Bonjour tout le monde ^_^

Alors voilà la suite de la fanfic. Le chapitre 2 est plus court que le 1 parce que la partie suivante va être assez longue et je me suis dit que si je l'intégrais à celle-ci ça allait prendre un peu de temps pour publier la suite :/

Je me rattraperai avec le chapitre 3 ;p

N'hésitez pas à poster des reviews pour me donner vos feedbacks !

Et merci à ceux qui me lisent et me commentent =)


Lorsque son corps rencontra le moelleux du matelas, Eames poussa un long soupir de satisfaction. Enfin un peu de repos. La journée avait été épuisante et atrocement longue. Il avait cru qu'on ne lui permettrait jamais de rejoindre sa chambre. Chambre presque vide, puisque le Forger avait laissé tous ses documents de travail et la plupart de ses affaires dans l'autre hôtel, par mesure de précaution. Il n'emmenait jamais rien qui pourrait le confondre lorsqu'il partait en mission d'infiltration, c'était fondamental. Et il amenait toujours peu d'affaires afin de pouvoir se carapater rapidement si les choses tournaient au vinaigre. Fort heureusement, Eames avait une mémoire remarquable. Il enregistrait tout ce qu'il voyait et entendait avec une facilité déconcertante, ce qui lui évitait de devoir prendre des notes. Les informations étaient toujours plus sûres dans sa tête que sur un bout de papier ou un disque dur. Et de toute façon, il n'avait pas besoin de grand-chose dans sa chambre, puisqu'il passait la plupart de ses soirées à dormir du sommeil du juste, trop épuisé pour faire autre chose.

Ses paupières se fermèrent sans effort, et il se demanda un instant s'il avait le courage de se lever pour se déshabiller et prendre une douche ou s'il allait juste s'endormir ainsi, le corps disposé en étoile de mer, tout habillé. En temps normal, il n'aurait pas dit non à un petit verre de scotch : c'était toujours agréable de finir sa journée sur une courte méditation bercée par l'alcool. Il poursuivait généralement ce petit plaisir solitaire par une séance de taquineries avec Arthur. Malheureusement il n'avait pas d'Arthur à disposition ici, puisque l'hôtel où il se trouvait actuellement était à l'autre bout de la ville par rapport à l'hôtel où s'était installée toute l'équipe. Ce qui signifiait : pas d'objet de divertissement pour le Forger.

Oh bien sûr, Eames avait toujours été parfaitement capable de se trouver de nouveaux sujets de distraction. Après tout, il avait vécu de longues années sans connaître Arthur, mais récemment, le Point Man était devenu de loin son jouet préféré. Et particulièrement depuis qu'il avait découvert malencontreusement l'homosexualité de l'américain, l'embêter lui avait semblé encore plus récréatif qu'avant. Eames avait certes un talent spécial pour ennuyer les gens en général, et ce peu importe leur caractère, mais Arthur détenait sans nul doute la palme des réactions les plus amusantes. Son air ennuyé, bien qu'il cherche à le dissimuler par un visage neutre, était irrésistible, et l'anglais avait toujours un mal fou à ne pas éclater de rire. Sa répartie, tout dans la retenue, jusqu'à ce que finalement Eames arrive à le faire sortir de ses gonds, était toujours plaisante. Le Forger n'avait pas souvenir d'avoir eu, avant lui, à faire à pareille source d'amusement. Les deux dernières semaines avaient été on ne peut plus distrayante du point de vue d'Eames. Il n'avait pas passé un jour sans taquiner Arthur au sujet de ses petits secrets. Tant et si bien qu'une journée sans son joujou le laissait déjà flirter avec l'ennui. Et cela faisait 3 jours maintenant qu'il n'avait pas vu le Point Man.

Penser à lui lui rappela les révélations faites par Arthur. Eames ne savait pas bien ce qui l'avait le plus frappé : le fait qu'Arthur soit gay, le fait qu'Arthur ait, en fait, une vie sexuelle, ou le fait qu'Arthur ait couché avec Cobb. Dom Fucking Cobb. L'anglais eut un petit rire silencieux. Il se demanda si Cobb était attirant du point de vue d'un homme, et il se trouva à devoir grimacer. Bordel, foutrement pas. Objectivement parlant il devait être plutôt pas mal, il avait d'ailleurs réussi à séduire Mal, qui était une très belle femme. Mais Eames avait des hauts le cœur rien que de s'imaginer étreignant Dom. Non en fait, la simple image de Cobb se trouvant à moins de 10 cm de lui était répugnante. Il chassa ce visage de sa tête et essaya de penser à autre chose.

