Chapitre 2
Jack haleta, les yeux fermés. Le contact avec le TARDIS était indescriptible: un mélange de chaleur, douceur, et oh, cette musique qui chantait dans son esprit.. cette musique qui lui parlait, et qu'il comprenait, malgré l'absence de mots. Comment était-ce possible? Il n'avait jamais rien vu de pareil malgré toutes ses années à voyager dans les confins de l'univers et du temps. La musique lui parlait de confiance, et d'assurance. Elle lui expliquait que sous des abords sauvages, son voleur – pourquoi l'appelait-elle voleur – n'était pas méchant. Il déglutit, et parvint avec difficulté à murmurer, le regard encore dans le vague:
-Et maintenant?
-A vous de voir. Vous n'êtes pas obligé de rester. C'est votre choix. Mais si vous décidez de rester... Mon Tardis, mes règles.
Sa voix se voulait bourrue, mais Jack s'en tint aux mots. Il pouvait rester s'il le voulait. L'esprit toujours empli du contact avec le vaisseau, il hocha silencieusement la tête, trop perturbé pour parler. Le Docteur l'observa un instant, avant de suggérer, de ce même ton faussement grognon:
-Allez vous coucher, on parlera demain. La journée a été mouvementée pour tout le monde.
Cela eut le mérite de sortir Jack de ses pensées.
-Dormir? Où?
Il suivit le maitre des lieux dans les couloirs, tournant à quelques intersections avant d'arriver devant une porte. L'ex-Agent du temps écarquilla les yeux en découvrant la chambre, aux tons jaune-orangé chaleureux au milieu duquel se tenait un lit suffisamment grand pour accueillir aisément deux personnes. Il était recouvert d'une épaisse couverture blanche, et orné d'un traversin et de nombreux oreillers, comme Jack l'aimait. Une armoire et une commode cachait le mur gauche, et une petite étagère en forme d'escalier décorait la partie droite de la salle, attendant d'être remplie. Les meubles étaient en bois, comme c'était de coutume il y avait de nombreux siècles sur Terre. Comme Boeshane en avait conservé la tradition. Le jeune homme ne sut que dire, dévorant les lieux du regard: l'endroit était simple, mais agréable, émettant une sensation d'intimité troublante. Jack n'avait pas connu de tel endroit depuis longtemps.
Le Docteur lui jeta un regard en coin: il avait suivi les instructions de sa dame le long du chemin, et découvrait lui aussi la nouvelle apparence de la chambre. Clairement, elle avait été créée pour Jack, et au vu des expressions conflictuelles sur le visage de ce dernier, le Tardis avait bien visé. Il le quitta sans un mot, ne sachant guère quoi lui dire, le laissant seul perdu dans ses pensées.
Malgré cet accueil chaleureux du vaisseau, Jack dormit difficilement: était-ce les derniers évènements? Le rappel indirect de sa planète natale? Toujours est-il qu'il passa une partie de la nuit à se battre contre des cauchemars, la figure de Gray le hantant pour la première fois depuis des années. Il se réveilla dans un sursaut, le corps couvert de sueurs, sans reconnaitre les lieux. La panique le saisit et il se redressa brusquement, cherchant le poignard posé instinctivement sous son oreiller. Où était-il? Ce n'est pas la petite couchette de son vaisseau.. Et puis les évènements de la veille lui revinrent à l'esprit, apparaissant par flash: un grognement sortit de sa gorge, et il se laissa retomber sur un des oreillers.
Shit.
Dans quoi est-ce qu'il s'était fourré?
Comment diable avait-il réussi à tomber sur un Seigneur du temps? Et le dernier d'entre eux, en plus, visiblement. Son cœur se tordit étrangement à ce souvenir: cela avait été l'un des seuls moments où il avait vu l'armure se fendiller. En dehors de ce bref éclair, le Docteur était toujours demeuré fort, assuré, et constamment maitre de la situation (à peu près), le tout avec un humour vif et un sens de la répartie qui avaient agréablement rafraichi Jack des coutumes de l'époque où il se trouvait alors. Si celle-ci était parfaite pour se cacher de ses anciens collègues, et les bals des endroits idéaux pour rencontrer de potentiels partenaires, elle était néanmoins encombrée de nombreuses conventions bien difficiles pour lui et son éducation du 51ème siècle. Le Docteur avait été une bourrasque autant inattendue que bienvenue, et bien que souvent insupportable avec ses remarques, il n'en était pas demeuré terriblement attractif et fascinant.
