Je me suis battue toute la soirée avec le Doc Manager (je ne sais pas ce qu'il avait, je n'arrivais pas à charger mes fichiers) et j'ai enfin réussi à poster ce deuxième chapitre ! Je n'ai pas grand-chose à en dire, si ce n'est qu'il n'a pas été évident à écrire (et que ça se ressent probablement). Je vous préviens loyalement, je suis revenue à mes obsessions premières qui se résument à peu près à : et si j'en faisais voir de toutes les couleurs à Spock ? (Shame on me, je sais. Bonne lecture malgré tout.)

Edit : 4h08 du matin. Je viens de passer deux heures à réécrire la deuxième partie de ce chapitre et j'en suis beaucoup plus satisfaite. Des fois, les insomnies ont du bon...


Chapitre 2 : L'autre rive

Il lui sembla qu'une éternité s'était écoulée lorsqu'il parvint enfin à agripper un tronc d'arbre et à se hisser (péniblement, il devait bien le reconnaître) sur la berge. Le torrent, après s'être amusé à le rouler en tous sens, à le gifler de droite et de gauche, à le retourner encore et encore dans son écume blanchâtre comme un morceau de viande trop dur que l'on cherche en vain à mâcher, venait, voyant qu'il ne pouvait le couler complètement, de le recracher avec dédain sur la terre ferme. Tremblant de fatigue et de froid, il tituba sur la rive puis s'écroula à genoux avant de vomir une considérable quantité d'eau.

Une fois cette opération peu ragoûtante mais nécessaire terminée, il se força à se relever. Il aurait certes été tentant de s'allonger sur la mousse et de se laisser happer par le sommeil, mais Jim avait connu trop de situations de ce genre pour ignorer qu'obéir à ce genre de pulsions dans un environnement non sécurisé n'est jamais une bonne idée. De plus, il lui fallait retrouver Spock à tout prix : le Vulcain, blessé, avait probablement été entraîné plus loin que lui par le courant…

Spéculer sur ce qui était peut-être arrivé à son compagnon n'était pas non plus une bonne idée. Il savait par expérience que ce genre de laisser-aller mental induisait généralement la panique et la paralysie. Il lui fallait se focaliser sur sa survie – sur leur survie à tous deux –, et pour cela, il allait devoir 1) réfléchir et 2) agir.

Jim se trouvait du « bon » côté de la rivière, celui des Obturi, et non sur la rive où les Gentacrozes avaient tenté de les assassiner, lui et Spock. Même si les adolescents partaient à leur recherche, il était peu probable qu'ils osent franchir l'eau sacrée. De ce côté-là, il était donc à peu près tranquille, mais mis à part cette relative sécurité, sa situation n'était guère brillante : il était trempé des pieds à la tête, grelottant dans la semi-obscurité, pieds nus et en pyjama, dans une forêt dont il ignorait tout, sans moyen de communiquer avec qui que ce soit.

Il avait vu pire.

Il avait vu pire, et cependant une mesquine petite voix lui susurrait que ce pire s'était déroulé quand il était encore jeune, quand Spock était encore jeune…

Eh bien, il compenserait sa (relative) vieillesse en déployant des trésors d'ingéniosité. Il n'était pas dit que James T. Kirk se laisserait abattre par une bande d'adolescents rebelles. Secouant la tête pour en chasser les mauvaises pensées, il s'enfonça dans la forêt, à la lueur des trois lunes qui brillaient heureusement au-dessus de la canopée, perçant çà et là le feuillage qui bruissait doucement sous l'effet d'une légère brise. Une demi-heure après, il était assis sur un rocher bas, devant une bonne flambée (non sans se féliciter mentalement de s'être intéressé aux champignons ignifères utilisés par les indigènes dans le village où ils avaient séjourné), réchauffant avec un plaisir sans mélange son corps transi. L'odeur du feu, légèrement épicée, l'apaisa. Il suivit du regard, presque hypnotiquement, les étincelles qui s'envolaient vers le ciel et mouraient sans bruit avant de parvenir aux premières branches des arbres, comme autant d'étoiles filantes miniatures.

Lorsque son pyjama fut sec – et imprégné de la fragrance rassurante du feu de bois – Kirk se demanda quelle était la ligne de conduite à adopter à présent qu'il était redevenu à peu près fonctionnel (le mot lui vint naturellement à l'esprit, et lui arracha un demi-sourire). Le plus important était bien évidemment de retrouver Spock. Mais partir à sa recherche au beau milieu de la nuit, sans aucune idée de l'endroit où il se trouvait (ni de l'état dans lequel il était), semblait une mauvaise idée. Il serait plus logique et utile d'anticiper les difficultés du lendemain et de ramasser tout ce qui serait susceptible de les aider à survivre plusieurs jours dans la forêt. Et, décida-t-il en se levant de la pierre sur laquelle il s'était installé, il ne laisserait pas son esprit céder à la panique. Bien sûr, Spock était du « bon » côté de la rivière, bien sûr, sa blessure n'était absolument pas grave, et bien sûr, il était en vie et allait le rester.

