Chapitre 262 : Angoisses
Tout ce que nous voyions, c'était son manteau, déposé sur une grosse pierre et sa poupée, placée dessus. Hélène les prit en main et me regarda, totalement hébétée.
Sans nous concerter, nous nous mîmes à courir le long du ruisseau en crue, espérant qu'elle ne soit pas entrée dedans. Hélène regardait dans tous les sens, moi aussi. Soudain, nous aperçûmes Elizabeth, accrochée à une branche d'arbre, elle-même coincée entre deux grosses pierres... dans l'eau, presque au niveau de la berge opposée, totalement inaccessible, sauf à la nage.
- Nooon, hurla Hélène en découvrant sa fille dans le ruisseau.
L'enfant s'agrippait à cette branche avec l'énergie du désespoir, grelottant dans l'eau en furie, apeurée. Il me fallait réagir au plus vite.
- Tiens bon, Elizabeth, lui criai-je en mettant les mains en porte-voix. J'arrive pour te chercher.
Attrapant Hélène par les épaules, je la secouai sans ménagement pour la faire sortir de cet état léthargique dans lequel elle était en train de sombrer.
- Bon, je vais aller la chercher, fis-je tout en ôtant mon manteau. Toi, tu restes ici et tu la surveilles. Il ne faut pas qu'elle se décroche de cette branche.
Tout en lui parlant, je retirai mes chaussures, puis j'ôtai ma veste de costume. Juste au moment où je commençais à retirer ma chemise, Hélène me dit, énervée et au bord de la crise de nerf :
- Mais enfin, tu as peur d'abîmer tes affaires dans l'eau ? Si c'est ça, je t'en achèterai des autres. Ma fille risque...
- Hélène, lui expliquai-je patiemment tout en lui coupant la parole. Ce ne sera pas facile de nager dans ce ruisseau en crue, mais si en plus je porte mes vêtements, je vais me faire entraîner au fond avant d'avoir pu l'atteindre.
Elle me regarda un peu déroutée, puis compris qu'elle s'était trompée dans l'interprétation de mes actes. C'était une mère qui était au comble de l'angoisse pour la chair de sa chair et, ma foi, je n'en menais pas large non plus. Malgré tout, je devais garder mon sang-froid et la température de l'eau allait bien me le refroidir !
- Rassure-toi, lui fis-je en retirant mon pantalon, ce n'est pas par excès de coquetterie. Garde mes vêtements avec ceux de ta fille, ils me serviront à la garder un peu au chaud.
- Mais où vas-tu ? me demanda-t-elle en me voyant partir en courant vers l'endroit d'où nous venions, en amont des branches d'arbres où se trouvait accrochée Elizabeth. Elle est ici, pas là haut !
- Si je rentre dans l'eau ici, lui expliquai-je brièvement, le courant va m'entraîner loin d'elle, et je me retrouverai plus bas, dans l'impossibilité de l'atteindre. Alors, je vais entrer dans l'eau, plus haut, et faire en sorte que le courant m'envoie droit sur elle. Vu sa force, j'aurai du mal à nager, donc, je dois me laisser emporter par lui.
Sans plus attendre, je courus à pieds nus sur le sol, remontant le sentier et le courant de la rivière sur plus de trente mètres. Ce fut à ce moment là que je remarquai qu'il y avait des choses qui étaient prises dans d'autres branches, en amont. Avais-je rêvé ou avais-je bien vu cinq cadavres de chiots emprisonnés dans le fatras des branchages ? Oui, c'était bien ça... Emportés par les pluies torrentielles ou jetés dans l'eau par un maître sans scrupules. Mais l'heure n'était pas à cela, je devais aller vite, chaque seconde qui passait faisait baisser la température de l'enfant et si j'arrivais trop tard, elle serait morte de froid. Dans tout les cas, nous devrions faire face à une hypothermie.
