Chapitre 1 : Ma famille, mes ennuis, mon départ.
Lucia est une jeune fermière pleine de vie, d'une vingtaine d'années. Élevant les animaux de sa ferme, elle est connue pour être une femme sociable, libre des responsabilités envers sa famille. Étant la benjamine et une fille qui plus est, elle n'a nullement hérité de terre de la part de ses parents. Unique fille, elle a été destinée d'être mariée de force à un proche de la famille. La demoiselle aimant la liberté et son travail, a fui sa famille pour arriver dans un petit village où les habitants l'ont accueillie avec bienveillance. Là-bas, elle a trouvé une autre famille. Une femme d'un certain âge qui n'a pas eu la chance d'avoir de descendants l'accueillit. Ensemble, elles se sont occupées des animaux qu'elles ont élevés. Lucia possède un caractère de feu, aux cheveux roux, des yeux bleus cristallins cherchant le contact des autres. Ses traits ne sont certes pas fins ni magnifiques. Elle possède des rondeurs au visage ainsi qu'au corps, la rendant plus forte et prête à soulever des montagnes pour élever les animaux.
La propriétaire, se nommant Blanche, accueille la demoiselle comme sa propre fille. Ensemble, elles passent de magnifiques journées à s'occuper des animaux.
L'aînée est heureuse d'avoir un peu de vie à ses côtés. Lucia s'occupant de la matriarche comme sa propre mère. Lui prodiguant les soins nécessaires, lui préparant des repas, l'aidant dans les tâches quotidiennes. Si bien que les habitants considèrent Lucia comme une des leurs et presque en tant que l'enfant de Blanche.
Les saisons ont passé à une vitesse importante. Les premiers cadeaux blancs tombent du ciel pour recouvrir le sol de cette épaisse couche de froid, faisant sommeiller les plantes et les récoltes.
Les animaux sont au chaud dans leurs enclos. Lucia prodigue tous les petits soins pour ses familiers, offrant de la nourriture grâce aux réserves qu'elle a prévu avec sa matriarche, pour passer l'hiver paisiblement. Rentrant dans la maison, l'éleveuse entend Blanche tousser fortement. Lucia connaît l'état de santé de son ainée et la fragilité qu'elle possède en cette saison humide et froide. En s'approchant du lit de la dame, la cadette pose sa main sur son front et demande d'une voix forte et énergique :
"Ma bonne mère. Vous avez pris froid. Je vais vous préparer une tisane. Cela va vous remonter."
La dame de sagesse permet à la demoiselle de se séparer d'elle pendant un petit moment. Malheureusement, la tête occupée pour les animaux, l'éleveuse n'a pas préparé de réserve pour le breuvage de son aînée. Légèrement inquiète, la rousse enfile son grand châle tricoté par sa bonne mère, un chapeau en laine de moutons qu'elles élèvent, un sac et un peu d'argent. Elle se précipite vers la couchette de Blanche pour lui expliquer la situation sans paniquer.
"Bonne mère, je vais en ville pour chercher vos feuilles de tisanes. Je reviens dès que j'ai tout ce qu'il nous faut. Je n'en aurais pas pour longtemps. Le feu est ravivé et maîtrisé. La soupe est prête à être réchauffée. Je dois vous laisser. Rester bien au chaud s'il vous plaît."
Blanche sourit à sa fille adoptive, lui faisant comprendre qu'elle n'a aucune inquiétude. Elles sont certes un peu éloignées du village, une demi-heure de marche. La bonne mère se love dans ses draps au moment où la demoiselle sort de la maison pour parcourir les plaines enneigées de sa région.
