« Si tu veux être sûre de l'endroit où tu te diriges, suis ta propre route.»
Qui garde les gardiens?
Chapitre 2
Lorsque nous fûmes aux portes même de la cité, je fis mes adieux à Callan non sans une certaine réticence. Je ne voulais pas le voir partir, je n'avais nullement envie de me retrouver seule si proche de mon père, d'un être que je ne connaissais ni dans le fond ni dans la forme.
Les allées et venues semblaient très fréquentes à Minas Tirith, rythmant d'une mesure particulière un certain mode de vie qui me parut riche et contraignant. Comment pouvait-on arriver à gérer une telle masse de personnes, sans qu'il n'y eût des désagréments à un moment donné ? Certes, une milice se dressait devant l'entrée, impassible et imperturbable, veillant à ce que l'ordre fût respecté et la sécurité garantie, mais tout de même. Les soldats avaient une allure imposante et une autorité semblait-il incontestée, à moins que ce ne fût uniquement car personne ne leur prêtait la moindre attention, chacun étant trop occupé par ses propres affaires pour avoir le temps de troubler l'ordre public.
Mon attention était entièrement dévouée à ses yeux d'ambre cependant, je ne voyais qu'eux. Mon ami avait tenu à allonger sa route pour m'accompagner jusqu'à la cité, alors que nous avions déjà dépassé les ruines d'Osgiliath qui, du temps de son âge, devait être un lieu suffisamment fabuleux pour assurer sans difficulté le rôle d'ancienne capitale du Gondor.
Callan me promit de revenir de temps en temps, dès qu'il en aurait la possibilité. Cette promesse me fit du bien et me rassura, même si j'ignorais s'il la tiendrait réellement. Peut-être n'avait-elle que cette vocation d'ailleurs : celle de me rassurer. De plus, j'ignorais comment il était supposé me retrouver sachant que je ne savais pas où j'habiterais, si je venais toutefois à véritablement m'établir ici. Je voulus y croire cependant, car j'avais désespérément besoin de m'accrocher à quelque chose de connu dans ce tout nouveau monde qui me tendait les bras.
Bien que ma curiosité, tempérée par mes craintes d'un futur proche – trop proche –, fit battre mon cœur plus vite et plus fort, m'incitant à pénétrer sur le champ au cœur même de Minas Tirith, je mis un point d'honneur à contenir mon impatience pour regarder Callan partir jusqu'à ce qu'il ne fût plus visible à l'horizon. Dès lors qu'il eut totalement disparu de mon champ de vision, j'eus l'impression désagréable d'être perdue, désemparée, exilée dans une terre confinée avec mon cheval pour seul compagnon, dont je tenais les brides d'une main faible et misérable.
Je déglutis péniblement puis me retournai, prête à faire face à une partie de mon passé et de mon futur. L'anxiété me guettait férocement sans relâcher son attention, prête à s'abattre sur moi dès que j'abaisserais ma garde. Lorsque j'eus enfin pénétré dans la cité, les sentiments que j'avais ressenti la toute première fois furent amplifiés au centuple…
L'impression de grandeur était indubitable, à couper le souffle. Il y avait en tout et pour tout sept niveaux, chose que je n'aurais pas cru possible si on me l'avait raconté de vive voix. Des drapeaux flottaient au vent, au sommet des tours à la hauteur vertigineuse. La Citadelle, située au dernier niveau, semblait s'élever jusqu'au ciel, à tel point que je dus lever la tête jusqu'à n'en plus pouvoir pour tâcher d'en apercevoir le sommet. La Cité Blanche, appelait-on ce lieu, non sans raison justifiée.
Les figurations que je m'étais faites de l'endroit via les descriptions de ma génitrice n'étaient nullement représentatives de ce qui se dressait devant moi, ce qui me laissait penser que mon imagination était quelque chose de rigide sinon d'étriquée. Je m'étais surestimée, pour le coup.
Jusqu'alors, il ne m'avait pas semblé possible de bâtir le moindre édifice à flanc de montagne, et la preuve que venait de m'offrir la cité m'inculquait aussi en parallèle une grande leçon de vie : rien n'est impossible. Cela me rasséréna quant à ma mission de trouver mon père, car si grande que fût Minas Tirith, il se trouvait forcément ici, quelque part. J'ignorai cependant à qui je devais m'adresser. Callan n'était plus là pour m'aider, et cette cité n'était en rien la petite ville de ma première halte.
La fervente agitation qui sévissait ici n'était pas comparable à l'autre ; les rues, bien que larges, semblaient ici trop petites. Après quelques minutes de réflexion, j'en conclus que m'adresser à un garde serait sans doute plus judicieux que chercher sottement par moi-même. J'aurais tôt fait d'attirer l'attention par mes errances régulières. Puisque les rues étaient suffisamment vastes en dépit du flot massif d'individus pour me permettre de monter à cheval, j'enfourchai ma monture et la poussai au pas afin de surplomber la foule et ne pas me laisser emporter par son courant. Bien que j'eusse l'impression de me déplacer à contre-sens, luttant contre une force incontrôlée et incontrôlable, je n'en démordis pas et tins bon.