Cela posé, Jim prit une profonde inspiration et expira doucement pour chasser les derniers filaments d'inquiétude encore accrochés à ses pensées.

Une heure et demie et une cinquantaine de jurons plus tard (contre le froid, l'obscurité, les pierres pointues qui semblaient prendre un malin plaisir à se glisser sous ses pieds, ses chaussures qui étaient restées au pied de son lit, les petits imbéciles qui l'avaient amené là, Starfleet qui était responsable de sa présence sur cette planète), il avait réussi à récolter non seulement assez de bois pour faire du feu pendant un certain temps, mais aussi des champignons ignifères, des fruits et – chance inouïe – quelques brins d'athelas miraculeusement trouvés au pied d'un magnifique arbre aux feuilles chatoyantes. Plante rare aux vertus cicatrisantes presque magiques selon les sages du village gentacrozien, elle pourrait se révéler fort utile pour soigner la blessure du Vulcain.

Penser à Spock fit de nouveau courir une vague glacée dans les veines du capitaine. Ravalant la bouffée d'angoisse qui avait amené un goût amer au fond de sa gorge, il scruta le ciel qui pâlissait enfin à l'ouest : le soleil commençait à se lever. Les étoiles perdaient de leur éclat tandis que les feuilles des arbres se coloraient petit à petit autour de lui.

Après avoir fabriqué, à l'aide d'immenses feuilles bleues, un sac à dos rudimentaire dans lequel il fourra tout ce qu'il avait trouvé, Jim reprit le chemin du torrent. Une fois arrivé, il risqua un coup d'œil méfiant vers l'autre rive. Pas un bruit, pas un mouvement, rien de suspect. Si les Gentacrozes guettaient de l'autre côté, ils étaient silencieux. Aucun signe, aucune trace de Spock non plus. Kirk enjamba un arbre mort et commença à marcher le long de l'eau tourbillonnante, scrutant les deux berges ainsi que la forêt (après tout, le Vulcain pouvait, tout comme lui, avoir recherché le couvert des arbres) et s'autorisant un appel discret à intervalle régulier. Seul le silence lui répondit. Les cailloux qui ornaient la grève étaient tranchants et lui meurtrissaient les pieds, mais il ne voulait pas marcher sur le talus qui surplombait l'eau, de peur de manquer un indice.

Il ignorait combien d'heures s'étaient écoulées, combien de fois il avait répété à voix basse le nom de son ami, combien de fois son cœur s'était brusquement emballé à la vue d'une forme sombre échouée sur la rive – tronc, roc ou champignon géant – lorsqu'il l'aperçut enfin, allongé sur le ventre, à quelques mètres de lui.

- Spock !

Oubliant toute prudence, Jim se précipita vers l'espèce de petite anse de sable épais où gisait le Vulcain, inanimé. Il avait réussi à se hisser hors du courant, mais ses forces l'avaient probablement abandonné et il était retombé sur le sol, le visage dans le sable, les jambes baignant jusqu'aux genoux dans l'eau glacée du torrent. Le capitaine s'agenouilla si brutalement qu'il sentit le choc se répercuter dans sa colonne vertébrale, puis il entreprit de retourner Spock, tâtant frénétiquement le cou en quête d'un pouls. Un battement faible mais régulier le rassura provisoirement. Provisoirement, car la prochaine chose qu'il constata fut l'inquiétante couleur bleu-vert des lèvres et des mains du blessé.

- Spock, murmura Jim en secouant doucement l'épaule du premier officier.

Il n'obtint aucune réponse et poussa un juron. L'autre rive semblait toujours inhabitée, mais il ne fallait peut-être pas tenter le diable. Après tout, les Gentacrozes possédaient des armes et des flèches. Il leur fallait s'éloigner du torrent le plus rapidement possible.

- Spock, bon sang, réveillez-vous.

Jim poussa un soupir de frustration.

