Et voilà le deuxième chapitre ! J'espère qu'il vous plaira. Pensez à laisser une petite review à la fin, ça fait toujours plaisir. Dites-moi ce qui vous plaît, ce qui ne vous plaît pas, ce que vous aimeriez voir ou ne pas voir. Bonne lecture.
Kiss,
Eternely Snape.
Chapitre II :
Haine
« Se haïr... il ne fallait pas être grand savant pour connaître que c'est là la pire souffrance de l'homme. »
Gabrielle Roy.
Hermione trembla à l'entente de cette voix glaciale. Il y avait une telle résonance de toute l'aversion, de tout le mépris qu'il ressentait pour elle. Il n'était pas en colère, non... Il empestait la violence. Son esprit bouillonnait, se tordait, s'annihilait. Il la détestait, ne rêvait plus que d'une chose : lui faire du mal. Bien sûr, jamais il ne la toucherait. Déjà parce qu'il aurait trop peur de se salir, ensuite parce qu'il n'était pas dans sa nature de faire du mal, physiquement, entendait-elle. En revanche, il pouvait lui pourrir la vie, l'attaquer autant qu'il l'avait fait à l'école. La blesser moralement, lui faire ressentir la douleur autant qu'il la connaissait. Parce qu'elle l'avait sauvé et que jamais, il ne pourrait lui pardonner cet affront.
Et Hermione, bien que Severus ne parlât pas, savait tout cela. Elle le sentait, au plus profond de son cœur, au plus profond de son esprit. Comme si Rogue essayait de lui insérer toutes ses pensées pernicieuses, de la détruire mentalement, de lui faire ressentir tout ce qu'il ne pouvait pas lui dire. Malheureusement pour elle, elle savait qu'il ne s'arrêterait pas tant qu'il ne l'aurait pas brisé. Elle savait qu'il lui faudrait du temps, parce qu'elle était forte et quasi inébranlable, mais il y parviendrait, car elle n'était pas infaillible. Il connaissait ses défauts, ses faiblesses, ses peurs et ses tourments. Alors il ne serait pas difficile, pour lui, de trouver ce qui pouvait la heurter et d'en faire ce qu'il voulait. Oui, cela prendrait certainement du temps, mais Severus Rogue arriverait à tuer Hermione Granger à petit feu. Parce qu'elle l'avait condamné à une vie dont il ne voulait pas, dans un monde dont il ne voulait pas, dans un corps dont il ne voulait pas. Il ne parlerait pas, Hermione le savait, et elle pouvait le concevoir. Elle avait besoin de parler, de se justifier, d'expliquer le pourquoi du comment, dire ce qui l'avait poussé à agir. Mais elle était incapable de dire quoi que ce soit. Sa voix se perdait dans sa gorge, ses mots restaient coincés à la frontière de ses lèvres et ses dents claquaient d'une expectative insupportable. Elle n'avait pas peur, enfin pas tout à fait. Elle appréhendait simplement le mal qu'il pourrait lui faire.
« Où sommes-nous ? »
Et pourtant, il parla. Lui aussi avait besoin de s'exprimer autrement que par les yeux.
« Chez mes parents. »
Malgré tout ce qu'Hermione avait pu penser, sa voix n'avait pas tremblé. Au contraire, elle avait été assurée. Elle se sentait soulagée de pouvoir parler, détendre un petit peu ses muscles. Et même si la voix de Rogue était froide et arrogante, elle se sentait un peu mieux. Bizarrement, quand Severus entendit la réponse de son ancienne élève, il paru se crisper et son masque sembla se briser légèrement. Était-ce parce qu'il savait ce que Hermione avait dû faire pour les protéger ?
« Pourquoi m'avoir amener ici ? » demanda-t-il d'une voix rauque.
« Où d'autre ? »
Severus sembla acquiescer, comme s'il approuvait sa réponse. Mais ses yeux étaient toujours profondément noirs et son visage implacable.
« Pourquoi ? » fini-t-il par demander, assez brusquement.
Hermione fut prise de court. Même si elle savait parfaitement pourquoi elle avait fait ça, elle ne lui avait pas préparé de vraie réponse. Car c'était ce qu'il attendait, une réponse claire et concise. Que pouvait-elle bien lui dire ? La vérité serait bien trop dure à accepter pour lui. Alors elle se contenta de fixer ses prunelles marrons dans l'obsidienne de Severus et répondit, aussi simplement que possible : « Pourquoi pas ? »
Elle vit tout de suite que cette réponse n'était pas la meilleure à donner. Non, ce n'était pas la réponse qu'il voulait. Alors il fronça les sourcils, ferma son visage plus encore si c'était possible et se redressa. Son corps tout entier le faisait souffrir, mais il se devait de se tenir droit face à cette petite insolente. Il ne pouvait pas se permettre de courber l'échine, de paraître faible et vulnérable. Il devait montrer qu'il était parfaitement remis de ses blessures, même s'il savait qu'elle n'était pas dupe.
« Vous vouliez sauver quelqu'un pour vous sentir bien ? attaqua-t-il avec violence. Alors vous n'avez pas hésité quand vous m'avez vu mourant sur le sol de cette foutue cabane hurlante ? C'est bien cela, Miss Granger. Vous vouliez avoir une âme à sauver, mais pourquoi ne pas avoir sauvé vos amis plutôt que moi ? »
Sa voix était terrifiante de dégoût. Elle tremblait à présent d'une répugnance terrible. Avoir été sauvé par Hermione Granger était quelque chose, mais avoir été sauvé pour aucune raison était pire.
« J'imagine que si je vous avais dit que je vous avais sauvé car je ne supportais pas l'idée de vous laisser mourir, ça aurait encore moins arrangé les choses, » déclara Hermione avec raison.
