Chapitre deux. Mesdames, armez-vous de patience. Il se peut que vous soyez perdues, mais sachez que d'ici quelques chapitres, vous saurez exactement qui est vampire, humain ou magicien de même que qui fait partie des bons et des méchants. N'oubliez pas que vous êtes comme Élisabeth, c'est elle que nous suivons. Vous allez comprendre les choses au même rythme qu'elle et serez surprises lorsqu'elle même le sera. Un petit conseil, surveillez à quel moment de la journée elle voit William et qui est présent lorsqu'elle le voit... Sur ce, bonne lecture. Merci à Gridaille, Laura et Marie-Paule.
Deuxième partie
Debout la première après quelques petites heures de sommeil, Élisabeth passa 60 minutes à s'entraîner toute seule avant d'aller rejoindre son père qui profitait toujours du moment où elle prenait son petit déjeuner pour l'entretenir de toutes cette foule de petites choses qu'il devait lui apprendre, mais qu'elle n'avait jamais le temps d'étudier à cause des nombreuses heures qu'elle consacrait à parcourir le territoire pendant la nuit. Heureusement qu'elle pouvait rattraper une partie de ses heures de sommeil perdues en faisant une sieste durant l'après-midi.
-Dis-moi, ils sont restés longtemps après mon départ, les nouveaux venus? S'intéressa-t-elle.
-Ça dépend lesquels… Charles Bingley et ses sœurs sont restés jusqu'à la fin, mais leur ami William Darcy a quitté très tôt… sans doute à peu près en même temps que toi.
-Pas une grande perte pour la fête… commenta-t-elle d'un ton boudeur en se demandant s'il n'était pas responsable de l'impression qui ne l'avait pas quittée pendant qu'elle arpentait le territoire d'être surveillée.
-Est-ce que tu savais que William Darcy est le neveu de Dame Catherine Debourg? Lui demanda son père en la sortant de sa rêverie.
-Non… Qui est Dame Catherine?
-L'une des femmes les plus riche d'Angleterre.
-En tout cas, riche héritier ou pas, il sait se battre. Il m'a dit qu'il avait entraîné la tueuse qui m'a précédée pendant quelques mois.
-Il sait que tu es la tueuse? S'inquiéta monsieur Bennet avant de rétorquer aussitôt qu'elle eut acquiescé, franchement Liz, je ne suis pas sûr d'aimer ça…
-Il est arrivé pendant que je défendais Lydia. Il m'a aidée à me débarrasser d'une horde de vampires…
-Bon, que veux-tu, ce qui est fait est fait n'est-ce pas, philosopha-t-il, pour bien faire, il faudrait que je puisse avoir une bonne conversation avec lui. Je verrai ce que je peux faire à ce sujet un peu plus tard. En tout cas, d'ici là, j'ai plein d'informations à te transmettre.
Après avoir étudié pendant presque 90 minutes, Élisabeth éprouva le besoin de prendre l'air. Elle se rendit à l'arrière de la résidence familiale et s'occupa de nourrir les oies et les canards qui avaient pris l'habitude de rester dans le petit bassin d'eau naturel qui se trouvait juste avant la forêt.
Juste avant d'aller une petite sieste à l'étage, elle alla préparer un sandwich pour son père tout d'abord, puis finalement pour elle-même. Après l'avoir englouti, elle s'allongea sur son lit, sachant qu'il n'y avait qu'à cet instant de la journée qu'elle pouvait dormir sur ces deux oreilles puisque les vampires étaient inactifs pendant la journée.
En s'éveillant quelques minutes à peine avant l'heure du souper, Élisabeth descendit au rez-de-chaussée et huma la bonne odeur du bouillon de poulet que sa mère avait mis sur le feu en revenant du travail. Élisabeth descendit au sous-sol en passant par la trappe qui était dissimulée dans le plancher sous le tapis et chercha son père des yeux.
-Papa? Tu montes? Le repas est prêt, le prévint-elle.
