Oberyn
Les doigts d'Oberyn Martell se refermèrent sur sa lance. Au contact de sa main, il sentit herbe gelée sur laquelle il se trouvait. Sa main gauche se referma sur son visage qu'il sentit intact. Les images d'un poing immense et meurtrier frappant comme un marteau sur son visage lui revinrent. Un frisson le parcourut tout entier mais il repoussa la nausée qui l'envahissait et se releva. Il se trouvait dans une clairière au milieu d'un bois. Il faisait nuit. Un brouillard épais l'entourait et il ne pouvait voir qu'à peine les arbres se découpant derrière un voile grisatre. Il lui semblait pourtant que des ombres furtives se déplacaient.
Oberyn sentit son sang bouillir. Après la mort il existait donc une vie pour les combattants. Par les 7 enfers, celui du guerrier était celui qui lui convenait le plus. Il s'aperçut qu'une légère huile étaient encore paufinné sur sa lance. Il fit quelques moulinets et des exercices d'échauffement tandis que des bruits sourds émanaient de la forêt.
Le son d'une épée se fit alors entendre et un homme dans la force de l'âge, à l'air de prince vint vers lui. Il s'arrêta essouflé devant la Vipère Rouge de Dorn et le regarda sans comprendre.
« Que faîtes vous ? Venez il faut fuir »
Une courrone incrustée de pierre précieuse ornait sa tête. Avant qu'Oberyn ne put réagir, il sentit la main de l'étranger se refermer sur son bras et tentait de l'amener avec lui. Ses appuis tinrent bons et tirant vers l'arrière, il fit tomber l'homme sur l'herbe glacée.
« Je ne fuis pas devant le combat. Si c'est cela l'enfer, je l'affronterai. »
« Ne soyez pas fou, ce n'est pas l'enfer ici. On est, tout les deux, absolument vivant, et si un des Marcheurs blancs vous fauchent, c'est quelque chose bien pire que la mort qui vous attends. Venez ».
Du brouillard sortit une silhouette décharmée qui s'approcha d'eux à pas lent. Derrière lui, Oberyn sentit le jeune homme couronée se relevait et entendit le son d'une épée qu'on dégaine de son fourreau.
« Marcheur blanc ? Ca s'annonce intéressant. Je me demande si un poison efficace contre eux existe ». Sa lance partit en avant et la créature humanoide parra d'un bouclier de bois de de glace.
« Notre est la Furie » entendit il dire derrière lui, et son compagnon d'infortune se lanca dans une attaque frénétique, faisant reculer le monstre sur chacun de ses coups. Pourtant bientôt il s'épuisa et le rythme de ses coups baissa. Oberyn attendit une ouverture dans cette frénésie afin de frapper et de prendre par surprise et l'homme, et le Marcheur Blanc. L'occasion vint et sa lance se vrilla dans la tête de la créature qui recula et s'écroula. Alors il vit ce qu'il n'aurait jamais cru voire. Sans yeux, ni véritablement de visage, le monstre se releva et se mit à fendre l'air sans réel coordination ni but.
« Surprenant. »
« D'autres arrivent ».
« J'ai compris. Partons »
Et les deux hommes se lancèrent dans une course folle à travers la forêt. Heureusement les choses qui semblaient les poursuivre n'étaient pas capable de courir et elles furent vite distancées. Pourtant ils ne ralentirent pas et continuèrent leur course. L'homme qui l'avait abordé était de toute évidence en train de fatiguer, et si il savait se battre, il n'avait pas le sang d'un guerrier. A la courrone, Obéryn crut comprendre de qui il s'agissait.
« La bas une lueur… Des flammes »
Les lueurs s'élevèrent d'un point rocheux bien au-dela d'eux. Dans la lumière tremblottante du feu on distinguait les ruines d'un petit bastion. Oui, si il fallait passer la nuit à affronter les Autres, avoir quelques pierres pour s'entourer ne serait pas un luxe. Oberyn forca son rythme et passa devant son compagnon afin de lui imposer un rythme plus elevé. Plus vite ils y seraient plus grandes seraient leurs chances de survie. Les ombres des arbres défilaient derrière eux comme des milliers d'oiseaux migrateurs quand viennent les premières rigeurs de l'hivers. Son souffle était désormais saccadé mais l'image de Gregor Clegane qui dansait sans trève devant ses yeux lui donnait de l'énergie. Ils finirent par arriver jusqu'aux ruines d'où émergaient les flammes. Deux hommes se levèrent à leur entrée, épées prêtes au combat.
