Partie 2

— Pardonne-moi, Don. Je n'ai jamais atteint un niveau d'intimité aussi élevé avec personne avant toi. Assis-toi, s'il te plait. Je croyais pas mal agir, ni te faire de la peine.

— Tu vas m'dire c'qui va pas?

— Ouais.

— OK, répondit Don en semblant se calmer un peu et en reprenant sa place à table.

— Je… J'ai un, commença Danny en rougissant un peu et en avalant une gorgée d'eau.

— T'as quoi ? Questionna Don plus posément en voyant le trouble de son amant.

— J'ai des… Enfin…

— Quoi? Tu m'as refilé une MTS et tu sais pas comment m'le dire?

— J'suis pas un courailleur !

— Alors, ça peut pas être si pire. Crache! T'as mis une fille enceinte?

— Non, voyons!

— Alors! Quoi?

— J'ai des hémorroïdes, murmura Danny rapidement.

— Des hémorroïdes, répéta Don lentement, alors que le mot progressait pour atteindre son cerveau.

Danny fixa timidement sa fourchette, n'osant pas lever les yeux vers son amant. Il n'eut d'autre choix que de les relever en entendant l'éclat de rire de son inspecteur préféré envahir le restaurant. Un rire fort et sincère, provenant du plus profond de son cœur, mais qui n'avait rien de moqueur.

— T'as des hémorroïdes! s'écria Don d'une voix très forte en partant d'un nouvel éclat de rire, rassuré.

Toutes les têtes présentes dans le restaurant se tournèrent vers eux. Don souriait, heureux de constater que son amant ne fréquentait pas un autre homme ou encore pire, une femme. Danny, lui, semblait trouver la situation beaucoup moins drôle. Le visage écarlate, il ne savait plus du tout où se mettre afin d'éviter d'être la cible des regards de tout le monde. La serveuse déposa son plat devant lui en lui adressant un petit regard d'encouragement.

Don mangea de bon appétit, puis il raccompagna Danny aux laboratoires de la police scientifique, en lui promettant de venir le prendre dans quelques heures. Il profita de son retour au bureau pour aller faire quelques petites recherches sur internet, mieux valait connaître l'ennemi à fond. À la guerre comme à la guerre.

* * * * *

Lorsque l'inspecteur réapparut quelques heures plus tard, Danny se rendait à la salle des archives pour y porter une boîte. Faute de preuves, l'enquête allait être mise sur la glace. Peut-être qu'un jour, un nouvel élément allait permettre aux policiers de se pencher une fois de plus sur ce cas? D'ici là, les preuves dormiraient dans l'anonymat d'une boîte, une parmi tant d'autres.

— Danny, donne-moi ta boîte, tu ne devrais pas forcer.

— Ça va!

— Allons, laisse-moi t'aider.

— Don, ça fait cinq boîtes que je transporte, je peux bien terminer avec celle-ci. C'est ma dernière.

— Mais, Dan, j'ai lu que dans ta situation, tu ne devrais pas forcer inutilement. Ton carton semble assez lourd.

— Tu voulais savoir ce que j'avais, tu le sais. Maintenant, tente d'agir comme si tu l'ignorais.

— C'est juste que…

— T'es mon amant, pas ma mère. Tiens-toi s'en à ton rôle.

— OK, compris. T'as des saignements?

— DON!!!

— Je m'informe. Tu souffres souvent de constipation?

— J't'aimais bien avec des dents!

— Ils sont internes ou externes?

— …

— À voir ta face, ça doit être externe. Bien que je me doute que…

* * * * *

Le lendemain, alors que Danny se trouvait sur une scène de crime, occupé à relever des empreintes, il ressentit la vibration de son téléphone cellulaire. Il porta distraitement l'appareil à son oreille, sans prendre le temps de jeter un coup d'œil à l'afficheur. Il pensait, à tort, que la communication venait de son patron. Hélas pour lui, le pauvre, il s'agissait de son nouveau persécuteur.

— Je suis à la pharmacie. T'as besoin de quelqu'chose?

— Non!

— J'ai longuement parlé avec le pharmacien. T'as de la crème?

— Non!

— Des suppositoires?

— NON!

— Et le truc binouche en plastique et qui gèle? Tu n'as qu'à l'insérer…

— NON, NON, NON, cria Danny.

— Ils vendent aussi un genre de coussin, en forme de beignet et un autre truc pour prendre des bains de fesses. Il parait que c'est très efficace.

— T'es bouché ou quoi ? J'ai dit NON ! Et Danny referma violemment son téléphone portable.

— Parfait, monsieur, je prends tout, ajouta Don en s'adressant à l'aimable pharmacien.