Severus ne répondit pas et se contenta de la regarder, elle et ses yeux marrons, ses cheveux en bataille, sa mine triste et fatiguée. Il ne voulait plus la regarder, il ne voulait plus la voir, mais baisser le regard aurait été une erreur, une marque de faiblesse. Il devait l'affronter, lui faire peur, se faire craindre d'elle, de cette femme qui avait osé le sauver. Malgré tout, en dépit de tout le mal que Rogue voulait lui faire, il devait savoir. Il avait besoin de savoir ce qu'il s'était passé pendant la bataille, de savoir qui était mort et comment se déroulait les choses, à présent. Alors il lui demanda, les dents serrées, dans un murmure à peine audible.
« Voldemort est mort, annonça calmement Hermione, et Severus tressaillit à l'entente du nom du Seigneur des Ténèbres. Ainsi qu'un bon nombre de Mangemorts. Kingsley Shacklebot est le nouveau Ministre de la Magie et tout ceux qui se sont battu à nos côtés et qui n'ont pas survécu ont reçu une cérémonie à la hauteur de leur sacrifice. »
« Qui est mort ? »
La voix de Severus trembla légèrement. Il avait passé une année entière à se faire détester pour réussir à protéger élèves et professeurs. Cependant, il savait qu'il avait échoué. Parce que la Guerre avait été plus violente qu'il ne l'aurait pensé et que les pertes humaines allaient certainement au-delà de tout ce qu'il pouvait imaginer.
« Nymphadora Tonks et Remus Lupin, Neville Londubat, Fred Weasley, Dean Thomas, Vincent Crabbe, Narcissa Malefoy... »
« STOP ! »
Le cri de Severus résonna dans toute la pièce pendant une longue minute. Ce hurlement arriva aux oreilles de Hermione comme un déchirement, le désespoir ultime. Elle n'arrivait, cependant, pas à savoir si c'était le nom de tous les morts – qu'elle n'avait pas eu le temps de cité en entier – ou seulement celui de Narcissa Malefoy, qui l'avait poussé à hurler de cette façon. Sans doute ne voulait-il pas en entendre plus, peut-être en était-ce trop pour lui alors qu'il venait à peine de se remettre de ses blessures. Elle n'en savait rien. Elle savait simplement que le regard désemparé de Severus la troubla. Jamais elle n'avait vu une telle expression chez lui et, sans doute aucun, jamais il n'aurait voulu que qui que ce soit puisse voir cette expression dénuée de haine, de mépris et de tout ce qui faisait qu'il était lui. Il n'y avait plus que de la tristesse et le déchirement le plus total peint sur son visage. Peut-être aurait-elle dû le ménager, ne rien lui dire au risque d'en pâtir. Mais il avait voulu savoir et elle lui avait dit la vérité.
Une vérité que Severus Rogue n'avait pas été entièrement prêt à entendre. D'une part, parce qu'il savait que les morts se comptaient pas centaine, mais également parce qu'il savait pertinemment que certains de ses amis, en l'occurrence Narcissa, seraient dans le lot. Et ça, il aurait souhaité ne jamais le savoir. Maintenant, le mal était fait et lui, Severus Rogue, devait laisser tomber le masque quelques secondes, parce que le choc était trop dur, trop irréel pour qu'il puisse garder son calme légendaire. Narcissa avait sans doute été sa seule amie, après que Lily est partit. Elle avait été la seule à comprendre sa souffrance, la seule à ne pas le blâmer de ses erreurs et de ses faiblesses. Elle n'avait été que la femme d'un Mangemort et elle n'avait jamais cautionné ce qui était fait au sein de ce groupuscule. Même si son rang ne lui permettait pas de tolérer les Nés-Moldu, elle n'avait toujours voulu qu'une seule chose : protéger son fils. Narcissa n'était pas une femme mauvaise, bien au contraire. Elle était froide, ça oui, hautaine, plus que quiconque, mais elle n'était pas mauvaise. Elle était une mère et une femme aimante, prête à tout pour protéger sa famille.
Alors non, Severus n'avait pu supporter d'entendre ce prénom dans la bouche de cette jeune-femme qui énonçait une liste de personnes morte pour une cause qui n'aurait jamais dû exister. Et, en dépit de tout, Severus en était responsable. D'abord, parce que, plus jeune, il avait fait le choix de rejoindre Volemort et ensuite, parce que les erreurs qu'il avait commises avaient menées, à bien des égards, à la Bataille qui avait causée tant de morts. Alors oui, son masque était tombé. Oui, pour la première fois de sa vie, Severus Rogue avait montré son véritable visage à Hermione Granger, mais qui était-il, maintenant, pour paraître froid et hautain, méprisant et méprisable ? Qui était-il pour snober et haïr la seule personne qui s'était préoccupée de lui dans sa misérable vie ? Bien sûr, il aurait préféré mourir, mais était-il certain que la vie qu'il allait mener ne serait, finalement, pas meilleure que celle qu'il avait déjà vécu ? Rien n'était moins sûr, mais il était vivant et, à présent, il devait faire en sorte que sa vie soit moins désastreuse qu'elle ne l'avait déjà été. Mais, bien évidemment, il était Severus Rogue et jamais ses pensées ne devraient franchir la barrière de son esprit, moins encore le seuil de ses lèvres.
« Combien de temps suis-je resté ici ? »
La voix de Severus trembla encore. Il ne savait ce que c'était, mais lorsqu'il leva les yeux vers Hermione, il vit quelque chose dans les siens qui le troubla. Peut-être était-ce simplement l'intensité de son regard, peut-être était-ce la façon dont elle le regardait : avec respect et admiration. Rêvait-il ? Dormait-il toujours ? Était-il toujours sur ce nuage de coton si doux et terriblement confortable ?
