[NDA en fin de chapitre. Lisez La! =D]

2.

Il a oublié la lettre. Quelque part dans un tiroir en bazar, il l'a enfouie entre des milliers de papiers oubliés, gribouillés sans importance. C'est ce qu'il ne voulait pas, qu'elle est de l'importance cette missive étrange et étrangère. Pourtant il peut voir dans sa tête les courbes d'une écriture d'un autre temps, sa signature à elle, qui a signé tant et tant de papiers. Elle lui manque. Là devant son écran blanc au curseur exigeant qui le nargue sans relâche. Il se souvient de la douceur de sa main, cette façon dont elle avait de la laisser trainer sur sa joue, au bas de sa nuque, ses étreintes parfumées et douce. Elle lui manque. Non. Non. Il l'a oubliée, elle n'est plus là, elle est a des milliers de kilomètres, sur un autre continent, il l'a oubliée, elle est n'est plus rien, plus rien…

Excepté qu'elle est tout, elle l'a toujours été et le sera toujours, elle est les matins d'hiver passés sous des couvertures rafistolées, des parties de boules de neige au lieu de jours d'école, elle est les soirées mondaines de Los Angeles à New York, les périples au travers du pays et de l'Europe, les Noëls avec rien et les étés dans les Hamptons, elle est tout. La folie, la générosité, les excentricités, l'exaspération et le réconfort, elle est tout. Elle est l'amour.

Il soupire perdant une main lasse dans ses cheveux déjà ébouriffés d'une nuit presque blanche. Quelque part dans le loft le parquet grince, une poignée tourne, sa femme vient de partir, il soupire, une fois encore, mais de soulagement. Sa tête part en arrière, ses paumes compressent ses orbites comme dans l'espoir d'effacer les millions d'images qui défilent dans son esprit, il secoue sa tête trop pleine, esquisse un sourire triste, clic sur son écran toujours blanc, le ferme, puis achète un billet pour Paris.


Il aime les aéroports, depuis tout petit déjà, il ne voyait jamais la déchirure des départs mais toujours le bonheur des retrouvailles. Enfant il aimait regarder ses engins immenses décoller avec une apparente facilité déconcertante, magique presque, puis adolescents il se plaisait à retrouver ces regards émerveillés dans ceux des enfants éparpillés contre les vitres, les nez déformés, les mains collées comme prêtes à attraper ces oiseaux de fer. Il aimait s'imaginer les histoires des étreintes qui se déroulaient sous ses yeux, les larmes qui perlaient aux coins des yeux étrangers, les baisers volés si rapides qu'ils ne pouvaient être retournés, il aimait le mélange des langues, les accents exotiques, les sourires des nouvelles découvertes, des périples uniques, il admirait les flashs qui illuminaient le lieu, lui donnant une impression d'universalité, d'infini.

Un melting pot mondial résidait dans ces lieux, une peinture mouvante des traditions et des préférences de chaque culture.

Il aime les aéroports, surtout aujourd'hui quand tous ces éventails de couleur et ce brouhaha ambiant lui permettent d'oublier, pour quelques instants, les tumultes qui se pressent dans sa tête.

Son estomac gargouille fortement, à ses côtés un petit garçon rigole, il sourit doucement en retour. Depuis combien de temps n'a-t-il pas sourit ? Sans Alexis. Sans se forcer ? Il ne sait plus. Et manger ? Quand était-ce la dernière fois ? Hier ? Avant-hier ? Il y a trois jours ?

Il veut vomir, souffle doucement, imagine sa main dans ses cheveux, sa tête tourne, il regarde l'écran qui annonce les départs, encore une heure, il est arrivé tôt, sans bagages, il ne restera pas longtemps.

Il veut juste la voir, la serrer dans ses bras, lui tenir la main pendant qu'on descendra le cercueil dans un trou d'où il ne reviendra pas, la raccompagner, l'écouter raconter théâtralement ces onze dernières années, lui dire une dernière fois « je t'aime », celui qu'il n'a pas eu le temps de prononcer entre deux hurlements, lui sourire et partir, une fois pour toute. Sans elle. L'oublier.

Dans sa poche son portable vibre, il le tire péniblement, observe quelques secondes le sourire ancien et encore amoureux de sa femme, le garçonnet toujours à ses côtés se penche pour regarder, lui soupire et fait glisser son doigt sur l'écran.

_ Chaton, où es-tu ? Et c'est quoi ce mot gribouillé ? En France ? Que vas-tu faire là-bas ? Qu'est-ce que…

_Meredith… Je dois y aller…

_Pourquoi ?

