« Le Stratège de Kirin »

Lordess Ananda Teenorag


Titre : « Le Stratège de Kirin »

Auteur : Lordess Ananda Teenorag

Série : Supernatural

Genre : Semi Alternate Universe – Adventure, Suspense, Frienship, Romance.

Résumé : L'Art de la Guerre. Le Moyen Suprême de cerner toute bataille. Lui qui se destinait à servir l'Humanité, n'intégrait pas l'Emotion dans ses Stratagèmes. Mais c'était sans compter ce flambeau humain, ce cœur rebelle… Dean Winchester.

Personnages principaux : Castiel, Dean Winchester

Personnages importants : Sam Winchester, Balthazar, Gabriel, Ruby, Anna, Charlie Bradbury

Note : Présence d'un extrait de l'Art de la Guerre selon Sun Tzu 孫子兵法, traduits par Joseph-Marie Amiot.


Mot de l'auteur : Hello, ça faisait longtemps... tellement de projets et pas toujours l'occasion de se poser, pour écrire ou lire (et reviewer).

Je voudrais remercier les commentateurs anonymes (dont je ne sais pas s'ils passeront par là) d'avoir laissé une review sur certains de mes écrits. Pour ceux avec je discute par PM, je vous répondrai bientôt si ce n'est pas déjà fait.

Sur ce, très bonnes vacances à tous, et...

...place au Stratège Suprême et au Rebelle de l'Humanité, Castiel et Dean !

NB : Les Mémoires d'un Ange et les Mémoires d'un Homme sont en cours de continuation.


~…~

Stratagème de Guerre Confuse : De l'Art de Tromper

~…~


Champ de bataille.

Nuit mystique.


是故百戰百勝,非善之善者也;

不戰而屈人之兵,善之善者也

« Eussiez-vous cent combats à livrer, cent victoires en seraient le fruit.

Cependant ne cherchez pas à dompter vos ennemis au prix des combats et des victoires. Car, s'il y a des cas où ce qui est au-dessus du bon n'est pas bon lui-même, c'en est ici un où plus on s'élève au-dessus du bon, plus on s'approche du pernicieux et du mauvais.

Il faut plutôt subjuguer l'ennemi sans donner bataille : ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l'incomparable et de l'excellent. »

《孫子兵法》謀攻第三

L'Art de la Guerre selon Sun Tzu

« Chapitre 3 : De l'Art du Stratagème »

La vitre se brisa rageusement : et lui para le coup juste à temps.

« Tu n'es rien sans lui ! »

Elle hurlait, levant sa Lame Blanche en main.

« Tout ce que tu touches est corrompu, Winchester. Je maudis le jour où Castiel t'a été envoyé… oh, que je maudis ce jour ! »

Il fut un temps, où cette tirade lui eût déchiré l'âme : si fort semblait-il, Dean Winchester avait une faiblesse.

Celle d'être là pour les siens.

« Et je bénis ce jour-ci… car tu vas mourir, toi notre malédiction ! »

Mais, aujourd'hui, il n'en avait cure.

Il avait un combat à mener, des amis à protéger, et un compagnon à garder.

« Peut-être bien, que je suis une malédiction. Mais, ça ne change rien. Je ne te laisserai pas toucher à un seul de ses cheveux. Ni à ceux de ma famille. Et d'ailleurs, tu ne feras pas un pas de plus. Ta route s'arrête ici. »

Sans plus d'état d'âme, il retourna le poignard de l'Agent d'Elite et le planta dans son giron. Celle-ci, interdite, regardait la mort qu'elle lui promettait venir la chercher elle.

Quand était-il devenu si fort ?

« Castiel… pourquoi a-t-il fallu qu'il… te… »

« Il n'est pas à vous. »

Dean Winchester. Le Grand Leader des Hommes, l'Homme Vertueux – le Rebelle de l'Humanité. L'Elu de Michel, Maudit par Caïn. Celui qui avait défié la Mort et bouleversé l'Ordre Universel. Celui qui avait réussi à subjuguer le Stratège Suprême, venu pour le manipuler à sa guise.

