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A l'intérieur du T.A.R.D.I.S., le Docteur s'affairait autour de la console. Il appuya sur quelques boutons, releva un levier puis s'assit sur la banquette pour retirer ses chaussures l'une après l'autre. Il restait encore du sable à l'intérieur et ça le grattait horriblement. Une violente secousse le fit tomber sur le côté.
T – Oi ! C'est quoi ça ?
Sans prendre la peine de se rechausser, il se précipita sur l'écran de contrôle. Le T.A.R.D.I.S. semblait vouloir l'emmener quelque part, mais où ? Il attrapa son marteau et frappa à plusieurs endroits. Le vaisseau manifesta sa désapprobation en basculant violemment sur la gauche, faisant à nouveau tomber le Docteur.
T – C'est une révolte ? C'est un peu tard pour faire ta crise d'adolescence non ? Et tu veux aller où comme ça ? Quelque chose de plus accueillant que mon dernier voyage j'espère. De moins chaud surtout ! Voyons voir ça…
Il regarda de nouveau l'écran et son visage s'assombrit. Cardiff, il fallait que ce soit Cardiff.
Finalement, son vaisseau avait peut-être ressentit un besoin impérieux de faire le plein. Un petit arrêt ne pouvait pas lui faire de mal. En espérant être le plus discret possible. Pas qu'il n'avait pas envie de voir Jack, mais il craignait que cela lui rappelle des souvenirs encore trop frais dans sa tête.
Le T.A.R.D.I.S. s'arrêta, vacilla légèrement puis s'immobilisa complètement. Le Docteur enfila son manteau et sortit non sans avoir pris la peine de ranger le portable dans sa poche intérieure de veste. Le spectacle qui s'offrit à sa vue lorsqu'il ouvrit la porte le glaça d'effroi. Il ne s'était pas posé sur la place, au pied de la fontaine, comme d'habitude. Ou plutôt si, il s'était posé exactement au même endroit que de coutume. Le Docteur avait bien vérifié les coordonnées avant de sortir, pour être sûr de se trouver sur l'emplacement idéal pour faire le plein.
La grande esplanade située devant le Millenium Center avec laissé place à un immense cratère où des grues s'affairaient. La fontaine avait bel et bien disparu et l'endroit était maintenant méconnaissable. Que s'était-il passé pour que ce soit dans cet état ? Et qu'était-il arrivé à Jack et son équipe ? Le Docteur referma la porte du T.A.R.D.I.S. et se mit à inspecter le site. Mais les travaux de déblaiement étaient presque terminés et il lui restait assez peu d'indices à se mettre sous la dent.
Un ouvrier regardait le Docteur, intrigué. Qui pouvait bien être cet homme qui semblait inspecter le site ? Le Docteur le remarqua et s'avança vers lui. Il lui mit son porte carte sous le nez.
T - Bonjour, John Smith, Office International du bâtiment. Pouvez-vous m'expliquer le but de vos travaux ?
Ouvrier – Bonjour monsieur. Comment se fait-il que quelqu'un de l'Office International ne soit pas au courant de ce qui se passe ici ?
T – J'aimerais simplement que vous me fassiez un résumé clair et aussi précis que possible.
Ouvrier – Ooooh, je vois, c'est pour une inspection en vue de…
T (le doigt sur la bouche) – Chut, n'en dites pas plus et répondez-moi. (Puis faisant un clin d'œil complice) Et vite si possible, n'oubliez pas que j'ai un rapport à rédiger après.
Ouvrier – Nous avons pour mission de sécuriser et remblayer le site suite à l'explosion qui a eu lieu il y a quelques mois. Le cratère qu'elle a laissé est très instable. Visiblement, il y avait une construction souterraine qui descendait assez profondément sous terre, un stockage de déchets toxiques anciens. Nous devons en priorité sceller ce site aussi solidement que possible. Pour éviter des risques de contamination. Une sacrée semaine que celle-là ! Il s'en est fallu de peu que je ne sois pas là à vous parler ! Le monde était devenu dingue ! Des militaires partout ! Et les enfants ! Mon Dieu, les enfants !
T – Les enfants ? Comment ça les enfants ?
Ouvrier – Vous étiez où pour ne pas savoir ça ? Sur Mars ?
Le Docteur grimaça. Pourquoi fallait-il qu'on veuille l'envoyer sur Mars à chaque fois ?
T – Vous savez, mon travail est très prenant, je ne sors que rarement et mon bureau de New-N.. York se trouve au 10e sous-sol. J'avais des piles de dossiers en retard. Je ne suis pas vraiment un homme d'action.
L'ouvrier le regarda avec un soupçon de doute puis poursuivit.