Je finis par gagner une place où l'agglomération incroyable d'individus paraissait moins dense, et où je pus mettre pied à terre sans risque de toucher quelqu'un par inadvertance. J'ignorais du tout au tout comment faire pour atteindre les étages supérieurs, me demandant où diable pouvaient bien se trouver les différentes portes pour y accéder. Je devais être passée devant, sans nul doute, mais je les avais vraisemblablement manquées…
Cependant que j'avisai la présence d'un garde tout proche, je jugeai que jouer les voyageurs – ce qui était encore mon cas, après tout – ne serait pas du luxe. Je m'approchai donc de l'individu, un homme au visage étonnamment glabre pour l'âge que je lui donnais et qu'il laissait évaluer. Me voyant arriver vers lui avec un sourire gêné, il me toisa avec suspicion, prêt à se servir de son arme dans le cas où je représenterais une menace. Ses sourcils se haussèrent imperceptiblement, mais il ne dit rien avant que je prisse la parole la première :
— Hum, excusez-moi de vous importuner durant votre service, mais serait-il possible que vous me renseigniez? demandai-je d'une voix timide.
— Tout dépend de la nature de votre renseignement, demoiselle. Que puis-je pour vous?
— Voilà, j'ai longtemps voyagé et je cherche un dénommé…
Je me mordis la lèvre, surprise de ne pas me souvenir du nom que m'avait donné ma mère. Mon père, comment s'appelait-il déjà ?
— Arata…Aram, essayai-je piteusement, me sentant rougir.
— Aragorn, peut-être? corrigea l'homme avec un sourire narquois. Il est le Roi du Royaume Réunifié du Gondor et de l'Arnor, devenu Elessar Telcontar. Que lui voulez-vous, voyageuse?
Mon cœur ne rata pas un battement cette fois-ci, il s'arrêta complètement. J'ouvris les yeux en grand, stupéfaite. Comment avais-je raisonnablement pu oublier qui il était ? Comment? Mais la vraie question était de savoir comment j'avais fait pour ne pas avoir réalisé plus tôt, lorsque ma mère m'avait parlé de lui, qui était véritablement cet homme au statut imposant, à l'histoire et à la généalogie si riches. L'ampleur que prenait la situation avait de quoi me donner la nausée, mais j'étais trop surprise sur l'instant pour que cela m'atteignît immédiatement.
Puis, une fois le choc passé, je compris. Je compris le sens de toutes les paroles qui m'avaient semblé obscures, je discernai parmi les euphémismes toutes les conséquences que la révélation de mon identité et de mon existence impliqueraient. J'eus peur. La panique me submergea littéralement, telle une vague sur un bateau au beau milieu d'une tempête, amenant mes mains à trembler quelque peu.
— J-Je crois que je me suis trompée de personne, bredouillai-je rapidement. J'ai oublié son nom, je… Je vais me débrouiller avec ma mémoire, mais merci quand même.
Je me dépêchai de partir avant qu'il n'eût le temps de m'interpeller ou de juger mon comportement suspect. Les questionnements étrangers et mon manque certain de convenance, causé par mes vêtements peu féminins, ne joueraient pas en ma faveur s'il décidait de me retenir pour quelque raison. Mais qu'étais-je censée faire alors, puisque je ne voulais ni ne pouvais fuir ? En avisant un regard dans mes maigres réserves restantes, j'estimai suffisant l'argent qui me restait pour payer une auberge pour deux jours – trois tout au plus –, mettre ma monture à l'écurie locale que j'espérais trouver rapidement, après quoi je serais contrainte de me débarrasser de ma monture.
Il fallait que je trouvasse un plan si je ne voulais pas mourir de faim, voire si je ne voulais pas mourir tout simplement. Bien que mes souvenirs me rappelassent la fertilité des champs environnant la cité, la simple idée de voler les récoltes d'honnêtes gens ne m'était d'aucun attrait. Je devais à tout prix me rabattre sur autre chose, mais sur le moment rien ne me vint. Commença alors une longue errance dans la cité, durant laquelle mon trouble devint plus grand qu'il ne l'avait jamais été jusqu'alors.
Puis peu à peu, à mesure que je prenais le temps de m'intéresser à différentes alternatives pouvant sauver ma condition, un embryon d'idée se mit à voir le jour dans mon mental, mais il fallait que je fusse sûre de mes capacités à n'en pas douter si je voulais que l'entreprise fût un succès. Toutefois, en dépit de la possibilité que l'entreprise réussît, j'émettais une certaine réticence à ne me reposer que sur cette alternative qui, reconsidérée avec tout le recul et la réflexion possibles à mon âge, n'était pas sans danger – j'en avais parfaitement conscience.
