Bonjour ~

Disclaimer: tous les personnages nommés appartiennent à Hidekaz Himaruya, leurs péripéties m'appartiennent. Certains lieux mentionnés existent réellement.

Note: merci pour le bon accueil réservé au premier chapitre TwT J'espère continuer à vous satisfaire avec celui-ci, et les suivants.

Dans le chapitre I, en bas de page, j'ai encore oublié quelque chose: le tatouage de Lovino. Il s'agit des quatre lettres SPQR. Ce sont les abréviations de Senatus PopulusQue Romanus, le sénat et le peuple romain. C'était la devise de la ville de Rome dans l'Antiquité.

Pour les liens des chansons de Sonohra utilisées en titre de chapitre, ça se passe sur twitter: NinielKirkland .

Pour des listes et explications des lieux, des tenues et autres (à venir), ce sera sur mon blog wordpress : ninielkirkland . wordpress . com .

Sinon, je ne mords pas et j'aime beaucoup les reviews :3

Bonne lecture!


Chapitre II : Il tuo tempo che scorre nel mio tempo

18 juin 2014.

Louise Vermeulen ouvrit un œil et le referma aussitôt.

Le soleil s'était introduit dans sa chambre aux murs éclatants, exposée plein sud, et éblouissait la jeune femme blonde.

Elle se tourna de l'autre côté –celui qui ne faisait pas face à la fenêtre– et ouvrit enfin les deux yeux avec une grimace.

Elle avait passé une nuit horrible, et il fallait que le matin le soit aussi…

Matin.

Bien sûr, à onze heures trente c'était encore le matin.

Elle quitta le doux cocon de ses draps et se leva, ébouriffant ses cheveux bouclés et se dirigeant vers la cuisine.

Elle avait besoin d'un café.

A ce niveau-là, jamais elle ne regretterait son pays natal: le café des italiens était bien meilleur –et bien plus efficace contre la fatigue.

Elle fit chauffer la cafetière sans se soucier de l'impudent qui avait osé la réveiller et qui s'acharnait toujours contre la porte d'entrée.

Lorsque la Belge eut enfin la tasse de breuvage noir et chaud entre les mains et qu'elle l'eut couronné d'un nuage de chantilly, elle daigna enfin traverser son appartement pour aller ouvrir la porte.

Dans le couloir, elle découvrit un bel Italien, la vingtaine, avec des cheveux bruns et des yeux ambrés… Mais fatigués. Et des traits tirés. Et une mine affreuse. Et une chemise deux fois trop large. Et essoufflé, visiblement.

-…Lovi?!

-Salut. fit le jeune homme en essayant de se donner contenance et de sourire.

Louise vit rouge. Elle le fit rentrer dans son appartement sans un mot, le précéda jusqu'au salon et s'empara d'un coussin.

-Désolé pour hier… commença Lovino.

Mais il fut interrompu par une gifle qui fit horriblement craquer sa nuque.

-Lovino del Impero! s'écria-t-elle d'une voix menaçante. Tu m'abandonnes hier après une confrontation avec ton rival, dans un état de colère avancé et au bord de la crise de nerfs sans me dire où tu vas, tu reviens au petit matin dans un état déplorable et tu dis "salut"?! Qu'est-ce qui va pas chez toi? Tu ne peux pas penser une minute à moi? Tu imagines combien je me suis inquiétée? Je t'ai cherché toute la nuit! Will et Diego ont ratissé la ville à ta recherche! Tu aurais pu prévenir, bordel!

-Ah oui? La ville entière? s'étonna Lovino. Pourtant j'étais tout près d'ici… J'ai passé la nuit à l'Ospedale Nuovo Regina Margherita.

-… Et c'est comme ça que tu me l'annonces, putain?

Lovino afficha une expression profondément et sincèrement désolée.

Il regarda un instant Louise refouler des larmes de colère et esquissa un sourire, ce qui lui valut un énorme coussin dans la figure.

-Hé… fit-il doucement en enlaçant son amie par la taille. Ne te mets pas dans un état pareil… Je vais bien.

Il parlait d'une voix douce qui se voulait rassurante.

Louise se mordit la lèvre et détourna la tête.
–Mais qu'est-ce que t'es allé foutre dans un hôpital?

-A tout hasard… Me faire soigner?

-Ne joue pas sur les mots!