« Dix jours, » répondit Hermione d'une voix mal assurée.
« Quelle heure est-il ? »
Hermione tourna le regard vers la grand horloge qui ornait un mur du salon, écarquilla les yeux lorsqu'elle lu les chiffres qui y étaient indiqué puis tourna de nouveau le visage vers Severus.
« Une heure du matin. »
Et Severus sembla tout aussi choqué qu'elle. Cela semblait faire une éternité, mais en réalité, ils ne parlaient que depuis quelques minutes seulement. Le temps passait étrangement lentement et aucun des deux ne savaient comment réagir à cette constatation.
« Sans doute...hésita Hermione en se tordant les doigts, sans doute devriez-vous aller vous reposer. »
Les yeux de Severus s'écarquillèrent plus encore, devinrent d'une profondeur plus insoutenable encore, se lèvres se pincèrent et ses poings se serrèrent sans qu'il n'y fasse vraiment attention.
« Je vous demande pardon ? » murmura t-il dans un souffle effrayant.
Hermione se tassa sur elle-même, baissa légèrement le regard.
« Je pensais juste que vous deviez être fatigué. »
« Et bien cessez de penser, tonna Rogue en la foudroyant du regard. Je n'ai pas besoin de vous pour savoir quoi faire. D'ailleurs, en y réfléchissant bien, je ne vois pas pourquoi je devrais rester ici maintenant que je suis sur pieds. »
« Sans doute parce que vous n'avez nulle part où aller et parce que vous êtes encore bien trop faible pour aller où que ce soit. »
C'était assez culotté, même pour Hermione Granger, de dire une telle chose à Severus Rogue. Mais d'un autre côté, elle savait qu'il savait qu'elle avait raison. Il nierait, pour la forme, crierait un peu, parce que c'était sa nature, mais il resterait. Il devait rester. Elle en avait besoin. Parce qu'elle avait passé dix jours à s'occuper de lui, à qu'inquiéter pour lui, à imaginer diverses façons de lui expliquer la situation, de lui faire comprendre pourquoi elle l'avait sauvé et qu'elle ne voulait pas se retrouver de nouveau seule dans cette grande maison vide où il ne régnait plus que l'oublie et le désespoir. Elle ne voulait pas être seule et si cela signifiait garder Rogue chez elle, elle n'hésiterait pas une seule seconde.
Et Severus avait comprit tout cela. Il l'avait comprit avant même qu'elle ne s'en rende compte. Il était conscient qu'elle avait mit sa vie entre parenthèses pendant dix jours simplement pour prendre soin de lui, le soigner, faire en sorte qu'il vive et qu'elle n'ai pas risqué sa vie pour rien. Sans jamais l'admettre, il lui était reconnaissant pour cela. Parce qu'il avait été important pour quelqu'un, pendant quelques jours. Oh ! Il ne lui était pas reconnaissant de l'avoir sauvé, certes non. Mais il devait bien admettre qu'elle avait fait bien plus pour lui en dix jours que n'importe qui dans tout le reste de sa vie. Et ça, ça valait beaucoup à ses yeux, bien qu'il fut incapable de le reconnaître. Et il savait ce qu'elle avait dû faire pour protéger sa famille, il savait également tout ce qu'elle avait perdu pendant la guerre alors se retrouver seule, dans cette maison, sans avoir eu le temps de s'habituer à la solitude, ce devait lui être inconcevable. Mais il devait partir. Il le voulait. Il ne pouvait pas recommencer sa vie dans ce pays, dans ce monde Sorcier là. Mais elle avait raison sur un point : il n'était sûrement pas en état de la quitter maintenant, même si cela lui arracherait la bouche de l'admettre. Il devait rester, le temps de se remettre complètement de ses blessures. Il devait lui rester quelques gouttes de venin dans les veines et sa plaie n'était pas complètement guérie. Alors...il n'avait pas le choix.
Du coup, sans dire un mot et parce qu'il ne voulait pas voir le regard triomphant de la jeune Gryffondor, il quitta la pièce pour passer dans la cuisine. Elle ne le suivit pas. Elle savait que ce serait un acte suicidaire. Parce qu'elle avait gagné une bataille et qu'il n'admettait pas cela. Il ne voulait pas perdre. Devant personne. Moins encore devant elle. Alors elle se contenta de le regarder disparaître à l'angle d'un couloir et de se rasseoir sur la canapé, l'air déboussolé. Elle ne s'attendait pas à cela, c'était certain. À des cris, à des remontrances, à des regards beaucoup plus noirs, beaucoup plus intenses que ce à quoi elle avait eu droit, mais pas à ça. À ce visage marqué par le chagrin, à ces yeux vides de tout espoir, de tout ce qui les hantaient d'ordinaire, à cette voix presque douce par rapport à tout ce qu'elle avait connu, à cette haine retenue, cette violence contrôlée, ce mépris effacé. Était-ce un miracle ou simplement les effets secondaires de sa morsure, mélangés aux médicaments, au sang perdu et au combat qu'il avait mené pour ne pas s'en sortir ?