J'avais là matière à réfléchir pour un temps, et la durée suffisante pour le faire à présent que mon voyage était officiellement achevé. Je réussis, par force de détermination, de patience et de nombreux détours et allers-retours, par trouver une auberge dans un quartier calme dans laquelle je pourrais résider pendant un bref séjour. Une fois de plus, j'abandonnai mon cheval devant l'entrée avant de pénétrer à l'intérieur du bâtiment.
J'eus l'agréable mais non moins étrange sensation de revivre ma première venue dans une auberge, à quelques détails près cependant. La disposition de la pièce principale différait en tout point de celle de la Nuit Blanche: l'Oiseau Bavard avait ses tables rondes, plus petites et plus nombreuses, qui s'étalaient un peu partout dans la bâtisse. Elles étaient si proches les unes des autres qu'il ne devait probablement pas y avoir d'intimité, même dérisoire, lorsqu'elles étaient toutes occupées.
Une jeune fille d'environ quinze ou seize ans s'affairait à passer paresseusement le balai près d'une cheminée éteinte, lorsque son regard s'éclaira en remarquant ma présence sur le seuil. Elle abandonna rapidement son ustensile d'entretien dans un coin, lissa rapidement sa robe des deux mains avec de brefs gestes et accourut à ma hauteur avant même que j'eus le temps d'exhaler.
— Bonjour madame. Vous désirez quelque chose?
La ferveur et l'engouement avec lesquels la question m'avait été posée m'obligea instinctivement à reculer d'un pas. Prise de court, je demandai à voir la maîtresse des lieux, mais la jeune fille m'annonça que celle-ci était sortie et, qu'en son absence, elle était tout à fait à même de répondre à mes demandes et à tenir l'endroit en bonne et due forme. Si étrange que cela parût, je ne doutai pas une seule seconde de la prétention. Elle avait l'air d'avoir du talent.
— J'aurai besoin d'une chambre pour deux ou trois jours si possible. Et j'aimerai aussi trouver du travail, je ne suis pas difficile. Si tu sais où il y en a…
Vouvoyez quelqu'un de plus jeune que moi me semblait insignifiant et non conventionnel, toutefois j'aurais tout de même dû m'abstenir de la tutoyer directement. Etablir des familiarités si précocement ne me parut pas une bonne chose à faire. Cependant, cela ne fit pas réagir mon interlocutrice, à mon plus grand soulagement.
— Madame pourrait travailler ici si elle veut, m'apprit-elle avec sérieux. Le soir, la salle est souvent pleine. Je ne peux pas assurer le service toute seule, et la dernière serveuse nous a quittées à cause de sa grossesse. Le travail n'est pas bien compliqué au sein de l'Oiseau Bavard, madame trouvera ici gîte et couvert et un salaire convenable.
Gîte et couvert… Les deux choses dont je manquerais sous peu si je n'acceptais pas la proposition. Je me mordis la lèvre discrètement. Refuser la proposition ne serait pas judicieux, d'autant plus que cet emploi ne serait que temporaire dans la mesure où j'étais encore tout à fait inapte à savoir si mes figurations concernant mes projets pouvaient s'opérer ou non.
Une fois que je serais sûre de mes actions, je pourrais quitter l'Oiseau Bavard quand bon me semblerait. Pas maintenant, toutefois. Et puis…que pouvais-je faire d'autre ? Avais-je réellement le choix ? Je ne connaissais rien ni personne ici, me faire des relations ne pouvait m'être que bénéfique sur tous les plans. Je ne mis pas longtemps à rendre mon verdict :
— Parfait, cela me convient parfaitement. Gîte et couvert, n'est-ce pas?
— Gîte et couvert, certifia la jeune fille en ponctuant sa réponse d'un ferme hochement de tête.
— J'ai un cheval également, où puis-je le laisser?
— Restez ici, je vais me charger de le conduire aux écuries, annonça ma nouvelle camarade, maîtresse de la situation. Je vous ferai part des tarifs en rentrant, et je vous montrerai comment y accéder par vous-même lorsque ma mère sera rentrée. Je me présente, je m'appelle Aliénor.
— Yselda.
Aliénor me répondit par un sourire avant de sortir s'occuper de ma monture. Durant plusieurs secondes, une fois que la porte fut fermée, je demeurais interdite, incapable de m'expliquer avec précision ce qui venait de se passer. Tout semblait s'être déroulé si vite, or il ne fallait pas que je fusse dépassée par les événements. Je me devais de garder le contrôle, de savoir ce que je faisais ! Je m'efforçai d'inspirer profondément jusqu'à faire revenir le calme en moi, puis j'avisai un regard plus critique autour de mon nouveau logis et, accessoirement, de mon nouveau lieu de travail.