« Nous… nous lui avions… tout apporté. Tout donné. Et pourtant… c'est toi qu'il a choisi. »

Pour la première fois, Hester l'Impitoyable se dit qu'elle avait sous-estimé cet homme. Non, qu'ils avaient tous sous-estimé cet homme. Il n'était qu'un pion, un misérable qui aurait dû servir leurs plans…

alors, comment…

« Comment… comment as-tu pu… le faire tien ? »

Depuis qu'il avait rencontré le Stratège de Kirin – Castiel le Fidèle, le Commandant Winchester avait perdu sa crainte de blesser les siens. Il les savait avec lui et rien ne pouvait lui donner plus grand bonheur que d'œuvrer pour eux.

« Je l'ai laissé venir librement à moi. »

Il n'avait jamais aimé les Anges de l'Eden Blanc : car ils ignoraient l'Humanité, eux qui prétendaient la protéger. Et ils ôtaient la liberté de leurs partisans, comme ceux de leurs adversaires.

Mais lui, comme Cass…

« Nous sommes libres. »


~…~

Traité de La Légende de l'Humanité.

Année du Chapitre Deuxième.

(Passé)

~…~


Tout avait commencé, au cœur d'une ferme isolée du Texas.

Il se destinait à être un simple mécanicien, sans éducation – mais content de sa vie et aimant son ouvrage.

Il voulait une famille : ses parents, son frère, ses amis… et bien sûr une femme, avec des enfants qui couraient autour de lui.

Puis, un jour, ses proches furent décimés par le Ministère de l'Eden Blanc.

Ce fut ainsi qu'il devint le Rebelle de l'Humanité.


Quartier Général Winchester.

Aube avancée, deuxième heure.


« Merde, Cass ! Où est-ce que tu as foutu mon pack de bière ? »

Irrité, un bel homme remuait de fond en comble le coffre à victuailles. Mais les Yeux Bleus se vrillèrent de désapprobation.

« Dean, nous en avons déjà parlé. Il n'en est pas question. »

Bleus comme la sagesse.

« Mais comment tu veux que je tienne l'Entrevue entière sans mon remontant perso ?! C'est pas humain de… de priver un homme de sa source de bien-être ! Attends, t'es sûr que t'es humain, au fait ? »

« … »

Bleu comme l'impassibilité.

« Fait chier, espèce de Stratège ! »

Sur les nerfs, le Rebelle quitta la pièce d'un pas rageur. A côté – plus petit et mince de plusieurs pouces, le Fidèle n'avait pourtant pas cillé.

'Dean est nerveux, je le sais bien. Il n'a jamais eu peur pour lui, mais lorsque ses proches sont concernés… c'est autre chose. Je préfère donc que sa lucidité soit à son maximum pour l'Entrevue. Sans compter que son foie n'a pas besoin de poison, que ce soit en temps de guerre ou de paix…'

« Et arrête de penser que c'est mieux pour ma santé ou un truc du genre, je peux t'entendre d'ici ! »

Un léger sourire incurva les lèvres du Stratège – dans l'ombre.

« Tu arrives à entendre mes pensées ? Comme c'est touchant, Dean Winchester. »

« … »

D'un mouvement brusque, le puissant Leader s'était retourné. Une lueur amusée dansait dans les Yeux Bleus – à présent.

« Tu ne m'insultes plus ? Comme c'est inquiétant, Dean Winchester. »

Bleus comme la fidélité.

« Ça te va bien… »

« Plaît-il ? »

Ce fut au tour du Rebelle de sourire.

« De rire comme ça. »

Cette seule phrase arrêta le battement de son cœur.

(Il en avait donc un ?)