Parce que oui, il n'avait pas voulu revenir, elle le savait, elle l'avait sentit alors qu'elle le soignait. Elle l'avait regardé partir, s'en aller, ne pas rester et effacer son sacrifice à elle, pour sa vie à lui. Elle l'avait vu ne pas se battre pour survivre et, plusieurs fois, elle avait été sur le point d'appeler Madame Pomfresh. Mais à chaque fois, il revenait, in extremis, étonnement calme et serein, comme si sa dernière heure venue ne le dérangeait pas. C'était Severus Rogue et elle n'avait pas voulu le perdre. Pas un autre. Surtout pas lui. Parce qu'il était l'homme qu'elle admirait, bien qu'elle l'eut détesté par moment, haït pour certains points. Comment aurait-elle pu le regarder mourir en sachant ce qu'il avait fait, en sachant qu'elle l'avait toujours sut innocent, même après la mort de Dumbledore ? Ce n'était pas inconcevable à imaginer, c'était un supplice, une abomination. Elle n'avait pu se résoudre à le laisser partir. Égoïstement, sans aucun doute. Parce qu'elle l'avait sauvé et que maintenant, elle voulait le connaître, apprendre à être son amie. Parce que, bêtement, elle s'était prise à imaginer qu'ils puissent, un jour, être des amis. Pas parce qu'elle l'avait sauvé, mais parce qu'elle se serait intéressée à lui, lui à elle, qu'ils auraient appris à se connaître, à s'apprécier. Et même si ce n'était qu'un rêve, elle se plaisait à s'y perdre. Et malheureusement, elle était elle, Hermione Granger, Née Moldu, Gryffondor, amie de Harry Potter et Ron Weasley et, par dessus tout, Miss-Je-Sais-Tout. Et il était lui, Severus Rogue, Sang-Mêlé, Serpentard, Directeur de cette même Maison, ennemi juré de la famille Potter et compagnie et, par dessus tout, détestant les Miss-Je-Sais-Tout. Alors rien de tout ce qu'elle avait pu imaginer n'était possible, même en rêve.
xx0xx
Rogue se retrouva dans la cuisine sans vraiment savoir quoi faire. Il n'avait pas voulu remonter dans la chambre simplement parce qu'il n'avait pas envie de dormir. Il était encore faible, ça c'était sûr, mais il en avait assez de dormir. Il avait faim, mais il ne voulait pas non plus fouiller dans les placards. Il n'était pas le genre d'homme à faire comme chez lui alors qu'il n'avait pas envie d'être là. De plus, il n'aimait pas fouiller. Bien qu'il était persuadé que Miss Granger ne serait pas offusquée le moins du monde qu'il se serve. Son altruisme et sa générosité ne lui permettait pas d'être gênée par ce genre de chose, surtout si c'était lui, il le savait. Mais il ne le voulait pas. Alors il s'assit sur une chaise, profondément plongé dans ses pensées. Il voulait être seul, retourner à l'impasse du Tisseur, avec ses livres et son silence. Il voulait retrouver la quiétude de la solitude dont il s'était accoutumé. Mais si la Gryffondor lui avait dit qu'il n'avait nulle part où aller, c'était sans doute pour une bonne raison. Sa maison avait sans doute été détruite, que ce soit par les Mangemorts, ce qu'il doutait étant donné qu'ils n'avaient eu aucune raison, avant sa soit disant mort, de penser qu'il n'était pas de leur côté. Alors c'était par les Aurors, avant ou après la guerre, il n'en savait rien. Il ne pouvait certainement pas aller à Poudlard, bien qu'il n'aurait sans doute pas été rejeté, au vue des récentes découvertes sur lui et son double jeu. Il aurait pu essayer de contacter Minerva, mais utiliser sa magie pour le moment n'était pas de mise. Il était trop faible, bien trop épuisé pour prendre ce risque. Alors que pouvait-il bien faire ?
Savoir qu'il était dans la même maison qu'Hermione Granger l'angoissait. D'abord, parce qu'il ne la supportait pas, ensuite parce qu'il n'avait aucune idée de comment agir en sa présence. Elle avait risqué sa vie pour lui, faillit, sans doute, perdre des amis à cause de son geste. Elle avait sauvé l'anti héro, l'assassin d'Albus Dumbledore, le traître, l'ennemi de Potter, le professeur honni de tout Poudlard. Il ne savait s'il trouvait cela courageux ou totalement idiot de la part de la jeune-femme. Il ne savait pas vraiment pourquoi elle avait fait cela, bien qu'elle lui eut expliqué la raison. Il n'était pas sûr de devoir croire à son histoire. Après l'enfer qu'il lui avait faire vivre au collège, les insultes, les humiliations, le pourquoi du comment le dépassait totalement. En quoi le laisser mourir pouvait lui être insupportable ? Outre le fait qu'elle était une Gryffondor, elle ne pouvait pas l'avoir sauvé pour cette seule et unique raison. Alors bien sûr, il ne lui poserait jamais la question, d'une part parce qu'il n'était pas sûr de vouloir le savoir, ensuite parce qu'il ne voulait certainement pas avoir ce genre de discussion avec elle. Elle était bien trop fière pour lui avouer ses réelles motivations. Et puis, il aurait dû ne pas s'y intéresser. Pourquoi, tout d'un coup, l'idée d'être important aux yeux d'Hermione Granger l'obsédait à ce point ?
C'était une jeune-femme brillante, il n'y avait aucun doute et même lui, pendant les années de collège, s'était prit à penser et à l'avouer. Elle n'était pas belle, dans le sens propre du terme et elle était réellement insupportable. Il n'était pas censé se préoccuper d'elle, encore moins l'apprécier. Alors, par Merlin, pourquoi voulait-il savoir ce qui l'avait poussé à prendre autant de risque pour lui ? Était-ce simplement pour redorer son ego, ou parce que quelque chose se cachait sous ses allures altières et froides ?
« Vous semblez perdu. »
La voix d'Hermione le prit de court. Pour la première fois de sa vie, il avait baissé sa garde et s'était fait surprendre. Quel pouvoir avait-elle sur lui ? Lui avait-elle donné quelque chose pendant ses dix jours de « coma » ? Il fut en colère de voir à quel point, contre son gré, il se sentait en sécurité ici, dans cette maison vide et silencieuse, dans laquelle il aurait dû avoir toutes les méfiances du monde. Et il fut en colère contre lui, que tout cela se passe chez Hermione Granger. Il avait un réel problème avec elle, et il n'avait aucune d'idée d'où ça pouvait bien venir. Elle le mettait mal à l'aise, et il n'aimait pas du tout ça. Elle ne devait surtout pas le sentir.
