Pays de départ : Japon.

La vie n'est plus la même ici, tout a changé, tout a fané. La vie de lumière et de fête est partie en fumée. Les soirées faites d'alcool, de musique, de cri de joie et de rire ne sont plus. Le soleil, chaque jour est plus pâle, plus terne, de plus en plus mort. On en vient à l'oublier. Chaque histoire a une fin, qu'elle soit heureuse ou pas. Toutes les histoires ont une fin. Mais cette fin je ne l'aime pas, pas du tout. Je voulais que ça continue, que tu restes ici. Notre histoire s'est terminée par ton départ. Adieu, nos éclats de rire, adieu champagne et saké versés à travers les effusions de joie. Rien n'est plus pareil. Tout a changé, même ton souvenir. Tes éclats de rire ont laissé place à tes larmes lorsque tu as appris que tu ne pourrais plus jamais chanté. Aujourd'hui encore mes rêves ont ce goût amer d'eau salée, encore aujourd'hui lorsqu'on parle de The GazettE, défunt groupe de visual kei prometteur, mes larmes n'en peuvent plus de couler. Je perds tout espoir. Mais pourquoi es-ce que je pleure autant, même après deux ans? Pourquoi ton absence me déchire tant, pourquoi cette souffrance est-elle si grande ? Des interrogations sans réponse, ça fait mal, tellement mal. Chaque jour qui se succède n'est en réalité qu'une nuit noire privée de ses étoiles et de sa lune. Mes nuits sont un cauchemar, mes jours sont un Enfer, impossible la journée de ne pas voir ce maudit soleil qui m'aveugle, qui brille tant alors que moi, je fuis toute lumière, maudit soleil qui filtre à travers les rideaux. J'ai peur du jour, peur de son éclat trop intense pour mon âme, pour mes yeux.

Ruki, je te pleure toujours. Et je n'en peux plus de ton absence, ma vie est une survie, je survis jusqu'à ce que je puisse te revoir, même si cette survie me mène à la mort inévitablement. Je sais que le seul moyen de pouvoir te revoir un jour, c'est de mourir. Mais suis-je vraiment prêt à mourir ?

Pays d'arrivée : France.

Ma gazinière est encore dans un état pas possible. Je ne suis pas doué en cuisine, même après deux ans à me faire la cuisine, aucune amélioration, incapable de me faire une purée sans en mettre partout. Avec toi, je suis sûr que j'aurais vite pris à me faire griller un steak sans en faire du charbon... Non, je ne dois pas y penser mais c'est plus fort que moi, mon coeur n'en peut plus de ne plus te voir, mes souvenirs essayent de plus en plus de remonter du gouffre où je les avais jeté. J'ai toujours plus mal et je reste cloîtré chez moi un peu plus chaque jour. C'est l'été et malgré la chaleur étouffante de mon appartement, je n'ai ouvert aucune fenêtre, les rideaux sont tous tirés. Les ventilateurs marchent à pleine puissance, mais ne dissipe pas cette chaleur. La sueur coule de mon front et sur mon torse nu. Il fait bien trop chaud. J'abandonne ma nouvelle tentative de cuisine et part prendre une douche froide. L'eau glaciale roule sur mon corps, me fait frissonner, mais c'est si agréable. Les souvenirs ressurgissent encore. Je me rappelle de la fois où tu m'as surpris sous la douche, je me rappelle de ton visage passant au rouge pivoine et ton départ précipité. Je me rappelle de ce rire qui a poussé dans ma gorge, sans crier gare. Oui, parce que moi je n'avais pas été gêné du tout, parce que ton visage rougissant été si beau. Parce que tout ça en même tant m'avait ouvert les yeux. Parce que je m'étais enfin rendu compte que celui que j'aimais, c'était toi. Je me rappelle que j'ai rincé mon corps en quatrième vitesse, que je me suis habillé plus vite que je pensais en être capable et que je suis pratiquement sorti de la salle de bains en courant. Toi, tu étais assis sur le canapé du salon. Tu as monté le son de la télé pour ne pas entendre mes pas mais c'était trop tard. Je me suis assis à côté de toi, un peu trop prêt à ton goût. Je me suis emparé de ton épaule, ton regard surpris a croisé le mien, je t'ai souris.

