Une succession de petites scènes pour mettre les choses en place x) j'ai pas du tout coupé ma fic en chapitre, alors je publie vraiment au feeling xD


Deux heures du matin résonnent dans la bibliothèque. Ankou soupire et pose sa Faux sur un socle, libérant instantanément les âmes des morts récupérées lors du bal masqué. Contrarié, il fait tourner les pages de son carnet usé où sont marqués les informations sur les défunts. Il n'a pas pu tout valider à cause du Démon et de ses sous-fifres, encore une fois ils ont tué au hasard. D'un geste machinal de la main, il envoie chaque âme rejoindre son livre respectif où sont écrits tous les agissements de sa vie. Tandis que l'opération s'effectue, le Shinigami met son carnet à jour à précisant quelles âmes sont définitivement perdues à cause de Samaël. Il allume la lampe à pétrole sur la table pour avoir une meilleure visibilité et ouvre le tiroir contenant les carnets des autres Shinigami. Il prend le temps de les consulter les uns après les autres pour voir le travail accompli par les siens à travers le monde, puis il saisit une longue plume noire et écrit avec soin les noms suivants des âmes à récolter pour les prochaines vingt-quatre heures. Le grattement de la plume sur le papier est reposant, il est concentré sur sa tâche. Elle ne lui est pas obligatoire, si ce n'est pas lui qui écrit les noms, ça sera un autre. Tout comme il n'est plus obligé de ramasser les âmes des défunts. Le temps où il était le seul Shinigami existant est révolu depuis des siècles et il n'est pas peu fier d'avoir réussi à mettre en place ce bâtiment, les différents services, la fabrication des lunettes, les missions de recrutement, la fabrication des Faux différentes, le système des carnets…Il est le supérieur de tous. Un grade qui lui octroie plus de libertés puisqu'il peut complètement laisser son entreprise de Shinigami entre les mains des plus sérieux. William est un excellent sous-directeur, en qui il a pleinement confiance, à titre d'exemple. Il n'est pas le seul à exceller dans son travail. Lorsqu'Ankou laisse la gestion du bâtiment entre les mains d'autres, il peut partir à la traque aux Démons. Au début, il s'est mis à les chasser pour protéger ses nouvelles recrues. Certaines revenaient blessées ou ne revenaient pas du tout parce qu'un maudit Diable avait décidé que l'âme à récolter lui revenait. Samaël n'est pas idiot. Autrefois, il envoyait ses Démons dévorer les âmes des êtres humains à la charge des tous jeunes Shinigami, en connaissant parfaitement leur inexpérience. Ankou ne l'a pas laissé faire, il a affronté un par un tous ces diables qui ont voulu contrarié ses plans et les a tués. Un jeu de chat et de souris auquel il a pris goût avec les années.

Ankou range les carnets dans le tiroir et lève son regard phosphorescent vers l'horloge affichant quatre heures.

Parfois, revenir à ses débuts, ramasser les âmes, écrire les noms, a quelque chose de reposant et de nostalgique en même temps. L'ennui a commencé à le gagner. Ou du moins…

Un sourire se peint lentement sur ses lèvres. Samaël est sorti de son trou. Il n'a jamais eu l'occasion de rencontrer le Diable supérieur malgré les siècles. Et le Prince des Déchus ne sort pas pour rien. S'il est dehors, c'est qu'il est sur un contrat. Il ne veut plus d'âme basique, il lui faut de la saveur, du goût… Ankou est prêt à parier sa Faux de la Mort que le Diable est à Londres ou dans les alentours. Le jeu va maintenant être de le trouver et de le tuer. Ce ne sera pas une mince affaire, le Diable a plus d'un tour dans son sac et il est difficile de le repérer, contrairement à ses congénères. Mais c'est un jeu dont le Shinigami connaît les règles par cœur : se cacher pour mieux observer.

Il reprend sa Faux et éteint la lumière en sortant de la bibliothèque. Il a le temps de dormir deux heures avant d'entamer le travail, c'est peu. Ce maudit Diable lui a donné plus de travail que prévu.


Les mains agiles du Croque Mort finissent de polir le couvercle d'un cercueil lorsqu'il entend la clochette à l'entrée de son magasin tinter. Il lève son regard vert, un mince sourire étire ses lèvres :

- Monsieur Michaelis, quelle surprise.