Quelques minutes plus tard, la famille Bennet - à l'exclusion de Jane qui n'était pas là puisqu'elle était allée rendre visite à Charles à Netherfield – prenait place à table, laissant le contrôle de la conversation à madame Bennet, qui leur rapportait comme tous les soirs de semaine, les potins frais du jour qu'elle avait glanés ça et là chez l'ensemble des visiteurs de l'hôtel de ville où elle travaillait.
-Liz, tu ne sauras jamais qui j'ai vu aujourd'hui?
-Non maman… qui as-tu vu? L'interrogea-t-elle après à voir fait un clin d'œil à son père.
-Charlotte Lucas et ton ami Alex Collins, ils sortaient de la bibliothèque avec des livres sous le bras. Je ne serais pas étonnée de les voir finir ensemble ces deux là, grommela-t-elle avant d'ajouter d'un ton hargneux, en tout cas, tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenue.
Roulant des yeux, Élisabeth s'abstint de répondre et se contenta de sourire à cette mère si prévisible. Après avoir rangé la table avec ses sœurs, Élisabeth feignit de s'intéresser à la série policière que monsieur Bennet suivait religieusement et qui jouait tous les soirs à 19h00, soit une heure avant que la noirceur ne tombe et qu'elle doive préparer à aller chasser.
30 minutes avant la fin de l'émission, Élisabeth s'excusa auprès de sa mère et se rendit à l'extérieur, pressée d'aller monter son étalon gris. Une fois dans l'écurie, elle commença à seller le fringuant Mercure, le peigna, installa sa selle, empoigna son licou et marcha devant lui en direction de la sortie.
-Vous êtes vraiment certain de ne pas vouloir venir avec moi? Entendit-elle sa plus jeune sœur proposer à un homme en uniforme qu'elle ne voyait que de dos.
-Non pas cette fois-ci, je dois malheureusement me rapporter à mon supérieur…
-Élisabeth, s'exclama Lydia en l'apercevant : aide-moi à convaincre George de rester, l'implora-t-elle.
-George?! S'enquit Élisabeth.
-Oh, pardon, je me nomme George Wickham, se présenta le jeune homme en lui tendant la main, je viens d'arriver avec le régiment. Je suis enchanté de faire votre connaissance.
-Enchanté monsieur Wickham. Je me nomme Élisabeth et je vous prie d'excuser ma jeune sœur Lydia… elle a si peu l'occasion de sortir de la maison qu'elle profite de toutes les nouvelles rencontres pour s'évader…
-Je comprends très bien…
-Liz, quel rabat joie, geignit cette dernière.
-Monsieur Wickham vient de te dire qu'il ne pouvait pas rester Lydia et d'ailleurs tu as des corvées qui t'attendent à la maison, la sermonna Élisabeth en utilisant un certain regard que Lydia ne pouvait ignorer.
Poussant un grognement indigne d'une jeune femme, Lydia fit volte face et se dirigea vers la maison sans arrêter de faire valser les cailloux avec ses pieds.
-Ouais, vous savez vous faire obéir… la complimenta George.
-Elle sait que je suis plus forte qu'elle c'est tout, ricana Élisabeth.
-Vous partez en promenade? L'interrogea-t-il tout en caressant le pelage de l'étalon qui commençait à piaffer d'impatience.
-Oui, tous les jours avant la noirceur, prétendit-elle, ne sachant comment interpréter son insistance à rester là. Ça me détend. Mais, ne deviez-vous pas aller vous rapporter à votre supérieur? Le questionna-t-elle à l'instant même où une voiture s'engageait dans l'allée.
-Oui, mais que vaut un léger retard en comparaison du plaisir que j'ai eu à faire votre connaissance.
-Vilain flatteur!
-Des gens pour vous? S'informa George en plissant les yeux pour essayer d'identifier ceux qui étaient à bord de la voiture qui venait de s'immobiliser devant l'entrée.
-Ah, ce sont de nouveaux voisins avec qui ma sœur Jane a fraternisé hier soir… déplora Élisabeth en reconnaissant Charles Bingley et William Darcy.
-Oh mais elle a fait une belle prise : Charles Bingley, le nouveau propriétaire de Netherfield est très riche, la nargua George.