Une fois que je fus sûr d'être assez loin pour que le courant m'emporte au bon endroit, je rentrai dans l'eau glacée. Le froid me mordit les chevilles, je pris juste le temps de mouiller ma nuque, mon dos et ma poitrine, pour éviter de me faire prendre en traître par le froid, et j'avançai dans l'eau. Elle était sombre, chargée de boue. Pour le moment, elle m'arrivait aux genoux.
Un cri de douleur m'échappa lorsque la plante de mon pied ripa sur une pierre pointue. Sans même en avoir la preuve visuelle, je me doutais que j'étais en train de saigner. Malgré tout, je continuai à avancer.
Très vite, je perdis pied et je fus emporté par le courant. Mes talents de nageur ne me serviraient pas à grand-chose, la force du courant étant plus forte que mes muscles et je pris juste garde à faire en sorte d'être dévié vers la gauche, pour arriver auprès de ma fille. La chance était de mon côté, le courant me déporta sur la gauche et je vis bientôt Elizabeth en point de mire.
Hélène me vit arriver elle aussi et elle cria à la petite de faire attention au choc qui ne manquerait pas de se produire, lorsque j'accosterais à sa branche. En effet, le courant m'y poussa avec une violence rare et je dus bander mes muscles au plus fort pour ne pas lui rentrer dedans.
La douleur irradia dans tous mes muscles, mais je tins bon et m'accrochai à la branche, juste derrière elle, tandis que le courant grondait. Au moins, mon dos ferait rempart aux éléments en furie.
La pauvre avait les lèvres toutes bleues et elle claquait des dents. M'agrippant à la branche, je lui donnai mes ordres.
- Tu vas t'accrocher solidement à mon cou et passer tes jambes à ma taille, criai-je pour couvrir le bruit de l'eau. Et surtout, tu ne dois pas me gêner lorsque nous repartirons dans le courant.
- Non, pleura-t-elle. J'ai peur, je veux sortir tout de suite, veux pas retourner dans l'eau...
- Nous n'avons pas le choix, fis-je en claquant des dents, moi aussi, à cause du froid qui m'avait saisi. Nous n'avons pas de corde pour nous faire tracter, donc, je dois retourner dans le courant et essayer de nous diriger vers le rivage. Je n'ai pas pied, c'est devenu trop profond. Alors, tu vas écouter mes ordres et obéir, sinon, nous sommes fichus. Accroche-toi !
- Non, j'ai peur... fit-elle en tremblant de peur.
D'un bras, je l'enserrai contre moi et posai mes lèvres sur ses cheveux trempés. Je me devais de la rassurer pour éviter qu'elle ne panique au milieu des remous et ne me gêne dans mes mouvements. Je n'avais aucune envie de l'assommer.
- Je suis avec toi, tout va bien se passer, accroche-toi avec tes deux bras à mon cou et ne te débat pas.
Ma fille tourna sa tête vers moi.
- Et lui ? me demanda-t-elle en tremblant.
- Qui ça « lui » ?
C'est alors que j'aperçus une bosse qui lui déformait l'avant de sa robe. Une petite tête en sortit, par le haut. Avec stupeur je découvris une petite boule de poil noir, tout aussi tremblante qu'elle. Si je ne l'avais pas remarqué plus tôt, c'était parce que Elizabeth me tournait le dos et qu'elle avait caché l'animal entre le tissu de sa robe et sa peau. Astucieux pour ne pas qu'il se fasse entraîner par le courant.
- Un chien ? m'exclamai-je en colère. Tu as plongé dans le ruisseau pour un chien ?
Les cinq cadavres des chiots s'imposèrent dans mon esprit et je sus que j'avais la solution de mon énigme : pourquoi s'était-elle s'était retrouvée dans le ruisseau en crue ? À cause d'un chiot...
- Un ti chien, gémit-elle en le serrant contre elle. Il était pris au piège dans les branches, et tout ses frères et sœurs étaient tout bizarres, ils bougeaient plus, comme le vieux chat de papa, quand il est mort. J'ai pas voulu le laisser dans l'eau, alors, j'ai entré un peu, je l'ai pris dans mes bras et puis, une grosse vague pleine de débris est arrivée et nous a poussé ici.