Jack secoua la tête, et se força à se lever: il eut la surprise de découvrir des vêtements frais posés sur la commode. Un jean noir et une chemise bleue, parfaitement pliés et n'attendant que lui. Il fronça les sourcils, est-ce qu'on les lui avait amenés quand il dormait? Un humement dans le coin de son esprit lui donna la réponse.
-Oh? C'est de toi?
Le humement satisfait s'intensifia, faisant sourire Jack.
-Merci ma belle.
Le dit humement se métamorphosa en ronronnement, faisant pouffer l'humain qui explora un instant la chambre avant de découvrir une petite porte à coté de l'étagère: une large salle de bain se cachait derrière, pour sa plus grande joie. Il prit le temps de savourer une très longue douche, jouant avec les bulles de savon qui volaient autour de lui au lieu de disparaitre comme elles l'auraient fait sur Terre, et se délectant du contact de l'eau sur sa peau. L'eau chaude était rare en temps de guerre, et il ne pouvait pas toujours revenir sur son vaisseau se laver.
Lorsqu'il eut terminé, il erra quelques instants dans les couloirs, avant de finalement apercevoir Rose au détour d'un tournant. Cette dernière se retourna en l'entendant, et l'accueillit d'un large sourire qu'il lui rendit, découvrant avec plaisir une nouvelle tenue. Elle était vêtue d'une courte robe rouge remontant par dessus ses genoux, agrémentée d'une fine ceinture de cuir à boucle de métal mettant en valeur sa taille. Ses cheveux tombaient en boucles sauvages sur ses épaules, une mèche rabattue en arrière par une barrette noire, aérant son visage. Elle était juste splendide, et Jack lui aurait bien sauté dessus. Un monde de fantasmes dans lequel chair, robe rouge et murs se mêlaient jusqu'à ne plus former qu'un s'abattit sur lui.
-Bien dormi?
La question le tira brusquement de ses pensées lubriques.
-Très bien, merci, mentit-il, avant d'ajouter: Vous avez d'autres robes de ce type?
Rose haussa un sourcil, avant de baisser les yeux vers sa tenue:
-Pas mal, oui, pourquoi? Vous n'aimez pas?
-Ah si si, au contraire, j'adore, répliqua-t-il en haussant un sourcil, laissant ses yeux dériver sans aucune honte.
La jeune femme rougit légèrement sous son regard -ce n'était pas Mickey qui se serait permis d'être si clair- avant de se reprendre -elle n'avait plus 16 ans- et croiser les bras, s'accoudant au mur pour lui faire face :
-Je me demandais comment s'était passée votre conversation avec le Docteur hier? Il n'a pas été trop rude avec vous? Voulut-elle savoir, révélant par là-même qu'elle n'était pas aveugle sur la nature du 'travail' qui attendait son ami.
Jack força difficilement ses yeux à ne pas dériver sur les seins de la blonde, scandaleusement mis en valeur par cette nouvelle position, et répliqua de sa voix chaude, les deux sourcils haussés cette fois:
-Pourquoi? Vous vous inquiétez pour moi?
Et il lui décocha un sourire de plusieurs milliers de watts, qui n'aurait pas fait tâche dans une publicité du XXIème siècle. Son interlocutrice lui en rendit un, mais pas aussi poussé que celui qu'elle lui avait donné un instant plus tôt. Cette version-ci était davantage tendue, voilée:
-Je me demandais ... Il n'est pas toujours tendre avec ceux qu'il ne connait pas...
-J'avais cru remarquer, mais merci de le souligner, ironisa Jack.
Cette fois, le sourire de la blonde disparut complètement alors qu'elle murmurait:
-Il a ses raisons .. et c'est en partie ma faute.
-C'est à dire?, demanda Jack en fronçant les sourcils.
Rose détourna le regard, clairement mal à l'aise:
-Vous n'êtes pas le premier qu'on accueille ici.. Il y a quelques temps ... On... enfin surtout moi... Pendant un ... voyage, en Utah, j'ai rencontré un jeune homme, Adam. Un scientifique, un brin imbu de lui-même, mais un génie. Il rêvait de voir l'espace, et son boulot venait littéralement d'exploser, alors.. j'ai proposé au Docteur de l'emmener avec nous.
-Huhu.. mignon?
Rose rougit violemment, faisant sourire moqueusement Jack.
-Ce n'était pas la question!
-Ah, Rosie, c'est souvent la question. Il était mignon, un petit génie dans son domaine, et visiblement de votre âge, alors vous l'avez emmené voir les étoiles. Il joua suggestivement de ses sourcils, renforçant l'expression boudeuse absolument adorable de la cadette. Qu'est-ce que le Doc en a dit?
