Chapitre 2: L'antre du Fantôme
Les secondes s'égrainaient mais Meg ne se sentait pas capable d'esquisser le moindre mouvement. L'atmosphère de cette tanière était envoûtante. Tout n'était que raffinement: les lourds rideaux de velours, les tapis persans au sol, les sculptures disposées un peu partout...
Quel monstre, quel animal pouvait avoir un goût aussi prononcé pour la beauté ? Le Fantôme était-il réellement capable d'être aussi inhumain et cruel ?
Soudain dans l'esprit de Meg revint le meurtre brutal de Joseph Buquet et un frisson lui parcourra l'échine.
«Oui, se dit-elle, cet homme semble être capable de tout. Du bon comme du mauvais. »
L'adrénaline qui coula dans ses veines à ces pensées la força à recommencer son exploration. Dans un recoin, un lit sculpté en forme de cygne se trouvait sur une estrade. Meg s'y approcha, fit le tour... Aucun indice, aucune trace de Christine. Les draps de soie n'étaient pas défaits. Quelques mètres plus loin, un rideau assez opaque laissait entrevoir une silhouette. Meg l'écarta vivement et recula brutalement prise d'un saisissement. Elle bascula en arrière et tomba sur le dos.
« Christine! cria-t-elle dans sa chute »
Mais le visage de Christine ne lui répondit pas. Il restait figé. Meg se releva sans se soucier des douleurs lancinantes dans ses muscles et avança vers lui. Elle découvrit avec stupeur qu'il s'agissait en fait d'une statue de cire de Christine. A ses pieds, se trouvait une robe de mariée avec un voile en dentelle finement ouvragé. Cet homme devrait vraiment vouer une obsession malsaine pour son amie pour en fabriquer une réplique parfaite...
Meg fut prise d'un malaise. La tête lui tournait. Elle ne se sentait plus aussi en sécurité. Après tout, le Fantôme semblait vraiment avoir sombré dans la folie.
Qui était-elle pour croire qu'il ne lui ferait rien ?
Elle décida de quitter les lieux et de rejoindre ses amis au plus vite. Quand elle arriva à l'endroit où s'était trouvé le monte-charge, elle essaya d'activer le mécanisme mais le levier refusa de s'abaisser. Elle s'acharna plusieurs fois mais rien n'y fit. Devant elle, il n'y avait que le mur de pierre. La panique commença à s'intensifier. Elle rebroussa chemin vers l'autre côté de l'antre en marchant d'un pas rapide et se faisant, elle se rendit compte que tous les miroirs avaient été brisés et c'était ces éclats qui renvoyaient la lumière à l'infini.
Était-ce cela qu'ils avaient entendu avant leur arrivée ? Le Fantôme avait-il cassé tous ces miroirs avant de prendre la fuite ? Pour quelles raisons ?
Elle s'approcha d'un ensemble de miroirs et distingua une sorte de boîte à musique représentant un singe en tenue persane jouant des cymbales, posé sur un petit meuble. Elle s'agenouilla pour la regarder de plus près et fut arrêtée dans son geste car à côté se trouvait un masque blanc... Elle le prit dans ses mains. Elle se doutait bien que son possesseur ne devait pas être loin...
En se relevant, elle sentit un courant d'air lui effleurer la nuque. Elle se retourna pour essayer d'en trouver la source. Il semblait finalement que cette antre possédait une autre sortie.
Entre deux miroirs à pieds complètement brisés, se tenait un rideau de velours rouge bordé de dentelle dorée. L'air semblait réussir à filtrer au travers de ses embrasures. Elle entreprit d'aller l'ouvrir lorsqu'elle trébucha sur un lourd chandelier abandonné à terre.
Elle comprit alors qu'elle était sur les traces du Fantôme. Ne pouvant plus reculer, n'ayant pas d'autres alternatives, elle s'engouffra dans le tunnel sombre que masquait le rideau.
Elle avançait lentement, tenant fermement la masque dans ses mains car cela l'empêchait de trembler. Par elle ne savait quel miracle, le tunnel n'était pas éclairé mais une luminosité grisâtre filtrait à travers les pierres, lui permettant de se déplacer facilement. Au bout d'une cinquantaine de mètres, Meg perçut une plainte, une sorte de gémissement. Après quelques pas supplémentaires, elle entrevit les contours d'une silhouette. Un homme semblait apparemment être assis par terre. Le dos contre la pierre, il se balançait d'avant en arrière, tel un enfant attristé. Elle comprit qu'elle se trouvait alors face à ce qu'elle avait redouté quelques minutes auparavant.
Cependant, devant elle, ne se trouvait pas le Fantôme sanguinaire qu'elle avait imaginé, mais uniquement un homme, un homme brisé qui pleurait...
J'espère que cette suite vous plaît. Le prochain chapitre sera plus long, je vous le promets. Il fallait juste mettre l'intrigue en place...