-Mais pas aussi riche que son ami William Darcy… neveu de Dame Catherine Debourg… surenchérit Élisabeth en imitant le ton qu'aurait pris sa mère.
-Je le connais aussi... admit George en roulant les yeux avant de se pencher vers elle pour lui demander à voix basse: Comment le trouvez-vous?
-Vraiment trop satisfait de lui-même!
-Tout à fait… vous et moi sommes faits pour nous entendre.
Tout en saisissant la main que lui tendait George Wickham pour l'aider à grimper sur son cheval, Élisabeth réalisa que William Darcy regardait dans sa direction. Elle fut surprise de constater que son premier réflexe qui avait été de venir vers elle avorta aussitôt qu'il eut étudié puis identifié son compagnon.
-Il semble vous reprocher des choses aussi. Il n'y a pas à dire monsieur Wickham, vous avez su attirer mon attention. Je ne vous laisserai tranquille que le jour où vous m'aurez raconté tout ce que vous savez sur lui…
-Que diriez-vous de demain, même heure et à cheval?
-C'est un rendez-vous alors, accepta-t-elle en lui offrant sa main à serrer.
Dès que celui-ci se fut éloigné, Élisabeth frappa les flancs de Mercure d'un petit coup sec et prit la direction du verger de la famille avant de se mettre au galop. Elle ne pouvait pas savoir que William Darcy la suivait des yeux installé devant la grande fenêtre du salon où monsieur Bennet venait tout juste de les inviter à entrer.
Après une trentaine de minutes de course effrénée dans la campagne avoisinante, Élisabeth passa tout près du campement militaire habituellement inhabité et s'étonna de voir qu'un détachement d'officiers était en train d'en ouvrir les grilles. Plusieurs jeeps suivaient derrière, remplies à craquer par des jeunes hommes qu'elle entendit siffler au moment où elle passait près d'eux en trottant.
«C'est donc là que Georges Wickham et son groupe sont installés» songea-t-elle avant de serrer légèrement les flancs de Mercure.
Lorsqu'elle atteignit enfin les limites de leur domaine en essayant tant bien que mal de retenir Mercure qui était toujours pressé de rentrer au bercail, Élisabeth soupira en découvrant que Jane faisait faire le tour du propriétaire à Charles Bingley et à son ami. Dès qu'elle arriva devant l'étable, William Darcy la surprit en s'approchant de Mercure, le laissant poser son museau humide sur sa veste pour faire connaissance.
-Vous avez fait une bonne promenade? Lui demanda-t-il tout en offrant un morceau de sucre à son étalon.
-Une belle rencontre et une belle promenade… précisa Élisabeth, souhaitant le contrarier.
-Dans un cas comme dans l'autre vous ne parlez pas de moi… ajouta William en arrivant au-devant elle sur le côté.
Comme elle avait déjà initié son mouvement de descente, Élisabeth comprit beaucoup trop tard qu'elle allait atterrir tout près de lui. Sans compter que puisqu'il se mêla de vouloir l'assister en posant ses mains de chaque côté de sa taille, elle se retrouva immanquablement immobilisée entre son cheval et lui.
-Je parlais de George Wickham évidemment… bredouilla-t-elle en levant la tête pour le fixer directement dans les yeux.
-J'éviterais George si j'étais vous.
-C'est drôle, je me disais justement la même chose à votre sujet hier soir.
Élisabeth profita du mouvement de recul que provoqua son insulte pour s'écarter de lui et ramasser la bride de Mercure. Arrêtée dans son mouvement par le jeune homme qui vint se placer devant elle, Élisabeth le défia du regard et attendit qu'il prenne à parole.
-Je me suis mal exprimé… admit-t-il.
-Faites-vite. Mercure est affamé.
-Mademoiselle Bennet, peu importe ce que vous pensez de moi, tout ce que je vous demande, c'est de vous tenir loin de George Wickham.
-Vous n'êtes ni mon entraîneur, ni mon père… alors gardez vos conseils pour d'autres…
-William? L'interpella son ami en venant vers eux. Jane vient de m'informer que nous pouvons monter les chevaux si nous le voulons. Je dois dire que vous montez très bien Élisabeth, la complimenta Charles Bingley en lui serrant la main.