Rose roula des yeux:
-Il n'était pas d'accord, et j'aurai dû l'écouter. Adam était un génie, mais aussi et surtout un sale égoiste: dès le premier voyage où on l'a emmené, il a essayé de voler des informations du futur pour devenir riche. Autant dire que le Docteur l'a viré tout de suite.
-Compréhensible, commenta Jack en tentant de ne pas faire de parallèle avec certaines de ses missions pour l'Agence.
-Ce que je veux dire, Jack, c'est que cela fait deux fois que je lui demande de laisser sa chance à quelqu'un... contre son gré ... Vu comment cela s'est passé la dernière fois, c'est logique qu'il soit réticent à accueillir de nouveau quelqu'un ... surtout vu comment on s'est rencontré, expliqua-t-elle en soupirant.
-Je vois, fit-il, les lèvres pincées.
Cela expliquait pas mal de choses, en effet, comme son agressivité à son encontre, qui avait dû être empirée par sa drague avec Rose. Jack n'était pas aveugle, le Doc s'était clairement amouraché de la petite, et il était jaloux, très jaloux. Lui-même était prêt à parier qu'il avait dû y avoir au moins un début de flirt entre Rose et Adam, et que cela avait rendu le Seigneur du temps dingue. La manière dont il avait revendiqué la blonde la veille pour danser ne laissait aucun doute quant à sa possessivité à son égard, et si Jack avait assez d'expérience pour savoir jouer sur ce terrain, il n'était pas certain que c'était le cas du geek.
Tous deux rejoignirent le Docteur dans la cuisine: celui-ci était occupé à dévorer un plat de cheesakes à la banane, une tasse de café fumante devant lui. Rose grimaça et se servit un thé, imitée par Jack qui avait pris goût au breuvage pendant ces quelques mois en plongée sous-marine anglaise.
-Bien dormi?
-Yep, répondirent-ils en chœur.
Jack tournait le dos au Docteur à ce moment, aussi ne vit-il pas le long regard que lui lança ce dernier: le Seigneur du temps était au courant de ses cauchemars, transmis gracieusement par le Tardis. Pourquoi avait-elle fait cela? Il ne comprenait pas. Qu'est-ce que cet homme avait de si particulier pour que sa belle se montre si chaleureuse à son égard et lui fasse parvenir à lui ses émotions? Il pouvait voir à quel point Jack était déstabilisé, se tenant constamment sur ses gardes, clairement à l'opposé de son élément: malgré son sourire, ses épaules étaient légèrement tendues et son dos raide, révélant sa tension interne. Ses prunelles détaillaient tout autour de lui, comme s'il craignait d'être attaqué, et en même temps – et c'était là que commençaient les choses intéressantes- elles étaient clairement fascinées, comme le seraient celles d'un enfant. Comme tous ses compagnons qui débarquaient à bord du Tardis l'étaient toujours. Il était difficile d'associer cette image à celle qu'il se faisait des Agents du temps.
Jack savait reconnaitre une analyse quand il en voyait une, et encore plus quand il en était le sujet. Il se savait observé, étudié, testé par le Docteur. Ses sentiments étaient partagés à ce sujet: bien qu'il en comprenait à présent davantage les causes, cela ne l'en agaçait pourtant pas moins prodigieusement. Il n'avait rien à lui prouver, merde! Il n'était pas un gamin de quinze ans découvrant l'univers, il n'avait pas besoin d'une main lui tenant l'épaule. Il était un grand garçon, parfaitement capable de se gérer tout seul ... bien que les derniers évènements allaient plutôt à l'encontre de cette affirmation. Mais justement, ils n'en rendaient les choses que plus claires entre lui et le pilote, qui lui avait affirmé sans ambiguïté que rien ne le retenait à bord s'il voulait partir.
Il aurait pu partir. Il aurait même sûrement dû. Il n'avait rien à faire là, après tout. Un type comme lui face à un Seigneur du temps? L'univers devait pleurer de rire. Alors pourquoi ne l'avait-il pas fait? Pourquoi? Qu'est-ce qui l'avait retenu à bord? La fatigue? Le Tardis aurait pu le déposer à n'importe quel hôtel. Le Tardis ... Il frissonna en se rappelant leur échange. Il en était toujours secoué. C'était sans aucun doute une des raisons qui l'avait fait demeurer: cette conversation entre lui et l'être vivant dans ces murs. Comment aurait-il pu s'éloigner d'un tel trésor?