Il se demande s'il n'y a pas un peu de jalousie dans sa voix. Non, depuis longtemps toutes sortes de sentiments ont déserté leur mariage, ils ne sont plus que deux animaux, sombrant dans la faiblesse des caresses quand leur sensualité se fait trop pressante.

_Il y a des choses que je dois régler là-bas, une personne que je dois voir.

_Une femme.

De la jalousie donc. Quand même. Toujours.

_Ce n'est pas ce que tu crois Mer… C'est compliqué.

Le petit garçon, drôle de nouvel ami, pose une main sur son épaule, en lui donnant un timide sourire, comme s'il savait. L'écrivain fatigué, le regarde troublé, puis presse deux doigts sur ses paupières fatiguées.

_Je pars à Los Angeles. Dit-elle soudain.

_Pour combien de temps ? Il demande.

_ Trois mois… Pour le moment…

_Alexis ?

_Les derniers examens sont cette semaine, après elle a ce programme à Princeton, elle me rejoindra en suivant.

_Je pourrai la prendre, je ne serai pas là-bas longtemps, quelques jours, une semaine tout au plus.

_Parfait, comme ça je n'aurais pas à aller la chercher.

Il entend son soulagement, se mord l'intérieur de la joue, sent la main de l'enfant qui est à ses côtés se serrer sur son épaule, expire.

_Je t'appellerai en rentrant… Grince-t-il

Elle expire fortement, il l'imagine sa langue sur ses lèvres, sa main dans ses cheveux, ces gestes futiles qu'elle ne sait pas faire pour cacher son énervement, pour préserver les apparences.

_Richard, écoutes, je crois que…

Elle ne finit pas, il la coupe :

_Je sais.

Il raccroche. Soulagé. Se lève, plus qu'une demie heure. Sourit vraiment à cet enfant qui lui donne du courage, cherche dans son sac, trouve une de ces sucettes qu'il avait acheté dans un magasin russe, la lui tend.

_Elles ont un goût de savon… Génialissime !

L'enfant rit en prenant la sucette, il s'en va avant que les parents de cet angelot de passage ne le prennent pour un pervers quelconque.

Porte d'embarquement D, la file de gens qui s'accumule n'est pas très importante, l'été n'a pas encore commencé, le vol sera calme. Son téléphone vibre de nouveau, cette fois il est accueilli par l'innocence de sa fille.

_Hey chérie ! Il répond, le cœur plus léger mais l'estomac toujours noué.

_Alors tu pars ?

_Oui.

_Meredith dit que c'est pour aller voir une autre femme.

_Elle a raison. Alexis c'est…

_Je veux venir avec toi !

_Quoi ?

_Là – bas je veux y aller avec toi, je ne veux pas rester là, avec elle ou aller à Los Angeles et… et ne plus te voir.

_Non, non, non, Alexis, ce n'est pas ça, pas ça du tout. Je ne pars que quelques jours, j'ai des choses à régler. Toi tu finis tes examens, tu découvres Princeton et ensuite je te récupère et ce sera juste toi et moi dans les Hamptons. Okay ?

Il l'entend trembler, imagine son regard perdu d'enfant bientôt adulte et là dans cette seconde, il rêve de pouvoir déchirer ce billet maudit, de l'oublier elle, et d'aller serrer sa fille dans ses bras, de construire des forts en couvertures et de manger des sucreries jusqu'à ce qu'ils explosent.

Mais il ne peut pas, il doit en finir avec son souvenir, heureusement comme toujours sa petite fille le sauve.

_Okay Papa, ça ira, deux semaines de Meredith ça devrait pouvoir se gérer, surtout avec la promesse de passer le reste de l'été avec toi.

Son cœur se calme.

_Je t'aime Alexis.

_Moi aussi Papa, moi aussi.

Elle a dû comprendre quelque chose au son de sa voix, il l'aime encore plus.

_Ramène moi une photo des toits de Paris. Elle murmure.

_Bien sûr. Assure-t-il, ne lui dit pas qu'il ne sera là-bas que quelques heures.

_Bye.

_A plus tard.

Ils raccrochent, dans les hauts parleurs une inconnue lui rappelle que c'est le dernier appel pour son vol. Il s'envole.


C'est la lumière qui le choque en premier. Cette douceur chaude qui l'envahit et l'apaise. Le paysage infini berçait par les tons pastels qui se mélangent et se complètent. Paris était bruyant. Beau, immense, artistique et unique mais aussi pressé, bousculé et anonyme. Un petit New York.