-C'est mon cheval qui se conduit bien Charles. Je n'ai rien d'une excellente cavalière. Mercure est un animal docile.
-Dommage que vous n'adoptiez pas son attitude… Rétorqua William avant de lui tourner le dos et s'en retourner vers leur voiture.
-Élisabeth, j'ai promis à Charles et à William que nous les emmènerions au Bronze ce soir… s'excita Jane en arrivant près de Charles.
-Nous nous reverrons donc là-bas ce soir monsieur Bingley, répondit-elle omettant volontairement William. Maintenant, pardonnez-moi, mais Mercure est affamé et j'ai encore du travail devant moi.
Une fois qu'elle eut terminé de prendre soin de son étalon et qu'il fut adéquatement installé dans son box, Élisabeth retourna dans le petit bureau que monsieur Bennet s'était aménagé au sous-sol et l'interrogea afin de savoir s'il avait trouvé d'autres informations sur Charles et William. Son père lui rapporta peu de nouvelles choses, mais les plus intéressantes concernèrent William Darcy avec qui il venait d'avoir une intéressante conversation.
-Ses parents sont décédés dans un accident de voiture lorsqu'il avait 19 ans. Il vit dans le Derbyshire avec sa sœur Georgianna qui a dix ans de moins que lui. Neveu de Dame Catherine… Bla, bla, bla… Oh, mais, c'est qu'il est pour toi celui-là. Savais-tu qu'il est considéré comme l'un des célibataires les plus en vue d'Angleterre… rapporta monsieur Bennet en dévisageant sa fille d'un air entendu. Ne parle pas de ça à ta mère Liz, qui sait ce qu'elle serait prête à faire pour le mettre dans ton lit…
Vers 20h30, Élisabeth se rendit chez son amie Charlotte et esquissa un demi-sourire en réalisant que son ami Alex Collins était déjà là. Elle leur parla de sa rencontre avec Charles Bingley et William Darcy puis les écouta lui rapporter ce qu'ils avaient trouvé d'intéressant dans les livres de magie qu'ils avaient loué à la bibliothèque.
-Oh, en passant, avant d'être envoyé ici par le conseil des sages pour faire un stage avec ton père, je travaillais comme secrétaire particulier de Dame Catherine qui est la tante par alliance de William Darcy, lui expliqua Alex en utilisant ce ton condescendant qu'Élisabeth détestait tant, et il me tarde d'y retourner d'ailleurs, ajouta-t-il avant de replonger dans son livre.
Juste avant de les quitter, Élisabeth se plaignit d'être obligée de passer la soirée avec les nouveaux arrivants à cause de sa sœur Jane qui avait eu la mauvaise idée de l'inclure dans son invitation.
-Surtout qu'elle sait très bien que je vais devoir quitter tôt pour aller patrouiller…
-Nous pouvons y aller avec toi si tu veux? Lui proposa alors Charlotte, espérant ainsi convaincre Alex de sortir avec elle.
-Hum, hum, acquiesça ce dernier, sans même lever les yeux de son livre.
-On se rejoindra là-bas alors, les salua Élisabeth.
Le moment venu, elle arriva au bar quelques minutes après l'heure prévue compte tenu qu'elle avait dû retourner à la maison afin d'insérer des pieux dans les sections cachées de son pantalon et de son chemisier. Comme chaque vendredi soir, le Bronze était bondé de jeunes en quête de distraction ou désireux de faire des rencontres intéressantes. Ne reconnaissant que peu de gens tandis qu'elle circulait dans la salle, la jeune chasseuse comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Les jeunes qui l'entouraient semblaient envoûtés ou carrément absents. Ils dansaient, bougeaient, mais sans réellement suivre la musique. Le band qui performait sur scène se nommait «the monsters» et comme ils portaient des masques, il était impossible pour elle de les identifier, ni même de savoir s'ils étaient réellement humains. Tout en cherchant Jane des yeux, elle se dirigea vers son amie Charlotte qui prenait déjà une bière à l'écart avec Alex.
-As-tu vu Jane et les deux autres? Demanda-t-elle à son amie magicienne.