Lorsqu'Aliénor revint, nous nous installâmes sur des sièges devant l'âtre, et elle m'apprit tout ce qu'elle jugea bon que je susse pour un service qui, sans être irréprochable pour les premiers jours, serait néanmoins de bonne qualité. Ce qu'elle demandait semblait facile, mais le simple fait qu'elle m'eut confié ne pas réussir à assurer le service seule me laissait sceptique. Toutefois, face à ma platitude de caractère et mon manque criant de volubilité, ses ardeurs se ternirent et son sourire se fit plus hésitant.
Je finis également par remarque que l'épée pendue à ma ceinture, qu'elle n'avait pas remarqué de prime abord, la décontenançait et qu'elle y jetait de temps à autres des regards méfiants. Je jugeai bon de la mettre au courant dès à présent, afin qu'elle n'eût plus de doutes à mon sujet :
— J'ai fait un long voyage, seule, pour venir jusqu'ici… Et de là d'où je viens, les routes ne sont pas très sûres.
Bien que ce ne fût pas tout à fait vrai, elle n'avait pas besoin de le savoir. Mon explication eut l'air de la convaincre malgré tout. Je m'apprêtai à lui poser une question sur la politique actuelle – pour ne pas dire sur mon père –, quand la porte s'ouvrit à la volée pour laisser place à une grosse et petite dame, les cheveux bouclés comme jamais d'un noir de jais, le regard tout aussi sombre et les traits tout aussi durs. L'image même de la sévérité et de la droiture, la physionomie des individus qui aimaient les choses bien faites, conformément à leurs souhaits. L'espace d'un bref instant, je crus y reconnaître l'image de ma mère. Mais, en réalité, il s'agissait de la mère d'Aliénor.
— Mère, je te présente Yselda. Elle va me seconder dans mes tâches; elle a accepté de remplacer Mirza.
— Vraiment?
Son regard se posa instantanément sur moi et je manquai de peu de m'étouffer avec ma propre salive. Elle me toisait, m'étudiait, me fouillait l'âme sans aucune difficulté. Par respect sinon par crainte, je me levai. Ses yeux s'animèrent d'une étrange lueur. Celle que tout désignait comme étant la gérante des lieux m'inspecta une nouvelle fois avec un intérêt plus curieux. Puis, elle s'approcha vivement de moi, allant même jusqu'à me tourner autour, me palper sans gêne. Je me retins durement de protester, consciente que mon avenir se jouait également avec cette femme.
— Elle est fine et peu forte, même si elle ne semble pas complètement inutile, déclara-t-elle finalement après son entretien qui me parut durer des heures. Je ne sais pas si elle va tenir le coup longtemps, Aliénor.
— Elle tiendra le coup, mère, assura la jeune fille. Si elle porte une épée et qu'elle est capable de s'en servir, c'est qu'elle a connu l'effort, le vrai, expliqua-t-elle ensuite avec logique.
— Elle me rappelle quelqu'un…
Je crus que l'on venait de m'asséner un coup dans le ventre, d'une violence à me couper le souffle. Je m'empressai de dire quelque chose pour l'empêcher de continuer plus loin dans ses raisonnements. Si elle m'assimilait de quelque façon que ce fût à Aragorn, c'en était fini de moi. Je ne voulais pas que mon père sût qui j'étais, pas par quelqu'un d'autre et surtout pas de cette façon-là.
— Je ne pense pas madame, je ne suis qu'une voyageuse arrivée aujourd'hui même. Je ne demande que le gîte et le couvert en échange de mes services. Je sais cuisiner une gamme plutôt basique de repas et utiliser la plupart des plantes, rares ou non. J'ai eu une vie très… liée, si je puis dire, à la nature et à ce qu'elle est capable d'offrir.
Elle hocha la tête avant de me donner son nom : Waldrade, mais elle préférait Walda et elle semblait satisfaite de ce que j'avais à lui proposer. Ce que du village où je venais, on se bornait à appeler « sorcière », on l'appelait ici « apothicaire », bien que ce ne fût pas tout à fait la même chose. Il n'y avait pas autant de superstition en ce lieu que chez moi, ce qui n'était pas une désagréable nouvelle. Toutefois, je n'aurais pas besoin d'adopter un tel titre.
La gérante des lieux me parla longuement des attentes qu'elle avait à mon égard, la façon dont fonctionnaient les lieux, comment je devais traiter certains individus et comment je devais traiter avec eux. Elle n'avait pas la même approche des lieux que sa fille, la sienne était davantage à portée sociale et économique que pratique et fonctionnelle. Elle m'apprit, en appuyant ses propos avec des chiffres d'une étonnante précision, que l'Oiseau Bavard était un endroit assez populaire, fréquenté par toute sorte d'individus de toute classe sociale, et, à ma plus grande surprise, par également beaucoup d'espèces. Hommes, Nains et parfois même Elfes s'arrêtaient ici.