La première fois que je t'ai rencontré, tu étais comme un robot. Je me suis dit, ce jour-là : 'Putain, qu'il est classe, ce mec ! Mais est-ce qu'il ressent quelque chose ?'

Bleus comme l'émotion.

« … »

Et la main hâlée toucha le sentiment qu'elle avait fait naître, lorsqu'un jour, le Rebelle et le Fidèle s'étaient rencontrés.

« Allez, on y va, Cass. On va leur montrer qu'on la fait pas, au duo de choc qu'on est ! »

D'un pas majestueux, le Commandant emporta son charisme vers la rébellion qu'il incarnait. Et son acolyte lui emboîta le pas – image parfaite de la fidélité, qui sert et protège sans faille.

(Ce qui ne l'empêcha guère d'ajouter...)

« Dean, si ceci était une manœuvre pour me soutirer la cachette de ton alcool, sache que cela n'a pas fonctionné. »

Un grognement.

« Fais chier, merde ! »


L'Entrevue.

Traité de La Légende de l'Humanité.

Tournant de l'Apocalypse.


« C'est lorsque les hommes s'affrontent que l'on voit leur motivation profonde.

Toi, qui es un Stratège.

Utilise-la à ton propre avantage. »

L'Entrevue.

L'on narrera moult fois cet épisode-clé de l'Apocalypse. Avant une grande bataille, une toute aussi cruciale confrontation.

« C'est eux, le Duo du Libre Arbitre ? »

« Ils sont… si sûrs d'eux. »

Certains disent que le combat se joue toujours avant le choc des armes sur la terre.

Pour un Maître Stratège comme Castiel, c'était par les mots que l'on portait les coups et par les armes que l'on achevait la bataille.

« Comment des êtres aussi différents peuvent-ils s'unir sous la même bannière ? »

« Tout les oppose, mais, ensemble, ils sont puissants. »

Un léger sourire incurva les lèvres du Tacticien. Son ouïe était fine, et son intelligence plus aigue encore.

« Hello, tout le monde. Alors, ça fait quoi de rencontrer le Dean Winchester ? »

'Oh, Dean. C'est une question à laquelle moi aussi, je devrais répondre…'

La bataille s'annonçait sous d'excellents augures : mais mieux valait rester prudent, avec l'adversaire qui leur faisait face.

« Alors, le voilà, le Rebelle. Et son petit Stratège. Depuis le temps qu'on me parle d'eux… »

La fleur qui avait orné la commissure de ses lèvres s'était estompée. Sans paraître se déplacer, le Fidèle s'était pourtant rapproché de son Maître.

« Oh, je vois que notre réputation nous précède. Ah, la rançon du talent. »

L'Orateur ennemi explosa alors de rire – grossièrement.

« Je vois surtout que tu es aussi arrogant qu'on le prétend ! Et ton petit copain, à côté, il est muet, ou trop bête pour parler ? »

Les Yeux Bleus sondent l'adversaire – impassibles.

« Tu devrais la fermer un peu, tu sais. Vu les conneries qui sortent de ta grande gueule, c'est toi qui es trop bête pour l'ouvrir. »

« … »

Leur adversaire étrécit les yeux, déjà énervé. Castiel, en bon Stratège qu'il était, se fit la réflexion qu'il n'était pas très fin, s'il se laissait piéger aussi vite par les provocations de son Commandant.

'Même s'il faut admettre… que face à Dean, j'ai été moins qu'un débutant, la première fois.'

La Missive tomba sur la table.

« Blanc est le Paradis,

De ceux qui l'aiment.

Noir est le Destin,

De ceux qui le défient.

Toi qui violes le Seuil du Monde,

Prépare-toi à voir la lumière

De notre gloire. »

L'Orateur avait sorti l'arme diplomatique suprême : preuve qu'il n'avait que peu de ressources, pour gaspiller son ultime aussi vite. Mais, peu impressionné, le Rebelle lança à la cantonade.