"C'est pas grave, c'est pas moi le plus gêné dans l'histoire, ne ?"

"Désolé."

"Mais je t'ai dit que c'était pas grave. En plus ce serait à moi de m'excuser, j'ai utilisé ta douche sans te demander si je pouvais."

"T'as pas besoin de demander, t'es ici chez toi."

"Tu m'invites alors?"

"Oui."

Il sourit, enfin. Je lui fais remarquer, il rougit, encore. Je n'en pouvais plus, comme un conquérant j'enfermai son visage dans l'étau de mes deux mains, je m'emparai de ses lèvres, territoire vierge, si doux, si tendre. Ses mains glissaient sur mon dos, il me rendit mon baiser. Nous étions passés dans un univers où nous deux seuls comptaient, plus rien que nous et notre amour, dans un univers si tendre lorsque ton corps chaud se collait à moi. Mes lèvres s'étaient égaré sur ton cou avant que mes mains ne passent sous ta chemise et palpent ton corps bouillonnant. J'arrêtais mes mains sur ton coeur. Il battait tellement fort, si vite.

"Dis moi, es-ce que tu m'aimes?"

"Oui, je t'aime et j..."

Pas le temps de finir sa phrase, je lui sautais au cou et l'embrassai à pleine bouche. Ses mains étaient devenues de grandes conquérantes à leur tour. Elles sillonnaient mon corps, caressaient mes cuisses, remontaient jusqu'à mon torse, elles se posaient derrière ma tête, fourrageaient mes cheveux; tandis que les miennes insistaient à déboutonner sa chemise et à le caresser de manière lancinante. Je rompis notre baiser pour reprendre mon souffle. Il s'était déjà lever et me tendait la main. Je la lui pris, il me projeta dans ses bras et resserra son étreinte. "Je t'aime." Ce fut presque un murmure. Puis il s'écarta de moi. "Je te fais quelque chose à manger". Dans un sourire, j'acquiesçai, c'était la première fois qu'il me faisait à manger, pour moi et moi seul.

Je coupe l'eau, appuyé contre l'un des murs, je glisse et me recroqueville sur moi-même, je pleure en silence, je ne peux que pleurer celui que j'aime et qui est si loin. Mais j'ai choisi, c'était mon choix de partir, je ne peux que pleurer. Mais avec un tel souvenir qui refaisait surface, je ne pouvais que rechuter. Malgré cette douleur, cette envie de rester là sans bouger, je me lève, je m'habille, je sors de la salle de bain. Je retourne sur les sites japonais, je les ouvre tous, celui des Gazette en dernier. Rien de nouveau. J'affiche la page de mon ancien groupe, il y a une new, la première depuis des mois. Je m'empresse de cliquer dessus. Les premiers mots me laissent sans voix, je ne prends même pas la peine de lire le reste, j'éclate en sanglot, pire que celui sous la douche, quelques instants plus tôt. Même après plusieurs minutes, mes yeux déversent autant de ses larmes. J'essaie tout de même de me calmer, pour que je puisse lire à travers ce flot d'eau salé.

"Info spécial: Le batteur entre la vie et la mort.

Hier soir, alors qu'une soirée était prévu pour fêter l'anniversaire d'un des membres de feu The GazettE, le batteur, Kai a été retrouvé chez lui dans un état critique. En effet, il s'est ouvert les veines. C'est l'ancien bassiste qui l'a retrouvé et a donné l'alerte. Les médecins étaient très pessimistes sur son état mais il se serait amélioré ses dernières heures. De nombreux fans se sont rendus à l'hôpital et ont déposé des fleurs et les encouragements aux autres anciens membres du groupe et à la famille. Beaucoup se souvienne de la disparition soudaine de Ruki. A l'époque les membres du groupe avaient communiqué qu'il ne savait ni où il était, ni s'il reviendrait.

Plus d'information dans les heures à venir."

"Kai, pourquoi? Pour moi? Kai..."

Mes larmes coulent de plus bel.