-Ok… Bon. Hier soir, je me suis barré, je suis allé à Il Diavolo. J'ai bu, je suis sorti, j'étais bourré, j'ai croisé des petits dealers, on s'est battu et j'ai héroïquement atterri à l'hosto avec deux côtes cassées. Mais chut, c'est confidentiel.

-T'ES VRAIMENT…

-Irresponsable, je sais. Je vais devoir lever le pied un petit peu… Mais d'ici quinze jours ce sera comme si de rien n'était. Et j'aimerais que tu n'ébruites pas l'affaire.

-…Compte sur moi. Mais…

-Ne t'inquiète pas, je vais bien. C'était un accès de colère, mais j'ai relativisé et je ne latterai pas la tronche de Roderich avant un moment. C'est promis.

-T'aurais quand même pu me dire où tu étais…

-J'étais pas en état d'y penser… Mais je suis désolé. Vraiment. Je suis navré de t'avoir causé autant de soucis.

-Mouais… J'te pardonne, mais seulement parce que c'est toi.

-Merci.

-Petit con, va…

-Désolé. Mais au passage, onze heures, ce n'est plus le "petit matin", Lou.

-Tu fais chier…

-Moi aussi je t'aime. Tu saurais appeler Diego et Will? Faut que je vous parle à tous les trois.

Louise se dégagea et s'empara de son portable. Elle composa un message destiné aux deux hommes et ne tarda pas à obtenir une réponse.

-Diego propose qu'on se retrouve à Il Diavolo d'ici une demi-heure.

-Parfait… fit Lovino, un sourire étirant ses lèvres.

oOo

-Ca a pas l'air d'être la joie, patron… commenta Diego Suarez lorsqu'il vit Louise et Lovino s'avancer vers le comptoir d'Il Diavolo derrière lequel il les attendait.

L'endroit était vide de tout client. Il faisait relativement clair et propre pour un lieu aussi malfamé, et le bar n'avait en fait rien de glauque. Le patron était un Cubain, peau hâlée, rasta relevées en queue de cheval, jovial et accueillant, blagueur et sympathique. En tout cas si on faisant abstraction de son Police Python 357 Magnum et de sa seconde place à la tête du trafic de drogue de l'Impero.

-J'ai eu quelques soucis, mais ça va mieux. Will n'est pas encore là?

-Un problème à régler avec les Chinois pour notre importation d'opium. Il ne devrait pas tarder.

Comme de juste, un homme grand et blond ouvrit bientôt la porte à la volée, qui claqua dans son dos, et s'engouffra dans le bar , avant de se laisser tomber lourdement sur un siège au comptoir. Il avait d'ordinaire les cheveux relevés en une crête, mais il avait fait une croix dessus par respect pour Romeo. Pas d'excentricité en période de deuil. Son visage était sévère et souvent renfrogné, c'était un mafieux hors pair et il valait mieux ne pas lui mettre des bâtons dans les roues. Mais au fond c'était un grand frère protecteur vis à vis de Louise, un ami fidèle et toujours prêt à soutenir son supérieur. Il avait la charge des trafics de drogue de l'Impero.

-Hallo iedereen… grogna-t-il dans sa langue natale.

-Décidément vous avez tous sortis votre tête des grands jours… commenta Diego en déposant quatre bouteilles de bière belge sur le comptoir.

-Le réapprovisionnement prend du retard… Ils ont eu des emmerdes avec la douane.

Lovino grinça des dents. Pourquoi n'y avait-il que des mauvaises nouvelles?

-Tant pis. finit-il par lâcher. Ce n'est pas notre priorité pour le moment. Il est temps de reprendre notre œuvre où nous l'avions laissée lors de… L'assassinat de Rome. Nous devons nous concentrer sur notre implantation en Espagne. Je dois voir Heracles la semaine prochaine, il a un rapport à me faire au sujet d'œuvres d'art grecques à transmettre à un antiquaire espagnol. Il faudra aussi que l'un de nous aille sur place pour quelques contrats dans les casinos… Diego, j'aimerais que tu t'en charges. Moi, je vais être coincé ici pendant un moment, avec toutes ces emmerdes familiales… On ne me laissera pas partir. Tu en profiteras pour implanter un des gars de Will là-bas, qu'on étende notre trafic.

-Ok, boss. approuva le Cubain en faisant craquer les articulations de ses doigts comme pour s'échauffer.

-Louise… reprit Lovino en entamant sa bière. Comment se passe l'implantation de notre agence immobilière?