Apres avoir classé le cas Dom, il se pencha logiquement sur celui d'Arthur. Était-il considéré comme séduisant du point de vue d'un mec ? Certainement. Même Eames, dont les hormones ne s'émoustillaient habituellement qu'à la vue de belles femmes, le trouvait beau, en un sens. Il était grand, mais moins que lui, plutôt longiligne, sa minceur dissimulant parfaitement sa force. Il avait une musculature très fine, beaucoup plus discrète que celle du Forger. Il avait aussi un joli visage, même si celui-ci était occupé la plupart du temps par un air grave, trop concentré ou réprobateur. Sa coiffure était ridicule, du moins du point de vue d'Eames, mais en levant un peu la main sur le gel, il était certain qu'Arthur pourrait changer ça et n'en sortir que plus charmant encore.

Eames ouvrit les yeux, se sentant maintenant parfaitement réveillé. Charmant ? Depuis quand pensait-il qu'Arthur était charmant ? Il esquissa un rictus et roula sur le côté pour se retrouver sur le flanc. L'idée était grotesque. Il n'aimait pas cette idée. Il n'aimait pas le fait qu'il pense que Cobb soit répugnant et Arthur charmant. Mais Eames était très bien placé pour savoir qu'une idée n'est jamais facile à écarter. C'était le plus résistant des parasites, après tout.

Quelqu'un frappa à la porte et le Forger fut ravi qu'on l'interrompe dans le flot de ses pensées. Il bondit sur ses pieds et alla accueillir son visiteur. Comme il s'y attendait, il s'agissait de Leonard Ebels, le frère de leur cible. Il était, comme toujours, sur son 31, ce qui compensait quelque peu le fait qu'il soit foncièrement laid. Il adressa un large sourire à Eames alors que celui-ci se poussait pour le laisser entrer.

« Alors, Carpenter, j'espère que vous avez encore assez d'énergie pour m'accompagner dans le plus grand casino de la ville ? »

Les yeux d'Eames s'illuminèrent. Le mot Casino fonctionnait sur lui comme le mot croquette sur n'importe quel cabot idiot. Certes, il y a 10 minutes à peine, il n'aspirait qu'à s'écrouler dans son lit. Mais il craignait un peu de ne pas parvenir à s'endormir et de rester éveillé, allongé dans le grand lit, à se remettre à penser que fucking Arthur était fucking charmant. Dans cette situation, opter pour le Casino semblait le choix le plus rationnel. Et puis, Eames ne disait pas non à une soirée Casino, jamais, même lorsque le chiffre sur son compte bancaire était précédé d'un signe moins.

« Je ne manquerais ça pour rien au monde. Laissez moi une vingtaine de minute et je vous rejoins dans mon plus beau costume dans le hall de l'hôtel »

Déclara-t-il avec ce fameux sourire en coin charmeur qu'il utilisait habituellement sur les femmes, mais parfois aussi pour mettre en confiance quelqu'un. Ça marchait toujours à merveille, et ce sur n'importe qui. A quelques exceptions près, parmi lesquelles figurait d'ailleurs Arthur. Cette tête de mule était d'une méfiance sans pareille, et semblait douter des intentions d'Eames d'autant plus lorsque ce dernier lui servait ses petits rictus. A côté de ça, il pouvait parfois se montrer d'une naïveté sans pareille. Le fonctionnement interne du Point Man était encore bien mystérieux pour Eames. Tout en fermant la porte de sa chambre, il secoua la tête. Encore Arthur. Décidément, ces derniers temps, il n'arrivait plus à se sortir l'américain de la tête. Et c'est sur cette réalisation relativement alarmante que le Forger fila sous la douche.


