Chapitre 2

L'Avarice.

« Ne faites donc pas comme l'avare, qui se prive de tout à ne vouloir rien perdre ».

J.J Rousseau

Regina se tenait devant la baie vitrée, un verre de brandy à la main. Sa silhouette claire obscure devant le théâtre de la nuit. Les yeux rivés le ciel.

« Maman ? »

La brune se retourna en se rassemblant. Elle sourit à son fils, qui a quelques mètres s'apprêtait à monter dans sa chambre.

« Chéri ?

-Est... est-ce que tu t'es disputé avec Emma ? »

La brune reçut la question en plein ventre.

« Non ! Affirma-t-elle. Pourquoi ?

-Tu fais toujours cette tête lorsque tu te disputes avec elle... »

Regina sourit encore, de force, et de cette inquiétude si pure qu'elle pouvait lire, transparente.

« Tu n'as rien à craindre rassura-t-elle. Il semblerait finalement qu' Emma Swan ne soit ni la seule ni la pire source d'affliction à Storybrooke ! » plaisanta-t-elle.

Mais au lieu de rire, l'adolescent descendit de quelques marches

« Est-ce que tu veux en parler ? »

Le cœur de Regina se serra. Henry devenait un jeune homme sensible et fort.

« Pas pour le moment, plus tard peut être »

Le jeune garçon fixa sa mère dubitatif et inquiet puis finit par acquiescer, et par poursuivre son chemin jusqu'à l'étage.

Regina expira.

Elle cueillit une nouvelle gorgée d'alcool ambré, avant qu'une pensée ressurgisse. Elle se retourna vers l'escalier désormais vide.

« Le festival des talents », du lycée d'Henry. Elle avait oublié de demander à quelle heure au juste elle devait s'y rendre. Aurait-elle oui ou non le temps de recevoir Melle Hawkins ce matin là ?

Et... et qui était cette Allison ?

La brune roula des yeux.

Déjà, tout ce désordre la rendait inapte ! Elle pouvait sentir sa clairvoyance et sa rigueur s'enfuir, poussées par ses émotions turbulentes.

A propos de Robin, d'abord, dont elle ne comprenait pas l'attitude. Vraiment... après tous ces mois ?

Est-ce que New York avait changé la situation ?

Est-ce qu' une ville avait le pouvoir de faire ça ?

L'archer avait invoqué des raisons valables, douloureuses, éprouvantes, mais valables. Elle s'était accroché à elles pendant quatre mois, pour se rappeler que le bien justifiait cet avenir qu'elle n'aurait plus. Dans la déchirure de ses rêves, elle s'était répétée jusqu'à en devenir ivre, que le sens dans cette épreuve était le sens qu'elle ne voulait plus perdre.

Protéger. Soutenir. Sauver. Etre quelqu'un de bien.

Qu'est-ce qui avait changé ? Pourquoi Robin lâchait aujourd'hui prise et voulait revenir en arrière ?

Est-ce qu'il avait brisé leur projet de manière si désinvolte ?

La colère serrait sa poitrine, suivit d'un soulagement coupable, d'être choisie, par dessus tout. L'adversité n'était finalement pas tout à fait parvenu à lui voler l'histoire, cette fois. Et cette victoire dissipait nombre des larmes qu'elle avait versé.

Et il y avait Emma. MAIS, il y avait Emma, qui rendait tout ce tourbillon encore plus complexe. Et qui rendait son esprit quasiment vide et dysfonctionnel depuis des jours.

Regina regarda son téléphone, inerte, posé sur le comptoir.

« Désolé pour vendredi prochain, trop de boulot au bureau »

Voilà les derniers mots qu'elle avait reçus. Après d'autres annulations jour après jour.

Cet écran résolument noir finissait par lui donner envie d'hurler. Depuis combien de temps n'avait-elle plus eu envie de faire ça ? D'hurler à plein poumon ?

Ses doigts se crispèrent autour du verre.

Emma.