Elle n'a aucun problème pour se rendre vers l'herboriste. La neige ne tombe qu'à tous petits flocons, rendant le paysage un peu fantastique. À la manière des illustrations qu'elle voit de temps à autres dans les livres des libraires. L'ensemble de la plaine est recouvert d'une couverture froide et blanche de neige. Les arbres dénudés et noirs ressemblent à des ombres chinoises. Comme lorsque Lucia s'amuse à créer des ombres avec ses mains devant les lumières pour les enfants. Elle s'imagine être une héroïne de ces contes que les plus âgées racontent aux enfants. Une aventurière partie à la recherche d'une quête sacrée pour sauver le monde. La rêverie cesse quand elle voit l'enseigne de l'herboriste. D'une grande énergie, la demoiselle entre dans la boutique et salue le patron de la boutique qui connaît les deux dames.
"Que puis-je faire pour vous mademoiselle ?" sourit l'homme derrière son comptoir, prêt à aller chercher dans sa bibliothèque à plantes pour sa cliente du jour.
"Ma bonne mère n'a plus de feuilles de tisane pour sa toux. J'aurais besoin du mélange pour sa décoction. J'ai l'argent nécessaire pour vous payer."
"Très bien, je vous prépare cela tout de suite." répond l'homme en préparant un pot de terre pour contenir les feuilles. Il prit dans un bac des fleurs de mauve, puis des fleurs de primevère, les associe avec des fleurs de Guimauves, des pulmonaires, des Lichen d'Islande, de l'anis vert et du bois de réglisse. Une fois le mélange prêt, il le donne à la demoiselle en décrivant la marche à suivre pour la préparation de la tisane.
"Préparer une tasse d'eau chaude, ajouter une cuillère à café de cette préparation dans sa tasse. Laissez infuser, puis retirez les feuilles. Ajoutez du miel à cette tisane pour l'aider à boire et surtout pour l'apaiser davantage. Faites-lui boire deux à trois fois cette décoction et elle passera l'hiver sans aucun problème."
Lucia remercie le marchand, lui paye et repart en direction de la ferme de Blanche. Retournant dans sa rêverie, redevenant l'espace du trajet l'héroïne de sa propre histoire. Son conte de fée durant lequel, elle s'imagine traverser des contrées lointaines, de grandes montagnes enneigées, d'immenses plaines où l'attendraient des elfes de glace ou des élémentaires de l'eau. Du moins, elle aime s'imaginer ces événements sans pour autant vouloir les vivre dans la réalité. Lucia sait qu'elle n'est qu'une jeune éleveuse et n'ira pas au combat, ni au contact de ses créatures. La demoiselle préfère en conserver une image, comme celui d'un conte.
Soudain, en s'approchant de la maison, l'éleveuse voit une étrange couleur sur la neige. Des gouttes de couleur rouge. Du sang. La demoiselle prend légèrement peur en voyant que la trainée se dirige vers leur refuge. Gardant son calme, la forte fille se précipite vers l'habitation prête à aller aider sa bonne mère pour sortir de son lit si nécessaire. Lucia n'imagine nullement à ce qu'elle allait trouver à sa porte. Un homme aux longs cheveux noirs de jais, qui créent un éventail au-dessus de son fin visage, emmitouflé dans un grand et long kimono noir, possédant un immense sac et une dague aux côtés de ses doigts fins, allongé dans la neige avec du sang sur ses vêtements.
Inquiète et prudente, l'éleveuse attrape un bout de bois pour essayer de le toucher à distance et de voir si ce dernier est vivant ou non. Sans aucune délicatesse, la demoiselle prend un gros bout de bois et le lance sans ménagement sur l'homme qui se met à hurler.
"Ouah...Qu'est-ce que... Qui êtes-vous ? Où suis-je ?" susurre l'individu en posant sa main sur le ventre pour stopper l'hémorragie qui semble provenir d'une immense blessure.
Lucia comprend que l'homme n'a aucune intention de la blesser, mais ne comprend pas la raison de sa présence en ces lieux. Elle n'a jamais vu ce genre de vêtement de sa vie. Avec sa voix forte et son imposante corpulence, la demoiselle répond à cet intrus :
" Moi c'est Lucia. Et vous êtes dans notre ferme. C'est moi qui pose les questions maintenant. Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous faites chez nous et surtout qu'est-ce que vous allez faire avec cette dague ?"