- Vire-moi cet animal dans l'eau, fis-je de plus en plus colère parce qu'elle avait risqué sa vie pour un stupide chiot.
Elle le serra plus fort contre elle et eut un regard apeuré.
- NON ! pleurnicha-t-elle. Il est tout seul et je le laisse pas ! Si moi j'étais toute seule, sans famille, et que j'avais froid dans l'eau, je serais contente qu'une gentille personne m'aide. S'te plaît, on le prend avec nous. Me laisse pas le remettre dans l'eau. Il est tout mignon et si je le perd, je vais être très triste, comme papa quand il a perdu son chat. Regarde, il tremble et il m'aime bien. Je peux pas !
Le jeune chien était en train de claquer des dents lui aussi et je n'étais même pas sûr qu'il s'en sorte vivant. Pour le moment, il s'agrippait avec l'énergie du désespoir à l'épaule de ma fille. Ses pattes étaient assez grosses : un futur grand gabarit. Lorsque je vis les yeux que faisait la petite, je n'eus pas le cœur de l'obliger à le laisser là. Cela l'aurait traumatisée et ce n'était pas le moment. Le plus important étant de calmer les sanglots et sa peur de l'eau.
- Remet-le dans le haut de ta robe, fais en sorte qu'il ne me gêne pas et ne prend aucun risque, d'accord ? soupirai-je en me résignant.
Je la tournai vers moi et mon bras lui entoura la taille. Il ne manquerait plus qu'elle glisse et sois emportée par le courant.
- Oui, fit-elle en tremblant de plus en plus fort. Promis, monsieur. Je suis contente que tu sois venu me chercher...
Ses bras s'enroulèrent autour de mon cou et elle y nicha sa tête. La voix d'Hélène me cria quelque chose, mais le tumulte qui régnait à ce moment là m'empêcha de l'entendre. Ce ne fut qu'au moment où je ressentis une énorme douleur dans mon épaule droite que je compris. Elle avait tenté de me signaler qu'une branche venait à toute vitesse vers nous. Le choc me fis vaciller en avant, manquant de me faire lâcher prise. Serrant les dents, je me retins de hurler et les bras de la petite se nouèrent convulsivement autour de mon cou. Entre mon torse et le sien, je sentis la petite boule de poil gigoter et gémir. Sa petite tête sortit pour ne pas se noyer, mais il ne tenta rien de plus.
La grosse branche qui venait de me rentrer dans l'épaule poursuivit sa route. Elle était brisée, et c'était l'endroit où la branche avait cassé qui m'était rentré dans l'épaule. Le côté remplit d'une multitude de petites dents et de multiples éclats, juste ce qu'il fallait pour faire bien mal.
La main d'Elizabeth passa sur ma blessure, me faisant encore plus mal. Un cri apeuré de sa part me fit lever les yeux. Sa main était rouge de sang.
- Beurk, tu saignes, me dit-elle en tâchant d'essuyer sa main sur sa robe.
- C'est le même que le tien, lâchai-je avant de me rendre compte de ma phrase. Bon, viens, nous allons sortir de là...
- Le même sang que le mien ? demanda-t-elle, tout en regardant le courant avec appréhension. Comment ?
- Heu... Nous avons tous le même sang, non ? Il est rouge, quelque soit notre statut. Arrête de parler, tu me déconcentres.
Ma blessure au pied était déjà douloureuse, mais celle de l'épaule le fut encore plus. Le chemin du retour n'allait pas être facile. Agrippant ma fille du mieux que je pouvais, avec un seul bras, je fis signe à Hélène de descendre plus bas sur le chemin. Le courant allait nous entraîner plus en aval et elle devait être là, lorsque je sortirais de l'eau.
- Je sens plus mes pieds, ni mes doigts, gémit la petite. Ils bougent plus.