« En réalité, dit-il après un temps, je réfléchissais à comment je pourrais éviter au maximum votre présence, étant donné qu'elle m'est imposée. »
Il osa un rictus, et se rendit compte que sa grimace n'avait pas du tout l'effet escompté.
« Si vous voulez partir, libre à vous, rétorqua Hermione d'une voix dure. Je ne voudrais pas vous infliger ma détestable présence. Et étant donné que je suis chez moi, je n'ai pas du tout l'intention de m'en aller. Par conséquent, la porte se trouve au fond du couloir. »
Elle lança un regard appuyé à Rogue, lui faisant comprendre qu'il n'avait pas trente-six solutions. Soit il partait, soit il restait, mais en aucun cas elle n'avait l'intention de subir son humeur exécrable. Alors elle s'assit à son tour, face à lui, vibrant d'une colère mal contenue, et attendit. Attendit qu'il parte, attendit qu'il reste. Et pendant ce laps de temps, elle aurait voulu lui dire des tas de choses, lâcher la pression, évacuer l'angoisse qui la prenait aux tripes, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Elle était bien trop en colère pour dire quoi que ce soit. Elle se contenta donc de le fusiller du regard, insistant sur le fait qu'elle n'était plus son élève et qu'elle n'avait pas l'intention de se laisser faire, surtout pas dans sa propre maison. Et Severus ne bougea pas. Hermione en fut soulagée, bien que toujours remontée. Elle savait qu'il partirait, dans très peu de temps si ça lui était possible, mais au matin, il serait là, c'était tout ce qui lui importait.
« Vous devez avoir faim, » déclara Hermione en donnant un coup de baguette désinvolte.
Plusieurs plats apparurent sur la table. Severus les regarda avec envie, bien qu'il n'y touchât pas. Il attendit qu'Hermione parte, et elle le savait. Il avait bien trop de pudeur pour oser manger devant elle, seul. Alors elle se leva, prit une bouteille d'eau dans le frigo et se dirigea vers la porte. Arrivée à l'embrasure, elle se stoppa, resta silencieuse un instant, et tourna la tête vers lui.
« Je vous ai mit une serviette de bain dans la salle d'eau, dit-elle avec nonchalance. Cette dernière se trouve à l'étage, avec un écriteau sur la porte. Ma chambre est à côté de la votre, au cas où vous auriez besoin de quelque chose. »
Severus hocha de la tête, sans la regarder. Hermione attendit quelques secondes encore et, avec une tristesse fulgurante, lâcha un « bonne nuit, Monsieur » avant de rejoindre sa chambre. Rogue resta quelque minutes pantois, ne réalisant que plusieurs minutes après qu'il était seul.
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La nuit fut agitée. Pour Rogue comme pour Hermione. Severus, n'arrivant pas à dormir, ne faisait que se tourner et se retourner dans son lit tout en écoutant les plaintes étouffées de sa voisine de palier. Sans doute devait-elle rêver de choses pas très agréables, à l'écoute des gémissements et du bruit sourd de draps qui se froissent sous les coups et les tentatives désespérées de fuite. Severus hésita plusieurs fois à aller la réveiller, la calmer, mais après mûre réflexion, il décréta que ça n'était pas son problème. Alors il se mura dans son esprit, faisant fit de tous les bruits avoisinants et tenta de ne penser à rien. Il aurait voulu avoir quelque chose pour s'occuper, mais alors que l'aube approchait, il se dit qu'il devait prendre son mal en patience. Et il ne réussit à s'endormir qu'une heure, sur les coups de six heures, après avoir écouté une dernière fois les pleurs et les cris d'Hermione.
Hermione qui, comme à son habitude après la guerre, ne fermait les yeux que pour cauchemarder de Bellatrix la torturant et gravant l'ignoble insulte sur son bras, de Voldemort tuant Harry, de Fred, de Remus, de Tonks, de Neville tué par Lucius Malefoy, de Minerva...Minerva qui n'avait pas succombé à ses blessures, mais qui était passée tout près de la mort après s'être jetée entre un sort lancée par un Mangemort et Hermione. Quel sort était-ce, elle ne le savait plus et ça n'avait pas grande importance, toujours étant que Minerva McGonagall avec sauvé la vie d'Hermione Granger. La vieille dame n'avait pas hésité. Pas un seul instant. Elle s'était simplement interposée entre un sort et une élève qui n'en n'était plus vraiment une. Hemione n'arrêtait pas d'y penser et une pensée l'obsédait plus que toutes les autres : que serait-il advenu d'elle si Minerva avait été tuée ? Parce que Minerva McGonagall morte, c'était inconcevable, mais Minerva McGonagall morte pour une faute qu'Hermione avait commise était impardonnable. Parce que malgré tout ce que pouvait bien en dire la vieille femme, c'était à cause d'Hermione que tout se désastre avait eu lieu. C'était Hermione qui n'avait pas regardé devant elle, Hermione qui n'avait pas fait attention un seul instant à ce qui se passait. Hermione qui avait poussé Minerva à prendre ce risque tellement inconsidéré. Alors aujourd'hui, Hermione allait voir son ancien professeur tous les jours à Sainte-Mangouste. C'était terrible, de la voir là, faible et triste d'avoir tant perdu, mais si fière de cette élève-ci, tellement heureuse d'avoir pu la sauver.
« Vous auriez pu mourir, » lui avait dit Hermione, le premier jour qu'elle était allée la voir.
