Encore merci pour les reviews, ça m'a fait énormément plaisir. Voici la suite, en espérant que cela vous plaise. Je précise que je suis actuellement en préparation d'un concours et que je ne suis pas sûre de pouvoir publier régulièrement les nouveaux chapitres. Je vais cependant essayer de faire de mon mieux et de publier au moins un chapitre par semaine.
Bonne lecture !
Quatre jours auparavant...
Tout avait commencé par une simple dispute.
Adossé contre la table de la cuisine, Futé essayait tant bien que mal de calmer les battements de son cœur. Il venait de perdre son sang-froid, ce qui n'était pas dans ses habitudes et il avait bien remarqué, en voyant le regard affolé de Frankie et la mine défaite de Murdock, qu'il avait dépassé les limites.
Dans la salle à manger, le silence n'était qu'apparent. Futé savait pertinemment que ses amis étaient en train d'échanger des messes basses à son sujet et cela le rendait d'autant plus furieux. Cela faisait bien longtemps qu'il ne se sentait plus à sa place dans l'équipe mais aujourd'hui, en écoutant Hannibal leur déclarer une fois de plus qu'ils devaient obéir à tous les ordres de Stockwell, il s'était senti complètement isolé. Pourquoi était-il donc le seul à trouver cette situation révoltante, presque écœurante ? Enfermés dans cette maison comme des vulgaires prisonniers, leurs moindres mouvements étaient habilement contrôlés et ils étaient forcés de remplir des missions pour une homme qui ne les respectait ni ne les comprenait. Mais ses amis semblaient avoir accepté la situation comme si cela leur plaisait. Barracuda se disait satisfait du moment qu'il n'était pas obligé de prendre l'avion et Frankie était prêt à tout supporter du moment qu'il obtenait son pardon pour retrouver sa famille. Quand à Murdock, il était probablement le plus heureux de tous puisqu'il n'était plus obligé de vivre à l'hôpital des vétérans et avait commencé une nouvelle vie. Avec sa petite amie, songea Futé avec amertume. Et un hamster ! En d'autres circonstances, il en aurait probablement ri.
Et puis, il y avait Hannibal bien sûr. Tous les jours, Futé guettait le moindre changement de sa part. Lorsque Stockwell leur donnait une nouvelle mission à remplir, il ne quittait pas le Colonel des yeux, priant pour que ce dernier réalise enfin que Stockwell se jouait d'eux et ne leur donnerait jamais le pardon tant espéré.
Il avait pourtant bien essayé de lui ouvrir les yeux mais comme d'habitude, Hannibal ne l'avait pas écouté. Il se rappelait encore du regard indifférent qu'il lui avait lancé, quelques mois auparavant, lorsque Futé avait annoncé qu'il avait changé d'avis et qu'il ne souhaitait plus s'en aller. Que tu partes ou que tu restes, ça m'est parfaitement égal, avait semblé dire le regard glacé d'Hannibal.
Partir. L'idée était toujours dans un coin de son esprit, elle ne l'avait jamais réellement abandonné. Tôt ou tard, il devrait partir. Rester un mois de plus dans cette maison, c'était le condamner à une vie qu'il ne désirerait jamais.
Mais quelle vie l'attendait au dehors, sans ses amis ? Il avait beau fanfaronner et leur raconter qu'il serait toujours capable de retomber sur ses deux pieds, il savait très bien que c'était un mensonge. L'escroc audacieux et déterminé qu'il avait été n'existait plus car force était de constater que l'équipe n'avait de toute façon plus besoin de ses talents.
Lentement, sa personnalité s'était effacée et il était devenu une ombre fugace, sorte de pâle copie de lui-même. Templeton Peck n'existait plus. Durant quelques heures, il avait cru pouvoir devenir Richard Bancroft mais cela aussi, n'avait été qu'une illusion. Sa demi-sœur Ellen ne lui donnait guère de signes de vie malgré toute la bonne volonté dont elle avait fait preuve en apprenant qu'il faisait partie de sa famille.
Quel désastre. Attrapant un verre d'eau qui traînait sur la table, Futé s'aperçut que sa main tremblait légèrement. Au moins, ça ne peut plus être pire...