La fièvre du jeu avait au moins un bienfait sur Eames : celui de lui vider totalement la tête de toute autre préoccupation que celle de savoir s'il allait gagner ou perdre. Les verres d'alcool payés par Ebels ingérés entre les paris avaient été d'une aide certaine également. A 23h, le Forger trottinait gaiement et maladroitement d'une table à l'autre, pinçant au passage les fesses des femmes trop moulées dans leurs robes près du corps sans la moindre once d'élégance. Il ricanait bêtement sans raison apparente, et racontait à qui voulait bien l'écouter les plaisanteries les plus grasses qu'il avait dans son répertoire. Eames n'était pas un grand amateur de blagues en temps normal, leur préférant très largement les traits d'humour. Mais en l'occurrence, il n'était pas dans un état normal, il était même complètement saoul. Heureusement pour tous, ivre ou pas, il savait tenir sa langue et jouer un rôle. Toutes les créatures féminines du Casino pensaient avoir été abordées par un certain William Carpenter, homme d'affaire dans le domaine touristique. Il en allait de même pour les hommes auxquels Eames avait été présenté par John Ebels et avec qui il avait dû discuter quelques minutes. Même avec une quantité d'alcool anormalement élevée dans le sang, il arrivait plutôt bien à feindre un intérêt quelconque pour cette bande de snobinards égocentriques pince-sans-rire.

Mais bon sang, ce que l'équipe pouvait lui manquer. Tous. Yusuf qui, ne tenant pas l'alcool, devenait une espèce de zébulon surexcité avec un trop-plein d'affection dès qu'il dépassait les trois verres. Cobb qui, manifestement toujours hanté par son passé, se transformait en philosophe de café dès qu'on lui mettait une table, un fauteuil confortable et un verre de vin entre les paluches. Ariadne qui, comme beaucoup de jeunes filles de son age, devenait atrocement bavarde avec le concours des cocktails un peu trop chargés. A la différence près qu'au lieu d'énumérer les sacs et les chaussures qu'elle voulait s'acheter, elle listait généralement les éléments architecturaux qu'elle aimerait à tout prix intégrer dans son prochain rêve. Et puis Arthur qui s'asseyait toujours à côté d'Ariadne pour surveiller ce qu'elle buvait, qui jetait des regards faussement réprobateurs à Yusuf, qui hochait poliment la tête aux théories fumeuses de Cobb, et qui rabrouait Eames lorsque celui-ci essayait de le faire jouer ou de l'entraîner dans… quoique ce soit de festif en fait.

Ce n'était pas à proprement parler la dream team pour la majorité des gens, mais Eames avait fini par s'y habituer, à cette équipe. Il avait toujours aimé faire les choses seuls, et ce côté solitaire ressortait lorsqu'il était entouré d'abrutis comme ce soir. Après avoir passé tant de temps avec l'équipe sur l'affaire Fischer, il avait cru un instant être soulagé de revenir à sa vie d'avant. Mais lorsque Cobb lui avait proposé un autre cas, il avait presque sauté dessus tant il était excité à cette idée. Et depuis il avait passé déjà 3 mois avec eux et il ne s'en lassait pas. C'était même le contraire : il avait l'impression de s'amuser de plus en plus à leurs côtés.

« … ainsi que 3 hôtels sur la côte ouest. N'est-ce pas Carpenter ? »

Eames sursauta lorsque Ebels abattit sa large main sur son épaule. Il réalisa qu'il devait être en train de fixer la chemise jaunâtre de l'homme en face de lui depuis un sacré bout de temps, et il n'avait pas la moindre idée du sujet de conversation. Les affaires, probablement. Ca revenait toujours aux affaires, tôt ou tard. Les yeux gris du Forger glissèrent lentement sur son verre, totalement vide, alors qu'il répondait, d'une voix joviale.

« C'est tout à fait l'idée »

Le verre était vide, et c'était bien dommage. Eames aurait bien eu besoin d'une autre dose pour finir la soirée correctement. Leonard Ebels, à ses côtés, semblait fort heureusement du même avis que lui sur le sujet.

« Ah mais nous ne pouvons pas laisser un gentleman avec une coupe vide ! »

D'un geste de la main, il fit signe au petit groupe- car Eames réalisa qu'à part Chemise-couleur-pisse, Ebels et lui, il y avait 2 autres pingouins dans le petit cercle de discussion- de le suivre jusqu'au bar. Eames fut tenté d'en profiter pour s'éclipser mais fauché comme il était, il ne risquait pas d'obtenir un verre autrement que par le biais d'Ebels. Malheureusement la mode des femmes qui payent un verre aux hommes n'était pas encore très répandue. Autrement, l'anglais aurait probablement réussi à descendre quelques boissons gratuitement sans avoir à supporter les conversations business. Mais puisque le monde est parfois bien injuste pour ceux qui n'ont pas assez d'argent pour s'acheter un peu de tranquillité, l'anglais suivit docilement le troupeau.

