Chapitre 1 : Good Old-Fashioned lover boy

"Can anybody find me somebody to love ?" Somebody to Love, Queen

Janvier 1977

« Sirius, tu peux m'expliquer ce que tu fais ?

- La ferme, James ! Je suis sur le point de faire une découverte majeure pour la survie de la prochaine génération.

- Dans les sous-vêtements de Remus ? »

Sirius se tourna vers James et dans un « tada » parfaitement enthousiaste, il lui dévoila un caleçon rouge vif trouvé dans le tiroir de Lupin :

« Alors ? Un haussement de sourcils ponctuant son intervention.

- Alors quoi ? Tu as découvert les vêtements de Remus à leur place. Dans le tiroir. Je dois te remettre une médaille, Sirius ?

- Ça ne te fais rien de plus, James ?

- C'est le rangement ou la propreté qui te perturbe le plus ? »

Sirius, les yeux embués, ne prit même pas la peine de répondre. Devant un James Potter médusé, il commença un long monologue à l'allure de leitmotiv maternel qu'il conclut par « notre petit Remus devient un homme. »

Potter avait toujours tenté de devancer Black dans ses idées les plus loufoques. Il pouvait même sans se vanter dire que, la plupart du temps, ces mêmes idées leur venaient simultanément en tête, sans consultation préalable. Mais c'était peut-être la fatigue ou une inattention passagère car il n'arrivait pas à comprendre où Sirius voulait en venir.

Néanmoins après qu'il se soit fait réexpliquer une seconde fois le monologue de Sirius, James crut saisir que grâce à cette preuve flagrante -ce sous-vêtement de couleur rouge- Remus commençait à expérimenter les effets de son surplus d'hormones. Selon Sirius, il serait fort probable que Remus tenterait par le port de vêtement d'exécuter une sorte de parade amoureuse. À ce moment de leur échange, James voulut faire remarquer qu'à moins que Remus ne se balade dans la salle commune en sous-vêtement (tout en dansant langoureusement) il ne comprenait pas vraiment comment on pouvait relier l'existence d'un caleçon avec l'existence d'une future potentielle petite-amie.

Sirius, bien qu'ayant remarqué l'air perplexe de son meilleur ami, préféra quitter le dortoir avec un mouvement de cheveux savamment étudié.

« Bonjour Remus.

- Bonjour Anna. Tu es arrivée tôt aujourd'hui. Tu n'as pas déjeuné ?

- En général, je n'ai pas très faim le matin. » Lupin sourit à une petite blonde qui lui rendit volontiers son sourire. Sans hésiter, il s'installa sur la chaise qui lui faisait face dans un geste parfaitement naturel et quotidien. Depuis le début des vacances de Noël, Remus avait pris l'habitude d'étudier à la table qui jouxtait le rayon sur l'histoire de la magie. C'était un point stratégique : pas trop loin des sources documentaires dont il aurait éventuellement besoin pour ses devoirs et avec une vue sur le parc pour les moments de relâchement après dur labeur. Une valeur ajoutée : cet endroit de la bibliothèque captait étonnement bien la chaleur ce qui était un avantage non négligeable depuis la tombée des premiers flocons. Il se trouvait aussi, de façon parfaitement fortuite, qu'une jeune Serdaigle avait élu domicile à cette table.

Après avoir sorti ses notes de cours, Lupin s'attarda pour dévisager un instant sa voisine. Il sembla vouloir dire quelque chose avant de se raviser. Anna, le nez penché sur son parchemin, fronçait les sourcils.

« Tu peux le faire, Remus. Allez. Elle va te manger dans la main. Elle est déjà dingue de toi.

- Tais toi Sirius, on entend rien si tu parles en même temps. Et pousse ta tête. On voit rien. »

Dissimulés derrière une étagère, James, Sirius et Peter avaient décidé de trouver l'identité du béguin de Remus. Après une proposition de plan nécessitant l'usage d'un enlèvement, de Veritaserum et d'une poêle à frire, l'option de la filature avait été finalement adoptée à l'unanimité. Sirius se tenait en avant, la partie inférieure du visage masqué par un exemplaire de Sorcière Hebdo. Plus en retrait, James et Peter avaient comblé leur absence de déjeuner en ramenant des chocogrenouilles qu'ils se partageaient.

« Tu as bien avancé dans tes révisions, Remus ? J'espère que je ne te dérange pas trop. Potter et Black ne t'ont pas accompagné? »

Anna n'avait pas levé les yeux de son parchemin. En revanche, Remus ne l'avait presque pas quitté des yeux depuis qu'il s'était assis. Il sursauta au son de sa voix et mit un moment avant de répondre.