— Je peux savoir ce qui se passe, Lieutenant?
Hannibal se tenait devant lui, le visage fermé, absolument impénétrable. Mal à l'aise, Futé détourna immédiatement son regard et reposa le verre sur la table d'un geste un peu trop brusque.
— Il ne se passe rien. Je crois que je ne suis pas vraiment dans mon assiette, c'est tout.
— Oh, répondit simplement Hannibal, l'air impassible. Et tu crois que ça justifie le fait de sauter à la gorge de Murdock comme tu l'as fait ?
— Ce n'est pas... Hannibal, je n'ai pas...
— Je commence à être fatigué de ton attitude, Futé. Je sais que notre situation n'est pas idéale mais tu pourrais au moins faire un effort, ou bien faire semblant de...
— Faire semblant ?
— Ça ne te posait aucun problème lorsque tu faisais semblant d'être un producteur de films pour séduire les filles et escroquer les porte-feuilles des autres ! J'arrête là, ou est-ce que tu veux que je te cite d'autres de tes magouilles ?
Futé eut l'impression que des litres d'eau glacée venaient de se déverser dans son estomac. Sa relation avec Hannibal n'était plus au beau fixe depuis des semaines mais il n'imaginait pas qu'il y avait une telle rancœur entre eux.
— C'est facile de critiquer, commença-t-il d'une voix vibrante de rage, lorsqu'on se comporte en permanence comme le petit toutou de Stockwell.
Il regretta immédiatement ses paroles. Provoquer Hannibal n'était pas exactement la meilleure chose à faire à cet instant précis mais les mots s'étaient échappés de sa bouche sans qu'il puisse s'en empêcher. C'était comme si la colère qu'il s'efforçait de refouler depuis qu'il avait mis les pieds dans cette foutue maison remontait enfin à la surface.
— Je pense qu'on devrait interrompre cette conversation avant que tu ne dises quelque chose que tu regretteras par la suite.
Hannibal avait dit cela sur un ton calme et posé mais Futé le connaissait suffisamment pour savoir qu'il devait être furieux. Cet air résigné, cette façon d'esquiver les conflits comme s'il refusait de se battre... Cela n'avait plus rien à voir avec le Hannibal qu'il connaissait et respectait.
— Alors quoi, c'est comme ça qu'on règle les problèmes, maintenant ? En les ignorant ? Je vais te dire quelque chose Hannibal : c'est moi qui suis fatigué de ton attitude. A une époque, tu ne recevais d'ordres de personne mais maintenant, on dirait que tu ne peux rien faire sans avoir l'accord de ce cher Stockwell. Moi, je n'ai pas accepté de faire partie de l'équipe pour être dirigé par un agent de la CIA douteux qui se fiche totalement de nos vies du moment que l'on joue aux braves petits soldats.
Un long silence s'ensuivit, au grand agacement de Futé. Hannibal avait le don de pouvoir lire dans les pensées des autres (nul doute qu'il avait déjà parfaitement deviné où Futé voulait en venir !) mais il était lui-même indéchiffrable. Il se souvenait encore d'une question embarrassée de Tawnia, quelques années auparavant, à la suite d'une mission qui avait failli mal tourner. Ils étaient montés à la hâte dans le van, échappant de justesse aux balles d'un gang de malfrats à cause d'une erreur dans le plan génial, mais fantasque, d'Hannibal. Ils avaient eu beau s'en être sortis sains et saufs, les doigts de Barracuda tenaient étroitement le volant à chaque virage et même Murdock était silencieux. Seul Hannibal, assis à l'avant, fumait son cigare avec délectation, un large sourire au visage. Tawnia, les yeux légèrement brillants et le cheveu décoiffé, avait alors lancé un regard affolé à Futé avant de chuchoter : On dirait qu'il ne ressent rien... Est-ce qu'il réalise seulement ce qui vient de se passer ?
Futé s'était contenté de hausser les épaules. Il ne s'était en réalité jamais posé la question. Hannibal n'avait peur de rien ou, s'il était effrayé, il avait le courage et l'intelligence de ne pas le montrer. De cela, Futé en avait toujours admiratif mais aujourd'hui, il aurait tout donné pour être à l'intérieur de son crâne pour y découvrir ses moindres pensées.