-Non… et je crois sincèrement que tu ne devrais rien boire…
-Tu as raison Charlotte… je suis certaine qu'il se passe quelque chose d'anormal… ajouta Élisabeth en pointant son menton en direction d'Alex qui venait de prendre une bonne gorgée de bière.
Une minute plus tard, Alex commençait à retirer son chandail tout en bougeant de manière lascive.
-Charlotte… fais sortir le plus de gens possible… ceux que tu pourras convaincre. On se rejoint dehors… Lui souffla Élisabeth avant de se diriger vers l'escalier qui menait à l'étage d'où elle serait mieux placée pour repérer sa sœur.
Installée au balcon, Élisabeth s'intéressa à nouveau à ce qui se passait sur la piste de danse inquiète de ne pas y trouver sa sœur et les deux hommes qui devaient pourtant l'accompagner. Son regard fut alors attiré par Charlotte Lucas qui était maintenant immobile au milieu de la salle. Jetant un œil vers la scène, celle-ci se mit à danser lentement comme si venait elle-même d'être envoutée.
La gorge sèche et les jambes flageolantes, Élisabeth passa en mode résolution de problèmes comprenant qu'il lui fallait à tout prix trouver sa sœur et l'entraîner dehors. Ensuite, elle pourrait toujours revenir pour s'occuper des démons ou des entités qui envoutaient sur tous ceux qui se trouvaient dans la salle. Redescendant l'escalier, Élisabeth contourna discrètement la piste de danse et se mit à avancer en direction de la scène du côté où elle croyait bien avoir vu un homme qui ressemblait à Charles Bingley.
Soudain, un individu la saisit par la taille, la tira brusquement vers l'arrière et lui mit la main sur la bouche pour l'empêcher de parler. Penchant la tête pour lui permettre de le reconnaître, William Darcy lui fit signe de rester silencieuse, la relâcha, puis lui désigna un couple qui dansait sur la scène de manière très langoureuse. Au moment où le danseur releva la tête, mettant ses crocs bien en évidence, Élisabeth banda ses muscles, se prépara à bondir vers l'avant mais fut à nouveau arrêtée dans ses mouvements par la prise ferme de son compagnon.
-Lâchez-moi! S'emporta-t-elle en se débattant.
-Chut… vous voulez nous faire repérer, la prévint-il en la retournant vers lui pour la seconde fois.
-Je ne peux pas laisser faire ça, chuchota-t-elle en l'implorant du regard.
-Vous ne les aiderez pas non plus en allant vous jeter dans la gueule du loup.
-Je n'ai pas d'ordres à recevoir de vous! L'apostropha-t-elle.
-Très bien, je vous regarde. Allez-y, épatez-moi! La nargua-t-il en la relâchant.
-La première chose à faire c'est de sortir d'ici.
-Comment? Vous voyez bien que nous serons vite repérés…
-Pas si nous les imitons…
-Vous voulez que je vous morde? S'étonna-t-il.
-Non, nous allons nous déplacer lentement vers la sortie en dansant.
-Ils ne font pas que danser…
-Et bien nous ferons comme eux… ce qui importe c'est de sortir d'ici et de trouver Jane…
Se mêlant sans plus tarder à la foule de danseurs, Élisabeth se plaça devant William et se pressa contre lui aussitôt qu'elle comprit qu'un vampire, membre du groupe, venait vers elle. William commença alors à l'embrasser dans le cou tout en lui soufflant à l'oreille : On y prend rapidement goût vous savez…
Une seconde après avoir lancé cette remarque, William fit passer sa compagne derrière lui et fit face au monstre qui montrait déjà ses crocs. Les deux hommes se mesurèrent du regard. Le vampire passa à l'action le premier en se jetant sur William. Tandis qu'ils commençaient à se battre, Élisabeth repéra Jane et Charles des yeux. Ils étaient au fond de la salle. Jane était maintenue par deux colosses tandis que Charles se battait avec un autre vampire. Craignant le pire pour sa sœur, Élisabeth enjamba plusieurs victimes et s'approcha de leur petit groupe. Pendant que Jane s'éloignait encore davantage, trainée de force par les deux monstres, Élisabeth fut attaquée par deux vampires particulièrement agressifs. Pendant qu'elle rendait coups pour coups et les tenait à distance, elle surveillait l'évolution des autres batailles engagées du coin de l'œil. Lorsqu'elle réalisa que les deux ravisseurs de sa sœur allaient disparaître avec elle derrière le rideau de scène, elle sortit ses pieux et s'empressa d'en finir avec celui qui était tout à côté d'elle. Se tournant ensuite vers le deuxième, elle eut tout juste le temps de le voir disparaître en poussière, transpercé par le pieu que William Darcy tenait encore à la main.