Waldrade voulut savoir d'où je venais et ce que je faisais avant de venir ici, si bien que lorsque je lui confiai ignorer tout de Minas Tirith puisqu'il s'agissait de mon premier voyage, elle se promit de m'envoyer faire ses courses le plus régulièrement possible afin que je me familiarisasse avec la cité. Inutile de préciser que mes craintes à se juger étaient déjà bien ancrées en moi.
°Oo°oO°
Lorsque je me mis à commencer à travailler à l'auberge le soir même, je compris sans problème la détresse criante d'Aliénor. Les discussions et les commandes qui fusaient de toute part s'emmêlaient dans mon mental, et je me trompai plus d'une fois de client. Tous furent indulgents, voyant qu'il s'agissait de mon premier jour. Je n'étais toujours pas habituée à voir autant de monde dans un endroit aussi clos, aussi restreint, mais ma gêne n'eut pas le temps de me paralyser au vu de la quantité de travail.
Ce que j'appris à apprécier toutefois, ce fut les récits des consommateurs venus d'ailleurs, de contrées que je n'avais jamais vues. Les aventures qu'ils relataient parlaient d'exploits qui me firent rêver des prouesses les plus grandes, plus grandes encore que tout ce qu'avait pu créer mon imagination. Ils narraient des contes avec des personnages dont je n'avais jamais entendu parler, chantaient des chansons au rythme entraînant dont j'ignorais l'existence auparavant. Sans doute se moquaient-ils un peu de moi lorsqu'ils savaient que mon oreille ne traînait pas loin de leur conversation…
Dans l'ensemble, je jugeai que tout le monde m'aimât, ne serait-ce qu'un peu, ou du moins personne ne me charriait ou ne cherchait à me rabaisser.
Durant mes premiers temps à l'auberge, j'avais dû me cantonner à un emploi du temps très strict et me forger de nouvelles habitudes. Les efforts que je fournissais quotidiennement dans mon ancienne vie ne représentaient qu'un quart de ceux qu'on me réclamait à présent. Je virevoltais entre les tables, les plateaux chargés en équilibre plus ou moins stable sur mes deux mains, et j'eus très vite une impression de tournis tandis que le mal de tête me gagnait sournoisement.
Les clients, qui au début se montraient indulgents, me mirent de plus en plus à l'épreuve à mesure que le métier s'ancrait dans mes veines. De leurs différents défis, je m'en sortis bien dans l'ensemble, mais non sans avoir beaucoup sué. On pouvait dire que j'avais réussi à me faire quelques amis, des clients réguliers qui avaient toujours un sourire chaleureux pour moi. Ma volubilité n'avait pas changé cependant, je ne parlais guère beaucoup mais mes sourires se distribuaient plus aisément. De toute manière, je n'avais rien à raconter et sans doute que mon attention était plus appréciée que mes paroles.
Ce qui m'agaçait davantage, c'était que la question de ma généalogie n'était pas plus avancée en termes de résolution. Mes lourdes soirées de service, qui s'étalaient parfois juste très tard dans la nuit, me laissaient exténuée et nullement apte à réfléchir lorsque mon service s'achevait enfin.
Malgré cela, j'aimais la nouvelle vie que je menais, et j'avais même eu la chance purement fortuite de croiser Callan un jour il s'en revenait d'une ville dont je ne réussissais toujours pas à prononcer le nom. Je remontais la rue, les bras chargés des courses de Waldrade, lorsque je le heurtai par mégarde. Depuis ce jour, il revenait me voir plus régulièrement à l'auberge, et en sa présence je me montrais plus joyeuse et plus ouverte, ce qui ne manquait invariablement jamais de susciter des taquineries au sein de la clientèle présente ces jours-là. Mon ami en plaisantait avec les autres de bon cœur, s'en vantait parfois avec un semblant d'orgueil, tandis que je restais indécise face à mes sentiments.
Ce que je ressentais vis-à-vis de Callan me paraissait normal. J'éprouvais un certain apaisement et une sensation réconfortante de chaleur lorsqu'il se trouvait près de moi, sans que jamais je ne susse si je le voyais autrement que comme un ami. Je n'étais jamais tombée amoureuse auparavant, la notion même d'amour m'était inconnue, je ne voyais ni ses frontières ni ses symptômes. Alors, quand les autres me taquinaient avec mes sentiments, je me murais dans un silence qu'ils assimilaient sans doute à une manifestation de ma vexation. Mais la vérité était tout autre : j'étais simplement perdue, et en parler avec Callan me paraissait d'une stupidité infantile.