Et Minerva avait sourit, de ce sourire si peu connu mais tellement chaleureux, si réconfortant.
« Cela aurait été un honneur de mourir pour vous, avait simplement répondu la Directrice de Gryffondor. Comment va Severus ? »
Hermione avait tellement hâte de lui annoncer qu'il s'était enfin réveillé. Minerva ne vivait plus que pour cela : apprendre que Severus Rogue s'en était véritablement sortit presque indemne. Minerva l'avait tellement soutenu pendant ces dix jours où Severus s'était retrouvé entre la vie et la mort. Le premier jour où Hermione avait été voir Minerva à l'hôpital, avait été celui où elle lui avait annoncé que Rogue avait survécu. Elle ne se souvenait plus des mots que la vieille dame avaient dit, peut-être n'avait-elle rien dit du tout, mais elle se souvenait parfaitement de ses yeux retrouvant la lumière et l'espoir. Ils avaient brillé d'une telle intensité, avec tellement de vivacité, qu'Hermione avait tout de suite compris quel lien amical unissait les deux collègues. Et malgré l'année cauchemardesque qu'elle avait dû passer à Poudlard alors que Severus, plus haït que jamais, avait prit le pouvoir sur le collège, Hermione savait combien son professeur pouvait se sentir coupable d'avoir douté de cet homme.
« Va-t-il s'en sortir ? » avait-elle demandé avec tristesse.
Hermione avait haussé les épaules, le regard perdu sur le visage sombre et fatigué l'écossaise.
« J'imagine que oui. Il n'a pas l'air d'en avoir envie et c'est un combat très douloureux, mais il s'en sortira. Je ferai tout pour. »
Peut-être Minerva avait-elle vu quelque chose dans le regard noisette de son élève, mais Hermione ne savait toujours pas ce qui l'avait poussé à prendre sa main dans la sienne, ridée, et de la serrer si fort que la jeune-femme en avait eu des fourmis. Minerva avait été tellement fière de voir que quelqu'un de sa Maison n'était pas assez en colère contre le Serpentard pour le laisser mourir. Et elle était d'autant plus fière que cette personne était Hermione Granger. En plus d'avoir sauvé la vie d'un homme que tout le monde croyait Mangemort, traître, meurtrier, elle l'avait hébergé chez elle, prit soin de lui, l'avait soigné, aidé à guérir et fait fit de tout sa méchanceté, de toutes les humiliations infligées, de toutes les insultes, les injustices. Et de cela, Minerva McGonagall ne pouvait être plus fière.
Du coup, Hermione ne pouvait que lui rendre visite, et c'était déjà beaucoup pour Minerva. Elles parlaient, apprenaient à se connaître plus encore, à tisser une relation amicale qui représentait énormément aux yeux des deux femmes. Et lorsque Hermione se leva, aux alentours de six heures, elle se retrouva à vouloir aller à Sainte-Mangouste. D'abord parce qu'elle n'avait pas envie de voir Rogue, mais aussi parce que c'était devenu une habitude pour elle de passer du temps là-bas. Elle ne faisait pas grand chose de ses journées, depuis la fin de la guerre et la solitude qui s'était installée dans sa vie devenait insoutenable. Elle avait besoin de compagnie, de voir autre chose que l'intérieur d'une maison qu'elle n'aimait plus et de prendre soin d'un homme qui ne la supportait pas plus qu'elle ne supportait d'avoir perdu ses parents. Et aller au Terrier était devenu une corvée pour elle. Bien qu'elle soit terriblement attristée par la mort de Fred, elle ne pouvait plus supporter l'ambiance qui y régnait. Toute la famille était en deuil, et elle ne voulait pas faire partie de cela, bien qu'elle sache qu'elle faisait partie de la famille. Molly et Arthur le comprenait. Pas Ron. Et elle ne voulait plus avoir de longues et interminables discussions avec lui sur leur avenir, sur l'absence de la jeune-femme auprès de lui, sur Rogue et sur tout ce qui faisait qu'ils ne s'entendaient plus.
Alors elle voyait Harry. Mais le jeune-homme était fatigué et n'avait plus l'entrain d'autrefois. Et si Hermione avait besoin de rire et de penser à autre chose, ce n'était pas en sa compagnie qu'elle pouvait le faire. Elle le soutenait beaucoup, parce qu'il vivait une période délicate et qu'il était très difficile pour lui d'avancer, d'oublier ce soir-là, ce moment où il avait cru mourir, ces instants où il avait vu des amis mourir. La mort de Dean et de Neville, en plus de celles de Tonks, de Remus et de tous les autres, avaient été terrible à supporter. Neville était un ami cher aux yeux de Harry et Dean avait été un garçon si gentil et intelligent que rien ne pourrait jamais plus être comme avant. Et ressasser tout cela n'était pas bon, pour aucun des deux amis. Bien sûr, leur amitié restait indéfectible, plus que jamais, mais Hermione ne pouvait plus être le pilier de ses amis, c'était trop pour elle. Elle restait là, à écouter les plaintes d'Harry, à supporter sa tête sur son épaule quand elle devenait trop lourde, à sécher ses larmes, mais elle n'était pas infaillible, et tout ceci allait finir par la rendre folle. Alors il n'y avait que Minerva qui pouvait la rendre véritablement heureuse pendant quelques heures. Parce que même si la vieille dame était faible, était passée si près de la mort, elle restait la femme douce et sévère à la fois, optimiste quand même un peu et savait oublier le passé quand elle voyait Hermione passer la porte de sa chambre. La guerre était finie et malgré toutes les pertes affreuses qu'ils avaient subit, ils avaient tous besoin d'avancer, de reconstruire le monde Sorcier et, enfin, vivre en paix.
