Des paysages de différents districts et de pauvreté défilent devant la fenêtre du train dans lequel je suis assis. Je n'arrive pas à dormir. Je sais que j'ai besoin de sommeil, mais je n'arrête pas de penser à ce qui s'en vient. Plus qu'une interview, qu'un défilé des tributs, qu'un adieu à ma famille et ça y est, je suis relâché dans une arène sans pitié avec une bande de sauvages.

Je n'ai pas beaucoup parlé à l'autre tribut. Elle passe son temps à pleurer. Je la comprends totalement. Je suis trop épuisé pour pleurer.

L'équipe de mon district est plutôt étrange. Mon mentor s'appelle Haymitch. Il est vieux, hideux, sale et alcoolique. Il me dégoûte. Je n'ai aucunement envie de me faire diriger par quelqu'un comme lui.

Ces derniers jours, nous sommes allés à un espèce de camp d'entraînement. J'ai découvert que je me débrouillais bien avec un couteau et un arc, mais je ne suis toujours pas certain de mes capacités de tuer. Les autres tributs me font peur. Il y a cinq carrières, des gens qui s'entraînent depuis qu'ils sont capables de marcher pour tuer dans ces jeux. Je ne ferai pas le poids contre eux.

Au-travers des ronflements de mon mentor, j'entends des petits pas timides. Je tourne la tête vers Rachel, l'autre tribut de mon district. Elle sourit malgré ses yeux rougis et s'assit à côté de moi.

-Tu sais, je crois bien t'avoir déjà vu quelque part.

C'est une des premières fois qu'elle s'adresse à moi. J'hausse les épaules.

-C'est possible. On vit dans un petit district... eh bien... vivait.

Ce simple changement de temps de verbe me fend le cœur plus que d'entendre mon nom à la moisson.

-Est-ce que tu chantais pour recevoir des pourboires dans le marché?

Je me revois encore braver le froid pour me rendre à cet endroit très passant, retirer mon chapeau et le poser sur le sol, avant de commencer à chanter des notes aiguës.

-Oui.

J'ai eu un flash en regardant les yeux de Rachel. Encore une enfant à l'époque, elle s'était avancée vers moi avec ce grand sourire étincelant et avait déposé une simple pièce dans mon chapeau. La seule que j'avais récoltée ce jour-là, d'ailleurs.

Nous restons silencieux pendant un moment.

-Je sais bien que nous ne pourrons pas être amis dans l'arène, mais je serai incapable de te tuer parce que tu viens de mon district.

Je soupire et croise les bras, baissant les yeux vers le sol du train en marche.

-Je ne serai pas capable de tuer qui que ce soit.

-Que vas-tu faire, alors, tu vas te cacher jusqu'à ce qu'on te trouve?

J'esquisse un sourire en coin et hausse les épaules.

-Peut-être.

Rachel rit. Un rire sans joie, un rire faible, un rire fatigué. Je me lève et retourne à ma chambre en saluant l'autre tribut pour éviter qu'Effie vienne nous gronder.

Le lendemain, on toque à ma porte, me tirant de mes affreux cauchemars de sang et de meurtres. Je grimace et ébouriffe mes cheveux en me redressant pour ouvrir la porte. Haymitch se trouve devant moi, visiblement fatigué aussi. L'alcoolique a eu une longue nuit, on dirait. Je vois Rachel derrière lui, qui me salue d'un sourire. On déjeune, puis, comme si nous n'étions déjà pas au courant, Haymitch annonce :

-Vous allez rencontrer vos stylistes aujourd'hui.

Nous finissons de manger en écoutant Effie nous raconter à quel point elle est excitée de voir nos tenues.

