2 – Le Hall 7 1/3
Le samedi matin, je fis un effort vestimentaire: je choisis ma plus jolie jupe et pris un soin tout particulier à mes cheveux (du moins les tirais-je dans tous les sens pour en faire un chignon à peu près acceptable). Quand je rejoignis papa dans le salon, je remarquais qu'il avait repassé sa robe de sorcier et qu'il tenait dans sa main un bouquet de violettes.
- Tu es sûr pour les fleurs? me moquais-je. Ca ne fait pas trop…ringard?
- Ah oui, soupira-t-il. J'avais oublié ton absence totale de romantisme. Sachez, jeune fille, qu'offrir un bouquet à une dame n'est pas « ringard ». Tu verras quand tu en recevras un…
Je grommelais vaguement que ce jour n'arriverait probablement jamais, mais papa ne m'entendit pas. Il jeta un coup d'œil à la pendule magique qui ornait le salon et annonça qu'il était l'heure.
- Prête? demanda t-il en me tendant la main pour le transplanage. Attention: un, deux, trois!
Pouf! Nous nous retrouvâmes plongés dans l'effervescence de King's Cross. Nous n'avions pas atterri sur la quai 9 3/4, mais dans le hall 7 1/3, celui des départs et arrivées par Poudre de Cheminette vers l'International. C'était un immense hall éclairé par un plafond magique, comme à Poudlard. Sur les murs qui se prolongeaient à l'infini et d'où pendaient des bannières pourpres et or, de grandes cheminées accueillaient les voyageurs dans des gerbes de fumées vertes. Un immense tableau en lettres d'or indiquait les horaires et les destinations, que des farfadets changeaient en fonction des horaires et des pays. Le hall était bondé de sorciers et de sorcières, certains encombrés de valises et d'autres parlant une langue que je comprenais pas. Papa lut sur le panneau que l'arrivée par Cheminette en provenance de Paris arrivait dans quatre minutes, voie vingt-et-un. Sans lâcher sa main, je le suivis à travers la foule. Je percutais à plusieurs reprises des voyageurs pressés et mon pied entra en collision avec une valise laissée sans surveillance sur le chemin.
Il y avait beaucoup de monde devant la Cheminée vingt-et-une. Nous nous fîmes une petite place parmi la foule et attendîmes. Je fixais mon regard dans le feu qui pétillait joyeusement dans l'âtre, jusqu'à ce que les flammes se colorent en verts.
D'abord, le sous-secrétaire d'état français du Contrôle de Régulation des Chaudrons apparut, cordialement accueilli par son homologue britannique, et escorté par un journaliste de Chaudron Magazine venu immortaliser la rencontre.
Vint ensuite un groupe de gobelins en vacances. Je dus me mordre violemment la lèvre pour ne pas éclater de rire en les voyant tous débarquer, des lunettes de soleil perchées sur leur minuscule crâne, des tongs à leurs pieds, de lourds sacs à dos sur leurs épaules, et parlant le gobebabil d'un air très affairé.
Maman arriva juste après, tourbillonnant avec grâce. Elle sortit de la cheminée fraîche et pimpante, sans la moindre trace de cendre sur sa robe de sorcière bleue, et sans qu'un seul de ses cheveux blond ne s'échappe de son chignon sophistiqué. Un sourire naquit sur ses lèvres quand elle nous vit. Elle embrassa d'abord papa - je pris soin de regarder ailleurs - puis elle me serra dans ses bras, m'enveloppant de son parfum à l'eau de rose.
- Comme tu m'as manqué, ma poupette! s'exclama t-elle au creux de mon oreille.
- Maman, grommelais-je, sentant ses mains tripoter ma chevelure.
Papa offrit son bouquet que maman trouva très beau, il lui prit sa valise et nous nous écartâmes de la foule.
- Comment était ton voyage? demanda-t-il.
- Merveilleux! s'exclama maman. Il y a eu une semaine de dédicace, et j'ai rencontré mes lectrices françaises. Elles sont absolument adorables! Elles m'ont dit attendre avec impatience la parution de mon prochain roman…
Je levais les yeux au ciel: je n'attendais pas, moi, avec « impatience » que ma mère se penche sur la rédaction de son prochain livre.
Elle était écrivain à succès dans le monde de la sorcellerie, connue sous le pseudonyme de Mary Blythe. J'aurais aimer dire qu'elle avait rédigé l'intégrale de l'Histoire de Poudlard ou, mieux encore, quelques ouvrages sur la Magie Noire.
Mais non.
Ma mère écrivait des romans d'amour torrides.
C'était elle qui avait rédigé les plus grand succès littéraires de ces dix dernières années, tel que Pour l'amour d'un Sorcier, la Sorcière Insoumise, Mordu par Amour ou encore l'Esclave du Sorcier. Chaque parution déclenchait l'hystérie parmi les sorcières, qui adulait l'auteur. Son dernier ouvrage, Amour sur un Balai, était d'ailleurs classé parmi les dix meilleures ventes et encensé par les lectrices de Sorcière Hebdo.
Une fois de retour à la maison, maman reprit son rôle de maîtresse de maison : elle écouta attentivement papa lui raconter sa semaine de travail tout en arrangeant son bouquet dans un vase, fit le tour du frigidaire pour constater qu'il manquait du beurre, du lait et du bacon, tapota du bout de sa baguette la vaisselle entassée dans l'évier depuis une semaine et finit par regarder plus attentivement mes BUSE en triant son linge:
- J'avais pensé aller au restaurant ce soir, me dit-elle. Pour fêter tes BUSE. Qu'en pense-tu? On pourrait aller sur le chemin de Traverse.