Le Marchand s'approche en jetant des coups d'œil curieux autour de lui :

- J'ai décidé de suivre vos conseils et de vous montrer ce que je peux proposer à la vente.

- Oh, excellente idée. Tenez, vous pouvez vous installer là, propose immédiatement Adrian en lui désignant le bureau.

Sebastian pose sa mallette à l'endroit indiqué et note que son interlocuteur a troqué sa tenue de soirée contre un habit noir trop grand pour lui et que ses cheveux se sont partiellement échappés de son catogan. Le Croque Mort s'approche de la mallette pour observer les couteaux, fourchettes et cuillères devant lui :

- Magnifiques. Puis-je… ?

- Bien sûr, répond immédiatement le Démon.

Adrian s'empare d'un chiffon propre et prélève avec précaution une fourchette qu'il examine avec soin :

- Le travail est soigné, le manche délicatement ouvragé…

Il fait tinter le métal d'une pichenette avec l'ongle, le son mélodieux qui s'en échappe amplifie son sourire.

- Ce que vous proposez plaira à coup sûr à la noblesse d'ici. Je suis invité à une autre fête demain soir, j'en profiterai pour parler de votre travail.

- Je vous en remercie, répond Sebastian en inclinant la tête.

Le Croque Mort fait sauter le couvercle d'un pot de vernis et enduit un pinceau. Sebastian referme sa mallette et suit du regard les poils du pinceau glissant sur le couvercle en bois. Il cherche un sujet de conversation et prend le premier qui lui passe à l'esprit :

- Beaucoup de travail, je suppose ?

- Enormément.

- Et vous comptez tout faire… seul ?

Adrian sourit à nouveau :

- Oui, je n'aime pas déléguer du travail, j'ai toujours l'impression qu'il sera mal fait.

- C'est tout à votre honneur. Peut-être puis-je vous aider ? Je n'ai rien prévu de mon après-midi et après les évènements de cette nuit, je pense qu'un coup de main vous sera plus que bénéfique.

Une lueur pétille dans le regard émeraude. Adrian semble l'évaluer du regard et lui présente le manche du pinceau :

- Très bien, finissez de passer le vernis, ça ne devrait pas être trop compliqué.

Le Marchand retire ses gants et son veston pour rester en bras de chemise et attrape le pinceau. Adrian installe de nouveaux tréteaux dans l'atelier et pose une nouvelle planche en bois sur lequel il dessine les contours avec une pointe de charbon.

- Vous m'avez dit être au courant de bien des choses. Auriez-vous quelque chose à me raconter, par exemple ? On parle beaucoup de Jack l'Eventreur depuis que je suis arrivé.

Le Croque Mort lève les yeux vers lui :

- Il est amusant de voir la police chercher le responsable, ils n'ont pas pensé à venir me demander des informations, à moi qui vois les corps.

- Et vous n'allez pas raconter ce que vous savez ? s'amuse Sebastian.

- C'est plus drôle de les voir tourner en rond. Mais je peux vous raconter, si vous le souhaitez. Si vous transmettez les informations à la police par la suite, cela donnerait un coup de pouce à votre réputation et vous gagnerez des clients.

Intéressé, le Démon acquiesce. Plus il parviendra à se faire connaître, plus il aura des proies à proposer aux siens et moins il sera soupçonné si on le considère comme un parfait marchand irréprochable qui aide son prochain.

- Il s'agit de prostituées, si j'ai bien suivi l'affaire.

- Tout à fait exact, répond Adrian.

Sebastian étale le vernis. Adrian manie la scie avec précision, une pluie de copeaux tombe sur le sol, empêchant la moindre discussion.

- Les meurtres ont commencé bien avant ce que vous croyez, reprend le Croque Mort en reposant la scie. La façon de tuer a évolué.

Le Diable écoute avec attention les informations que lui donne son interlocuteur, fasciné d'entendre un humain parler de la mort sans la moindre crainte. Bien sûr, c'est son travail, il côtoie des cadavres à longueur de journée, mais au lieu d'être las Adrian semble respecter à la fois la vie et la mort de chacun.

Sebastian songe que cet humain peut être intéressant, plus qu'il ne le pensait jusqu'à présent. Il est divertissant. A coup sûr, si Adrian devenait un Démon, il aurait sa propre façon de mener les contrats, avec une forme de respect envers sa proie et Sebastian est sûr que le Croque Mort ne se contenterait pas d'âme bas de gamme.