« Oh ? Quelqu'un pour me traduire ce charabia ? »

Les Messagers retinrent leur souffle. C'était, à n'en pas douter, un Shiyan : une sorte de message diplomatique, sous forme de poème traditionnel. Seul un Lettré de grande envergure était capable de lire à travers ces artifices, et d'apporter la réponse appropriée.

Alors, pour la première fois, le Fidèle Stratège prit la parole.

« Dean. Ce qu'il veut dire… c'est que l'Eden Blanc ne tolèrera aucune rébellion à son égard. A l'instant où tes troupes franchiront la porte du Ministère, ils attaqueront notre quartier général. »

Un bref instant – où yeux s'élargirent et souffles s'arrêtèrent : sans s'enorgueillir de l'effet qu'il faisait, Castiel savait que c'était de l'admiration qui avait traversé la salle. Mais, pour une Lame Blanche qui avait été formée dans le Ministère, c'était une mince performance que celle-ci.

« Tu dois être bien bête, Winchester, si tu as besoin de ton petit ami pour te traduire mes paroles… »

Rageur devant tant de talent, l'Orateur avait choisi de s'en prendre au Leader de la Rébellion. Ce qui fut – une fois de plus – une énorme erreur.

« Parce que ça se traduit, les conneries qui sortent de ta bouche ? C'est bizarre, j'aurais juré que tu parlais une autre langue appelée 'attardée'. »

Grand silence.

Dean Winchester, pour vous. Direct et brut. Survivant d'un monde de violence, vertueux humain d'un univers chaotique.

« Espèce de… ! »

Le visage du Stratège était resté impassible (les heures d'entraînement, à l'Eden Blanc, avaient payé) : mais, à l'intérieur, le jeune homme mourait de rire. C'était pour un tel irrespect qu'il l'avait détesté, c'était pour une telle insoumission qu'il l'aimait.

'Et, de plus, l'effronterie de Dean montre à tous qu'il n'a l'intention de ployer devant rien ni personne.'

« Fais attention, mon petit gars. Je suis bien gentil parce qu'on m'a dit, là-haut, de ne pas te tuer trop vite. Mais, tu sais… »

« Gentil ? Tu connais le sens de ce mot ? »

L'Orateur avait rugi, portant son arme en avant.

'La pire des manœuvres, que celle d'attaquer sous la provocation.'

« Si tu la ramènes encore, je te l'enfonce là où ça fait mal. »

A côté, fort de millénaires d'intelligence, le Fidèle fixait l'ennemi sans ciller.

« Dean. »

« Hum ? »

Les Yeux Bleus sondent le champ de bataille.

« Est-ce que je peux le tuer ? »

La Lame Blanche – cachée dans la manche – attendait l'ordre de son Maître.

« Roooh, Cass. C'est pas toi qui m'as dit cette phrase trop cool de Stratège : 'C'est par les mots que l'on porte les coups et par les armes que l'on achève la bataille' ? »

« Manifestement, cet individu ne comprend ni les mots, ni les armes. Il n'a pas compris que sa bêtise, auréolée de grossièreté, ne lui sera d'aucune utilité. C'est une insulte à l'Art Diplomatique que de lui donner le Titre d'Orateur. Cependant, il pointe une épée vers mon Commandant, et… cela me déplaît. »

La Lame luisit : et son éclat paradisiaque éblouit la salle entière.

« Une… une Lame de l'Eden Blanc ?! »

« Mais, que fait-il avec Winchester ?! Il était censé être avec le Ministère, et… »

L'Arme de l'ancien Ange étincelait – tenant en respect les Messagers.

« Castiel. Plus le rôle d'un Ange est important… plus sa Lame est magnifique. Les couleurs représentent ses caractéristiques et son éclat sa valeur. »

Bleue comme l'idéal, d'un éclat si pur que les saphirs eussent pâli, la Lame s'était teintée de la profondeur des insoumis. Sous la bannière de Dean Winchester, elle était devenue une mer de passion, indescriptible tant elle était mouvante, superbe tant elle était humaine.