Alors qu'ici, ici toute l'immensité est singulière. Quand il est sorti de sa voiture de location pour demander sa route dans un PMU du coin, on l'a regardé longuement, on lui a demandé d'où venait ce français amoché d'accent d'outre Atlantique et on a fait quelques blagues sur les Américains avant de lui donner une réponse à peu près claire.

Et le voilà perdu, mais avec de nouvelles notions de liberté, entre campagne et ciel, au milieu d'un champ Angevin à la recherche de celle qu'il a voulu oublier.

Alors, là au milieu de nulle part il éclate de rire. Un rire immense et vrai. Un rire retrouvé. Il danse au milieu de ce chemin terreux, voit les hirondelles et les étourneaux s'envoler dans un nuage, imite leur ronde, ne voit pas la voiture avancer vers lui, sent seulement l'impact.

Tout est doré. Il a mal partout et ne sent plus la moitié de son visage. La couleur d'or s'en va, tandis qu'un visage ridé mais rassurant se penche vers lui.

_Ca va aller ?

La voix est teintée d'anglais et un instant il se perd.

_Yes, yes I'm alright… Just give me a moment… Il tente de se relever, sa tête tourne.

_Wow…

_Dizzy ? Demande l'autre, à la chevelure grisée.

_Yeah…

_Well, you did crash against my car…

_Sorry about that…

_Non ça va, à part deux ou trois gouttes de sang, elle n'a rien, mais vous… vous devriez aller voir un médecin.

_Non, je vous remercie… J'ai quelqu'un à voir.

L'autre secoue la tête ne dit rien, semble avoir l'habitude des gens têtus.

_Où allez-vous, en dansant comme ça ?

_Chemin des Haut Noyers…

_Oh…

_Vous connaissez ?

L'autre acquiesce, un étrange sourire en coin.

_J'y passe quelque fois, mais vous savez ce n'est peut-être pas le meilleur moment, il y a eu, enfin Chet Palaburn est mort il y a quelques jours… et…

_Je sais c'est pour ça que je suis là.

Cette fois l'homme l'observe différemment, avec une gentillesse autre, une sorte de compréhension.

_Et bien vous avez juste à continuer tout droit puis prendre à droite et enfin à gauche, une fois sur le chemin jaune vous faites deux cents mètres et vous y serez.

L'amoché hoche la tête ne peut sourire sous son visage tuméfié.

_Merci…

_Pas de quoi…

L'autre repart vers sa voiture quand la voix de l'écrivain l'arrête.

_Hey What's your name?

Un sourire

_Jim Beckett, I'll see ya around Mister Castle…

Un claquement de porte, un moteur qui démarre dans un nuage de poussière doré, l'autre s'en va.

La maison est belle, le terrain immense, peuplé de toutes sortes d'arbres où le vent vient jouer, se perdant dans les feuilles et se jouant des rayons du soleil. Magnifique et calme.

Sa gorge est serrée. Il pense à Alexis, voudrait qu'elle soit ici avec lui. Pose sa tête sur le volant. La douleur lui fait comprendre son erreur. Se décide, ouvre la portière de la Ford, trop petite pour sa carrure, avance sur le gravier soudain très bruyant.

Un cri d'oiseau, il sursaute, dans la bruyère un chat s'échappe, il gravit les escaliers d'ardoises, soupire, son estomac se serre, il frappe, entend sa voix et un bruit de verre qui se brise. Serre ses mains blessées. Voit la poignée de fer s'abaisser. Retient sa respiration. Elle est là.

_Richard ?... Elle sourit presque, il veut la prendre dans ses bras.

_Mère…

A suivre

NDA : Merci à tous pour vos commentaires géniaux, vos remarques et votre soutient. Pour ceux qui s'inquiète de ne toujours pas voir Kate, promis elle arrive dans le prochain chapitre ! et les autres aussi, enfin pour eux peut-être pas dans le prochain mais très vite !

Traduction des dialogues en anglais :

_Yes, yes I'm alright… Just give me a moment… Il tente de se relever, sa tête tourne.

[Oui, oui, je vais bien… Donnez-moi juste un moment…]

_Wow…

_Dizzy ? Demande l'autre, à la chevelure grisée.

[Des vertiges ?]

_Yeah…

_Well, you did crash against my car…

[En même tant vous venez de vous écrase contre ma voiture.]

_Sorry about that…

[Désolé d'ailleurs.]

_Hey What's your name?

[Hé c'est quoi votre nom?]

Un sourire

_Jim Beckett, I'll see ya around Mister Castle…

[Jim Beckett, on se reverra Monsieur Castle…]