- Accroche-toi bien à moi, je vais te sortir de là et ensuite, on retournera à la maison.
Ses bras, toujours autour de mon cou, me serrèrent du mieux qu'elle pouvait.
- Je sens même pas mes bras... Le petit chien me griffe, et j'ai pas mal.
Sa tête dodelina et je compris qu'elle était en train de sombrer dans l'hypothermie.
N'hésitant pas, je me lançai dans le courant et nous fûmes emporté par sa violence. Il m'aurait été impossible de me diriger vers la berge, même si mes deux bras avaient été libres, je n'y serais pas arrivé. Le courant était le maître du jeu et je n'étais qu'un pion. Malgré tout, j'espérais qu'un flux me pousserait vers la berge.
Hélène courait le long du chemin, avec les manteaux. Mais nous allions plus vite qu'elle et à ce rythme là, elle ne tiendrait pas la distance. De plus, nous nous éloignions du chemin du retour...
Ma planche de salut vint d'un tronc d'arbre qui était tombé, à cause de l'orage, et qui s'était couché en travers du ruisseau. L'eau passait au-dessus, mais je devais faire en sorte de m'y accrocher pour sortir au plus vite. Le cadavre de la vache que nous avions vu passer plus tôt se trouvait là aussi, sans parler d'un fatras de branches.
Dans mes bras, Elizabeth pleurait, mais elle me serrait toujours le cou. Plusieurs fois, je sentis le chiot remuer dans la robe de ma fille. S'il ne finissait pas noyé, elle pourrait s'estimer heureuse.
Le choc allait être rude, si je l'abordais ainsi, avec la fille devant moi. Vu la vitesse, elle serait tuée ou dans un était lamentable. Même si nous rentrions dans la vache morte, elle se ferait mal. C'était à moi d'encaisser le choc, pas à elle. Par un contorsionnement difficile, je réussi à me tourner, le courant me poussa vers la cadavre gonflé de la vache et ce furent mes côtes qui encaissèrent une partie du choc, en plus de mon bras libre. Heureusement qu'il y avait des algues, le long du cadavre, ainsi que d'autres végétaux, et le tout amorti un peu mon arrivée brutale. La rudesse me coupa un peu le souffle. L'air de rien, le cuir de la vache était dur, lui aussi et sa carcasse était gonflée par les gaz, le tendant encore plus.
Vu la violence de l'impact, je sentis la petite glisser de mon autre bras – tout engourdi – les siens ayant perdus, eux aussi, toute leur force, à cause du froid. Surmontant la douleur, je la maintins avec l'autre et la hissai un peu plus haut. Ses petits bras étaient ballants autour de mon cou et sa tête dodelinait dans tous les sens.
Avec précautions, je contournai le cadavre et arrivai le long du tronc. La force du courant me plaqua contre lui, me faisant grimacer un peu plus, mais je tins bon. Pourtant, mes bras étaient engourdis et j'avais l'impression qu'ils étaient lourds, mettant un temps de fou à répondre à mes injonctions. Ma première envie fut de me laisser aller, mais, secouant ma tête, je sorti de cet engourdissement funèbre. Je ne pouvais pas abandonner si près du but ! La vie d'Elizabeth était en jeu et entre mes mains.
M'aidant des branches, je fis de mon mieux pour nous sortir de là, avant qu'il ne soit trop tard pour elle. Sa tête reposait dans le creux de mon épaule et elle ne parlait plus. Posant mon index, je tentai de sentir son pouls. Rien... L'angoisse me submergea, mais un petit souffle ressentit sur ma peau me fit reprendre espoir. Mes doigts étaient gelés, eux aussi, et ils ne ressentaient plus rien du tout.
Lorsque je mis pied sur la berge, je me laissai tomber sur les genoux, au bord de l'épuisement, voyant danser des petits points noirs devant mes yeux. Pourtant, ce n'était pas le moment de se laisser aller, la petite était trempée, sa robe pesait une tonne et je devais poursuivre le combat pour la ramener à bon port. Elle, elle était inconsciente.