Et quand Hermione alla dans la cuisine, lorsqu'elle se servit son café, elle sut, par elle ne savait qu'elle intuition stupide, que rien ne se passerait comme elle le voudrait. Du moins, aujourd'hui. Elle avait un espèce de pré-sentiment qui ne lui disait rien qui vaille. Au même moment, alors qu'elle était plongée dans des pensées sombres, on sonna à la porte, avec insistance. Elle se leva donc de sa chaise, se dirigea vers la porte, pria pour que Rogue n'ai pas entendu la sonnerie, et ouvrit la porte sur un Ron Weasley en larme, l'air plus penaud que d'habitude. Il entra sans même y être invité pour aller s'avachir sur le canapé, poussant un profond soupir de désespoir.
« Que se passe-t-il ? » demanda doucement Hermione en s'asseyant face à lui.
Le rouquin plongea ses yeux bleus dans ceux d'Hermione et la regarda profondément, ouvrant la bouche par moment, la refermant, comme un poisson perdu dans l'eau profonde d'un océan inconnu.
« Tu me manquais. »
La réponse était toute simple et, en soit, parfaitement prévisible. Pourtant Hermione en resta bouche-bée, comptant les jours passés loin de son ami qui n'aurait plus dû en être un, au vue des événements récents. Mais en vérité, le baiser qu'ils s'étaient donné dans la Chambre des Secrets ne représentait pas grand chose pour la jeune-femme, à contrario de Ron qui semblait se faire des illusions et tout un tas de schéma pour l'avenir.
« J'ai été très occupée, répondit simplement Hermione. Je suis désolée. »
Elle l'était, oui. Désolée de s'éloigner des ses amis, de cette famille qu'elle aimait tant. Mais le besoin qu'elle avait de respirer était plus fort que tout le reste.
« Occupée à ? » demanda timidement Ron, d'une voix rauque et éraillée par la boule qui obstruait sa gorge.
« Tu sais Ron, répliqua doucement Hermione, je ne crois pas avoir aucun compte à te rendre. »
Le garçon resta pantois par cette réponse et ne sembla plus pouvoir dire un mot. Il se contenta de la considérer avec un profond chagrin, les yeux remplis d'une tristesse qu'il semblait incapable de faire sortir.
« Je n'ai pas pris le temps de venir vous voir, reprit Hermione en se sentant coupable de sa réponse. Et j'en suis tellement désolée...Mais tu sais, j'avais besoin de me retrouver, d'être un peu seul. »
Et au même moment, alors qu'Hermione prononçait ce dernier mot, Severus Rogue apparut dans l'encadrement de la porte du salon, habillé de pieds en cape de ses robes presque noires. Il balaya la pièce du regard, sembla étonné de voir Hermione et lança un regard perçant à Ron qui le regarda avec une fureur inconsidérée. Il fut d'abord totalement idiot quand il vit la silhouette de Rogue, puis il ne comprit pas ce qu'il faisait là. Mais quand que le Maître des Potions posa ses yeux sur leur hôte, il se rappela que cette dernière avait prit, seule, la décision d'héberger le Mangemort chez elle le temps de sa convalescence. Et l'instinct mâle de Ron prenant le dessus, sa jalousie maladive conduisant son cerveau, il devint rouge de colère, fusilla Rogue du regard et tourna des yeux obscurcit par la haine vers Hermione.
« Tu étais occupée, siffla-t-il avec violence en se relevant brusquement. Je comprends mieux à quoi, maintenant. C'est sûr que ce traître est bien plus important que moi. Que nous ! »
Hermione parut offusquée par le comportement si puéril de Ron. Elle le regarda avec peine, esquissa une approche mais Ron recula violemment, se heurtant contre la bibliothèque. Ce qui eu pour effet de le mettre plus en colère encore et lorsqu'il se tourna vers Rogue, il sembla prêt à le frapper.
« Ron... »
La voix brisée d'Hermione eu raison d'elle. Elle fut incapable de dire quoi que ce soit, tant la situation était angoissante. Elle s'attendait que, à tout moment, Rogue décide d'ouvrir la bouche et d'humilier plus encore le jeune-homme. Alors elle lui lançait des regards suppliants, qu'il ne voyaient pas, étant donné que ses yeux étaient rivés sur Ron dont le visage passait par toutes les colories existantes.
« Ron s'il te plaît... »
Mais le jeune-homme leva la main, stoppa net les efforts d'Hermione à remettre de l'ordre dans son salon.
« Tu n'es qu'une traînée, lança Ron avec dégoût en la fuyant du regard. Et moi qui pensait que nous pourrions finir ensemble. »
Il y avait, dans la voix de Ron, un tel mépris qu'Hermione perçu à peine le tintement brisé qui perdit son ami. Il était en colère c'était certain, jaloux beaucoup plus que de raison, mais il y avait, dans son ton de voix, un tel déchirement que même Rogue, malgré son antipathie, devait l'avoir remarqué. Mais il ne disait toujours rien. Il se contentait de regarder la scène avec arrogance, un rictus moqueur au coin de la bouche. Tout cela devait paraître tellement mièvre à ses yeux, qu'il devait sûrement avoir envie de vomir. Mais il se délectait de voir Hermione dans cette situation, et il jubilait à l'idée d'un Ron Weasley le cœur déchiré par un amour impossible. Finalement, ça n'aurait pas dû le faire rire. Cette scène était toute l'histoire de sa vie.