Il réalisa presque aussitôt l'ambiguïté de la formule, et un petit sourire se dessina sur ses lèvres: oui, les termes s'appliquaient aussi au Docteur. Cet homme ... alien ... être avait touché quelque chose en lui, et il réalisa perturbé que ses attaques de la veille l'avaient peut-être davantage heurté qu'il ne voulait bien l'admettre. Personne n'avait été si honnête avec lui depuis bien longtemps, le jugeant avec une franchise autant décapante que blessante. Et Jack, Jack n'avait pas du tout aimé ce qu'il avait entendu. Lâche. Égoïste. Stupide. Ignorant. Tels étaient les qualificatifs qui ressortaient de ce jugement. Était-ce vraiment lui? Était-il réellement devenu ce que le Docteur décrivait? Pour la première fois depuis bien longtemps, il avait été forcé de prendre un miroir et se regarder en face, et la vérité était que oui, c'était ce qu'il était à présent.
Il pouvait faire mieux que cela. Il le savait. Il le pouvait. N'est-ce pas? Il avait commencé en les sauvant cette nuit-là, le Docteur l'avait reconnu lui-même. C'était même pour cela qu'il l'avait secouru à son tour. Le Docteur. Il voulait lui prouver qu'il valait mieux que ce qu'il avait vu. Mais pourquoi? Pourquoi? Pourquoi l'avis de ce type comptait-il autant pour lui? Jack ne comprenait pas. Il ne le connaissait pas, après tout: ils ne s'étaient rencontrés que la veille, et oui, certes, ils avaient sauvé le monde ensemble, mais en dehors de cela, l'alien lui cassait royalement les pieds, le critiquant constamment et étalant ses connaissances comme un lauréat ...
Ok, s'il était réellement honnête avec lui-même, ce dernier point ne le dérangeait pas tellement: en fait, c'était même fascinant, tant l'esprit du Docteur était vif et extraordinaire. Ses connaissances étaient plus poussées que toutes les personnes qu'il avait pu rencontrer, et Jack mourrait d'envie d'en apprendre davantage de sa part. Mais son orgueil l'agaçait: il semblait toujours mieux savoir que tout le monde, c'en était exaspérant. Oh, qui essayait-il de leurrer? S'il était totalement, complètement sincère avec lui-même, il lui fallait reconnaitre que oui, peut-être bien qu'une petite partie stupide en lui était aussi vexée, sa vanité avalant mal le fait qu'il ne soit plus le centre de l'attention. Il l'avait presque toujours été, à cause de son intelligence et sa beauté, et voilà que quelqu'un lui volait la vedette, le reléguant au rôle de l'observateur.
-Jack?
L'homme sursauta, tiré brusquement de ses pensées par la voix de Rose. Celle-ci le fixait d'un air interrogateur, un sourcil relevé narquoisement.
-Il y a quelque chose dans votre thé? Cela fait bien dix minutes que vous le fixez sans bouger.
Il sourit.
-Je prends juste le temps de le déguster: c'était dur d'avoir un bon thé en pleine guerre, encore plus préparé avec tant de chaleur, répondit-il en en prenant une gorgée, la fixant de son regard pénétrant se faisant.
Il ne manqua pas le roulement de yeux du Docteur; un sourire moqueur s'étira sur ses lèvres: il pouvait s'habituer à cela.
-Alors, Jack, dites-moi .. Vous avez dû voyager dans beaucoup d'endroits avec l'Agence.
-C'était l'idée, oui, confirma-t-il en la fixant, devinant d'avance sa question.
Et en effet, un sourire éclatant fit son apparition sur les lèvres de Rose.
-Alors vous avez forcément des anecdotes!
Il hésita, jetant un coup d'œil au Docteur qui le fixait de son regard impénétrable.
-Oh, ne faites pas le timide! S'exclama la jeune femme, inconsciente de l'échange silencieux. Vous êtes comme nous, à voyager dans le temps et l'espace, vous avez forcément des choses à raconter! Forcément vu des lieux hallucinants! Pour une fois que je rencontre un autre voyageur du temps, vous n'allez pas me priver d'anecdotes!
-Rose, laissez-le tranquille, le pauvre homme vient juste de se réveiller, ironisa le Docteur.
-C'est ok, Doc, je m'y attendais, sourit Jack avant de se redresser, pensif. Il but une autre gorgée de thé (comment pouvait-il être encore chaud?), murmurant: Qu'est-ce que je pourrais vous raconter ...
Il lui fallait un récit léger, sans conséquence. Quelque chose sans escroquerie ni violence. Urg. Ses yeux se mirent à briller alors qu'il se remémorait un souvenir:
-Il y a eu cette fois où on avait été envoyé sur cette planète ... Ce n'était que de l'observation, la peuplade du coin était en plein développement et commençait juste à avoir des contacts avec d'autres planètes. Vous auriez vu cela, Rose: un ciel totalement or avec deux soleils violets au milieu, une herbe rouge vif et des arbres et buissons tout en camaïeu d'orange ...