Prenant le bord de sa robe, je le tordis pour en faire sortir le maximum d'eau et j'en profitai pour extraire le chiot, qui était toujours vivant. Grelottant comme nous, mais vivant. Je le posai à côté de ma cuisse et la pauvre bête se secoua comme il pouvait. Ensuite, il vint se coller contre la peau de ma cuisse pour tenter de glaner un peu de chaleur.
Hélène arriva au pas de course, le souffle court et elle se rua sur sa fille, se mettant à genoux elle aussi.
- Elle vit toujours, lui dis-je avant de me rendre compte que ma phrase manquait de tact.
- Merci, pleura-t-elle. Enlève-lui vite des vêtements, il faut rentrer à la maison et lui faire prendre un bain chaud.
- Non, criai-je. Surtout pas enlever les vêtements ! Et encore moins la plonger dans de l'eau chaude.
Je continuai de tordre au possible sa robe pour ôter l'excédent d'eau.
- Mais...
- Ne t'inquiète pas, la rassurai-je tout en enveloppant ma fille dans son manteau et puis dans le mien, lui couvrant bien la tête à l'aide de mon chapeau, avant de la recouvrir à l'aide du capuchon de son manteau. Passe-moi ma chemise et ma veste.
- Sherlock, elle ne doit pas rester avec des habits mouillés !
- Hélène, lorsque tu étais tombée dans le mer, en Normandie, moi aussi je voulais enlever tes vêtements, mais Watson m'en a dissuadé, et il a eu bien raison. Les vêtements, mêmes mouillés, garderont la chaleur. Et pas de bain à l'eau chaude, tu la tuerais.
Tout en lui donnant des explications, j'avais passé ma chemise, mon pantalon et ma veste. Il allait me falloir courir et je ne devais pas être arrêté dans ma course par des muscles incapables de bouger à cause du froid. Ma blessure à l'épaule me fit un mal de chien, surtout lorsque le tissu entra en contact avec la blessure. Ma chemise s'imbiba de sang et se plaque contre ma peau. J'enfilai mes chaussettes, grimaçant de douleur à cause de la plante de mon pied entaillée, et je mis mes chaussures. Cette fichue blessure risquait de me faire boiter.
Soudain, je repensai à la cause du bain de ma fille :
- Tiens, fis-je en lui tendant le chiot par la peau du dos. Mets-le dans ton manteau, et fait en sorte de le protéger du froid, lui aussi. Essore un peu son poil en passant tes mains dessus.
- Qu'est-ce que c'est ? me demanda-t-elle en le prenant en main, plus parce qu'elle ne comprenait pas comment j'avais un chiot avec moi que parce qu'elle n'avait pas reconnu l'animal.
- La cause du plongeon de ta fille dans l'eau, expliquai-je. Elle voulait le sauver et une vague l'a emporté...
- Mais jette-le à l'eau, ce stupide animal, hurla-t-elle tandis que je prenais ma fille dans mes bras. Ou laisse-le ici!
- Surtout pas, lui ordonnai-je en criant. Elizabeth y tient, et si à son réveil elle apprend ce que tu as fait, cela va être un choc pour elle.
- C'est pour sauver ce chien qu'elle a failli mourir, et tu voudrais que je le prenne avec moi ? vociféra-t-elle.
- Oui ! ordonnai-je en désignant l'animal, toujours dans ses mains.
Je me mis en route, estimant que je n'avais que trop traîné. Ma blessure à mon pied me fit claudiquer, mais je n'y pris pas garde.
- Prends-le, lui ordonnai-je, une fois de plus. Elle y tient et m'a supplié de ne pas le jeter à l'eau. Ta fille est en hypothermie, comme toi il y a quatre ans. Il est hors de question qu'à son réveil, on doive lui dire que tu l'as jeté dans l'eau. Tu la traumatiserais et ce n'est pas bon pour la convalescence d'une enfant.