« La couleur bleue est la plus belle… mais elle doit rester pure. Telle est sa nature : céleste et inaccessible. »

L'Emblème du Fidèle était devenu une tanzanite sublime, profonde et émouvante. Mais elle avait perdu sa pureté : et c'est pourquoi il n'était plus un Ange.

« N'oublie pas d'où tu viens, Castiel. N'oublie jamais qui sont tes Frères et Sœurs, à qui tu dois réellement allégeance. »

L'espace d'un instant, le Fidèle se laissa happer par la distraction, qui ternit l'éclat de sa tanzanite.

« Cass ? »

La voix de son Leader le recentra, comme toujours. Son regard retrouva son acuité – devant l'ordre silencieux de ces émeraudes rebelles.

« Tu montres à ce beau monde le topo ? »

Un grand sourire avait pris place sur le visage du Commandant : et son Fidèle sentit ses doutes l'abandonner – lui qui ne connaissait que la stratégie comme mode de réflexion, et le stratagème comme mode d'action.

« A vos ordres, mon Commandant. »

Alors, avec assurance, le Stratège s'avança vers la Table des Négociations : pour démontrer, par A plus B, que la Rébellion ne connaîtrait aucune limite.


Des heures plus tard.

Cité de l'Humanité.


« Pas mal, Cass. »

Dehors, près d'un stand à hamburgers, le bel Aîné des Winchester s'étira comme un chat. Un chat souple, délié, dangereux… mais magnifique.

« …oh ? »

Le jeune homme se permit un sourire. Aux côtés de Dean, il se sentait humain.

« Tu les as démontés. Je me sens bien rien qu'à me rappeler leur tronche. Ah, si toutes les Entrevues pouvaient se passer aussi bien… »

« Etait-ce nécessaire de finir par 'In your face, bande de losers ! Reprenez des cours avec le Stratège Suprême ? Oups, c'est ballot, hein ? Il est justement avec moi, et PAS avec vous…' »

Un sourire fit étinceler les dents blanches du Leader.

« Nan. Mais c'était marrant. »

Castiel, intérieurement, se serait presque senti gêné d'être désigné comme le Stratège Suprême (le Titre Honorifique ultime pour sa profession, auquel nul ne pouvait prétendre) – si cela n'avait pas été son ami et maître, qui l'avait affectueusement clamé comme tel.

« Et maintenant, une bonne petite bièr-… »

« Deux verres d'eau, s'il vous plaît. »

Néanmoins, cela ne l'empêcherait pas de veiller au grain. Commandant ou pas, il avait un devoir pour la santé de son compagnon.

« Cass ! »

Ce fut le moment que choisit ledit Stratège Suprême pour le fixer de ses orbes légendaires.

« Oui, Dean ? »

Les Yeux Bleus – qui avaient le pouvoir de clouer leur ami et maître, de toucher son cœur à travers sa carapace, et de lui faire avouer ses réels sentiments. Un tic agita son visage – signe que les Yeux Bleus faisaient leur effet. Castiel sourit.

'Peut-être que je suis le Stratège Suprême, finalement.'

« J'ai bien travaillé et j'estime avoir droit à un petit remontant. Tu voudrais priver un homme de sa raison de vivre ? »

Et maintenant, du chantage émotionnel. Non, décidemment, Dean n'était pas facile, comme Leader. C'était ce qui faisait son charme, aussi.

« Toi, avoir bien travaillé ? C'est moi qui ai mené le Plan des Négociations. Et qui ai traité tout le dossier avant l'Entrevue, par-dessus le marché. »

Le Commandant éructa.