Le temps passe étrangement vite dans les Pompes Funèbres, Adrian a pu avancer dans son travail, secondé par Sebastian qui l'a aidé à couper des planches, à les vernir et à monter un autre cercueil. Le tout ponctué par d'informations données par le Croque-Mort qui ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Avec un certain regret, le Démon prend congé, décidé à aller faire un tour au commissariat avant la fermeture pour donner les informations capitales qu'il vient d'obtenir.

Adrian le suit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'angle de la rue, puis referme la porte de sa boutique. Il s'étire en baillant longuement. La journée a été longue et il n'a pas assez dormi lui nuit dernière.


Sebastian Michaelis a vite compris comment tourner les choses à son avantage. Les informations données par le Croque Mort lui ont été d'un secours incroyable. Grâce à elles, la Police a pu arrêter la coupable, responsable des meurtres des prostituées. Le nom de Sebastian Michaelis a fait la une des journaux. Entre le coup de pouce d'Adrian Crevan et la publicité qu'il s'est faite grâce à l'arrestation, le « Marchand d'argenterie » commence à gravir les échelons de la société et reçoit des invitations. Autant de choix qui lui permettent de programmer d'avance les fêtes où il interviendra ou non, seul ou avec ses Démons.

Conscient que le Croque Mort est une mine d'or pour lui apprendre des éléments inconnus du grand public et que sa compagnie est loin d'être désagréable, il ne se prive pas pour aller lui rendre visite. Il est même presque étonné que le gérant des Pompes Funèbres parvienne à en savoir autant alors qu'il passe son temps à fabriquer des cercueils. A cette question, Adrian répond toujours avec un rire :

- Les morts ne racontent pas d'histoire, selon les gens. C'est faux. Les morts sont plus bavards que les vivants et ils ne mentent pas surtout.

- Aucun cadavre ne ment, tu es sûr ? demande Sebastian. On peut pourtant les falsifier, brouiller les pistes…

- Oh, on peut toujours essayer, c'est vrai, répond Adrian en lui servant un thé qu'ils prennent sur un cercueil fermé réquisitionné en table. Mais si l'on est un minimum attentif, on remarque immédiatement ce qui est vrai et ce qui est faux.

- Tu as un exemple à me donner ?

Le Croque Mort réfléchit et acquiesce :

- Tu as lu le journal de ce matin ? On parle de la mort d'une jeune fille.

- Un suicide, oui. On l'a retrouvée pendue dans sa chambre.

- C'est un meurtre.

Sebastian hausse un sourcil perplexe. Adrian pouffe :

- Le cadavre de cette demoiselle est ici, je l'ai étudié. Je t'assure qu'elle a été tuée, étranglée, par quelqu'un de plus fort qu'elle, puis que le meurtrier a camouflé ça en suicide.

- Pour quelle raison ?

- Elle fréquentait un jeune Vicomte et malheureusement elle n'était pas de sa classe. Lui est fiancé à une autre demoiselle de son rang.

- Justement, cette fille a pu mettre fin à ses jours parce que l'homme qu'elle aimait préférait rester avec sa fiancée, remarque le Démon qui ne se lasse pas des conversations qu'il partage avec le Croque Mort.

Principalement des sujets autour de la mort, d'ailleurs.

- Elle était enceinte, mon cher ami, répond Adrian en tapotant son doigt sur la table improvisée. Je te laisse imaginer de qui. Je ne peux que supposer ce qu'il s'est passé, mais je pense qu'elle a prévenu le père de l'enfant et que ce dernier a souhaité qu'elle s'en débarrasse. La discussion a mal tourné, il l'a étranglé, puis a fait croire au suicide. Je suis formel, les traces sur son cou et l'examen du corps montre qu'il y a eu une confrontation physique et deux marques de strangulation, dont une post-mortem.

- Mais tu n'as pas de preuve que c'est le Vicomte qui l'a tuée.

- Exact. Je ne peux qu'affirmer qu'il ne s'agit pas d'un suicide et qu'elle attendait un enfant, le reste n'est que supposition.