-Plutôt pas mal… On s'est fait quelques millions en un mois.

-Parfait. Nous devons réussir à nous implanter de façon durable en Espagne. Cela marquera l'accomplissement de la volonté de Rome et ce sera ma victoire, notre victoire sur Roderich et sa liaison instable avec les bordels autrichiens.

Des sourires se dessinèrent sur les quatre visages. Sourires identiques de satisfaction et d'ambition.

Tous, ils étaient fidèles à leur regretté chef de famille.

Tous, ils haïssaient Roderich –qui le leur rendait bien– et voulait le voir discrédité aux yeux de la famille.

Lovino leva sa bouteille de bière, imité par ses trois amis.

-Le repos est terminé… On reprend du service.

Il trinquèrent et burent quelques gorgées de bière, après quoi, Willem déposa sa bouteille déjà vide et demanda, l'air véritablement soucieux:

-Ca veut dire que je peux recommencer à faire ma crête? Parce que sérieux, c'est pas possible de viser avec ses cheveux qui te retombent sur les yeux…

oOo

23 juin 2014.

La Place Saint-Pierre de Rome.

Magnifique endroit, aux portes du Vatican. Lieu de tourisme. Noir de monde. Rempli de touristes.

Le lieu idéal pour une rencontre pas très nette.

Certes, ce n'était pas aussi confortable qu'un bar, mais ce lieu avait bien d'autres avantages.

Il y avait énormément de gens; il était donc facile d'y passer inaperçue. De plus, la Place était un lieu assez bruyant, on pouvait y parler sans être entendus.

Et de toute façon, il y avait peu de chances que, même en étant entendus, on soit compris: les individus alentours étaient majoritairement des touristes qui baragouinaient à peine assez d'italien pour commander une pizza, alors ils pouvaient toujours essayer de comprendre deux personnes parlant couramment cette langue à la vitesse traditionnelle.

Mais la raison pour laquelle Lovino aimait aussi discuter ailleurs que dans les bars, sur la Place Saint-Pierre par exemple, c'était aussi parce que cela lui permettait d'être au grand air. L'air de la ville, certes, mais l'air de sa ville.

Il pouvait sortir du monde de la nuit, des bars enfumés, des ruelles obscures, des planques miteuses, pour sentir le soleil sur son visage.

C'était probablement la seule chose qui le dérangeait dans son métier de tueur et de mafieux. Il vivait, il devait vivre la nuit. Ca lui arrivait de tuer le jour, mais c'était plus risqué.

Il avait la chance d'habiter une ville magnifique, et il ne pouvait profiter que de sa face obscure.

Il habitait un quartier qui regorgeait d'artistes, un quartier plein de sophistication et de rébellion, d'animation. Un quartier éclatant et débordant d'insouciance où il aimait vivre, où il se sentait bien… Et il ne le voyait que de nuit, croisait quelques fêtards. S'en éloignait pour se rendre dans les lieux de vices et de crimes. Ou bien dans un quartier du centre historique pour retrouver le Palazzo Impero, bien qu'il l'évitait comme la peste maintenant que le bâtiment était devenu le fief de Feliciano, Roderich et leurs subordonnés.

Ce jour-là, il avait rendez-vous avec Heracles, son subalterne grec qui assurait le rapatriement en Italie d'œuvres grecques volées pour le trafic d'œuvres d'art romain. La Ville Eternelle regorgeait d'associations et d'antiquaires véreux qui se fichaient pas mal de savoir que leurs précieuses pièces rares avaient été volées. De toute façon, s'ils avaient des problèmes avec la justice, ce n'était plus les affaires de l'Impero. Et il était impossible à ses antiquaires de remonter à leur source, qui changeait de pseudonyme et de couverture comme de chemise.

Et puis il y avait les faux, qu'on vendait bien cher dans des ventes aux enchères "de charité" à des multimillionnaires qui se sentaient obligés d'acheter quelques objets pour conserver une bonne image. Et la plupart n'y connaissant rien en art, ils se faisaient avoir en beauté pour des babioles.

Heracles repéra son boss et le salua.

-Salut. répondit Lovino. Quelles nouvelles de la Grèce?

-Ca s'annonce plutôt pas mal… Toute une cargaison arrivera en Espagne dans deux semaines par bateau. Vendue à un nouveau musée de Madrid.

-Un musée? Ils se sont laissés berner?