« C'est ton boulot, t'es un Stratège ! Moi aussi j'ai veillé pour parler aux troupes, et c'est ma pomme qui a dû animer la Réunion de tous les découragés du cul, qui se laissent effrayer par ces trouducs d'Anges ! »

« C'est ton boulot, tu es notre Leader. »

Bien qu'il eût la réputation d'être très silencieux (du moins, du temps de son service à l'Eden Blanc), Castiel comptait la répartie à la liste de ses points forts. Tout Stratège se doit de maîtriser l'art verbal. Et il était un ancien Stratège d'Elite.

« Castiel. »

L'emploi de son nom complet l'interpella. Jamais son Leader ne l'appelait ainsi – d'ailleurs, jamais il n'appelait complètement les êtres qu'il aimait. Il leur donnait toujours un surnom, et c'était une preuve tangible – quoique subtile – de son affection pour eux.

« …Dean ? »

Castiel avait une faiblesse. Il supportait difficilement le mal-être de Dean. Non, en fait, dire qu'il le supportait mal était un euphémisme. Il aurait tué pour lui éviter la souffrance.

« J'ai vraiment besoin de me lâcher, là. »

Il avait abandonné les siens pour se joindre à lui. Il avait renié son identité pour le servir. Il avait tout perdu de son statut, de sa gloire, de la somptueuse destinée qui l'attendait, comme Stratège d'Elite. Et ce, pour un homme qui aimait les hamburgers, et la bière.

« … »

« Ça fait longtemps qu'on s'est pas amusé ensemble. On s'est bien débrouillé à l'Entrevue. A quoi ça sert de faire tout ça, si on doit pas profiter de la vie ? »

Les souffrances physiques, les tortures mentales, les dangers quotidiens… il avait été formé à ne pas les craindre. On n'a qu'une seule vie, et elle est au service de la cause que vous défendez. Son état personnel n'avait de l'incidence que sur sa performance et le mot bonheur ne faisait pas partie de son vocabulaire. Mais, dès lors qu'il s'agissait de lui

« Dean…»

Alors qu'il s'inquiétait de l'état de son compagnon, ce dernier se tourna vers la serveuse qui passait, et changea leur commande. Cela se passa si vite qu'il ne le réalisa que lorsque son ami se retourna vers lui, l'air victorieux.

« Ha ha ha ! Et à moi, la bière ! Avec le hamburger bourré de graisse et… ! »

« Dean ! Mais tu es… ! »

'Le sacripant ! Il a profité de ma distraction, avec son chantage émotionnel, pour… pour… pour me tromper !'

C'était… c'était une inéquation : Dean… Dean Winchester, lui échappait complètement. Il était l'Humanité, il était la Force, il était la Rébellion, il était le Compagnon. Il était tout ce que Castiel ignorait, et désirait malgré lui.

« Roh, allez, Cass. Je le reconnais, je fais pas toujours attention à ma santé et tout le tralala. Mais… ça fait du bien, de profiter de la vie, non ? Tu n'aimes pas ça ? »

'Dean. A tes côtés, je pourrais aimer n'importe quoi.'

« Je reconnais… que cet instant présent… m'est plaisant. »

Un sourire large comme la vie, brûlant comme la passion.

« Ha ha, tu vois ? Bon, à partir d'aujourd'hui, hamburgers et bière à volonté ! »

« Cela, même pas en rêve. »

« Cass ! »

La démonstration avait été brillante. Pas un Messager n'avait pu contrer ses arguments : et c'était une première, depuis que les Entrevues avaient été instaurées, pour éviter les bains de sang inutiles. Castiel n'avait jamais atteint un tel niveau – pas même durant ses heures de gloire à l'Eden Blanc.

« Pourtant, tu aimes bien les hamburgers, non ? »

« Je les aime bien. Mais je dois veiller à mon acuité intellectuelle et physique pour rester performant, et les nourritures riches… »

« Moi je dis, c'est idéal pour le moral. Evidemment, Sammy a jamais pu me comprendre, mais quand on est un herbivore, on comprend pas ce genre de choses… »

Il s'était surpassé aux côté de Dean Winchester : et c'était certainement une chose que n'allaient jamais laisser passer les Anges.