- Aux grands maux les grands remèdes…

Il posa quatre doigts sur le visage livide du Vulcain, dans une imitation approximative mais qu'il espérait malgré tout suffisamment correcte pour pouvoir créer un lien minimal entre leur deux esprits, et ferma lui-même les yeux, essayant de faire appel à toute son énergie intérieure pour la transmettre à son ami. Il n'avait jamais été très doué ni pour la méditation ni pour la télépathie, mais peut-être…

Sans crier gare, avec une brusquerie qui fit sursauter son supérieur, une sorte de spasme parcourut le corps de Spock. Jim retira hâtivement sa main et remercia intérieurement toutes les divinités de l'univers tandis que les paupières du Vulcain tressaillaient.

- Vous m'entendez ?

- Je vous entends, capitaine, murmura Spock.

- Avez-vous mal ? Laissez-moi voir votre blessure.

Le fait que Spock ne proteste pas et n'essaye même pas de l'arrêter alors qu'il retroussait précautionneusement sa manche droite n'était pas de bon augure, décida Kirk. Cependant, il fut rassuré en apercevant la coupure causée par la morsure de la lame : le sang ne coulait plus et avait coagulé le long de la plaie en une mince ligne verte, qui semblait profonde, mais nette et propre.

- Vous avez mal ? répéta Kirk, que le silence et l'immobilité de son ami inquiétaient de plus en plus.

Spock fit un faible geste de dénégation.

- Avez-vous été blessé ? demanda-t-il.

Jim leva les yeux au ciel. Comptez sur Spock pour demander des nouvelles de votre santé lorsqu'il est évident aux yeux du plus parfait crétin que lui-même a besoin de soins urgents.

- Non, pas une égratignure, répondit-il tout en continuant à inspecter la plaie. Je ne suis évidemment pas un spécialiste, mais la blessure m'a l'air saine. Vous avez perdu du sang, mais en faible quantité, et il n'y a pas d'infection visible. Seulement, vous avez l'air prêt à tourner de l'œil, alors dites-moi ce que je ne vois pas. Spock, où est le problème ? s'exclama le capitaine, oubliant toute prudence en voyant les yeux de son ami se refermer malgré lui.

- Hypothermie, murmura le Vulcain.

Jim se gifla mentalement. Il savait pertinemment que Spock, comme la plupart des membres de son espèce, supportait aisément les variations de température les plus drastiques, à la condition que ses boucliers mentaux fussent intacts. Son évanouissement prolongé devait avoir diminué ses défenses, le rendant par là même incapable de réguler sa température.

- J'ai tout ce qu'il faut pour faire un feu. Cependant, je crois plus prudent de nous éloigner de la rive afin d'éviter de nous faire repérer par les Gentacrozes. Pouvez-vous vous lever ? Marcher ?

Le silence qui s'ensuivit était en lui-même une réponse non équivoque.

- Dans ce cas, je vais vous aider. Accrochez-vous à moi.

Spock tendit vers le capitaine une main tremblante et glacée, dont les doigts gourds eurent du mal à se refermer sur celle de Jim. Ce dernier parvint non sans mal à hisser son ami en position debout et à passer son bras gauche par-dessus son épaule. Le Vucain, dont les pieds engourdis par le froid étaient probablement devenus insensibles, trébuchait à chaque pas, et il fallut à Kirk un considérable effort pour l'amener jusqu'à une petite clairière à l'abri des regards et surtout des éventuels tirs de flèches de leurs ennemis.

- Adossez-vous contre cet arbre, intima-t-il.

Spock, la respiration lourde, se laissa tomber plutôt qu'il ne glissa le long du tronc vert émeraude d'un arbre aux longues feuilles orangées. Jim ouvrit son sac à dos improvisé, en sortit une provision de petit bois, deux champignons ignifères, et frotta contre ces derniers une petite pierre qui en fit immédiatement jaillir une étincelle.

Quelques minutes plus tard, les flammes se dressaient, hautes et claires, devant le Vulcain qui étendit ses pieds jusqu'à toucher les pierres que Jim avait disposées autour du foyer. Sans dire un mot, le capitaine s'assit à côté de lui et s'employa à réchauffer les mains de son ami dans les siennes. Pour la seconde fois en moins de vingt minutes, l'absence de protestation de la part de Spock l'inquiéta. L'intimité physique et psychique allant de pair chez les Vulcains, il évitait d'ordinaire tout contact peau à peau ; le fait qu'il accepte sans broncher un contact aussi intense signifiait que la situation était préoccupante. Jim, cependant, n'offrit aucun commentaire et se contenta de masser doucement les doigts frigorifiés, guettant sur le visage de son ami les changement indiquant le retour de la circulation sanguine.