Esquissant un mouvement vers l'avant pour s'élancer à la poursuite de sa sœur, Élisabeth fut ramassée puis jetée sur l'épaule de William tandis qu'il marchait rapidement vers la sortie.
-Lâchez-moi! Hurlait-elle tout en le frappant dans le dos.
Une fois qu'il eut passé la porte, le jeune homme la jeta sans ménagement sur le sol et s'éloigna rapidement d'elle pour reprendre son souffle.
-Vous êtes fou ou quoi? Je dois aller chercher Jane, cria-t-elle juste avant de s'élancer vers la porte.
-Charles va la protéger… ne vous inquiétez pas, la rassura William en lui barrant le chemin.
-Laissez-moi passer, l'intima-t-elle en le menaçant à l'aide de ses poings.
-C'est trop dangereux, la prévint-il en croisant les bras.
-Mais c'est mon travail de tuer les vampires, lui opposa-t-elle en s'approchant de lui.
-Ils sont trop nombreux. Sacrebleu, jura-t-il, votre père ne vous a pas enseigné à évaluer les risques?
-Je sais tout ce que j'ai besoin de savoir, merci. Pour l'instant, tout ce qui importe c'est ma sœur…
-Charles sait quoi faire… il va la sortir de là ne vous en faites pas. Il sait se battre lui aussi.
Comme pour donner raison à William, Élisabeth fut interpellée par la voix de Charles Bingley qui arrivait derrière eux, transportant Jane qui était inconsciente dans ses bras.
-Elle a sauté de la fenêtre du premier étage, lui apprit-il en déposant délicatement son fardeau sur le sol devant eux.
Évitant le regard de William qu'elle devinait fier de lui, Élisabeth prévint Charles de l'attendre là tandis qu'elle allait chercher sa voiture. Arrivée dans le stationnement, elle découvrit avec consternation que celle-ci était accidentée et coincée entre plusieurs voitures que des fuyards avaient abandonnées.
Revenant vers les trois autres, elle leur apprit la mauvaise nouvelle et se résigna à monter dans le véhicule de Charles et de se rendre chez lui en tout premier lieu compte tenu que le médecin habitait tout près de Netherfield et qu'il lui semblait urgent de s'assurer qu'elle n'avait pas de commotion cérébrale.
Une fois assise sur le siège arrière beaucoup trop près de William Darcy à son goût, Élisabeth surveillait de près la respiration de sa sœur.
-Savez-vous à quelle bande appartenaient ces vampires? Lui demanda Charles en jetant un œil dans son rétroviseur.
-Non, ils sont nouveaux dans la région. Mais étrangement, leur arrivée concorde avec mon assignation. Mon père recueille des informations sur eux en ce moment même. Nous savons déjà qu'ils sont très nombreux, mais leurs motivations nous échappent encore.
-C'est justement pour eux que nous sommes là aussi, lui apprit William Darcy sans même la regarder.
-Vous les suivez?!
-Il serait plus juste de dire que nous les chassons, précisa-t-il en laissant échapper un petit rire qu'Élisabeth ne sut pas vraiment comment interpréter.
-Vous devez savoir ce qu'ils veulent alors?
-Pas vraiment non, déplora William beaucoup trop vite pour qu'il s'agisse de la vérité.
L'arrivée de leur petit groupe chez Charles provoqua un moment de panique chez ses deux sœurs qui commencèrent par suggérer à leur frère de se rendre elles-mêmes reconduire Jane et Élisabeth chez elles.