Il jeta un regard plein d'espoir à sa montre, mais il n'était que 22h20, autant dire que la soirée était loin d'être finie. Alors que le barman lui tendait un verre de bourbon, Eames se retrouva à le gratifier d'un grand sourire empli de reconnaissance. Le whiskey allait probablement sauver sa nuit –mais pas ses souvenirs. L'anglais ne saurait d'ailleurs dire à partir de quel moment la soirée devint réellement flou. Ce qu'il en restait était un mélange d'évènements plutôt clairs dans sa mémoire, quoiqu'inexpliqués, et de choses beaucoup plus vagues qui se succédaient sans réel fil logique. Il se souvenait entre autre avoir commencé un strip-tease sur une des tables du restaurant du Casino, avoir été arrêté en plein élan par une jolie serveuse, et être allé ensuite dans les toilettes avec la jolie serveuse en question. S'en suivait une sorte de trou noir mémoriel, puis le moment où Eames avait décrété que c'était le moment idéal pour aller voir Arthur et partager avec lui son léger souci obsessionnel, afin qu'ils discutent ensemble d'une solution viable à ce problème.

Personne n'avait dû essayer de le freiner dans son élan, puisque lors de la prise de conscience suivante, Eames se retrouvait à interpeler des taxis devant le Casino pour qu'on le conduise jusqu'à l'hôtel d'Arthur. Ce qu'étaient devenus les crétins qui lui tenaient le crachoir depuis plusieurs heures déjà ? Eames n'en avait pas la moindre idée, et il ne pouvait pas s'en moquer d'avantage. Avec un peu de chance ils étaient tous aussi saouls que lui, et ne s'offusqueraient pas trop de sa disparition soudaine.


Arthur jeta un œil au réveil posé sur sa table de nuit. Deux heures du matin, et il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Encore en tenue de travail –pantalon de costume, chemise, cravate- il s'était jeté à corps perdu dans ses recherches pour s'occuper l'esprit. Depuis que Eames l'avait surpris avec un homme dans une situation embarrassante et que celui-ci le harcelait de questions tous les jours, il était d'autant plus difficile pour Arthur de se concentrer sur quoique ce soit. Son attirance pour Eames n'était pas nouvelle, mais elle s'était comme décuplée depuis ce soir là. Le Forger ne semblait pas particulièrement choqué par ce qu'il avait vu et appris. En fait, le brun ne savait pas franchement ce que son coéquipier avait dans la tête. Il avait, bien entendu, sauté sur l'occasion pour le tourmenter encore et encore, comme il avait l'habitude de le faire. Dès qu'il trouvait un nouveau sujet de taquinerie, il était impossible de le stopper. Arthur s'en fichait, et ne s'en formaliserait pas outre mesure, ayant l'habitude, si cela n'avait pas accentué, chez lui, son obsession. Il pensait sans cesse à Eames. Lorsqu'il fermait les yeux, il le voyait. Souvent, les remarques de l'escroc lui revenaient en mémoire. Il rêvait de lui, et pas toujours de manière très chaste –rarement, même, pour être exact. Ça devenait presque insupportable. Et depuis que le Forger était parti en mission d'infiltration et qu'il ne le voyait plus en journée, c'était encore pire. Comme si son esprit essayait de compenser l'absence physique d'Eames par une invasion mentale. Si ça continuait comme ça, Arthur allait devenir fou. A bien y réfléchir, il se demandait si sa santé mentale n'était pas déjà en sérieux déclin.

Arthur se raidit sur sa chaise. On venait de frapper à la porte de sa chambre. Ses yeux se reportèrent presque automatiquement sur le réveil : qui venait lui rendre visite à deux heures dix du matin ? Il fronça les sourcils, mais se dirigea tout de même vers l'entrée de la chambre d'hôtel. Avant, il alla tout de même récupérer son Glock 17 coincé sous son matelas. Ce n'était pas de l'excès de zèle, juste de la précaution. Lorsque l'on pratique le métier d'extracteur, on ne peut jamais baisser sa garde. Et pour dire la vérité, Arthur la baissait déjà bien trop souvent, ayant l'esprit trop occupé par une certaine personne. Prudemment, le corps tendu, la main sur le glock, il entrouvrit la porte de sa chambre. Il baissa sa garde presque instantanément en découvrant le visage de Eames qui l'observait avec un regard brumeux.