-Ils n'ont pas été bernés. le corrigea Heracles avec un sourire. Ils ont été contactés par un jeune héritier d'une fortune considérable qui n'a que faire des babioles collectées par feu ses parents au cours de leur vie et qui ne demande qu'à s'en débarrasser, moyennant une importante somme d'argent parce que les jeunes sont cupides… Il a même rencontré un de leur expert, le bougre. Toutes authentiques! Et toutes volées… Mais ça il ne le sait pas. Et puis, les jeunes musées ne reculent devant rien pour attirer le public… Tous les grands musées ont spolié d'autres personnes un jour, regarde la frise du Parthénon. Volées par les Anglais. Qui refusent encore aujourd'hui de la rendre aux Grecs.

-C'est scandaleux. opina Lovino.

-A part ça, reprit le Grec, j'ai aussi ramené quelques pièces pour la vente aux enchères d'été. Des trucs qui peuvent facilement atteindre le million…

-Parfait. Autre chose?

-Hum? Non, je crois que c'est tout. Je te préviendrai quand le bateau sera arrivé à Madrid. Maintenant, tu m'excuses, c'est l'heure de la sieste.

Lovino regarda sa montre.

-Tu es resté à l'heure grecque?

Heracles ne refoula pas le bâillement qui le surprit, et dit:

-C'est bien possible… Ciao Lovino.

-Arrivederci. fit ce dernier avant de lui tourner le dos.

oOo

Antonio était en congé. C'était son premier jour de repos depuis son arrivée à Rome, si on exceptait ses deux jours de congé maladie.

Il avait donc décidé de visiter un peu. Parce que c'était bête d'avoir un jour libre dans la célèbre Rome et de ne pas faire un peu de tourisme.

Il avait passé la matinée dans les transports en commun pour parcourir la ville de lieu touristique en lieu touristique, et il était à présent devant la grande Basilique Saint-Pierre.

Le soleil était de la partie, et il avait jugé bon de manger un morceau dans le quartier avant de retourner prendre le soleil sur la Place Saint-Pierre.

Il observa les gens. Des touristes pour la plupart.

Ce lieu de tourisme avait l'air d'être fui par les Romains.

Autour de lui, à perte de vue, des étrangers.

Un groupe d'Asiatiques, des Français, des Allemands, des Néerlandais. Il reconnut avec ravissements les accents et les sonorités de sa langue maternelle, ainsi que des anglophones et bien d'autres langues qu'il n'identifia pas.

Ce mélange des cultures, cette diversité lui rappelait un peu Madrid et son propre lot de touristes.

Nostalgique, Antonio regarda les passants, qui avaient délibérément quitté leur patrie pour un moment, le temps de visiter la Ville Eternelle.

Ces gens qui étaient son exact contraire, à lui qui ressentait chaque jour un peu plus l'éloignement, le sentiment de ne pas appartenir à l'endroit où il se trouvait. Le sentiment d'être étranger dans son nouveau foyer, de ne pas être à sa place.

Il soupira.

Il était au soleil, il se reposait, dans un bel endroit, et tout ce qu'il trouvait à faire, c'était de ressasser son mal du pays.

Il aurait bien appelé Francis, ou Gilbert. L'Espagnol s'était rapidement attaché aux deux compères, et réciproquement, et avait vite compris qu'ils étaient toujours partants pour une escapade ou l'autre. Un verre, un resto, une soirée en boîte, une enquête sur le terrain, n'importe quoi.

Mais pas ce jour-là. Francis passait la journée en amoureux avec son compagnon, Arthur, qui lui avait fait une scène un peu plus d'une semaine auparavant parce qu'ils ne faisaient que se croiser chez eux. Ils rattrapaient le temps perdu en ce jour libre.

Quant à Gilbert... Gilbert n'était pas en congé. Il ne valait mieux pas le déranger pour une banale histoire de nostalgie par laquelle il était aussi passé quelques années avant lui et pour laquelle lui et Francis avaient déjà fait plus que leur possible.

Alors qu'Antonio allait quitter son poste d'observation, un détail dans la foule retint son attention.

Une mèche brune qui rebiquait vers la droite en une boucle improbable.

Il fronça les sourcils.

Puis il sortit son portable et composa un numéro.

oOo

-Allô? fit Lovino, surpris d'être contacté par un numéro inconnu.

-Lovi?

-Lui-mê…Attends. Bastardo, comment t'as eu mon numéro? s'égosilla Lovino lorsqu'il eut compris qu'il s'agissait d'Antonio, à l'attente du surnom et de la voix rieuse d'Antonio.