-Le médecin est déjà en route, s'empressa-t-il de s'objecter, et je crois qu'il vaut mieux ne pas trop déplacer Jane, décida-t-il en posant la jeune femme sur le lit de la seule chambre qu'il y avait au rez-de-chaussée. Élisabeth le suivit et l'aida à l'installer confortablement. Comme celle-ci était encore inconsciente, Élisabeth entreprit de nettoyer la plaie qu'elle s'était faite à la tête à l'aide d'un linge propre imbibé d'eau tiède.
Ressortant de la chambre une fois satisfaite de l'état stationnaire de sa sœur aînée, Élisabeth demanda la permission de téléphoner à son père afin de l'informer de la situation.
Lorsque monsieur Bennet apprit ce qui s'était passé au Bronze ayant valu à Jane d'être blessée et à l'ensemble du public qu'être attaqué, il suggéra à Élisabeth de s'abstenir de chasser pour le reste de la nuit et de rester auprès de sa sœur.
-Je crois que la présence de ce nouveau groupe de vampire a quelque chose à voir avec notre famille… Lui confia ensuite son père.
-Pourquoi?
-D'après ce que le conseil vient de m'envoyer à l'instant, il se peut que les vampires se soient fiés à une vieille légende qui prétend qu'une mortelle au sang pur, désignée comme tueuse pourrait devenir leur reine… Le texte sacré auquel ils se réfèrent mentionne une jeune chasseuse dont le destin sera lié à leur chef. Je ne suis pas encore arrivé à traduire le reste du texte, mais je t'en reparlerai aussitôt qu'Alex et Charlotte auront pu l'étudier avec moi et me donner leur avis.
-Très bien. Je t'appelle aussi un peu plus tard si l'état de Jane ne s'améliore pas, lui promit sa fille avant de raccrocher.
Une fois que le médecin eut terminé d'examiner la jeune femme, il revint dans le salon et laissa des consignes précises au maître de maison quant aux soins à lui apporter. Une fois qu'elle fut satisfaite de l'installation de sa sœur, Élisabeth quitta la chambre, revint vers le salon, mais s'arrêta juste avant d'en franchir la porte en entendant les sœurs de Charles mentionner son nom.
-Cette Élisabeth Bennet n'a rien d'exceptionnel voyons. Elle est plus qu'ordinaire même, alléguait Caroline.
-Nous nous devons de la protéger, lui opposa farouchement Charles.
-Sans compter qu'ils vont certainement s'en prendre à sa famille, ajouta William d'une voix ferme avant d'ajouter : puisque le médecin prescrit que Jane ne soit pas déplacée avant deux jours… ça sera toujours ça de pris… nous les aurons sous les yeux pendant ce temps là…
«Il en sait certainement plus que ce qu'il m'a dit tout à l'heure… » Comprit Élisabeth avant de reculer lentement, puis faire suffisamment de bruit pour leur donner le temps de changer de sujet.
-Charles, Jane dort profondément, lui apprit-elle en entrant dans la pièce, je tenais à venir vous remercier avant d'aller me coucher.
-Bonne nouvelle. Avez-vous trouvé tout ce qu'il vous faut pour la nuit?
-Oui, merci pour la robe de nuit Caroline. Bonne nuit Charles.
-Bonne nuit, lui répondit-il.
-Bonne nuit Louisa, Caroline. Pendant que les deux femmes lui répondaient d'un simple mouvement de tête, Élisabeth se tourna pour saluer William : Bonne nuit monsieur Darcy!
-Bonne nuit. Si vous avez des ennuis cette nuit. Venez frapper à la porte de la chambre qui se trouve directement au-dessus de la vôtre. Il s'agit de la mienne… Lui proposa-t-il gentiment, la prenant totalement par surprise.