L'inconnu n'a pas la force de récupérer la dague, préférant essayer de conserver ses ressources pour survivre. Voyant le rictus de douleur sur le visage de cet homme, Lucia pousse un large soupir puis attrape l'individu avec le peu de délicatesse qu'elle a pour le ramener dans la maison.
L'homme est surpris de la force formidable de la rousse qui ne lui laisse pas le temps de râler ou de se débattre. En entrant dans la maisonnée, elle explique tout de suite à sa bonne mère son aventure. Lui prépare la tisane avant de s'occuper de l'homme, qui devient fiévreux et plonge dans un profond sommeil.
Trois jours sont nécessaires avant que Lucia ne voit les yeux noirs de ce dernier s'ouvrir.
"Ca y est. Notre intrus est réveillé." commence la demoiselle en le regardant droit dans les yeux. "Bien, maintenant vous allez enfin répondre à mes questions : Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Et à quoi sert cette dague ?"
Intrigué par le langage cavalier de la demoiselle, l'homme s'assoit et renvoit le même regard depuis ses yeux en amande. Avec une voix douce mais froide, il lui répond :
"Je me nomme Yuki Kory. Je suis un voyageur. J'ai été attaqué par de vils manants. La dague me sert de défense contre les créatures dangereuses de ce monde. Je suis arrivé par hasard devant votre maison."
Yuki voulu se relever et s'en aller, cherchant du regard ses affaires. L'éleveuse repousse le voyageur dans le lit, le plaquant dans les couvertures. Avec un regard sévère et direct, elle s'exclame :
"Vous n'avez pas guéri de vos blessures. Vous êtes si léger que même moi j'ai pu vous porter. Et je n'ai pas l'habitude de laisser quelqu'un de blessé sortir dans le froid et la neige. Vous resterez au lit jusqu'à ce que vous ayez retrouvé vos forces." rage la rousse qui voit sur le visage de Yuki une expression d'incrédulité.
Jamais, au grand jamais, Kory n'aurait imaginé qu'une femme puisse être forte, cavalière et brusque. Le voyageur a toujours rencontré des femmes charmantes, fines et délicates. Sans attendre la moindre réponse de son invité, Lucia se tourne vers Blanche qui est en meilleure forme depuis qu'elle a reçu ses provisions pour réaliser sa tisane.
"Ma bonne mère, je vais m'occuper des animaux. Si jamais ce you...Yuchi...Bref, si notre invité vient à quitter la maison, faites sonner la cloche et je le rattraperai. S'il vous blesse, utilisez la poêle comme arme pour l'assommer. Je le jetterai au puits après, s'il vous a menacé."
Face à de telles menaces, l'homme reste sans voix et ne peut qu'avaler bruyamment sa salive en l'observant partir vers l'extérieur, dans le froid et la neige.
Blanche se tourne vers Yuki en rigolant de l'état d'esprit de cet invité et de la remarque de la demoiselle, la propriétaire lui explique son histoire et la raison du caractère de cette fille.
"Lucia m'a grandement aidé, quand des hommes riches sont venus racheter ma ferme pour une bouchée de pain, elle est sortie de ses gonds en les insultant de tous les noms. Leur expliquant qu'il était malveillant de profiter de la faiblesse d'une personne âgée telle que moi pour acheter les terres remplies d'histoires. Ces hommes sont revenus le soir avec des mercenaires. Ils étaient prêts à nous éloigner de la maison pour qu'elle soit rachetée. Aucun des mercenaires n'étaient prêt à combattre des femmes. Pour eux, l'affaire était facile. Transporter les femmes et les envoyer dans un autre endroit. Hélas pour eux, Lucia n'est pas une faible femme. Je me rappelle du visage du paladin venu pour nous sauver. Il avait la même expression que vous en ce moment, quand il a vu Lucia envoyant des pommes aux visages des mercenaires et combattant avec sa poêle pour chasser les intrus."
"Elle a chassé des mercenaires à coups de poêle et de pommes ?" s'étonne Yuki, avant de recevoir un bol de soupe chaude.