Dire que lesdits changement furent longs à se manifester serait un euphémisme. Il fallut un temps qui sembla à Kirk une éternité avant qu'il ne puisse enfin déceler les signes d'une amélioration. Les lèvres perdirent peu à peu leur teinte bleuâtre, un semblant de couleur fit son apparition sur les joues, et pour finir Spock dégagea doucement sa main toujours froide, mais non plus glacée, de celles de son capitaine.

- Veuillez m'excuser pour mon silence et mon apathie, Jim, dit-il d'une voix plus assurée que précédemment. Etant donné les circonstances, il m'a fallu toute ma concentration pour...

- Pas d'excuses entre nous, Spock, le coupa Kirk gentiment. Dites-moi plutôt comment vous vous sentez.

- Je mentirais en prétendant être parfaitement fonctionnel, mais je vais beaucoup mieux, grâce à vous.

Jim balaya le remerciement d'un revers de main. Le geste était également destiné à chasser au loin la terreur qu'il avait éprouvée en apercevant sur la grève la forme inanimée de Spock, gisant sur le sable. Il ne parvint cependant pas à dissiper totalement le mauvais pressentiment qui demeurait illogiquement niché dans un coin de son esprit.

- Et maintenant, demanda-t-il, refusant d'accorder du crédit à une impression irrationnelle, que faisons-nous ? A votre avis, quelle est notre meilleure option? Attendre que les Gentacrozes s'aperçoivent de notre disparition et se lancent à notre recherche? Il est évident que seul un petit groupe de rebelles a cherché à nous faire disparaître cette nuit. Ne croyez-vous pas que les villageois nous chercheront lorsqu'ils se rendront compte de ce qui s'est passé ?

- Il faut compter avec les membres de la secte qui nous ont emmenés jusqu'à la falaise, répondit Spock en repliant ses deux bras contre son torse, dans un geste parfaitement non-vulcain de protection contre le froid. Ce ne sont certes que de jeunes gens, mais ils peuvent faire preuve d'ingéniosité pour dissimuler les preuves de leur forfait à leurs aînés. Si nos ravisseurs parviennent à leur faire croire que nous sommes partis de notre plein gré, ils ne nous chercheront pas.

- Dans ce cas, que faire ? Attendre ici l'arrivée de l'Enterprise ? Ou bien essayer de marcher jusqu'au prochain village obturien ? McCoy et Uhura vont essayer de nous contacter à un moment ou à un autre. Ils se rendront nécessairement compte que quelque chose ne va pas et viendront à notre recherche ou contacteront le vaisseau. Dans ce cas, il serait peut-être judicieux de rester à la même place en les attendant. Qu'en pensez-vous, Spock ? Spock ? Spock !

Le Vulcain, qui avait dodeliné de la tête pendant que Kirk parlait, se reprit dans un mouvement brusque qui ressemblait suspicieusement à un sursaut.

- Que se passe-t-il ? s'exclama Jim, alarmé. Vous vous sentez mal ?

- Une faiblesse passagère, répondit Spock. Le plus logique, reprit-il comme si rien d'anormal ne s'était produit, me semblerait de marcher à travers la forêt pour gagner le plus proche village obturien. De là, nous pourrons nous efforcer de trouver un moyen de communication. Demeurer ici me semble, à bien des égards, contre-productif. Outre le fait que nos ravisseurs pourraient malgré tout franchir le fleuve, et qu'il me semble pour cela judicieux de mettre de la distance entre eux et nous, il me semble que nous gagnerions à trouver de nouveaux vêtements et des chaussures.

Kirk acquiesça presque distraitement, préoccupé par le tremblement intermittent qui secouait le corps de son ami.

- Vous sentez-vous en état de marcher ? Vous êtes très pâle, ne put-il s'empêcher de faire remarquer.

- Il s'agit d'un effet secondaire de mon séjour prolongé dans l'eau, répliqua le Vulcain. Marcher me réchauffera et activera efficacement la circulation sanguine dans mon corps.

- Dans ce cas, le plus logique serait de trouver et de remonter un cours d'eau secondaire. C'est là que nous aurons le plus de chances de trouver un village.

- En effet.

Sur ces mots, Spock se leva lentement, vacilla, s'appuya contre l'arbre pour ne pas perdre l'équilibre, et prit une longue inspiration qui dégénéra en une quinte de toux sèche. Jim se mordit les lèvres.

- Vous êtes sûr que...

Le regard arctique que lui envoya Spock le dissuada d'achever sa phrase. Et pourtant, songea-t-il non sans angoisse alors qu'ils étouffaient le feu et se préparaient à partir, il aurait mis sa main à couper que le Vulcain était bien moins en forme que ce qu'il voulait bien admettre.