« Non, non, tu ne me déranges absolument pas. A chaque fois que je propose de réviser à Peter ou à James, ils font comme si de rien n'était. Quant à Sirius, je ne lui demande même plus.»

Sirius en entendant son nom se pencha en avant. James, qui se tenait déjà en équilibre instable sur l'épaule de son ami bascula vers l'avant. Il tomba. Les élèves, qui ne s'étaient pas endormis sur leur livre, se retournèrent vers lui. Hilare, Sirius tendit une main vers lui pour l'aider à se mettre debout. Quand il releva la tête, il croisa le regard de Lupin. Indéchiffrable. Mme Pince ne tarda pas à se montrer. Avant d'avoir pu prononcer un mot les trois garçons étaient projeté hors de la bibliothèque. Sirius épousseta une poussière imaginaire de ses épaules. James avait déjà placé un bras autour des épaules de Peter et se dirigeait d'un pas décidé vers la Grande Salle.

« Mon petit Peter est ce que je t'ai déjà raconté la fois où j'ai réussi à avaler 5 litres de jus de citrouille en moins d'une heure ?»

James se tourna vers Sirius qui n'avait fait aucun mouvement indiquant qu'il s'apprêtait à les suivre.

« Tu ne viens pas manger avec nous ? »

Sirius se contenta d'un geste de la tête en guise de réponse. Il avait lu que moins on utilisait de mots pour communiquer plus notre simple présence physique prenait de l'importance dans l'espace que l'on occupait. James tenta une réponse dans le même genre en levant un sourcil l'un après l'autre. Il finit par abandonner devant l'air d'incompréhension de s'éloigna, la tête de Peter toujours calée sous son bras droit. Sirius ne resta pas bien longtemps planté, seul, au milieu du couloir. Remus ne tarda pas à sortir de la bibliothèque. Il passa à côté de Sirius sans s'arrêter.

Remus s'engouffra dans la salle commune. Sirius se glissa rapidement derrière lui avant que le portrait de la Grosse Dame ne referme l'accès. C'était la fin de la course-poursuite muette qui s'était engagée à travers le château. Remus avait adopté un pas rapide depuis sa sortie de la bibliothèque. Sirius l'avait suivi de près tantôt en pas chassé tantôt en marchant l'air de rien quand un autre élève empruntait le même chemin. Dans la salle commune, on entendait juste le feu qui crépitait dans la cheminé. Tout le monde était parti petit-déjeuner.

« Tu vas quand même pas me faire la tête pour ça ? »

Sirius s'adressa à un Remus qui avait déjà un pied sur la première marche des escaliers menant aux dortoirs.

«Elle a quel âge ? Tu l'as pas choisi trop jeune, j'espère. Parce que c'est vrai que c'est toujours tentant quand ça a les joues roses et les jambes blanches mais au niveau de la conversation … c'est le fossé générationnel...

-Sirius ? Remus s''était arrêté dans son ascension. Tournant le dos à Sirius.

-Quoique il me semble que c'est une Serdaigle, non ? Elle aura toujours un truc à te raconter. Je sais que c'est ton truc à toi les conversations sur l'utilisation de la branchiflore au XIXe siècle donc tu risques pas de t'ennuyer.

- Sirius ?

- Tu l'as rencontré comment ? À la bibliothèque ? Tu l'as connais depuis combien de temps ? La rentrée ?

-Sirius, ça suffit. »

Deux rougeurs était apparues sur le visage de Lupin. Il avait fait volte face et fusillait Black du regard.

« C'est pas possible, Sirius. Tu déboules comme ça dans la bibliothèque. Et il faudrait que je te raconte des détails saugrenues sur une jeune fille qui, elle, essayait de travailler. »

Au terme jeune fille, Sirius fit la grimace. Dans la bouche de Remus ça ressemblait à une expression qu'un vieux utiliserait. Un de ces vieux qui assistent aux bals des Black et qui complimentent l'une de ses cousines en lui caressant les cheveux de son doigt graisseux.

« Comment tu veux que je sache que tu envisages de sortir avec quelqu'un si je ne te suis pas jusqu'à la bibliothèque ? De toute façon que je l'apprenne maintenant au plus tard, tu me l'aurais dit donc le résultat est le même.

