'elle serait heureuse.
J'avais des doutes quand à ces perspectives lointaines mais pourtant je lui souhaitais de tout mon coeur. Mon père avait toujours refusé de me laisser traiter du cas d'Alice estimant que mon amitié pour elle primerait sur le cas médical, et que je ne saurais pas faire preuve d'impartialité à son égard. Je lui en voulais de ça mais dans le fond, je savais qu'il avait raison. De plus il faisait tout pour que son séjour d'une durée indéterminé ne soit pas non plus pénible. C'est ainsi que chaque mercredi j'avais réussi à pouvoir être toute la journée avec elle, sans qu'on vienne me la reprendre avant 18h.
Emportant dans ma sacoche quelques une des mes fameuses mixtures à base des plantes naturelles, et d'une couverture je parti à une allure mesurée vers l'axile.
Tout en marchant, je vis que les arbres avaient presque tous perdus leurs feuilles, les oiseaux étaient eux aussi déjà partis très loin. Malgré le grand soleil qui frappait agréablement mon visage, je sentis une bise d'air frais se faufilait sous les pans de ma robe pour remonté à grande allure jusqu'à ma colonne vertébrale. Une fine couche d'humidité accrochait mes cheveux de manière agaçante et le sol était recouvert d'un léger duvet blanc, restes de la dernière nuit particulièrement froide.
Cette année, l'hivers risquai d'être virulent.
Arrivée devant le grand portail sinistre, typique des axiles psychiatriques, un étrange frisson parcouru mon échine. L'impression d'être observé de quelque part me fit froid dans le dos, me dépêchant de parcourir les derniers mettre, j'arrivai à la hâte dans le hall surchauffé de l'hôpital. La secrétaire, Tanya que je soupçonnée depuis toujours de faire parti de celles qui ont divulgués le secret d'Alice, me jeta un coup d'oeil faussement chaleureux.
- Bonjour miss Isabella. Comment vous portez vous aujourd'hui ?
- Je vais bien Tanya merci. Sans prendre le temps de lui retournais la politesse, je parti à vive allure vers le bureau de mon père. Etant sa fille, je pouvais me permettre de me promener à peu près partout dans l'hôpital comme bon me semblais. Je n'avais pas encore mon propre bureau bien sur mais je rêvais d'en avoir juxtaposant à celui de mon père. Cependant la route serait longue car je reste une femme avant d'être quoique ce soit d'autre. Et une femme médecin, de tout temps ça ne s'est encore probablement jamais vu.
Quel bouleversement de moeurs cela serait n'empêche ! Quelle fierté ce serait d'être la première femme médecin du nouveau monde !
C'est les yeux pleins d'étoiles j'entrais dans le bureau de mon père. Celui-ci s'apprêter à partir justement, pour traiter ces patients.
Lorsqu'il me vit, un petit mais sincère sourire se dessina sur son visage ridé.
- Bonjour père, le saluais-je avec révérence.
- Bonjour Isabella. Je dois me dépêcher, Tom à encore fait une rechute, je vais sûrement devoir le réopéré si sa plaie ne cicatrise pas.
- La partie inférieure de sa jambe est elle gangrénée ? demandais-je avec sérieux.
- J'ai bien peur qu'il ne faille sectionné son membre s'il continu à pourrir de la sorte. Pour le moment je vais me contenter de pomper le pue accumulé, mais bientôt cela ne suffira plus. De plus les médicaments n'ont aucun effet sur lui.
- C'est regrettable, c'est un brave homme.
- En effet.
- Pourrais-je avoir les clés de la cellule d'Alice sil te plait avant que tu ne t'en aille ?
- Bien sur. Mais je pense qu'elle dort en ce moment. Sa nuit ne fut pas de tout repos. Il semblerait qu'une nouvelle transe l'est assailli et ce durant plusieurs heures, m'informa t'il pendant qu'il cherchait le double des clés dans son bureau.
- Mince alors. Je vais attendre dans sa chambre le temps qu'elle se réveille alors, répondis-je d'une voix enrouée. Une autre crise de cette envergure ne présageait jamais un rétablissement quelconque ce qui ne manquait pas de me rendre taciturne. Cependant devant elle, je devrais feindre l'enthousiasme, elle le méritait.
Attrapant les clés que mon père me lança, je parti sans un mot d'un pas lent vers la chambre de ma meilleure amie.
Je me demandais vaguement quand est-ce que la femme de Tom se déciderait enfin à venir voir son mari à l'hôpital, mais en réalité je faisais en sorte de ne pas trop penser à la rechute et de Tom et d'Alice. C'était une diversion minable à laquelle je m'accrochai quand même tant que je ne serai pas devant la porte d'Alice. Quand finalement j'arrivai devant sa chambre, je plaquai à mon visage un masque souriant et affable. J'insérai la clé discrètement dans la serrure et entrai avec tout autant de silence que je le pouvais afin de ne pas réveiller Alice. Cependant, son ouïe fine ne l'a trompa pas. Elle ouvra instamment les yeux vers le rayon de lumière que filtrai l'ouverture de la porte causé par mon passage.
Je m'attendais à ce qu'elle répondit à mon sourire, mais elle n'en fit rien. Elle pourtant si joyeuse. Mon masque tomba comme neige au soleil. Elle savait très bien que j'étais au courant, à quoi bon continuer à lui cacher.
- Salut, fis-je d'une petite voix.
Elle se redressa pour se mettre en tailleur mais ne répondit pas, encore une fois, à mon appel. Je m'essayai donc en silence sur le lit d'en face, respectant son mutisme. La crise avait du être éprouvante, de vilaines cernes s'étaient installées sur son beau visage. Après ce qui me paru être des heures et qui s'avéra n'être que des minutes, tant le silence était gênant, elle prit finalement la parole.
- Bella, commença t'elle à voix basse mais brisée par l'émotion, il faut partir. Il faut qu'on parte. Sinon … sinon… hum… sinon… Son souffle s'accéléra signe qu'elle avait du mal à parler convenablement tant ce qu'elle avait dire devait la perturbée.
- Sinon quoi Alice ? demandais-je réellement inquiété par les propos qu'elle me tenait.
Après quelques instants d'hésitation et après avoir repris une respiration à peu près calme elle répondit d'une voix froide, le regard mort.
- Nous allons mourir Bella.
