Merci pour vos encouragements !
Voici un second chapitre pour poser un peu plus l'histoire et, je l'espère, attiser davantage votre curiosité sur la suite des événements.
J'étais à la base partie pour un OS, mais finalement, au fil des idées, j'ai décidé de découper en plusieurs parties cette courte histoire qui se rallongeait au fur et à mesure. Il devrait y avoir 9 chapitres au final.
Bonne lecture !
Neferemy.
JWSH
Au début, John ne comprit pas l'implication – et les conséquences – de ce manque qui lui tiraillait le cœur. Le quotidien suivait son cours au 221B Baker Street, dans leur routine à la normalité quelque peu insolite.
Lors d'un froid matin de novembre, le médecin se préparait à se rendre au cabinet médical pour effectuer son travail à temps partiel (aux horaires réduits pour avoir le temps de s'occuper de Rosie, mais aussi d'accompagner son fou de colocataire sur les scènes de crimes). Il n'était pas en retard, mais pas en avance non plus. Ayant rapidement bu sa tasse de thé, il tournait dans l'appartement, un toast dans une main, un hochet dans l'autre, en parcourant mentalement la liste des objets nécessaires à mettre dans le sac de sa fille. Il devait déposer Rosie chez Molly – qui était en congé – avant de se rendre au cabinet.
Il regarda nerveusement sa montre placée à son poignet gauche : il devait se dépêcher. Il ferma d'un coup sec le sac de sa fille et jeta un coup d'œil au salon : Sherlock était affalé dans son fauteuil, uniquement vêtu d'un pantalon en flanelle et de sa robe de chambre en soie bleue complètement ouverte sur son torse d'albâtre. Le détective semblait en pleine méditation, les mains jointes sous son menton, mais posait de temps en temps son regard sur sa filleule, qui battait des mains dans son parc et observait de ses grands yeux bleus le détective en gazouillant.
John s'arrêta quelques secondes devant cette vision, ne pouvant retenir son sourire. Puis il marmonna un juron en constatant sa tenue ; il devait partir dans les cinq minutes s'il voulait arriver à l'heure au travail – la circulation dans le cœur de Londres à cette heure matinale n'était pas des plus fluides – or il ne portait actuellement que ses chaussettes (heureusement assorties), un pantalon enfilé à la va-vite qui lui tombait sur les hanches (il avait maigri depuis la mort de Mary), ainsi qu'une chemise à carreaux non boutonnée. Grommelant dans sa barbe, il se rendit dans sa chambre, évitant adroitement le lit de Rosie pour atteindre son placard, et chercha une ceinture, en vain.
« - Sherlock ? »
Pas de réponse. John souffla et, sans arrêter de fouiller ses étagères, répéta plus fort :
« - Sherlock !
- John ? Répondit finalement la voix profonde de son ami.
- Aurais-tu vu ma ceinture ?
- … Ennuyeux. Lâcha finalement Sherlock depuis le salon. »
Maudissant les colocataires ayant un poil dans la main, John continua à retourner son placard – trouvant au moins dans la foulée une paire de chaussures acceptable – sans succès.
Finalement, il entendit des pas se rapprocher de sa chambre. La porte s'ouvrit et laissa place à un Sherlock approchant d'une démarche tranquille, la ceinture convoitée à la main, un rictus aux lèvres.
Alors que John ouvrait la bouche, le détective anticipa sa question :
« - Salle de bain. Tu as fait une lessive hier.
- Oh, c'est vrai. Merci. »
Il commença à enfiler la ceinture dans les passants de son jean.
« - Rosie…
- … Est dans son parc, en sécurité, en agitant les mains comme si elle voulait chasser les mouches, ce qui me dépasse totalement. Elle est habillée et prête à partir, ajouta-t-il sans laisser à son ami le temps de placer un mot.
- Tu ne me laisse jamais finir mes phrases, hein ? Demanda-t-il dans un rire. Merci, Sherlock. »
Il termina de boucler sa ceinture.