Un jeune Vicomte de Londres donne une fête phénoménale dans sa demeure pour fêter ses fiançailles. Sebastian est présent. Il est bien décidé à transformer cette fête en une fiesta pour ses congénères. Quelle heureuse surprise d'apprendre l'évènement le lendemain du jour où Adrian lui a parlé du meurtre-suicide. Il n'a pas eu de difficulté à s'infiltrer à la fête et sent d'ici la saveur de l'âme du Vicomte : peur, mensonge, trahison… peut-être se la réservera-t-il pour lui. Amusé, il virevolte sur la piste de danse avec la fiancée de l'hôte des lieux tout en surveillant ses Démons du coin de l'œil. L'un d'eux vient d'entrainer une jeune femme vers un fauteuil mis à disposition pour se reposer entre deux danses et se penche vers elle comme pour s'assurer qu'elle se porte bien. Le mouvement est simple, rapide, du coin de l'œil personne ne fait attention au fait qu'en réalité il la tient par les épaules, que la tête de la proie dodeline un peu et qu'elle s'affaisse ensuite dans le fauteuil comme si elle piquait un brusque somme. Déjà, le Démon est au bras d'une autre cavalière, rassasié d'une âme fraiche. Satisfait, Samaël s'incline devant la jeune femme qui a dansé avec lui, puis se dirige vers le Vicomte plongé en grande conversation avec une autre personne.

- Pardonnez mon intrusion, Monsieur, s'excuse-t-il. Je souhaite vous parler d'un sujet de la plus haute importante.

Le jeune Vicomte tourne un regard peu intéressé vers celui qui vient de l'aborder : un peu plus âgé que lui, les yeux d'un ambre tirant sur le rouge les cheveux longs et noirs ramenés soigneusement en arrière, des vêtements à la dernière mode. Cette dernière constatation le fait remonter directement dans son estime :

- A qui ai-je l'honneur ?

- Mon nom ne vous sera d'aucune utilité. Par contre, je souhaite m'entretenir avec vous en tête à tête, au sujet d'une jeune fille retrouvée pendue… Une source sûre m'a informé à ce sujet, on murmure qu'il ne s'agirait pas d'un suicide…

Il savourer la lueur de frayeur qui s'allume dans le regard du Vicomte qui s'empresse de regarder autour de lui pour savoir si on les a entendus. Rassuré sur ce point, il fait signe au Démon de le suivre et l'entraine dans son bureau. Samaël ne lui passe ni le temps de poser des questions, ni celui de se défendre : il plaque sa main autour du cou de l'humain et aspire son âme avant de repousser le corps. Il se passe la langue sur les lèvres en finissant d'avaler son repas en ayant une pensée pour le travail qu'il est en train de fournir à Adrian et se demande comment ce dernier interprètera le décès de ce jeune idiot. C'est alors que ça recommence. Il sent les siens s'éteindre à toute vitesse. Sans perdre de temps, Samaël se rue hors de la pièce et traverse la salle où se déroule la pièce en n'étant qu'une ombre à laquelle les humains ne prêtent pas attention. Trop tard. Lorsqu'il arrive dans le jardin, c'est une pile de corps qui l'attendent et Ankou est paisiblement adossé contre un tronc d'arbre.

- Tu devrais arrêter ce genre de petite sortie, lance-t-il au Diable tout en examinant ses longs ongles noirs. C'est me mâcher tout le travail que de réunir tous les tiens au même endroit.

Samaël bondit, son poing percute le tronc. Le Shinigami est maintenant appuyé contre une barrière et rit :

- Tu ne m'attraperas pas facilement, Diable.

Il brandit sa Faux et fait un ample mouvement avec, obligeant le Démon à reculer vivement :

- Tu as de la chance, j'ai une tonne de travail qui m'attend et donc guère le temps de m'amuser avec toi.

Sebastian s'apprête à riposter, avant de réaliser que l'un des siens est toujours en vie. Un oubli de la part du Shinigami ? Rien n'est moins sûr, mais le Diable préfère pour le moment la survie des siens à une confrontation avec l'ennemi. Il opte pour le repli et se précipite dans la demeure pour entraîner son congénère loin du terrible Pourfendeur de Démons.


- Ce Shinigami, qui est-il ? demande brusquement Baron en tournant la tête vers Samaël.

Le Chef des Démons pose son regard rouge étincelant sur son sbire. Ils se sont réfugiés dans la Dimension Infernale, parallèle au Monde que nous connaissons et semblable à ce dernier, si ce n'est que les Démons règnent en maître sur ces lieux.

- Ankou.

Baron fronce les sourcils :

- Qu'a-t-il de si différents par rapport aux autres ? Autrefois, tu ne fuyais pas devant les Shinigami, tu nous as envoyé maintes fois les affronter pour récupérer les âmes qui les intéressaient !