— D'accord!

* * * * *

Quelques heures plus tard, alors que Danny revenait à peine aux laboratoires et qu'il débutait sa longue série d'analyses, un certain inspecteur de police se planta devant sa table, un immense sac à la main.

— Bonjour, mon scientifique préféré! J'pense que ton portable a manqué de pile. T'as pensé à le remettre sur la charge?

Danny leva les yeux au ciel, tentant de garder son calme, plutôt que de répondre par une méchanceté qu'il risquerait de regretter dans une dizaine de minutes.

— Danny, tu penses avoir le temps de venir casser la croûte avec moi, ce midi?

— J'vais prendre un sandwich en travaillant. Je n'aurai pas le temps de sortir.

— Je vais aller t'en chercher un, fait avec du pain de blé entier.

— Je déteste ce genre de pain. Je veux un sandwich au pain blanc! Et un sac de chips.

— T'as besoin de fibres: Pain brun et crudités, c'est mieux. Avec de l'eau, beaucoup d'eau.

— Don, laisse-moi respirer. Tu m'étouffes.

— Je reviens avec ce dont t'as besoin. T'inquiète.

Don tint sa promesse mais, à son retour, il trouva seulement Stella dans le laboratoire. Plus aucune trace de son amant. Elle le regarda, intriguée.

— Danny a mal à la tête, il est sorti prendre une bouffée d'air.

— C'est drôle, je n'ai rien lu à ce sujet.

— Quel sujet?

— Oh, c'est rien. Un truc entre Danny et moi. Ce n'est pas très intéressant.

— OK, je n'insiste pas. J'allais manger, Mac est déjà la salle de repos avec Sheldon et Adam, tu te joins à nous?

— OK, merci.

* * * * *

— Danny n'est pas avec vous?

— Il vient de sortir. Il avait besoin de s'oxygéner le cerveau.

— Quoi?

— Mal de tête, répondit Stella, beaucoup plus clairement que le marmonnement de Flack.

— OK.

— Il n'a pas l'air bien depuis quelques jours, s'inquiéta Mac.

— C'est rien, ça va lui passer d'ici une semaine.

— Ah bon, et qu'est-ce qui va lui passer?

— Ben, ce qu'il a, répondit Don mal à l'aise.

— Et?

— Et rien. J'préfère ne pas en parler.

— Pourquoi? Questionna à son tour Stella, c'est une maladie honteuse.

— Pas du tout.

— Ben alors?

— Il souffre cruellement et ça le rend marabout. Si j'parle de ses hémorroïdes, ça va être encore pire. Et merde!

— Bravo! s'écria Danny sur le seuil de la porte. J'te laisse cinq minutes tout seul et tu peux pas t'empêcher de parler d'mon cul à tout l'monde! MERCI!

Danny tourna les talons et quitta rapidement les labos, sous l'œil ahuri de ses collègues.

— Ça lui arrive souvent ? demanda Sheldon.

— Non, il ne dort pas très bien, ça le rend plus irritable.

— Je ne parle pas de sa petite crise, mais de ses hémorroïdes, je devrais peut-être regarder ça de plus près.

— Alors là, bonne chance ! J'ai même pas le droit de prendre une douche avec lui, de le voir nu et encore moins de dormir dans le même lit.

* * * * *

Don attendit patiemment quelques minutes avant de rejoindre son amant. Il savait que Danny serait fâché contre lui. Il chercha donc un moyen de l'amadouer. Aucune idée brillante ne lui traversa l'esprit. Alors, il prit son courage à deux mains, aussi bien le confronter tout de suite, crever l'abcès et si possible, passer à autre chose.

— T'as l'air fatigué, tu devrais peut-être t'asseoir un moment.

— …

— Oups, excuse-moi, c'est pas une bonne idée. Tu veux peut-être un café?

— …

— Ah! Non! J'ai lu sur internet que tu dois réduire la caféine.

— …

— J'peux aller te chercher un jus de pommes?

— …

— J'suis désolé, Danny! C'est sorti tout seul.

— …

— J'voulais pas parler de tes fesses devant tout l'monde.

— …

— Sheldon veut savoir si ça t'arrive souvent et si t'as déjà consulté?

— …

— Tu vas m'ignorer encore longtemps? J'ai dit que j'étais désolé!

— Je refusais de t'en parler à toi! Et maintenant, c'est tout le labo qui est au courant!

— Ce ne sont que des hémorroïdes! Y a pas de quoi en faire tout un plat!

— C'est mon cul! J'ai pas besoin que tout l'monde le sache!

Don quitta la pièce tristement…Danny devait éviter les situations trop stressantes.

* * * * *