Hélène se mit en route, elle aussi, avec le chiot dans son manteau, mais en colère.
- Je lui aurais dit qu'il n'avait pas survécu à cause du froid...
- On ne ment pas à un enfant, Hélène, fis-je en courant difficilement, à cause de ma blessure. Surtout pas avec ça, parce que, un jour où l'autre, elle apprendra la vérité. Sauve le chien, moi je m'occupe d'elle.
- On cache beaucoup de choses aux enfants, me dit-elle en maugréant. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire et j'ai de nombreuses omissions à mon compte.
La pique était dirigée vers moi, mais je n'en pris pas ombrage, cela n'aurait servi à rien. Au lieu de ça, je lui rétorquai, le souffle court :
- Hélène, il est des choses qu'ils ne doivent pas savoir, mais c'est dans le but de les protéger. Quoique, le jour où ils l'apprennent, c'est parfois pire. Mais dans le cas du chiot, il ne faut pas lui mentir. Si il meurt, on le lui dira, mais on doit tout faire pour qu'il s'en sorte, lui aussi.
Elle couru pour se mettre à ma hauteur et je vis que ses yeux étaient pleins de larmes. La rage qu'elle avait dirigée vers le chien, c'était contre elle qu'elle la dirigeait, se sentant responsable de l'accident parce qu'elle me parlait au lieu de surveiller sa fille. C'est dur pour un parent de se sentir coupable...
- Pourquoi pas de bain chaud ? me demanda-t-elle. Tu veux qu'elle meure de froid ?
- Non, c'est juste que j'ai retenu les ordres que Watson m'avait donné, lorsque je t'avais sorti de l'eau : ne pas enlever tes habits, bien te couvrir, surtout la tête, et c'était le coroner Ferguson qui t'avait passé son bonnet. Ne pas te plonger dans un bain chaud, mais passer un gant tiède sur ton corps, te laisser dans une pièce à température ambiante, pas devant le feu, pour que ton corps se réchauffe au fur et à mesure. Voilà pourquoi. Le sang s'est retiré des extrémités, pour tenir au chaud les organes principaux, comme le cerveau et le cœur. Si tu la plonges dans l'eau chaude, la circulation va repartir trop vite et le sang froid des extrémités va aller directement au cœur, le refroidissant par la même occasion.
Elle hocha la tête et resta silencieuse, se contentant de courir à mes côtés. En d'autre temps, j'aurais pu aller plus vite, mais mes chaussettes, humides d'eau et de sang glissaient dans mes chaussures. Sans parler de la blessure à la plante du pied qui me faisait boiter.
Je la vis jeter un coup d'œil inquiet à sa fille, emmaillotée dans les deux manteaux, la tête tout recouverte pour ne pas que sa chaleur s'en aille.
- Et John ? murmura-t-elle angoissée. Comment va-t-on faire sans lui ? L'autre médecin est occupé avec le voisin et sa jambe cassée...
- Croisons les doigts qu'il soit venu à l'avance, fis-je sans trop y croire moi-même. Si Watson n'est pas là, je ferai les gestes à sa place. Je me souviens de tout ce que j'ai dû faire pour ton hypothermie, et je saurai encore le faire.
Oui, j'ai coupé le chapitre en deux pour bien séparer le moment où il la sort de l'eau et rentre à la maison, du chapitre suivant où... Ben non, je vais quand même pas vous le dire...
Skarine : oui, je sais être pire que Holmes. Depuis le début, je t'en ai collé combien, de frousses bleues ? Des dizaines, non ? Bon, promis, après ce passage fort douloureux, je vais me calmer.
Douloureux ? J'ai écrit ça, moi ? Mheu noooonnn !
Elyon : je continue mon job de bêta correctrice, mais n'oublie pas d'avoir pitié de mes dix doigts... Comment ? Aucune pitié parce que je n'en ai pas pour vous ? Rhôôô, pas gentil, ça ! Si je ne vous fait pas trembler, qui va le faire ?