Trois mois s'écoulèrent ainsi durant lesquelles ma vie ne fut pas ennuyante du tout. Mais à partir de cette période également, je commençai à mal dormir. Les remords me gagnaient, me faisant entendre des reproches de laxisme dans mon sommeil, et le matin me voyait traîner avec moi des cernes aussi grands que mon visage lui-même. J'avais l'impression de trahir une promesse, de m'esquiver telle une voleuse. Ma faiblesse de corps commençait à refléter mon mal être d'esprit.
Mon état de santé inquiéta ma patronne, qui exigea qu'on lui expliquât ce qui me rendait dans un tel état – accroissant mon incompétence. Waldrade avait fini par me prendre en affection, elle me traitait bien, avec respect et parfois tendresse, comme si j'étais l'une de ses filles. Elle supputa une peine de cœur.
— Donne-moi le nom de celui à qui je dois arracher le cœur de mes propres mains! Je suis certaine qu'il s'agit de ce jeune homme qui vient te voir souvent… Eh bien maintenant, c'est terminé! Tu peux être sûre qu'il ne mettra plus les pieds ici!
— Tu perdrais un client au profit d'une employer? demandai-je avec un maigre sourire.
— Les clients ne se servent pas eux-mêmes, que je sache. Tu me rapportes dix fois plus qu'un seul homme en assurant ton service, Yselda. Et puis… (elle soupira doucement) tu n'as pas besoin d'être malheureuse, ma petite.
Sa prévenance à mon égard me fit sourire plus franchement. Je pensai à ma mère et me demandai comment elle aurait réagi dans cette situation, outre le fait qu'elle m'aurait sans doute déjà administré de puissants somnifères pour veiller à ce que mes nuits fussent moins pénibles à endurer. Que faisait ma génitrice, d'ailleurs ? Qu'était-elle devenue suite à mon départ ?
— Walda, ton attitude me touche beaucoup, sincèrement… Mais je peux te jurer qu'il n'est pas question d'amour. Mes nuits sont peuplées de cauchemars récurrents, rien de plus.
Le silence qui suivit mon aveu fut si conséquent que je frissonnai et baissai les yeux, comme une enfant en faute. Le regard qu'elle darda ensuite sur moi me figea sur place. Waldrade inspira longuement et, lorsqu'elle exhala, je ressentis sa lassitude comme si elle avait été la mienne depuis toujours.
— On me disait souvent lorsque j'étais enfant, – et les dieux savent que ça remonte à loin maintenant! – que les cauchemars étaient dus à un problème que l'on ne résolvait pas, des problèmes, des troubles que l'on persistait à laisser de côté. Un trouble de l'âme, un tourment trop long… Les gens avaient diverses façons d'expliquer la nature de tels songes, mais ils étaient tous au moins d'accord sur une chose: si tu veux te guérir de ce mal qui te ronge, tu dois te débarrasser de ce qui en est la cause… Et si pour cela tu dois partir, je ne te retiendrais pas ici.
Il était étrange de voir que certaines personnes pouvaient faire preuve de clairvoyance, au point que l'on soit amené à se demander si la magie n'existait pas réellement, même chez le commun des mortels. Qu'elle fût commune aux Elfes et aux magiciens n'étonnait personne, mais dans le cas présent…
Waldrade avait tout de suite compris – deviné serait même plus exact – que je serais amenée à partir, et cela me donna envie de rester et de lutter contre moi-même, de repousser au loin l'issu de cette quête qui, au fond, n'avait pas le moindre sens. Je regrettai aussitôt cette pensée dès que je l'eus formulée, car se faisant je rompais directement la promesse que je m'étais faite, à moi comme à ma mère.
— Et si je ne veux pas résoudre ce problème ? me surpris-je à demander à demi voix.
— Alors tu ne t'en retrouveras que plus mal encore, me rétorqua-t-elle aussitôt d'une voix sèche, visiblement mécontente de mon attitude insouciante. Ne sois pas raisonneuse Yselda, fais cet effort-là. C'est dans ton intérêt; tu n'iras pas mieux si tu ne te soignes pas. L'esprit, tout comme le corps, peut être sujet à des maux. Ne les ignore pas car ils ne feront pas cette erreur.
Répondre quelque chose aurait été inutile, Waldrade était comme ma mère : intraitable, sûre d'elle. Après tous les services qu'elle m'avait rendus, l'expérience qu'elle m'avait faite gagnée et l'attention qu'elle m'avait apportée, il ne me semblait pas juste de la tenir à l'écart de ce qui me rendait malade. J'avais beau me dire que cela était mon fardeau, ma mission, à moi seule et que je n'étais nullement tenue d'en faire partager les causes ou les conséquences, je me résolus au moins à lui faire part de ma véritable identité. Je le lui devais bien, et puis…
La seule chose dont j'avais besoin d'être sûre, si jamais j'échouais, c'était d'avoir un endroit où revenir. Certes, je pourrais rentrer chez moi et retrouver mon ancienne vie, m'en retourner dans la forêt et vivre dans ma montagne comme si rien de tout ceci n'avait jamais existé, toutefois je ne tenais pas à affronter chaque jour la déception qui sévirait dans le regard de ma génitrice si cela se produirait véritablement. Plus que de la rendre fière, j'avais surtout le désir de ne jamais la décevoir. Aussi me lançai-je :
— Tu te souviens que la première fois que j'ai mis les pieds ici, tu avais dit que je te rappelais quelqu'un…
— Et comment! Ça m'avait tracassé un petit moment, pour tout te dire.