« Oh oh on se calme, on est vivant nous ».
Son compagnon avait été trop lent. L'homme à l'air serieux venait de porter une première attaque qu'il contra comme il put avec sa lance. A bout de souffle il n'eut pas le temps de lever sa défense et le coup suivant se figea à quelques centimètres de sa gorge.
« Seigneur Stark attendait ! » firent deux voix d'un même chœur. Une d'entre elle lui était familière.
« Ecoutez mon neveux, Seigneur Stark, je vous serais plus utile vivant que mort ».
« Eddard Stark, baissez cette arme ». Ned regarda consécutivement les deux hommes puis à nouveau le lancier essouflé dont le regard encore se faisait impertinent.
« Ainsi quelqu'un a finalement eut raison de la Vipère Rouge » Son épée se baissa, laissant Oberyn pousser un soupir de satisfaction. « Si votre réputation est à la hauteur du personnage, votre aide sera la bienvenue, Prince » Il se tourna vers l'homme couronné. « Ainsi vous vous êtes proclamé roi, Renly »
« Une mésaventure désagréable. J'ignore comment je me suis retrouvé ici pour tout vous dire. J'étais en compagnie de Dame Catelyn quand j'ai senti la vie me quitter »
« Cat est en vie ? »
« Elle l'était quand je suis moi-même décédé. Votre fils a levé une armée et capturé Jaime Lannister. J'ignore la suite malheureusement »
« Moi je la connais » fit Oberyn. « Seigneur Renly, la rumeur court qu'il s'agit de Brienne de Tarth qui vous a assassiné »
« Ridicule. Elle était devant moi… »
« D'autres disent qu'il s'agit de l'ombre de votre frère. »
Un silence se fit. Oberyn enchaina.
« Seigneur Eddard, je suis désolé mais votre femme et votre fils Rob sont morts. Du moins si la mort signifie encore quelque chose. Le Seigneur Frey a trahi les lois de l'hospitalité lors du marriage de votre beau frère Edmure et assassiné le « Roi dans le Nord », aidé par la complicité de Roose Bolton »
Un silence consterné suivi ses révélations.
« Votre fille fut répudié par Joffrey Baratheon »
« Lannister » firent Ned et Renly d'une même voix.
Oberyn sourit. « Joffrey Lannister. Loras Tyrell a rangé vos armées du coté des Lannister, Seigneur Renly, votre marriage a été brisé et Margaery Tyrell promise à Joffrey. Stannis Baratheon fut défait à la Néra et a ensuite fait voile vers le Nord en délaissant Dragonstone. » Il marqua une pause pour laisser le temps à ses compagnons d'assimiler.
« Lors de son marriage, Joffrey fut empoisonné et Tyrion Lannister accusé. Son dernière espoir fut finalement un procès par combat où je fus son champion, afin de pouvoir tuer La Montagne. Je pense avoir réussi mais je suis mort avant d'en être certain. Je doute qu'un maester puisse sauver l'homme du poison dont je l'ai affligé »
Un craquement de bois se fit entendre dans le silence qui suivit. Des mouvements se firent sortirent en dehors de la porte du bastion.
« Vers la tour, une seule porte sera plus facile à tenir » fit Ned et le groupe se déplaca promptement alors qu'une horde de cadavres bleuis envahissaient lentement la cours. Dans leurs courses ils s'emparèrent chacun d'une torche, sauf Quentyn qui s'empara de ce qui restait de bois sec. Rentrant dans l'abris de la tour en ruine, il aperçut une cheminée où il précipita le bois.
« Donnez moi une torche, Il faut une source stable de feu si on veut passer la nuit » Oberyn l'avait entendu et lui donna la sienne tandis que Ned fermait la lourde porte de bois qui encore tenait dans ses gonds.