Ouvrier – Les enfants étaient comme possédés. Des créatures venues d'on ne sait où se sont manifestées. Il a fallu qu'elles viennent chez nous ! En Angleterre ! Vous vous rendez compte ? Et le gouvernement a organisé des rafles pour enlever les enfants à leurs familles. Il y a eu des émeutes un peu partout dans le pays. Dans le monde même ! Une vraie folie je vous dis. Et puis tout s'est soudain arrêté. Le premier ministre a été contraint à démissionner sans aucune explication hormis la responsabilité du drame qui s'est déroulé à Thames House où toutes les personnes qui s'y trouvaient ont été retrouvées mortes. Denise Ripley a pris la direction du gouvernement.
T – Je comprends que vous ayez été secoué par tout ça. Les ministres de ce pays ont bien du mal à finir un mandat ces derniers temps. Merci beaucoup pour le temps que vous m'avez accordé. Ce sera pris en compte dans mon rapport.
Ouvrier – Mais vous ne voulez pas avoir des précisions sur la natures des matériaux que l'on va employer ? Ou sur les techniques ?
T – ça ? Nooooon. J'ai déjà fait tous mes relevés et les résultats que j'ai obtenus ne pourront qu'aller en votre faveur. Encore merci et au revoir.
L'ouvrier le regarda s'éloigner, bouche bée. Le Docteur était inquiet. Le récit que lui avait fait cet homme ne lui disait rien qui vaille. Il devait avoir des certitudes, pas des doutes. Il sortit donc son téléphone et composa un numéro. C'est à peine si le téléphone eut le temps de sonner.
T – Allo ?
M – Docteur ? Que se passe-t-il ?
T – Martha ? J'ai besoin de vous.
M – De moi ? Mais comment ça ?
T – Vous avez eu des nouvelles de Jack récemment ? Ou de Torchwood ? Je viens d'apprendre les événements qui ont eu lieu ici et je suis plutôt inquiet. Le T.A.R.D.I.S. m'a amené ici pour une raison et je dois savoir laquelle.
M – Pas de nouvelles de Jack ou des autres depuis plusieurs mois. Impossible de les joindre. Le site de Torchwood 3 a été détruit en grande partie et UNIT a ordonné que l'on sécurise le reste. Enfin, c'est moi qui ai donné l'ordre de sécuriser le site. Tout ce que je peux vous donner, c'est l'adresse de Gwen Williams. Elle vient d'avoir une petite fille et elle est en congé prolongé. Je garde un œil sur elle, même si elle ne répond à aucun de mes appels. Je dois bien ça à Jack.
T – Merci Martha, ça va m'être bien utile. J'aurais peut-être plus de chance que vous.
M – De rien Docteur. Vous voulez que je vous aide ?
T – Non, ça ira, je vais me débrouiller. Vous avez sans doute mieux à faire. Remettre ce pays d'aplomb, c'est tout aussi important, si ce n'est plus. Encore merci.
M – Docteur ?
T – Oui ?
M – Prenez soin de vous.
Le Docteur raccrocha. Un instant plus tard, le téléphone vibra et un sms s'afficha sur l'écran. Une fois l'adresse lue, il prit la direction de la maison de Gwen. C'était une charmante petite maison avec des jardinières fleuries en façade. Une poussette était garée devant l'entrée. Gwen était forcément là. Le Docteur s'approcha de la porte. Bébé dors, merci de frapper. Ce qu'il fit. Il entendit des pas qui s'approchaient et la porte s'ouvrit. Une jeune femme brune apparut, une tasse à main. Lorsqu'elle vit à qui elle avait ouvert, elle lui échappa des mains et se brisa sur le carrelage.
G – Vous ? !
T – Bonjour, je crois que nous avons des choses à nous dire.
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Jack ? Jack ? Il fait si noir Jack… J'ai peur !
Jack se redressa brutalement, le souffle court. Il était en nage. Dormir n'avait jamais été une réussite mais ces derniers temps, ses courtes nuits étaient hantées par des cauchemars. Et cette voix, cette voix, il ne cessait de l'entendre, nuit après nuit. Après avoir calmé sa respiration il posa ses pieds hors du lit et remonta ses bretelles sur son maillot de corps. Il se dirigea vers le lavabo qui était situé dans un angle de sa chambre et fit couler l'eau un instant, laissant sa main dessous. Il se la passa sur le visage, ferma le robinet et s'appuya sur le bord du lavabo, perdu dans ses pensées.
Capitaine Harkness ? Le commandant vous demande au poste de contrôle.
Jack termina de s'habiller puis sortit de sa chambre. Il traversa le long couloir éclairé par des lumières orangées puis, se tournant vers la gauche, appuya sur un bouton. Il pénétra alors dans un ascenseur. Arrivé à destination, il emprunta un nouveau couloir et s'arrêta devant une porte dorée. Il posa sa main sur une sorte de scanner puis se pencha ensuite vers un capteur oculaire. Une fois ces procédures effectuées, la porte s'ouvrit. Il entra alors dans une immense salle. Il y avait de nombreux écrans de part et d'autre de la salle, des officiers s'affairaient à leurs postes respectifs. Jack approcha du poste principal et se mit au garde à vous pour saluer le commandant.