Une fois revenue dans la chambre où dormait déjà plus paisiblement sa sœur, Élisabeth entra sous les couvertures et se lova contre elle. Un sentiment d'impuissance l'assaillit lui rappelant comme un mauvais rêve, la nuit où elle avait reçu son assignation de tueuse de vampires alors qu'elle était seule à la maison. Elle se remémora cet instant troublant où elle s'était réveillée en proie à une violente douleur qui lui avait déchiré les entrailles et la poitrine. Elle s'était redressée dans son lit et avait rampé jusqu'à la salle de bain où elle avait rendu son repas du soir. Après s'être nettoyée et brossé les dents pour la seconde fois, elle avait regagné son lit, s'y était écroulée et avait perdu connaissance. Le lendemain, à table, elle éprouvait énormément de difficulté à évaluer les distances et ne semblait plus posséder la faculté pourtant innée d'évaluer la force qu'il fallait appliquer sur les objets pour être capable de s'en saisir sans les briser. Elle avait déjà cassé deux tasses au moment où son père était arrivé dans la salle à manger. L'entraînant dans son bureau, il s'était empressé de lui expliquer que les membres d'un conseil très ancien et surtout secret l'avaient désignée chasseuse de vampires et qu'à cet effet, sa vie ne serait plus jamais la même.
-Mais… comment est-ce possible? Qui a décidé ça? Pourquoi n'ai-je pas été consultée? L'avait-elle bombardé de questions alors qu'il ne possédait lui-même que de peu d'informations, le conseil l'ayant contacté alors qu'il se trouvait avec le reste de la famille chez les Lucas. Il s'était empressé de rentrer chez lui, anxieux de prévenir sa fille dont il n'arrivait toujours pas à prédire les réactions. Il avait beau l'avoir élevée comme les autres, Liz demeurait imprévisible. Elle ne réagissait jamais comme il le prévoyait et ça le ravissait.
Poussant un profond soupir alors que le sommeil ne venait pas, Élisabeth repoussa sa couverture, passa la robe de chambre que Caroline lui avait prêtée et sortit de la chambre avec l'intention d'aller prendre l'air sur la terrasse.
-Avoir su que je ne pourrais pas patrouiller ce soir, je n'aurais pas fait de sieste cet après-midi, lâcha-t-elle avant d'agripper la clôture de la vaste terrasse.
-Vous n'arrivez pas à dormir? La fit sursauter la voix de William qui arrivait devant elle en arrivant du terrain.
-Non. Je suis conditionnée à patrouiller tous les soirs… alors….
-Et vous aimez ça? S'intéressa-t-il en montant chacune des marches très tranquillement.
Fascinée par la lueur sombre qui noircissait ses yeux dans la pénombre, Élisabeth frissonna, resserra les pans de sa robe de chambre puis lui répondit : Maintenant oui… mais ça n'a pas toujours été le cas… Et vous, pourquoi ne dormez-vous pas? L'interrogea-t-elle à son tour.
-Je prépare un mauvais coup avec mes amis les vampires… blagua-t-il en avançant vers elle.
-Si je ne vous avais pas déjà vu de jour, je m'inquiéterais, ajouta-t-elle en désignant le soleil qui se levait, mais plus maintenant…
Se souvenant tout à coup qu'elle possédait là un excellent prétexte d'en apprendre plus sur ce qu'il avait laissé entendre lorsqu'elle avait surpris leur conversation dans le salon, Élisabeth osa lui demander : Pourquoi croyez-vous qu'ils veulent s'en prendre à ma famille? Voyant qu'il la dévisageait avec curiosité, elle enchaîna : Et oui, écouter aux portes est un de mes vilains défauts.
-Et bien… tout ce que je peux vous dire c'est que le chef du groupe des vampires… croit que le sang de la tueuse posséderait des propriétés uniques…
-Pffff, c'est un mythe voyons…
-Je le sais… et vous le savez… mais pour une raison que j'ignore… ils ont décidés d'y croire et vont certainement tenter de s'en prendre à vous…
Un long silence régna entre les deux. Élisabeth le brisa la première en prenant soudainement congé de son compagnon.
«Il ment… je ne sais pas pourquoi… mais je n'arrive pas à lui faire confiance…» Songea-t-elle tandis qu'elle retournait vers la porte-fenêtre, sentant son regard lui brûler la nuque.
….. À suivre ….
Et vous mesdames? Lui faites-vous confiance?
Miriamme