Ce prénom tapissait ses pensées, comme toujours. Mais elle avait toujours eu raison de lui, d'une manière ou d'une autre. La haine avait aidé, l'orgueil aussi. Henry, plus que tout.

Mais aujourd'hui ?

Il persistait, comme la brûlure de l'alcool au fond de sa gorge.

Ou qu'elle soit, quoi qu'elle fasse, elle finissait par se souvenir. Un sourire se dessina sur ses lèvres quand de sa mémoire agitée surgirent les images, indéfectibles, ingérables.

Emma déposant au pas de sa porte, chaque matin, toutes les pâtisseries aux pommes trouvables à Storybrooke. « Pour lui redonner baume au cœur », pendant la période la plus difficile de sa rupture.

Regina rit un peu.

Emma Swan était absurde et entêtée, résolument. Magnifiquement.

« Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? » se rappela-t-elle encore.

Emma lui avait posé la question après s'être installée sans sa permission sur le comptoir du café. La brune avait levé un sourcil en réponse.

« A part...la mort douloureuse de certaines personnes... » avait précisé la blonde.

Regina avait rit au milieu des larmes qu'elle retenait.

Elle avait soupiré.

« Partir...loin... Oublier cette histoire... ne plus y penser un moment » avait-elle souhaité à voix haute, épuisée, lasse du chagrin dramatique qui agrippait son cœur où qu'elle aille.

«Ok.

-Pardon ?

-Met ton manteau, dépêche toi, on y va !

-Où ? »

La blonde avait souri, fixé ses yeux :

« Où tu veux »

Elle avait seulement laissé un billet de 20 dollars sur le comptoir et sans qu'elle n'ait le temps de comprendre, Regina se trouva installée à l'intérieur de la voiture ridicule du shérif.

« Emma...avait-elle soupiré exaspéré, je dois récupérer Henry au lycée dans 1 heure »

La blonde avait sorti son téléphone et pianota sur l'écran.

« Miss Swan, tu es bien placée pour savoir qu'écrire des sms au volant est irresponsable»

Emma lui avait tiré la langue.

« Mon père va récupérer Henry... et le garder jusqu'à ce qu'on revienne

-Mais tu ne m'as toujours pas où est-ce qu'on va !

-parce que TU ne m'as toujours pas dit où est-ce qu'on va... » avait rétorqué la blonde.

Les heures étaient passées, Regina trop énervée pour gratifier Emma d'une réponse. Elle ne s'était même pas sentie s'endormir. Jusqu'à ce qu'Emma la réveille.

« Swan ? Commença-t-elle déjà inquiète de l'endroit où elles se trouvait en regardant par la vitre.

-Shhh... » interrompit la sauveuse.

Elle comprit à peine lorsque Emma sortit de sa voiture et fit le tour pour venir lui ouvrir.

« Viens ! » Encouragea-t-elle avec enthousiasme.

Regina resta sceptique.

« Gina, viens aller »

La brune finit par s'extraire en soupirant, avant de regarder autour d'elle, sans rien reconnaître.

« Regarde » entendit-elle.

Elle se retourna et son souffle se crispa dans sa gorge.

Au devant, s'étalait la mer, bordée par la corniche pâle et sauvage. Les pins s'élevaient d'un vert sombre, distillant dans l'air leur odeur mêlée aux embruns. Regina avança, captivée, éblouie tout à fait en voyant à l'horizon, des rayons s'étirer dans le ciel.

L'aube. Combien d'heures avaient-elles roulé ?

Elle sentit son cœur battre plus fort en scrutant la lumière se débattre pour naître, repoussant la pénombre et son empire. Des larmes inconscientes dévalèrent doucement ces joues, elle inspira, gorgeant sa poitrine de l'air marin, iodé et paisible.

« Où est-ce qu'on est ? Demanda-t-elle, la voix rauque

-Je ne sais pas trop »

Elle se tourna vers Emma et sourit.

« Est-ce qu'on est assez loin ? » demanda la blonde.