Des grattements sourds se firent entendre et finalement l'huis vola en éclat. Ned enfonça sa torche dans le corp du premier Marcheur Blanc qui pénétra dans la salle. Celui-ci recula et tomba sur le sol boueux du fort en ruine. Plusieurs rentrèrent et d'un coup de sa longue épée, Ned en atteint plusieurs. Ceux-ci se mirent alors à émettre des bruits stridents et tombèrent mort.
« Efficace » commenta Oberyn en lançant une seconde torche à Renly. « Jetez-ça sur le prochain qui passe, votre altesse »
Un froid glaciale envahissa alors la tour. Le feu vacilla. « Quentyn, maintient le feu en vie » Ned tenait toujours la porte, malgré son âge, et ceux à grand coup de Glace, la légendaire épée des Starks. Oberyn fut le premier à comprendre pourquoi la grande arme était aussi efficace contre les hordes morts-vivantes. « De l'acier Valyrien. Forgé par les flammes d'un dragon… cette lame est un poison pour eux »
Alors un bruit étouridssant envahit la pièce et le hurlement de Quentyn retentit. D'un geste souple, Oberyn trancha la main de l'Autre qui avait saisi son neveux et bougait la pierre de la tour en ruine. Celle-ci continua de se serrer autour du bras de Quentyn qui parvint à la décrocher et la pousser dans les flammes. Pendant ce temps la brèche dans le mur s'élargissait et d'autres Marcheurs Blancs se massaient prêt de ce qui serait bientôt une entrée.
« Seigneur Stark. On a un problème ici ».
« Les flammes s'éteignent » murmura Quentyn. Alors s'emparant de la plus grosse buche au mépris des langues de feu, il la lanca à travers la brèche faisant reculer le fléau.
« L'escalier » fit Renly et le groupe s'engagea dans le colimaçon étroit. Oberyn arrêta Ned en le prenant par l'épaule.
« Laissez moi prendre le relais. Je suis plus jeune que vous et un combattant émérite. »
Ned le dévisagea avec rudesse. « Glace ne peut être brandit que par un Stark »
« Elle l'est par Jaime Lannister dans le Westeros où je suis mort. Laissez moi prendre le relais Ned. » Un regard de sincérité et de fatigue passa dans l'expression d'Eddard Stark.
« Vous n'êtes pas connu pour être quelqu'un de respectable »
« Non je suis connu pour être un guerrier aussi talenteux qu'intraitable. Je suis la vipère rouge de Dorn, et cela devrait vous suffire pour savoir si vous me faites confiance ou non »
L'épée se trouva dans ses mains. Il la brandit avec célérité et la lame s'enfonça dans la chair du premier Marcheur Blanc avancé dans l'étroit colimaçon. Sous le coup de cette acier pour lui maudit, il recula et s'écroula entrainant dans sa chute plusieurs de ses congénères.
« Ni à genoux, ni courbé, Ni vaincu » proclama Oberyn et il se mit en garde, dans l'attente de son prochaine adversaire.
« Ned » cria alors Renly. « Il y a une femme là bas avec les marcheurs blancs.
Les trois hommes qui n'étaient pas en train de se battre se précipitèrent vers une meurtrière détruite afin de voir plus distinctement. Elle était nue au milieu des Marcheurs Blancs et sa peaux nacrée brillait comme les rayons de la lune. Ses cheveux noirs de jais prenaient par endroit des reflets bleutés. Le galbe de ses hanches se découpait légèrement comme l'ombre d'une hirondelle.
« Elle vous ressemble, Ned » commenta Quentyn.
« Montez, je ne peux pas les retenir plus longtemps » hurla en dessous-d'eux Oberyn. Et le quatuor grimpa progressivement l'escalier en ruine pour arriver au sommet de la tour. Alors se mettant au-dessus de la sortie de cette infernale colimaçon, Oberyn se tint droit, prêt au combat et à la mort. De pales rayons lumineux vinrent éclairés son visage princier.
« L'aube » fit la voix émue de Renly.
« La femme a disparue. Les Marcheurs blancs se retirent » ajouta Quentyn.
Obéryn resta quelques secondes dans sa posture de combat puis voyant que ses adversaires se retiraient les un après les autres, il se laissa tomber sur le sol en poussant un rire tonitruant. Seul Ned restait interdit, tremblant, au sommet de cette tour que venait frapper les premières lumières du jour.
Pour aujourd'hui au moin, ils étaient saufs.