"Oui, elle n'a jamais appris à combattre, mais quand on touche à quelque chose qui lui est précieux, elle se démène pour protéger ses valeurs. Le paladin a rattrapé les mercenaires et les vils acheteurs pour leur expliquer sa vision du monde. Depuis nous avons moins de problèmes. Les habitants sont rassurés de l'avoir avec nous. Ils savent qu'en cas de soucis, Lucia est prête à donner son temps pour les aider. Elle est douce avec les animaux et les enfants. Malheureusement, son caractère trempé effraye les hommes et aucun prétendant ne vient la voir."
Yuki ravale la soupe chaude dans un bruit audible par la matriarche. Il sent sur lui le regard de cette femme lui suppliant de tenter sa chance avec la demoiselle qui vient de lui sauver la vie.
"Écoutez, madame."
"Appelez moi Blanche, ou bonne mère."
"Bien Blanche" reprit Yuki. "Je sais que des personnes sont encore à mes trousses. Je ne peux pas rester ici. Je risque de vous apportez le malheur sur votre famille et sur cette jeune demoiselle. Je vous suis infiniment reconnaissant de m'avoir sauvé mais..."
Avant qu'il puisse finir sa phrase, la matriarche attrape le visage du jeune et frêle voyageur dans ses douces mains, marquées par le poids des années. Les yeux ténébreux de l'homme rencontrent le regard apaisant de la bonne mère. Il voit que la dame lit dans son esprit, qu'elle ressent ce qu'il a de plus enfoui au fond de lui.
"Vous avez peur. Vous portez la tristesse et la crainte sur votre visage. Vous ressemblez à un enfant qui est perdu. Qui recherche sa maison, ses parents, sa famille. Vous avez peur que tout parte en fumée. Je comprends cette douleur. J'ai perdu mon mari, ma famille. J'ai perdu mes enfants dès leur naissance. Lucia est l'unique personne qu'il me reste. Je ne peux pas vous laisser partir dans cet état. Vous avez besoin d'aide. Aussi bien physiquement que psychologiquement. Vous pouvez faire confiance en Lucia. Elle saura vous protéger. Peut être que les personnes qui ont tenté de vous tuer croient que vous êtes mort. Vous avez voyagé pendant longtemps ?"
Yuki ferme les yeux et réfléchit, essayant de masquer les larmes qui se forment aux bords de ses yeux. Quand il les rouvre, il répond :
"Je crois que cela faisait une journée entière que j'ai marché. Je n'ai pas vraiment réfléchi à l'endroit où je devais me rendre. Je me suis enfuis tout simplement."
La matriarche caresse avec une grande douceur les cheveux du jeune homme tout en clamant :
"Réfléchissez à notre proposition. Nous serions heureuses de vous accueillir ici. Vous pourriez nous aider au travail à la ferme et peut-être même cultiver ces terres. Lucia n'a malheureusement pas de temps pour s'en occuper. Par ailleurs, nous n'avons pas d'argent pour engager des personnes pour travailler la terre."
"Oui. Je vais y réfléchir Blanche." répond Yuki en continuant à manger sa soupe.
Les nuits et jours défilent sans que l'on s'en aperçoive.
Par les bons soins de Lucia et de Blanche, Yuki est vite remis sur pied. Il apprécie les moments avec les deux femmes. Bien qu'ayant un langage de paysanne, la demoiselle est d'une bonne compagnie. Toujours franche, prête à donner un coup de main pour n'importe quels travaux. Douce envers les animaux qui viennent se blottir au creux de ces bras dodus et de sa chaleur. L'éleveuse se rend également au village avec Yuki pour aller jouer avec les enfants en leur racontant ce qu'elle s'imagine en parcourant les plaines enneigées de leur région en hiver.
Yuki est circonspect par le caractère changeant de la rousse face à la situation où elle se trouve. Quand les parents des enfants l'observent, ils ont une grande confiance en elle. Les femmes célibataires se moquent de l'apparence de la fermière, qui ne porte que des vêtements ne la mettant pas en valeur, mais lui permettant de bouger sans grandes difficultés pour ses travaux.