« Ton frère a raison, Dean. Un excès de cholestérol… »

« Herbivore ! Herbivore ! Herbivore ! »

Devant tant d'enfantillages, le Stratège ouvrit la bouche, comme pour protester… avant de la refermer. Ses yeux affichaient une lueur un peu exaspérée, mais un pli de sourire ornait la commissure de ses lèvres.

« Dean, le terme 'herbivore' est impropre dans ce contexte. Il désigne des êtres se nourrissant de plantes et non de… »

Une serviette lui atterrit dans la figure.

« Tais-toi, et bois ton verre. Et, non, pas ce verre d'eau. Ce verre-là, que je t'ai servi. »

Et ce fut ainsi que Castiel – alias le Stratège Suprême de l'Humanité – fut condamné à manger des hamburgers et à boire de l'alcool pendant la nuit entière. Il eût été un temps, où ce comportement l'eût horrifié au-delà de l'imaginable : mais, parce qu'il était avec Dean Winchester, rien n'était plus horrifiant que de ne pas manger des hamburgers et boire de l'alcool avec lui.

Sa vie avait une importance : et elle allait au-delà des missions qu'on lui confiait.

'Ma vie elle-même… est-elle autre chose qu'une mission ?'


?

?


Castiel…

« Mais… qui es-tu ?! »

Le tonnerre crépitait, telle une profession de foi.

« Je suis Castiel. Je suis un Ange du Seigneur. »

Mais le seul en qui il avait foi, aujourd'hui, n'était autre que l'homme qu'il avait juré de convertir. L'homme dont il accompagnait chaque pas, à présent.

Castiel.

La…

…la Voix ?

« On dit que tu es spécial, Dean Winchester. »

Il est si fragile, l'humain. Si fort, mais si faible.

« Je pensais que tu pourrais voir mon vrai visage. »

L'homme qui était sien.

L'homme qu'il aimait.

Castiel, Ange du Seigneur.

La Voix.

Elle est la Guide de tous les Anges, ceux qui protègent l'Humanité en son Nom.

« …mon Père. »

« Mon père ? »

Les yeux émeraude se révèlent, c'est son trésor.

« Tu connais les paternels, Cass. La famille, c'est la famille. Mais… Sammy et moi on s'est pas mal frités à son sujet. Après que maman est morte, on l'a plus trop vu. »

« Dean… »

Il veut comprendre les émotions qui habitent les émeraudes : mais le trésor s'enfuit devant son regard.

Castiel, c'est ton Père qui te parle.

La Voix.

Elle est la Guide de tous ses Enfants, ceux qui dominent l'Humanité en son Nom.

« …je vous écoute, mon Père. »

Jusqu'alors, la Voix avait guidé sa route… toujours présente, toujours fiable. Mais, en ce jour de célébration humaine, l'Ange Fidèle se surprit à en haïr le son.

« Dean. »

« Ouais, Cass ? »

Donne-moi ton trésor, regarde-moi…

« Que représente ton père pour toi ? »

Les yeux le regardent.

« … »

Le trésor était vide.

Ils étaient pareils.

C'est du bon travail. Tu as gagné la confiance du Leader de la Rébellion. Désormais, il ne doutera jamais de toi, et tu pourras le conduire là il doit être.

La Voix.

Elle est la Parole Suprême de son Cœur, qui appartient à Dieu.

'Non… celui que j'aime, c'est…'

Le nom qu'il voulut prononcer se brouilla devant lui.

Le Rebelle tombera entre les mains de l'Eden. Grâce à lui, et grâce à toi… le Paradis sera sauvé. L'Epée de Michel doit revenir à son détenteur.

'Pourquoi… ai-je si mal ?'

Quel était le nom de celui qu'il aimait ?

Et toi, tu serviras notre Paradis, jusqu'à l'Eternité des Anges.

« Oui, mon Père. »

Il s'inclina lentement.