« J'imagine que je devrais vous laisser. »
Il parla pour la première fois, d'une voix légèrement chuchotante, le regard abyssal, les traits tirés. Mais personne ne se préoccupa de lui ou de ce qu'il pouvait bien penser. Hermione était bien trop affligée par les derniers mots de son ami qu'elle était incapable d'entendre ou de dire quoi que ce soit. Elle se tenait seulement debout, les bras le longs du corps, les larmes perlant à ses paupières presque fermées par la douleur. Sa bouche était légèrement entre-ouverte tant elle était essoufflée par toute cette haine. Et Ron, dont le regard devenait de plus en plus brûlant, ne disait rien non plus. Peut-être regrettait-il ses paroles, peut-être en préparaient-il d'autres, mais une chose était sûre : il n'était pas en mesure de souffler le moindre mot. Alors faire attention à ce que Rogue disait était bien au-dessus de ses moyens. Et Hermione n'espérait qu'une chose, que Ron parte sans rien ajouter d'autre. Pourtant, alors qu'elle pensait qu'il allait exaucer son vœu silencieux, Ron ouvrit la bouche, dans l'évidente intention de dire d'autres méchancetés mal placées. Alors pour mettre fin au désastre, et parce que c'était plus que la jeune-femme ne pouvait supporter, Hermione repris ses esprits et dit, sans aucun préambule : « Tais-toi et rentre au Terrier. Cela vaudra mieux pour tout le monde. »
Ron resta paralysé un moment.
« J'y comptais bien, rétorqua-t-il. Je n'ai pas plus que toi l'envie de vous déranger plus que nécessaire. »
« J'espère que vous ne pensez pas que Miss-Je-Sais-Tout et moi pourrions avoir disons...une relation. »
Et ce mot écorcha la bouche de Rogue quand il le prononça. Comme si l'idée même l'écœurait au plus haut point.
« Si cette idée vous a, ne serait-ce qu'une seconde, effleuré l'esprit, alors vous êtes encore plus idiot que je ne le pensais, Monsieur Weasley. »
Ron tourna un regard fiévreux vers Rogue, prêt à lui sauter à la gorge.
« Je ne vous permet pas... » commença-t-il d'une voix tremblante.
« Je n'ai nul besoin de votre permission pour m'adresser à vous jeune-homme, asséna Severus d'une voix doucereuse. Le fait est que vous osez me manquer de respect en imaginant que je puisse coucher avec...elle. »
Il désigna Hermione d'un signe de tête un peu raide.
« Je vous prierai donc de cesser vos enfantillages et de sortir d'ici. »
Et le garçon devint encore plus pâle qu'il ne l'était déjà. Parce que se faire virer de chez Hermione par Hermione même était insupportable, mais se faire virer de chez Hermione par Severus Rogue était l'humiliation ultime. Un affront dont personne n'aurait souhaité être la victime.
« Il me semble, Monsieur, que vous n'êtes pas chez vous, ici, déclara Ron avec raison. Il n'est donc pas utile de vous dire que je n'ai pas l'intention d'obéir aux ordres d'un homme qui ne se trouve pas sur sa propriété. »
« Ça suffit ! »
Le cri d'Hermione résonna longtemps dans la pièce. En plus de ne plus supporter toute cette haine, ce mépris et cette animosité, elle ne voulait en aucun cas que les deux hommes ne finissent par se battre en duel. Elle ne voulait pas que Severus finisse par avilir Ron qui se trouvait déjà au plus bas.
« Ron, tu pars, ordonna-t-elle d'une voix sourde. Tu en as bien assez dit pour aujourd'hui pour avoir le droit de rester chez moi une minute de plus. Je suis ravie de savoir tout le bien que tu penses de moi aujourd'hui et te prierai maintenant de t'en aller avant que les choses ne tournent mal. Je ne t'ai jamais manqué de respect et, après la guerre, tu noteras que je ne t'ai jamais donné de faux espoirs en ce qui concerne notre relation. Pars. Je ne veux plus te voir. »
Et Ron, les yeux lançant des éclairs, s'en alla sans toucher mot, les épaules voûtées.
Severus et Hermione restèrent donc seuls, face à face, dans le salon devenu silencieux, cimetière d'une amitié brisée. Et Hermione ne voulait surtout pas écouter les sarcasmes du Maître des Potions. Déjà parce qu'il était beaucoup trop tôt et qu'elle était fatiguée, mais aussi parce qu'il n'avait rien à dire sur ce qui venait de se passer. Alors elle évita à tout prix son regard et esquissa un pas vers la porte. Alors qu'elle se retrouva derrière l'homme, il l'interpella, la voix pleine d'une arrogance mal dissimulée.
« Je vois que la Guerre a eu de mauvais effets sur vos amis. »
Hermione respira un grand coup, prête à exploser, et se tourna vers lui, le visage relevée, le dos bien droit.
« Je vous prierai de ne rien dire à propos de mes amis, lança-t-elle avec colère. D'abord parce que vous ne savez rien de ce qui s'est passé là-bas, ensuite parce que je refuse que vous ne m'envoyez votre dédain à la figure. Vous n'êtes pas chez vous ici et je sais parfaitement que vous ne voulez pas rester, alors nous allons faire simple. Partez. Quitter cette maison et n'y revenez jamais. Je n'attendais absolument rien de vous. Ni remerciements, ni compassion, ni quoi que ce soit. Ce que j'attendais encore moins, en revanche, c'est toute l'insuffisance qui émane de vous, toute cette aversion, cette ignominie. Je vous ai sauvé, peut-être n'aurais-je pas dû le faire maintenant que je suis sûre que vous ne vouliez pas survivre. Mais allez mourir, si vous le voulez tant. Dans le cas contraire, allez vivre ailleurs. Je ne vous ai pas sauvé pour recevoir plus d'avilissement de votre part. »
Et sans rien ajouter de plus, sans même prendre la peine d'observer la réaction de Rogue, elle prit congé de lui, sortit de la maison et transplana.
Voilà, voilà. J'espère que ce chapitre vous a plu. À bientôt pour la suite.
Eternely Snape.