Il s'agit de robes, très amples avec en dessous une sorte de pantalon afin de ne pas laisser ses jambes dans le froid, pour ne pas choquer les hommes et les jeunes enfants qui souhaitent regarder en-dessous de sa jupe.
Les hommes célibataires ne semblent guère être intéressés par cette femme trop forte de caractère pour eux. Ils préfèrent de loin, une femme docile, belle qui ne s'occuperait que de la maison et des enfants, pendant qu'eux verraient d'autres femmes.
Beaucoup de villageois racontent que la demoiselle restera éternellement célibataire et qu'elle finira sûrement comme Blanche, seule dans cette ferme.
La présence de Yuki lance quelques rumeurs dans la ville. La plupart des habitants possèdent des cheveux couleur bois, ou caramel, voir blond pour certains, mais nul n'a des cheveux noir corbeau. Et encore moins des yeux en forme d'amande. Eux possèdent de grands yeux ronds de couleur bleue, noisette ou verte. Pas noirs comme les ténèbres. Même ses habits en étonnent plus d'un. Des kimonos, larges morceaux de tissus ne laissant pas apparaître les courbes de son corps. Des sandales aux pieds avec des sortes de chaussettes. Tous se demandent si l'étranger ne portera pas malheur à leur ville. Ce à quoi répond Lucia, que les gens ferait mieux de s'inquiéter de ce qu'il se passe chez eux, avant de médire sur les autres.
Le temps du départ approchant, Yuki prépare ses affaires pour son périple. Lucia est partie s'occuper comme à son habitude des animaux, laissant la Bonne mère et Yuki seuls dans la maison.
"Vous êtes sûr de vouloir partir ? Vous ne voulez pas attendre la fin de l'hiver ?" demande Blanche, inquiète pour l'homme étranger au regard perdu.
"J'ai passé trop de temps ici. Je vous suis reconnaissant de tout ce que vous avez fait pour moi. Je m'excuse de ne pas pouvoir payer ma dette."
"Attendez au moins que Lucia revienne."
"Désolé bonne mère." s'excuse Yuki en posant un léger baiser sur le front de la bonne vieille.
Le voyageur se dirige vers la porte de sortie, quand celle-ci s'ouvre brusquement, laissant apparaître un villageois ayant le regard inquiet, soufflant comme un bœuf, la transpiration coulant sur le visage. Il observe Yuki, puis Blanche avant de clamer d'une voix tremblante et inquiète :
"S'il vous plaît ! Nous avons besoin de Lucia. Un enfant est coincé sur la rivière. Il a voulu marcher sur la glace à cause d'un pari. Bref ! Nous avons besoin d'elle, elle est la plus téméraire de nous tous ! Je vous en prie."
Blanche se précipite vers le villageois pour l'informer que sa fille adoptive se trouve à l'étable, mais avant que la bonne vieille puisse prononcer le moindre mot, Yuki se précipite en dehors de la maison.
Le voyageur se dirige vers la dite rivière pour essayer d'aider l'enfant. S'il ne peut pas offrir quelque chose pour Blanche et Lucia, il ira sauver cet enfant pour éviter que la demoiselle ne tombe dans l'eau glacée.
Rapidement, il se retrouve devant la glace, avec des mercenaires à ses côtés, d'autres villageois qui pleurent en criant à l'enfant de ne pas bouger. L'enfant lui est au centre de la glace. Des fissures légères sont visibles. Un prêtre de l'eau est présent entrain de prier pour qu'un dieu, un élémentaire vienne au secours de l'enfant, pour qu'il puisse être sauvé. Yuki Kory pose son sac dans la blanche neige avant de marcher d'un pas léger sur la glace.
"Qu'est-ce qu'il fait ? Il est fou ?" prononcent les villageois en observant Yuki marchant avec précaution sur la glace.