— Qui te rappelais-je?
Je relevai la tête, confrontai son regard sans ciller et attendis en silence, la peur au ventre, les mains croisées sur ma poitrine pour les empêcher de trembler. Mon visage fut de marbre, lisse, terne et froid. Je vis Waldrade m'étudier de pied en cap, je sentis son regard parcourir la moindre parcelle de mon corps, passer en revue jusqu'à mes cils, glisser le long de mon visage encadré par mes cheveux ce jour-là lâchés.
Une longue minute passa durant laquelle elle ne témoigna d'aucune stupeur, d'aucun dégoût, pas le moindre sentiment. Mais tout au fond de moi, je savais déjà qu'elle avait deviné. Que, depuis toujours, elle savait. Elle était perspicace.
— Je l'avais compris plus tard que je ne l'aurais dû, sans doute. Et dès que je l'ai deviné, j'ai voulu croire que je me trompais, que je me faisais des illusions. Je pensais que c'était impossible, c'est tellement incroyable...
Oui, exactement. Mon existence était incroyable, impossible. En théorie, je n'aurais jamais dû voir le jour et je ne l'avais jamais ignoré. Si ma génitrice avait toujours gardé le plus grand secret au sujet de mon paternel, elle avait tenu très tôt à m'apprendre sa propre histoire.
Selon ses dires, son père avait commis de lourds pêchés que ma grand-mère voulut expier en offrant aux divinités un corps et un esprit pur, chaste. A ce dessein, ma mère fut élevée pour rester vierge jusqu'à la mort, afin que sa vie sans souillure pût effacer les crimes de son géniteur.
Or bien qu'elle fût réellement déterminée à effacer l'opprobre dont était couverte sa famille, sa ligne de conduite, si rigide et noble fût-elle, ne fut pas épargné le moins du monde par ce que certains appelaient « la volonté divine », tandis que d'autres la mentionnaient sous l'appellation plus terre-à-terre de « destin ».
Je fus donc conçue un soir où le désespoir de mes parents fut si conséquent qu'ils ne purent faire preuve d'aucune force pour réussir à maintenir le cap. Même la plus grande des déterminations, la plus grande force de caractère, n'était pas infaillible et pouvait se fissurer à tout instant…
Sans doute fut-ce la seule fois où ils dévièrent l'un et l'autre de leur ligne de conduite et la seule fois où l'erreur engendrée ne trouva pas de solution. Mon père disparut, ma mère s'exila. Je ne savais rien de plus, pour moi l'histoire s'arrêtait là.
— Qu'as-tu prévu de faire alors? Ne me dis pas que tu comptes réclamer un droit de naissance ou que sais-je encore!
— Non! Bien sûr que non, qu'est-ce que tu vas t'imaginer?! m'empressai-je d'assurer, vexée qu'on eût pu penser de moi pareille initiative. Walda ne dissimula pas son soupir de soulagement. Mais j'ai bel et bien prévu quelque chose. En fait, je l'ai même en tête depuis un moment, sans jamais avoir eu le temps de peser le pour et le contre et de savoir si cela est possible à mettre en place.
Waldrade m'interrogea du regard et, cette fois-ci, je n'hésitai guère longtemps avant de commencer à lui raconter mes projets qui, plus j'y pensais en les lui détaillant, m'apparaissaient comme étant effectivement la meilleure idée que j'eusse eu de toute ma vie. Mon projet, autrefois informe et flou, commençait à prendre forme, à devenir quelque chose de possible, de réalisable.
J'avais, depuis que j'étais enfant, appris à manier l'épée avec le forgeron du village. Bien qu'il ne fût pas un bretteur de grande renommée, pas plus qu'un professeur hors-pair, j'avais toujours estimé qu'il aurait pu faire un brillant soldat au sein de quelque infanterie. Bail me disait rapide, agile et souple autant que faible, maladroite et très « uniforme ». Selon lui, je n'avais pas mon propre style de combat, j'adoptais celui des autres, je m'y conformais en usant et abusant de bottes séculaires.
Mon maître me disait alors que je ne faisais que jouer et, qu'en cas de véritable combat, ce ne serait que la chance qui me maintiendrait en vie. La chance, l'énergie de ma jeunesse et ma rapidité mais rien d'autre. L'unique solution que j'avais à ma portée, la seule qu'il me semblait possible de concrétiser, était donc d'intégrer la Garde Royale de Minas Tirith. Si j'y parvenais, l'on m'apprendrait certainement à me battre convenablement.