- D'accord, mais pas dans ce boui-boui des Trois Citrouilles. Pourquoi pas au Hibou Fringant?
- Ils ne servent que des hamburgers… objecta-t-elle.
- Justement… S'il te plaît ?
Je cherchais le regard de mon père, en quête de soutien.
- Ne me mêlez pas à ça! se récria-t-il. Mais c'est vrai que si on pouvait éviter les Trois Citrouilles…
Maman soupira, mais finit par donner son accord.
- Mais je veux que tu laisses ton écharpe hideuse à la maison! protesta t-elle, juste pour avoir le dernier mot.
Le soir venu, nous nous rendîmes sur le Chemin de Traverse, où papa nous avait réservé une table au Hibou Fringant. J'adorais ce restaurant, qui faisait certes un peu vieillot, mais qui servait les meilleurs hamburgers de Grande-Bretagne.
Un jeune serveur arriva et nous conduisit à notre table. Il nous tendit la carte du menu:
- Un triple pour moi, avec cuisson à point, dis-je aussitôt sans regarder la carte. Beaucoup de mayonnaise et n'hésitez surtout pas pour les frites. Et je vais prendre un soda. Sans glaçons.
- Polly! gronda ma mère, où sont passées tes bonnes manières?
- S'il vous plaît, finis-je par dire avec un sourire forcé.
- Mademoiselle est une connaisseuse, plaisanta le serveur.
Je rougis violemment en dépliant ma serviette. Le serveur laissa mes parents prendre leur temps pour choisir et me promit de revenir le plus vite possible avec ma commande.
- Je n'en reviens pas! s'exclama maman lorsque le serveur s'éloigna. Je ne me souviens pas de t'avoir élevée comme ça!
- Mais je sais ce que je vais prendre, alors pourquoi attendre? lui répondis-je.
Ma mère ouvrit la bouche, prête à rétorquer, mais papa lui tapota discrètement la main en secouant la tête. La bouche pincée, elle porta son attention sur le menu.
Je laissais mon regard vagabonder dans la salle de restaurant. Je repérais aussitôt le personnage qui franchissait la porte, vêtu d'une cape verte et or, sa barbe et ses cheveux soigneusement peignés et ses lunettes perchés au bout de son long nez aquilin.
- Ca alors! m'écriais-je. C'est Dumbledore!
Le professeur Dumbledore, entendant mon exclamation, se tourna vers moi et me salua. Un serveur s'approcha de lui - il tourna rouge pivoine quand il vit à qui il avait affaire. Dumbledore lui chuchota quelques mots à l'oreille et le serveur le pria de le suivre. Ce faisant, ils passèrent à côté de notre table.
- Callum McBee ! Quelle agréable surprise!
- Professeur Dumbledore, Monsieur, répondit papa en serrant la main du directeur de Poudlard. Un plaisir, Monsieur.
- Et Miss Mary Blythe…poursuivit Dumbledore en déposant un baiser sur la main de ma maman, qui rougit de plaisir. Dites moi quand va sortir votre prochain roman! Je suis impatient de le lire! J'ai beaucoup apprécié le dernier…
- Vous lisez mes romans? s'étonna t-elle. J'en suis très honorée, professeur! Je vous ferais parvenir le prochain par hibou dans ce cas là…
- Allons, allons, voilà qui est bien aimable!
Il se tourna vers moi, ses yeux bleus pétillants de malice.
- Je suppose que vous fêtez l'obtention des BUSE de cette jeune demoiselle? Je me permets de te féliciter à mon tour, Polly. J'ai cru comprendre que tu avais obtenu la note maximale en Histoire? Voilà qui est fort bien!
- Merci professeur, dis-je en rougissant à mon tour.
Le jeune serveur arriva au même moment avec ma commande, et Dumbledore huma délicatement l'odeur suave de l'hamburger.
- Je n'ai jamais résisté à leur triple avec double ration de mayonnaise, me confia Dumbledore. Callum, Mary, je vous souhaite une excellente soirée et un très bon appétit. Quand à moi, je vais m'entretenir avec celui que j'espère être le prochain professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Je te revois à la rentrée, Polly.
Puis, il rejoignit en sifflotant la table préparée à son intention.
- Il lit mes romans! s'exclama ma mère, enchantée.
- Ce qui me fait peur, c'est qu'il lit ce genre ce roman, rétorqua mon père avant de se tourner vers le serveur qui attendait la commande. Je vais prendre un classique sans oignons, s'il vous plait.
Maman choisit une salade légère avec un verre de vin blanc. Elle attendit que le serveur retourne en cuisine pour glisser une petite enveloppe blanche vers moi.
- Ton cadeau, précisa-t-elle.
Je m'essuyais les mains et déchirais l'enveloppe sans délicatesse. J'en sortis deux billets pour le match de Quidditch opposant l'Ecosse à l'Angleterre pour les qualifications de la Coupe du Monde de Quidditch. Mon cœur bondit aussitôt de joie et j'embrassais à profusion mes parents.
- Et tu n'imagines même pas ce que j'ai du faire pour obtenir les billets! ronchonna papa en me volant une frite.
Je serrais mes billets contre mon cœur, souriant comme une idiote. Maman leva son verre:
- A tes BUSE, ma poupette! Puisse tu faire de même avec tes ASPIC!
Et voici le chapitre 2!
J'ai oublié de préciser lors du précédent chapitre que l'idée de l'écharpe magique n'est pas de moi. J'ai emprunté cette merveilleuse idée au roman la Passe Miroir, que je conseilles de lire!
A bientôt pour le chapitre 3!