Dans ses émotions, la brune n'avait fait qu'acquiescer. Et toutes les deux s'assirent à même le sol. Elles restèrent sans rien dire, une heure peut être deux. Jusqu'à ce que la majesté alentour emplisse Regina jusqu'au cœur de son être.

Alors elle se leva, sa voix plus calme qu'elle ne l'avait entendu depuis des lustre.

« On rentre » dit-elle doucement avant de se tourner vers la voiture. Emma la suivit sans un mot.

L'air pensif sur le visage de Regina se crispa au souvenir.

Emma s'était montrée impétueuse et extravagante très souvent, bousculant brutalement sa vie plus d'une fois. En avait résulté cette fraîcheur qui avait balayé son chagrin aux moments les plus lourds.

Et peut-être même apaisé d'autres plaies bien antérieures. La brune s'était laissée bercée par cette habitude d'être... importante. Protégée même, de toutes ces manières absurdes. Dérisoires pour la plupart, fortes pourtant, à un point qu'elle n'aurait pas imaginé.

Se remettre du départ de Robin était son objectif. Mais elle avait fini par se sentir plus entière que jamais.

Jusqu'à ce mail, qu'elle n'avait pas envisagé.

Emma lui en voulait-elle ? L'avait-elle déçue ?

Regina se perdait en hypothèses angoissantes. Elle n'avait certainement rien demandé à Robin... et ne lui avait même pas répondu. Pourquoi Emma serait-elle en colère ?

Ou alors...

Il s'agissait de Hook.

A cette pensée, le ventre de Regina se noua. Le pirate était-il revenu de ses déplacements ?

Elle se détourna de la baie vitrée, nerveusement, pour s'asseoir dans un des fauteuil le regard absent. Elle but de nouveau à son verre... et cette gorgée lui parut acide.

Hook. Jeune, dandy. Arrogant. Puéril.

Regina passa une main dans sa chevelure. L'histoire se répétait-elle ? Devait-elle toujours finir par passer en second... balayée par des retours prodigues ?

Comme Robin... Emma lui avait donné l'impression de combler un vide. Comme lui... et elle sourit un peu...mieux que lui même, Emma avait changé les choses, le monde, pour en forger un autre, loin des souvenirs, loin... des blessures.

Comme Robin, mieux que lui même, Emma lui avait donné la paix, offerte sur un plateau d'argent.

Comme Robin, la Sauveuse... avait changé et aujourd'hui ne lui donnait plus rien.

Dans ce refrain, Regina se crispa finalement.

Comme Robin... pensa-t-elle. Sous le choc elle se leva... s'approcha du buffet jusqu'à ce que son visage se reflète dans le miroir suspendu. Elle s'observa.

Comme Robin...

A ceci près, qu'Emma et elle n'avait jamais été en couple. Idée absurde. Regina déglutit.

Idée absurde vraiment ?

Elle paniqua.

Bien sûr que cette idée était absurde.

Evidemment. Et si elle ne s'était pas laissé emporter par ses déboires sentimentaux, elle aurait peut être eu la présence d'esprit de le réaliser !

Elle ne pouvait pas attendre d'Emma cette attention qui lui manquait aujourd'hui à en brûler ses veines !

Elle ne pouvait pas attendre qu'Emma décide de toujours envoyer tout au diable, pour elle.

Elle ne pouvait pas et elle pesta les dents serrées, parce qu'elle voulait, oh... elle le voulait désespérément, comme elle n'avait rien voulu depuis des lustres.

Emma Swan était... hors limite, hors de sa portée, pour au moins mille raisons et certainement par nature. Comment avait-elle pu oublier ?

Il était temps pour elle de se reprendre et de reconstruire les murs, pas tous, mais ceux qu'elle n'aurait jamais dû abaisser.

Car elle ne voulait pas y revenir, au passé écorchés vifs.

Quand bien même il lui restait peu d'humanité, peu de cœur... ou d'âme, elle ne pouvait pas prendre le risque de le perdre.