-Ça a l'air magnifique, souffla la blonde, le regard rêveur. Comment s'appelle cette planète?
-Roxos, dans la galaxie du ...
-... Lion d'or, termina le Docteur, et Jack hocha la tête.
-Vous connaissez?
-Je m'y suis rendu quelques fois. Ils ont un marché annuel intéressant, expliqua innocemment son interlocuteur, mais le regard de Jack se fit narquois:
-Vous parlez de la beuverie planétaire annuelle?
-Beuverie? rit Rose alors que le Docteur se renfrognait.
-Chaque année, pendant une semaine, toutes les régions se retrouvent pour partager leurs spécialités culinaires, tenta-t-il d'expliquer.
-Et chaque année, cela se termine en débauche générale, compléta Jack, son sourire digne de celui de Cheshire tandis que son expression se faisait purement salace. Et j'aime autant vous dire que ces gens-là savent s'amuser, oh oui! Ils ont un vin de Fuvros, mes aïeuls, c'était la première fois que je roulais sous la table!
Rose explosa de rire.
-Cela n'a pas semblé vous gêner!
-Ah, naaaaaan, parce que sous la table, il y avait une petite indigène qui me courrait après depuis le début de la soirée, et..
-Je pense qu'on a compris l'idée, le coupa le Docteur, s'attirant un haussement de sourcils moqueur.
-Quoi, vous êtes timide, Doc? Vous saviez pourtant ce que vous faisiez, hier.
-Ce n'était qu'une danse! Se récria l'alien en rougissant légèrement.
-Si vous le dites, Doc, rit Jack.
-Allez, Jack, une autre!, réclama Rose, les yeux pétillants de plaisir.
-Aaaah, demandé si gentiment .. Quoique un baiser me convaincrait encore plus ...
-Peut-être après, si j'ai aimé le récit, le taquina la jeune femme sous le regard outragé du Seigneur du temps.
-Aaah, vous réchauffez mon cœur blessé, Rosie, fit Jack en la fixant de son meilleur regard grivois, la main posée sur le cœur. Vous me rappelez cette princesse d'Utrax III... Quelle perle, celle-là! Elle prenait les règles de l'hospitalité très au sérieux, un peu trop pour son père, d'ailleurs, rit-il, imité par la blonde.
-Comment je dois prendre ça?
-Ah mais bien, Rose, très bien! Elle était à tomber, une peau bleu ciel aussi éclatante que votre Méditerranée, de petites oreilles en pointe qui frémissaient sous la moindre caresse – vous saviez que les oreilles des Utraxiens étaient érogènes- et ses mains, oh ses mains ..
Et son regard se perdit dans le vague alors qu'il se remémorait cette nuit-là.
-Bien sûr, c'est devenu beaucoup moins drôle quand sa servante est entrée dans sa chambre le matin et a ameuté tout le château, ajouta-t-il en roulant des yeux, provoquant un nouveau fou rire chez Rose et arrachant un sourire amusé au Docteur. Je n'avais jamais entendu de son si aigu!
-Une femme, commenta d'un ton plat le Docteur, et un cri indigné échappa à la seule représentante du dit-sexe alors que Jack pouffait.
Il s'était détendu sans le réaliser, se perdant dans des souvenirs depuis longtemps oubliés.
-A vous, Rose!, fit-il soudain en tapant les mains sur la table. Je ne suis pas le seul à avoir voyagé ici!
-Oh, je ne sais pas, j'ai vu tellement de choses aussi!, répondit l'intéressée, souriante.
-Votre première fois, racontez-moi votre première fois.
-HARKNESS!
-Quoi? Fit ce dernier, le visage reflétant l'innocence incarnée. Tout le monde se souvient de son premier voyage.
Il n'échappa pas à un regard glacé, auquel il répondit par un clin d'œil avant de reporter son attention sur Rose, qui goutait clairement la joute verbale.
-Comment je pourrais oublier cela? 5 milliards d'années dans le futur, sur la plate-forme 1, avec tous ces gens venus voir la mort de la Terre ..
Jack manqua s'étouffer dans son thé.
-Refaites-la, celle-là?
Rose rit, avant de commencer à raconter sa première aventure dans le futur. L'homme l'écouta sans un mot, fasciné: extraordinaire, c'était extraordinaire. La mort de la planète-mère, en direct, avec tous ces gens venus des recoins de l'univers. Il aurait tellement voulu être là pour voir cela.