« - Je dois me dépêcher. On m'attend au cabinet à huit heures, et… »
Le médecin fut coupé par son colocataire qui s'approcha et se planta juste devant lui, brouillant ainsi la frontière tacite de leur espace personnel respectif, dont il ne semblait pas se soucier. John leva ses yeux du torse découvert de son ami pour les ancrer dans le regard intense – et dangereusement proche – de Sherlock, qui semblait comme à son habitude sonder son âme. Son cœur rata un battement.
Son ami approcha doucement ses mains de son torse, comme s'il essayait d'apprivoiser un animal effrayé. La gorge soudain sèche, John retrouva difficilement l'usage de sa voix, alors que son colocataire effleurait avec douceur la cicatrice qui zébrait son épaule, souvenir de son service en Afghanistan.
« - Sherlock ? Qu'est-ce que…
- Tu es stressé. Répondit celui-ci dans un souffle, son visage toujours proche du sien. »
Son haleine dégageait une légère odeur de thé. Dans lâcher le médecin du regard, il boutonna lentement la chemise de son colocataire, qui sentit une chaleur monter dans le creux de son estomac sans en comprendre la raison.
« - Tu as peur d'arriver en retard, continua à déduire Sherlock en s'occupant toujours d'habiller son ami avec une étonnante douceur. Tu sais que la circulation à cette heure dans les rues de Londres est mauvaise, or tu t'es levé quelques minutes plus tard que d'habitude – la faute à tes cauchemars de la guerre – et tu as perdu du temps à chercher une ceinture que tu savais avoir laissé dans la salle de bain – signe de ta contrariété suite à ta nuit difficile. De plus, tu dois déposer Rosie chez Molly, ce qui te feras un détour. Conséquence ; tu es stressé, tes mains tremblent et ne pourront pas s'occuper des minuscules boutons de ta chemise ; je prends donc les choses en mains pour te faire gagner du temps. Élémentaire. »
Le détective clôt son discours en terminant sa besogne, un sourire arrogant sur le visage et les yeux pétillant de malice. John eut soudain très chaud.
« - Enfoiré. Dit-il avec un ton affectueux. »
Il ricana avec gêne, troublé. Que lui arrivait-il ?
« - Ne t'inquiète pas. Pars t'occuper de tes patients insipides et de leurs problèmes tout aussi ennuyeux ; je m'occupe de déposer Rosie. Je dois aller voir Lestrade à Scotland Yard. Le beau-père à une maîtresse ; il est impliqué dans l'affaire. Simple, mais il n'a rien vu, évidemment. »
John ne savait pas en quoi il était simple de voir que le beau-père et sa soi-disant maîtresse dont tout le monde ignorait l'existence étaient impliqués dans cette affaire de disparition, mais il n'avait pas le temps de se pencher sur cette question. Il savait que Sherlock trouverait rapidement la clé du mystère – et l'adolescente disparue.
« - Tu ferais ça pour moi ?
- Évidemment, répondit Sherlock en levant les yeux au ciel, comme si le simple fait de poser la question était insultant. J'amènerai la morveuse à bonne destination, elle est en sécurité avec moi. »
John ne releva pas. Il savait que, venant de Sherlock, il s'agissait d'un terme affectif, même si le détective serait le dernier à l'avouer.
« - Merci, Sherlock. Je t'écris quand je sors, je te rejoindrai pour que l'on puisse résoudre cette affaire ! »
Il sourit à son ami en lui pressant affectueusement l'épaule et, sans attendre de réponse, se dégagea de cette proximité déconcertante. Il attrapa le reste de ses affaires et partit précipitamment, sans oublier d'embrasser sa fille au passage.
Lorsqu'il fut enfin en route pour le cabinet, il relâcha le souffle qu'il n'avait pas eu conscience de retenir jusque-là. Pourquoi ce moment avec Sherlock, étrangement intime, l'avait à ce point troublé ? Sherlock était juste là, près de lui, comme d'habitude. Il était toujours là.
Il devait être fatigué, parce qu'il semblait en proie à une émotion hors-de-propos.
Le désir.