Le commandant Ugluk Blop dirigeait le S.P.S.S. RTC 42 depuis 15 ans. L'Alliance galactique et la Proclamation de l'Ombre l'avait nommé à ce poste dû au fait de ses états de service irréprochables. C'était un Uvodni qui avait beaucoup œuvré pour la fin du conflit interminable qui existait entre son peuple et celui des Malakh. Lorsque le traité de paix fut enfin signé, il offrit ses services à l'alliance.
Il avait eu connaissance des agissements du Capitaine Harkness et respectait le grand homme de terrain qu'il était. Il savait le rôle primordial qu'il avait joué quand Davros et les daleks avaient volés toutes ces planètes dans le but de détruire l'univers tout entier. C'est pour cette raison qu'il avait répondu favorablement à son appel sans une seule d'hésitation.
U – Capitaine, les recherches pour retrouver votre ami le Docteur sont pour le moment infructueuses. Nous avons lancé des sondes un peu partout mais aucune ne nous a retransmis de signal indiquant sa présence. Êtes-vous sûr que les données que vous nous avez communiquées sont exactes ?
J – Sûr et certain. Je suis monté plusieurs fois dans son T.A.R.D.I.S., j'ai même procédé à des réparations à son bord. Mes données sont fiables. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de grave. Avec cette fâcheuse tendance qu'il a à se fourrer dans le pétrin dès que l'occasion se présente. Ce serait terrible.
U – Plusieurs sondes ne sont pas encore revenues. Tout espoir n'est pas encore perdu.
J – J'ai confiance, on le retrouvera. On ne peut que le retrouver. L'espace a beau être immense, il ne le sera jamais assez pour lui et moi.
Jack avait beau faire le fier, il était anxieux et avait du mal à le cacher. Ugluk n'était pas dupe mais ne le releva pas. En dehors de l'aide qu'il apportait au capitaine, il avait une mission à accomplir pour la Proclamation de l'Ombre. Il transportait un chargement de cristaux qui avaient été prélevés sur une planète située dans une autre galaxie. Une planète qui était inhabitée depuis quelques temps. Il y a quelques mois encore, il y avait encore un centre de loisirs en pleine activité qui affichait complet et ce malgré les radiations que produisait le soleil de cette planète. Mais un incident a provoqué son évacuation.
La Proclamation avait lancé des expéditions afin de procéder à des prélèvements sur cette planète afin de comprendre ce qui s'était passé. Et c'était la cargaison que transportait le RTC 42. Les précieux cristaux étaient enfermés dans des containers étanches et scellés qui étaient stockés dans une des soutes les plus reculées du vaisseau.
De tout le personnel qui se trouvait à bord, le seul qui pouvait réellement en approcher était Jack. Il ne risquait pas grand-chose. A part peut-être mourir. Mais le commandant savait que ça n'avait que peu de conséquences. Il avait donc donné une mission à Jack. Il devait aller faire des relevés au plus près du container, les capteurs ne résistant pas aux radiations bien longtemps.
Jack salua une nouvelle fois le commandant et sortit du poste de contrôle. Il emprunta un nouveau couloir et pris un nouvel ascenseur. Il entra alors dans un vestiaire et ouvrit un casier métallique bleu. Ce casier le faisait sourire à chaque fois. Après une douche de stérilisation, Jack enfila donc sa combinaison, plus pour protéger les autres que lui-même.
En effet, il évitait ainsi de contaminer sa peau et ses cheveux avec les radiations. Il prit ensuite l'appareil qui permettait de faire les relevés et pénétra dans le premier sas. Il mit alors son casque qu'il scella avec précaution et passa dans le sas suivant. Il fixa alors un tuyau sur l'orifice qui se trouvait sur le devant et appuya sur le bouton qui se trouvait à sa droite. Stérilisé, pressurisé, il put enfin pénétrer dans la soute où se trouvaient les containers. Il commença à procéder aux relevés quotidiens, surveillant de temps en temps le cadran de la montre qui se trouvait à son poignet droit. Aucune activité anormale n'était à signaler, comme d'habitude. Il fit le tour des différents containers, dirigeant le capteur vers des points stratégiques. C'était un simple contrôle de routine qu'il avait maintenant coutume de faire depuis plusieurs semaines. Encore quelques mesures et il pourrait retourner dans sa chambre. Il pourrait aller le voir.
Capitaine Harkness ? Rendez-vous immédiatement au secteur 51.
Jack sursauta et manqua faire tomber son appareil. Niveau 51 ? C'était l'infirmerie ! Une boule d'angoisse se noua dans sa gorge.
Capitaine Harkness ? C'est urgent. On vous attend. Venez vite !