"Reste là." articule le voyageur en faisant des gestes simples et lents vers l'enfant. "Je viens te chercher. Ne bouge pas."
Les craquements de la glace sont inquiétants. À chaque pas, les regards des spectateurs se figent, se demandant si la rivière ne va pas céder sous le poids de deux individus. Qu'elle ne va pas l'entraîner au fond des abysses. Au fond des ténèbres. Kory est concentré sur chaque pas qu'il fait. L'enfant reste figé sur place, observant l'étranger se dirigeant vers lui. Sa main frêle et fragile se tend vers l'adulte pour être attrapé et être maintenu dans les bras de cet homme. Il ne l'a vu qu'une fois. L'enfant ne pouvait que faire confiance en lui. Les larmes se gèlent sur les joues rougies. À quelques centimètres de l'enfant, Yuki prononce avec une voix plus douce :
"Ne fais pas de geste brusque. La glace est fragile. Je vais te prendre dans mes bras. Il ne faut pas que tu t'accroches à moi." commence-t-il avant de lui murmurer : "Je vais courir sur la glace avec toi dans mes bras. Si je sens que la glace cède, je vais te lancer dans la foule. J'ai confiance en eux. Ils vont te rattraper. Alors garde les yeux fermés et aie confiance en moi."
L'enfant hoche positivement de la tête. Il serre les dents avant de sentir son corps être soulevé comme une plume. Yuki le prit en-dessous des bras, pour l'emporter avec lui. Avec une incroyable vitesse, l'étranger se retourne et se met à courir sur la glace. Les fissures essayent de le rattraper. Une course entre l'humain et la nature se met en route. Blanche et Lucia arrivent à ce moment, apercevant l'homme en train de courir sur la glace. Les yeux de Yuki sont rivés sur l'eau figée, recherchant le moindre signe de fissure lui indiquant qu'il devra jeter l'enfant vers la foule. Alors qu'il n'est qu'à un mètre du bord, il aperçoit que les craquements sont trop importants. Ne désirant pas risquer la vie de l'enfant, il prend appui sur ses deux jambes et lance de toutes ses forces l'enfant en direction de la foule. Comme il l'a prédit, tous se sont rués vers la cible pour l'attraper en douceur. L'enfant sentant les mains chaudes de toutes ces personnes est rassuré. Les villageois pleurent de joie, avant de s'apercevoir que le sauveteur vient de tomber dans l'eau gelée, disparaissant complètement de leur champ de vision. Inquiets, tous essayent de trouver un signe de vie de l'étranger, n'osant plus bouger, ni même de prononcer une quelconque parole. On n'entend que le bruit des pleurs de la famille ayant retrouvé leur enfant en vie. Puis les pas rapides de Lucia qui retire une partie de ses vêtements avant de plonger dans l'eau glacée.
"LUCIA !" hurlent les villageois et Blanche en brisant le silence.
La demoiselle nage dans l'eau froide et glacée. Elle lutte contre l'hypothermie et voit Yuki dans l'eau, inconscient à cause de la température glaciale et de ses blessures récemment guéries. Ce dernier étant légèrement affaibli, il n'a pu résister à l'inconscience. Rapidement, la demoiselle attrape l'homme et avec son énergie débordante, elle le ramène à la surface sous le regard d'un être, tapi au fond des abysses. Une créature magique qui observe les deux êtres retourner à la vie.
Revenue à la surface, Lucia reprend sa respiration et tire immédiatement la victime hors de l'eau. Tous les villageois se précipitent pour apporter leur soutien à leur sauveteur.
Il faut à Yuki quelques heures pour que ses lèvres bleuies rosissent à nouveau et qu'il retrouve assez de force et de chaleur. Il remarque, les yeux légèrement embrumés par la fatigue et le froid, qu'il est à nouveau dans le foyer des deux femmes.
"Tu es un vrai casse-cou toi." s'exclame Lucia d'une voix forte et énergique en se penchant au-dessus de Yuki.
"Comment va l'enfant ?" balbutie le sauveteur sauvé en tournant légèrement la tête pour remarquer Blanche en train de préparer un repas chaud.