-Parce que l'on est obligé de tout se dire ? »

Il y eut un silence. Un silence gênant. Un silence qui s'éternisait. Sirius aurait pu répondre tout de suite que bien sûr il devait tout se dire. Sinon à qui d'autre Remus pourrait bien parler ? Mais il ne dit rien. C'était un silence gênant mais auquel il ne fallait pas attacher de signification. Pourquoi faudrait-il toujours accorder de l'importance à ce qui était dit comme ça, sous le coup de la colère ?

C'est le moment que Peter et James choisirent pour rentrer dans la pièce. Peter tenait un journal dans la main et James divaguait sur la technique qu'il pourrait utiliser pour le prochain match de Quidditch. Sirius saisit l'occasion pour commencer une conversation avec James. Remus hésita un instant et finit par décider de rester dans la salle commune en se laissant tomber dans le fauteuil le plus proche. Chez lui, la plupart du temps, silence valait pardon. Enfin c'est ce que Sirius présumait depuis les premières disputes qu'ils avaient pu avoir.

Peter s'était installé à l'écart du groupe de garçons. C'était bien le seul moment où il s'isolait du reste de la bande. Sirius lui avait dit un jour qu'il aimait sa façon de lire. Il en avait rosi de plaisir. Depuis ce jour, Peter se faisait un devoir de faire une sorte de revue de presse. C'était un peu son moment de gloire. Il déchiffrait chaque article avec soin. Le doigt suivant chaque ligne pour ne rater aucune subtilité. Les meilleurs passages de la Gazette des sorciers étaient lus dans le dortoir des garçons après le repas du soir. Peter lisait à haute voix lentement en prenant un ton plus perché que d'habitude tandis que James et Sirius mimaient les événements marquants : discours du ministre de la magie ou dernier match des Canons de Chudley.

Peter trouvait malheureusement de moins en moins de source pour ses lectures du soir. Ce n'était pas que la Gazette était moins fournie mais plutôt les sujets abordés se prêtaient de moins en moins à des éclats de rire et risquaient moins facilement de finir en bataille de polochons. Peter en était à sa troisième page de faits divers sur des disparitions de né-moldues. Il allait pour abandonner à trouver quoique ce soit d'intéressant. Et puis, au milieu de deux pages, quatre feuillets bleus reposaient tranquillement, attendant d'être lus. Ça ne ressemblait pas à une publication de la Gazette des sorciers. Il y avait pourtant bien un titre accrocheur. Cependant, ça rappelait davantage ces romans feuilletons que Peter lisait avec sa mère, étant plus jeune. Il y avait quatre garçons. Il y avait ces quatre jeunes sorciers brillants aux caractères fougueux de jeunes binoclard imbu de lui-même. Un petit grassouillet qui était bien là dans l'histoire mais que tout le monde (dont l'auteur) oubliait au bout des trois premières lignes. Et une histoire d'amour impossible entre le petit blond intellectuel et le grand brun ténébreux renié par une famille s'empoussiérant dans des traditions dépassées et une supériorité ridicule.

Ça lui rappelait vaguement quelque chose mais quoi ? D'abord c'était kitsch. Les dialogues ressemblaient à une mauvaise romance pour jeunes filles et pourtant … Peter tourna la dernière page précipitamment pour lire la suite. Mais rien, il n'y avait que quatre feuillets. Et le « à suivre » qui le narguait en bas de la dernière page.

« Tu lis quoi ? Tu as trouvé des trucs intéressants pour le show de ce soir ? »

Sirius s'était penché au dessus de l'épaule de Peter. Deux mots fièrement érigés sur le papier que tenait Peter attirèrent son attention.

« Les maraudeurs ? Sympa comme nom. C'est un nouveau groupe de rock sorcier ? »

Une des mèches brunes de Sirius tombant sur les feuilles qu'il lisait, Peter leva les yeux. Les cheveux lâchés, Sirius ressemblait à l'un de ses chanteurs rebelles à la mode. Le maintien aristocratique dans le corps de Jim Morrison. Plus loin, James s'entraînait à sourire dans le vide avec une expression de crapaud amoureux. Remus était concentré devant un livre dont le nombre de pages pouvait expliquer à lui seul la déforestation de la forêt amazonienne. Quelque chose lui venait à l'esprit. Un simple doute.

« Sirius, je crois … je crois que ça parle de nous. »

Petite aparté : Comme vous avez pu vous en rendre compte, beaucoup de temps s'est passé entre la sortie du prologue et du chapitre 1 et je m'en excuse pour les quelques personnes qui me lisent. Le rythme entre le chapitre 1 et les prochains chapitres sera plus court (Foi de Merlin!).

Je remercie les personnes qui ont pris le temps de me lire et aussi Shiriliz qui m'a laissé un commentaire.