— Tu sembles convaincue de la réussite de ton projet, toujours. C'est déjà un bon début.
— C'est vraiment la seule chose que je puisse faire, je ne suis pas capable d'autre chose… Et puis, j'ai promis.
L'engouement de ma situation et la possibilité d'avoir un avenir tracé par moi-même m'incita à lui révéler mon passé, mais je fus principalement influencée par la nostalgie. Je lui racontai pour ma mère, ce qu'elle m'avait dit, et mes propres craintes vis-à-vis de la déception que je lui causerais si je revenais. Je ne voulais pas qu'elle eût à ressentir mon propre sentiment cuisant d'échec.
— Je comprends que tout ceci te tienne à cœur Yselda, mais je…
— Walda! S'il te plaît! la coupai-je brusquement, l'empêchant de continuer. Ne commence pas à me faire la morale. Tu es la première personne à entendre l'entièreté de mon histoire, la seule à savoir qui je suis réellement; même Callan n'en sait rien du tout. Je… (j'inspirai longuement avant de relâcher) J'espère que tu comprends que tu ne dois rien dire.
— Allons, ne sois pas désobligeante! Tu veux m'apprendre à moi à tenir ma langue! s'exclama la gérante de l'Oiseau Bavard, faussement indignée…ou non. Tu oublies que je tiens une auberge ma petite, que si des rumeurs doivent naître, c'est bien ici. Je sais des choses que tu ne soupçonnes même pas, j'ai des contacts qui te feraient frissonner la nuit. Mais là n'est pas la question: ce que j'essayais de te dire avant que tu ne me coupes sauvagement la parole, c'est qu'il y a un problème.
— Lequel? m'enquis-je instantanément, plus qu'intéressée.
— Tu es une femme, Yselda. Or aucune femme n'a jamais intégré la Garde Royale, déclara-t-elle gravement. Et, crois-moi, ce n'est pas demain la veille qu'ils vont commencer à nous embaucher!
Je me mordis la lèvre et fis silence. Je venais de trahir ma propre jeunesse, ma propre innocence. Mais, paradoxalement, cette remarque ne fit pas taire en moi l'ardent désir de mettre mon idée à exécution et de malgré tout tenter l'expérience. J'eus même l'impression que cette ardeur avait redoublé de puissance, transformée par une envie de prouver à tous et surtout à moi-même que j'étais capable de le faire, que je pouvais si je le voulais vraiment aller à l'encontre de l'habitude et des conventions établies. J'ignorais d'où je tenais ce besoin de briser les règles, de m'en affranchir.
Et, d'une manière plus implicite, plus ténue, j'avais toujours cette nécessité criante d'avoir un chemin à suivre, un but à atteindre. Rejoindre la Garde Royale représentait pour moi cet objectif presque sacré, comme s'il eut été l'incarnation de ce pour quoi j'étais née. J'étais bien incapable de définir à partir de quel moment tout cela avait pris une telle importance pour moi…
Sans doute après que j'eusse réalisé que mon père appartenait à un monde dont jamais je ne pourrais faire partie intégrante. Cette barrière invisible avait dû me conduire là, me poussant à m'émanciper de tout ce que j'avais connu jusqu'alors pour m'amener à devenir maîtresse de mon destin. Et quelle dure tâche que celle-ci…
Le silence perdura un long moment entre Waldrade et moi, moment durant lequel nous restâmes assises sans même nous regarder, l'une et l'autre plongées dans nos pensées respectives. Tous les sujets possibles défilaient dans mon mental, chaque sensation, chaque conjecture essayait de correspondre à la solution que j'essayais vainement de chercher. Puis, au bout d'un moment, je sentis que le regard de ma patronne s'était de nouveau posé sur moi et, bien que ne fût pas la première fois qu'elle me scrutait de cette façon, j'en éprouvai un certain malaise qui me fit remuer subrepticement.
— Qu'est-ce qu'il y a? trouvai-je le courage de demander.
— Ça pourrait fonctionner, si l'on s'y prend bien, l'entendis-je murmurer malgré sa voix basse.
— Quoi? De quoi parles-tu? fis-je, fébrile. Qu'est-ce qui pourrait fonctionner?
— Je dois me renseigner au sujet d'une ou deux choses que tu n'as pas besoin de savoir pour le moment, mais tu peux me croire: si je réussis à le retrouver et à le contraindre de t'aider, tu ne trouveras pas meilleur allié que lui, déclara Waldrade, convaincue de ses propos.
— De qui parles-tu?
— Un vieil ami à moi, un vieux bougre que je n'ai plus revu depuis des années. Il a une dette envers moi. Ce sera l'occasion pour lui de s'en acquitter définitivement.