"Il va bien grâce à toi. Tu nous as fait une véritable frayeur. Apparemment, tu ne résistes pas bien au froid. Ne t'inquiète pas, tu es entre de bonnes mains." sourit la demoiselle en cachant un peu le rouge sur ses joues.
"C'est vous qui m'avez sauvé."
"Arrête de me vouvoyer et oui, je t'ai encore sauvé. Si ça continue tu vas devoir m'épouser."
L'idée fait rire le jeune homme qui se rappelle de la discussion avec Blanche quant à leur avenir. Ce que la demoiselle ignore, c'est que l'homme a commencé à éprouver des sentiments envers elle. Il admire sa franchise, ses convictions, sa volonté de venir en aide aux autres, ainsi que sa force. Mais lui, ignore que ses sentiments sont partagés. La rousse apprécie la discrétion de l'homme, il ne s'est pas moqué de son attitude plutôt masculine. Durant leurs jours passés ensemble, il ne l'a pas dénigrée, plutôt observée tel un objet intéressant, ne cherchant pas à demander la justification sur son comportement, de ses actes. Cet homme l'a accepté telle qu'elle est.
"Je crois que je vais devoir reporter mon départ." finit-il par avouer. "J'ai l'impression que je suis destiné de rester auprès de toi, ma chère Lucia."
Lucia rougit fortement en entendant pour la première fois un homme l'appelant ainsi. Même son père n'a jamais osé. C'est la première fois et Lucia ressent des sentiments naître en elle.
De cet accident se produit des conséquences : Yuki ne quitta pas la maison. Dans leur quotidien, les deux êtres apprennent à se connaître davantage.
Lucia découvre le côté romantique et attentionné de Yuki, de ses belles paroles sachant séduire sa bien-aimée à l'aide des mots prononcés d'une bonne manière.
Le voyageur devine dans le comportement de l'éleveuse qu'elle est sensible aux compliments et capable de prêter plus attention à son apparence pour éveiller la curiosité du jeune homme. Il découvre qu'elle peut être moins cavalière, plus femme, prête à être protégée par lui, tout en restant forte à la fois.
Devant les yeux de Blanche, le couple se forme officiellement dans le village, sous la bénédiction de tous, qu'ils considèrent comme étant un couple incroyable. Différent de tous et identique à eux.
De cette bénédiction, naissent cinq enfants : Akito, l'ainé, qui très jeune se passionne pour l'agriculture. Kairi, l'ainée des filles, qui se préoccupe beaucoup de la tenue de la maison et des plus jeunes. Flore-Hélène, la quatrième de la famille, timide, introvertie mais patiente et très habile de ses mains. Nans, le petit dernier, aime jouer avec les autres enfants, très sociable et rieur. Enfin, Shinddha Kory est le troisième enfant de cette fratrie. Différent de ses frères et sœurs, il n'aime pas travailler la terre ou rester dans sa famille. Il rêve de voyage, reste discret. Quand il part en ville faire les courses avec son petit frère, il écoute pendant des heures à l'auberge les histoires des voyageurs, des mercenaires, des marchands.
Cependant, le temps n'a pas que des effets sur leur couple, mais également sur Blanche.
Après avoir été comblée d'avoir vu naître ce qu'elle considère comme étant ses petits-enfants, elle s'est installée dans son fauteuil. Sentant la mort approchant, elle a demandé à Lucia de lui apporter un verre du vin qu'elle a conservé pour fêter de grands événements. La matriarche demande de le déboucher, d'en verser un verre à chaque participant. Une fois qu'elle a bu son verre, elle a prononcé d'une voix douce :
"Bon ! Allez ! Au revoir ! Moi j'attends pas!"
Puis elle a fermé les yeux pour ne jamais les rouvrir.
À suivre...
Un petit message également pour Peter et Lorinea pour vos commentaires. J'espère que la suite vous plaira.
Pleins de bacciolino à tous et à Mercredi.