« Bordel ! Eames ! T'as vu l'heure qu'il est ? »

Grogna-t-il, chuchotant pour ne pas réveiller ses voisins de chambre. Quelque chose lui disait que c'était se donner trop d'effort pour rien. Eames n'avait pas l'air très frais. En fait il avait même l'air carrément ivre, et si déjà sobre, la discrétion n'était pas son fort, dès qu'un peu d'alcool se mêlait à la fête, ça devenait juste chaotique.

Ce fut seulement après s'être indigné de l'heure inappropriée que Arthur réalisa qu'Eames n'avait rien à foutre là en théorie, puisqu'il devait être dans l'autre hôtel, avec le client. Il n'eut cependant pas le temps de le questionner à ce sujet.

Le Forger lui adressa un grand sourire, pour une fois dénué de toute moquerie, indiquant à Arthur qu'il était déjà parti très loin, emporté par la volupté de l'alcool.

« [i]Darling[/i] » articula-t-il, non sans difficulté, sans même essayer de baisser la voix. « Je veux le faire avec toi »

Arthur fronça les sourcils. La situation l'agaçait au plus haut point. Il était tard, il était fatigué, il n'arrivait pas à se sortir Eames de la tête, et voilà que cet imbécile se pointait dans un état plus que critique dans sa chambre, en plein milieu de la nuit. En plus de ne pas être professionnel –que se passerait-il si Ebels l'avait fait suivre ?- c'était stupide et ô combien agaçant du point de vue de l'américain.

« Faire quoi, Eames ? A cette heure-là je ne fais rien du tout, et encore moins avec toi. Va dormir »

répliqua Arthur espérant, sans trop y croire, que cela suffirait à éloigner le Forger et à l'envoyer se coucher. Comme il s'y attendait, Eames n'avait pas le moins du monde l'air de vouloir partir. Il venait d'appuyer son bras contre le chambranle de la porte, se mettant à son aise et s'approchant encore d'avantage d'Arthur. A cette distance, le brun pouvait parfaitement sentir son haleine mêlée d'alcool et de… cigares ? Arg. C'était atroce, un supplice pour l'odorat, et il ne se gêna pas pour manifester son dégoût avec une grimace. Grimace qu'Eames ignora, volontairement ou non. Dans cet état, il était peu probable qu'il soit capable de se concentrer sur plus d'une chose à la fois. En fait, déjà sur une seule chose, ça ne semblait pas gagné.

« Je veux coucher avec toi »

Déclara-t-il simplement, haussant encore un peu la voix. Arthur sentit malgré lui un frisson lui parcourir le dos. C'était insupportable. Quelqu'un, là-haut, devait vraiment lui vouloir du mal pour se jouer de lui de cette façon. Lui envoyer l'homme dont il rêvait secrètement depuis des mois, dans un état d'alcoolémie avancé, c'était cruel. Il aurait été tellement facile de profiter de cette situation. D'ouvrir la porte et de le laisser rentrer. Mais Arthur avait toujours été un homme de raison. Il savait que si ça pouvait le combler une nuit, il ne lui serait que plus difficile de s'en remettre après. D'affronter le Eames sobre qui viendrait lui dire en riant, avec son sourire chafouin, qu'il ne se souvenait de rien, ou bien que l'alcool lui avait vraiment fait perdre les pédales. Arthur n'était pas doué pour panser ses plaies, et il avait déjà un mal fou à gérer cette histoire telle qu'elle était, il ne pouvait pas se permettre de tout aggraver pour une nuit de satisfaction.