— Qu'est-ce que tu proposes alors, pour régler le problème ?
— Je vais partir d'ici.
Il n'arrivait pas à croire qu'il avait prononcé cette phrase sur un ton aussi neutre, comme si cela ne comptait pas réellement.
— Cette menace aurait beaucoup plus de poids si tu ne nous avais pas déjà fait le coup à deux reprises. Tu sais très bien que tu ne partiras jamais alors épargne-moi ta salive, tu veux ?
— Donc ça t'est égal, c'est bien ce que je pensais. Après tout, je n'ai pas grand chose à attendre de la part d'un type qui éclate de rire en apprenant que quelqu'un d'autre a été adopté à ma place !
Durant une fraction de seconde, Futé crut voir passer un éclair de douleur dans le regard pourtant si indifférent d'Hannibal. Sa bouche s'entrouvrit et ses épaules s'affaissèrent légèrement, comme s'il prenait finalement conscience de la gravité de la situation.
C'est alors que la porte de la cuisine s'ouvrit à la volée, un Murdock impatient apparaissant dans l'encadrement de la porte. Et l'instant presque magique, celui qui aurait pu changer l'histoire, disparut aussi vite qu'il avait surgi.
— Stockwell vient d'arriver ! Il veut tous nous voir, il dit que c'est important.
Son regard s'arrêta un court moment sur Futé comme s'il s'apprêtait à lui dire quelque chose mais il renonça au dernier moment et s'éclipsa de nouveau. Visiblement, le pilote était toujours vexé par les mots durs que Futé avait eu à son intention et ce dernier sentit son estomac se nouer. D'abord Hannibal, ensuite Murdock... Il était en train de détruire toutes les amitiés qu'il avait noué au cours de sa vie et cela le rendit soudain incroyablement triste.
— On devrait y aller, Stockwell n'attend pas, déclara Futé d'une voix amère avant de se diriger à son tour vers la porte. Il avait à peine fait quelques pas que la main d'Hannibal s'abattit sur son bras comme pour l'empêcher de partir. Mais Futé n'était plus d'humeur à discuter et il se dégagea violemment avant de claquer la porte de la cuisine.
Une fois à l'extérieur, il respira profondément et passa une main dans ses cheveux, geste qu'il faisait toujours lorsqu'il voulait reprendre le contrôle de la situation. En quelques secondes, il parvint à retrouver la maîtrise de lui-même et un large sourire apparut même sur son visage.
Peut-être qu'Hannibal avait raison, finalement. C'était si facile de faire semblant.
(…)
— Messieurs, c'est une mission un peu particulière que j'ai à vous confier puisque je vais seulement avoir besoin de l'un d'entre vous.
Les cinq hommes assis sur le canapé échangèrent des regards interloqués. Qu'est-ce qu'il mijote encore, ce crétin ? songea Futé tout en regardant Barracuda serrer les poings. Oh ça, c'est pas bon signe.
— C'est une mission très simple mais qui doit rester strictement confidentielle. Si vous vous déplacez à cinq, vous aurez plus de chance de vous faire repérer. Et quand vous saurez de quoi retourne la mission, croyez-moi, vous comprendrez pourquoi il ne doit y avoir qu'un seul homme.
— Justement Stockwell, et si vous nous disiez de quel genre de mission il s'agit ? s'enquit Hannibal d'un air méfiant tandis que Frankie hochait vigoureusement la tête.
— Bien sûr. Il s'agit de...
Mais déjà, Futé ne l'écoutait plus. Le regard rivé sur Hannibal, il attendit, espérant voir finalement ce qu'il attentait depuis des mois. Mais au lieu de s'opposer nettement à Stockwell, de lui faire comprendre d'un simple « non » qu'il n'était même pas envisageable que l'un d'entre eux accomplisse une mission seul, Hannibal écoutait attentivement les paroles du militaire et ne regardait même plus les autres membres de l'équipe.
Un éclair de rage traversa Futé et l'instant suivant, sans réfléchir à ce que cela impliquerait et tout en sachant pertinemment qu'il était en train de commettre une énorme erreur, il se tourna vers Stockwell et déclara d'une voix forte :
— Je suis volontaire.