Après le déjeuner, le train s'arrête. Nous sortons de notre wagon et nous nous retrouvons dans un endroit qui m'est complètement inconnu. Effie est à nos côtés et jubile d'excitation. Si je n'étais pas tant fatigué, je lui dirais probablement de se taire. Nous entrons dans un bâtiment aussi haut que toutes les maisons de mon district empilées. On nous conduit dans deux salles différentes. Effie referme la porte derrière moi, me lançant :

-Ne t'en fais pas, tu es entre de bonnes mains!

Mon regard accroche sur les étranges personnages semblant appartenir au Capitole. Deux femmes (une aux cheveux verts et une aux cheveux bleus) s'approchent de moi et me tirent par le bras pour m'emmener près d'un grand homme à la peau foncée et au eye-liner doré.

-Nous sommes tes stylistes! annonce la dame aux cheveux couleur lime.

L'autre femme me dit le nom de chacun, mais je n'ai même pas envie de les retenir. Beaucoup trop compliqué. Le seul nom que je retiens est celui de Cinna, le grand homme qui se débrouillerait probablement mieux que moi dans les Hunger Games.

Je prends le temps de regarder ce qu'il y a autour de moi. Il y a des miroirs un peu partout, beaucoup de lumières de toutes les formes, une baignoire dans un coin et une grande table dans le milieu avec toutes sortes d'instruments de maquillage.

On me déshabille complètement sans que je puisse protester. Je me mords la lèvre, tentant de cacher mes atouts du mieux que je le peux.

-Ne t'en fais pas, on en as vus bien d'autres avant toi. dit Cinna, tentant de détendre l'atmosphère.

Je ris. Juste pour lui faire plaisir. Je n'ai plus envie de rire depuis que j'ai été choisi lors de la moisson.

On m'assit sur une chaise et on m'épile de partout (bien que j'aie déjà très peu de poils). Je grimace, je retiens mes larmes. On me lave, on me couvre d'une serviette, on me maquille et on me coiffe. Par la suite, les deux dames parcourent les tenues qu'ils ont prévus pour moi. Dans ma tête, je revois les tenues des anciens tributs lors des précédentes parades. Certaines sont ridicules, oui, mais d'autres flamboyantes et représentent très bien leurs districts. Je me demande bien ce qu'ils ont prévu pour le district du charbon et des mines.

Je parviens à m'apercevoir dans un des grands miroirs pendant que mes stylistes sont occupés. Je ne me reconnais même pas. Mes yeux bleus sont soulignés d'un trait d'eye-liner noir et brillant, mes lèvres semblent légèrement plus pulpeuses, on a couvert mes grosses cernes, qui se fondent parfaitement avec le reste de mon visage pâle et mes cheveux sont coiffés si haut qu'ils ressemblent à des flammes.

-Tu aimes ça? me demande Cinna pendant que ses assistantes s'activent près de la garde-robe.

-Je... C'est pas vraiment moi, mais c'est joli, oui.

L'homme m'adresse un sourire et me tapote l'épaule. Je me lève et remets mes sous-vêtements posés sur le sol. Les deux assistantes reviennent vers moi avec mon costume dans les mains. Je l'enfile sans broncher. Je me retrouve en smoking noir plutôt classique (avec quelques paillettes pour le faire briller, mais sans plus), contrastant avec mon nœud papillon en forme de flammes.

-C'est pas un peu trop classique? je demande en m'examinant dans le miroir.

-Tu n'as encore rien vu.

Cinna appuie sur le bouton d'une télécommande posée sur la table dans le milieu de la pièce. Je sursaute en baissant les yeux vers mon nœud papillon, qui s'est enflammé.

-Ne t'en fais pas, ce sont des flammes artificielles.

Je soupire de soulagement tandis que Cinna éteint le feu. Je remercie mes stylistes. On toque à la porte. Effie n'attend pas de réponse et entre, me tirant hors de la salle.

-Vite, nous allons être en retard! grimace-t-elle de sa voix agressante.

Ce soir, je serai le flamboyant Kurt Hummel, tribut du District 12. Enfin... j'essaierai.