« Tu es ivre, rentre chez toi. »

Donna-t-il pour toute réponse. Il voulut lui fermer la porte nez, pour mettre court à cet échange insensé, mais Eames semblait d'un tout autre avis. Usant d'une force qu'Arthur ne lui aurait jamais soupçonné dans un pareil état, il poussa la porte, prenant son coéquipier par surprise, et réussit à rentrer dans la pièce. Sans perdre de temps, il se jeta sur un Arthur plus que troublé, le plaquant avec ses mains et son corps contre le mur le plus proche, s'emparant de ses lèvres sans douceur et sans vergogne, essayant de forcer sa langue dans la bouche d'Arthur. Le goût du whisky et du tabac à cigare se répandit contre le palais du Point Man, dont le cerveau avait momentanément cessé de fonctionner. Il lui fallut de longues secondes avant de se rendre compte qu'il était coincé entre un mur et un Eames ardent, et que lui-même sentait son excitation monter beaucoup trop vite. Son cerveau tira la sonnette d'alarme, et réunissant ses forces, il repoussa l'ivrogne, qui tituba en arrière, l'air complètement sonné. Profitant de ce moment de flottement, Arthur le poussa avec brusquerie hors de sa chambre, dans le couloir de l'hôtel. Eames alla s'écraser lamentablement contre un mur, sur lequel il prit appui. Avoir été secoué ne lui avait visiblement pas fait du bien, et le Forger semblait maintenant avoir la nausée. Au vu de son air incommodé, il y avait même fort à parier qu'il soit en train de lutter contre une envie irrépressible de vomir. En temps normal, Arthur aurait probablement cédé et l'aurait laissé entrer, car il ne pouvait pas délibérément foutre à la porte un Eames qui avait de toute évidence besoin que quelqu'un le prenne en main, le foute sous la douche puis au lit. Mais là, c'était trop dangereux, et à ce stade le Point Man ne se faisait pas franchement confiance niveau self-control.

« J'ai dit : rentre chez toi ! » répéta Arthur, ne prenant plus la peine de parler à voix basse, et ne se gênant même pas pour crier. Les voisins devaient de toute façon déjà le haïr à ce stade. « Et la prochaine fois que tu veux me demander quelque chose, viens sobre » ajouta-t-il, plus bas cette fois, dardant un regard meurtrier sur l'homme saoul, avant de lui claquer la porte au nez.

Il resta un moment derrière la porte fermée, tendant l'oreille, guettant une réaction, espérant qu'Eames n'allait pas avoir l'idée lumineuse d'insister. Un bruit de régurgitation de l'autre côté de la porte lui indiqua qu'il était sûrement trop occupé à être malade pour tenter de s'imposer une deuxième fois. Arthur grimaça à nouveau, et s'éloigna de la porte en direction de son lit, où il se laissa tomber tout habillé. Fermant les yeux, il prit de grandes inspirations pour essayer de calmer les battements affolés de son cœur. Bon sang. Ça avait été juste. Qu'est –ce qui pouvait bien se passer dans la foutue tête d'Eames ? Est-ce qu'il ne tournait pas rond ? Le ventre d'Arthur se tordit soudainement, alors qu'une nouvelle idée s'imposait à lui. Est-ce que … non. Il devait se faire des idées. Est-ce qu'il y avait une chance, rien qu'une minuscule chance, pour que Eames soit au courant ? Qu'il ait deviné ? Non. Impossible. Arthur avait toujours été excessivement prudent. Il n'avait rien dit, à personne, n'avait jamais rien laissé transparaitre. Il s'était toujours montré particulièrement désagréable avec Eames, il évitait d'être près de lui lorsqu'il était ivre et d'être ivre lorsqu'il était près de lui. Quand Eames jouait les Don Juan, il s'arrangeait pour ne pas être là, pour ne pas qu'un regard jaloux dans sa direction ne soit surpris. Arthur avait été prudent, de A à Z, Eames ne pouvait pas savoir.

Arthur respira profondément. Il s'inquiétait probablement pour rien. Eames était juste ivre. Il pouvait faire preuve d'une connerie aberrante lorsqu'il était sobre, alors avec l'aide de l'alcool, il n'avait sûrement plus de limite. Il ne fallait pas chercher plus loin. Mais il allait falloir qu'il arrête d'imposer ces conneries là à Arthur. Il s'en était fallu de peu. Le Point Man avait failli céder. Il avait eu envie de céder. Envie de vivre ce qu'il avait mille fois imaginé et rêvé. C'était clairement l'idée la dernière idée à mettre en pratique, mais la gestion des émotions n'avait jamais été le fort d'Arthur. Dans un long soupir, l'américain essaya de se vider la tête. Cette enflure d'anglais allait le rendre fou. Et insomniaque, si ça continuait. Dormir n'était clairement pas au programme pour la nuit à venir.