- Ankou n'est pas un Shinigami bas de gamme, répond calmement Samaël en regardant l'heure.

- Tu as fui devant lui.

Le Diable se hérisse, sa main griffue frappe instantanément le visage de son interlocuteur dont la tête cogne contre un mur :

- Je n'ai pas fui, je t'ai mis en sécurité. Ne me fais pas regretter ce choix. Ose encore une fois douter de moi et je te mets sur son chemin pour qu'il te taille en morceaux.

Confus, Baron met un genou à terre en signe de respect et baisse les yeux :

- Veuillez m'excuser, mon Prince.

Samaël s'assoit sur son trône et croise les jambes, les mains posées sur l'accoudoir il regarde son sous-fifre qui n'ose plus bouger. Les yeux de ce dernier se relèvent un peu. Comme tous ses semblables, il admire énormément leur chef. Leur Prince qui servait autrefois une sorte de Divinité qui voulait faire sa loi, il a osé se rebeller contre lui. Ils ont été beaucoup à le suivre, loyal jusqu'à le suivre dans sa chute hors de ce qu'on nomme le « Paradis ». Samaël est beau. Encore plus lorsqu'il a son apparence Démoniaque, son corps humain ne lui rend pas justice. Ses longs cheveux noirs lui tombent jusqu'au milieu des omoplates, des mèches indisciplinées viennent souvent caresser ses joues pâles rehaussées de deux yeux d'un rouge flamboyant. Il a le visage fin, les traits bien dessinés et fins, un nez parfait, une bouche magnifique qui sait complimenter au châtier. « Dieu » n'est pas du genre à s'encombrer de laiderons, Samaël était le plus beau. Ses pieds sont souvent déchaussés, ses jambes couvertes de son pantalon bouffant font souvent tourner les têtes sur son passage, en particulier là où le tissu déchiré laisse entrevoir un bout de mollet parfaitement galbé ou une cuisse qui appelle à la débauche. Et son torse est quasiment nu, à l'exception des deux bandes de cuirs qui se croisent sur sa peau avant de se muer dans son dos en cape à douze pans, vestiges de ses anciennes ailes.

- Ankou est respecté même parmi les siens, reprend Samaël. Son nom est craint dans le monde de l'ombre, aucun Démon ne doit avoir la sottise de le sous-estimer. Il se bat comme personne et ne recule devant aucun obstacle.

Il se tapote pensivement le menton, puis reprend :

- Je vous ai mille fois mis en garde contre un Shinigami qui s'en prenait aux nôtres. C'est de lui dont il s'agit.

- Le Pourfendeur… marmonne Baron.

- Exact. Se retrouver en face de lui est synonyme de mort quasi instantanée, si tu le vois, tu dois t'en aller immédiatement, c'est un ordre.

- Il doit pourtant bien avoir un point faible ! s'entête le Démon.

- Possible, mais nous ignorons lequel et il ne va pas le crier sur les toits. Il a impressionné la Mort elle-même alors qu'il était encore humain.

Baron écarquille les yeux, soufflé par l'information. Samaël se relève :

- Ankou chasse, il chassait déjà humain, il continue de chasser en tant que Shinigami. Il n'a aucun Maître à qui obéir, sauf la Mort qui lui réclame les âmes. C'est un accord passé entre eux depuis ses siècles, il collecte les âmes qu'elle demande, sans dévier de la liste qu'elle lui fait parvenir. Au fur et à mesure du temps qui s'est écoulé, il a recruté d'autres Shinigami pour l'aider dans son travail, la Mort est ravie. La seule contrainte : ne pas tuer d'autres personnes en dehors de la liste communiquée. S'ils le font, ils sont consignés à résidence pour un temps indéterminé. Tout le monde trouve son compte dans cette organisation et Ankou veille sur les siens et les protège sans hésitation.

- Pourtant, on n'a pas entendu parler de lui pendant si longtemps…

- C'est certainement un être très occupé, il a pu calmer la chasse aux Démons pour se concentrer sur le travail de Shinigami. A aucun moment ça ne signifie qu'il a cessé de nous traquer.

Tout en parlant, le corps de Samaël se modifie, ainsi que ses vêtements, laissant place au respectable Sebastian Michaelis :

- Je te laisse le soin de prévenir les autres de se méfier. Ankou a décidé de faire de moi sa cible, vous êtes tous en danger.

Baron hoche gravement la tête.