-Le papier de sortie, Lovi…

-Qu'est-ce que tu veux?

-Je te dérange?

-Pas vraiment, je…

-Je sais. le coupa Antonio. Tu es sur la Place Saint-Pierre et tu te ballades en ville parce que tu ne travailles pas aujourd'hui.

-Comment tu…

-Regarde autour de toi… lui conseilla l'Espagnol.

Lovino fit un tour sur lui-même, recueillant des regards surpris de la part des touristes.

Il ne le vit pas.

Il y avait tellement de gens sur cette place, aussi!

Il entamait le deuxième tour d'horizon lorsque son regard fut attiré par un homme qui faisait de grands signes de la main, en face de lui, à dix mètres à peine.

Lovino sourit malgré lui et alla à la rencontre de l'Espagnol en raccrochant et en rangeant son téléphone.

oOo

Lovino arriva à hauteur de l'Espagnol, et il y eut un blanc dans son esprit.

Que devait-il faire?

Lui serrer la main? Lui faire la bise?

Fallait pas exagérer non plus, ils n'avaient pas gardé les cochons ensemble mais en même temps ils n'étaient pas de parfaits étrangers!

Finalement, l'Italien mit les mains dans les poches de son pantalon et lança, presque timidement:

-Salut…

-Salut, Lovi! Comment tu vas?

-Mieux, je crois… Et toi? Tu risques encore de me gerber dans la gueule ou bien je peux rester devant toi sans risque?

Antonio rit et le rassura:

-Non, aucun risque, ça va mieux! Comme on se retrouve complètement par hasard, c'est dingue, non?

-Hum… approuva distraitement Lovino.

Oui, bien sûr que c'était un hasard. Pourquoi Antonio l'aurait-il filé depuis sa sortie d'hôpital? C'était impossible, de toute façon, vu que Lovino était sorti bien avant Antonio. Et puis filer quelqu'un et puis se manifester auprès de ce quelqu'un frisait la stupidité. Et même si de prime abord, Antonio semblait candide et un peu stupide, Lovino était persuadé qu'il ne s'agissait que d'une façade. Il était probablement très intelligent, cela se voyait dans son regard. Il y brillait une étincelle indéfinissable… Qui ne se tarissait pas, même quand il racontait des conneries –ce qui arrivait régulièrement.

Non, décidément, Antonio ne le suivait pas.

Il fallait que Lovino mette de côté sa paranoïa de mafieux.

Antonio ne faisait pas partie de son milieu. Il n'avait rien à craindre de lui.

-Et qu'est-ce qui t'amène par ici? demanda Antonio. Tu habites dans le coin?

-Nan… Pas vraiment… J'habite le quartier voisin, Trastevere. Y a trop de touristes par ici, c'est pas trop mon truc. Mais j'aime bien me balader près des monuments et lieux touristiques, de temps en temps, pour me rappeler à quel point ma ville est belle. mentit Lovino. Et toi, alors? Qu'est-ce que tu es venu faire sur la Piazza San Pietro?

-Du tourisme. affirma Antonio. Je n'avais pas encore eu l'occasion de visiter toute la ville… J'ai préféré commencer par mon quartier, histoire de pouvoir rentrer chez moi sans me perdre.

-Je comprends… Mais ce n'est pas en faisant le tour des lieux touristiques que tu vas apprendre à connaître Rome. Il te faudrait un vrai Romain pour te guider vers la vraie Ville Eternelle. Pas la ville touristique. Elle est belle, magnifique même, j'en conviens… Mais ce n'est pas dans celle-là que tu vis. Au-delà des vestiges, elle a une âme, bien différente. Rebelle, populaire, débauchée, étudiante, ou même noble… Et c'est dans cette atmosphère qu'en tant que Romain d'adoption, tu vis. Regarde au-delà des pierres. Cherche les habitants. Les vrais

-J'en ai trouvé un. affirma Antonio. Et il vient de me faire un discours tellement enflammé sur sa ville que je suis prêt à parier qu'il crève d'envie de me la faire découvrir… De me montrer sa face cachée.

Antonio arborait un sourire qui fit une drôle d'impression à Lovino. A la fois tendre et… carnassier. Comme s'il ne ferait qu'une bouchée de l'Italien s'il acceptait de devenir son guide.

-Alors? demanda l'Espagnol. Est-ce que j'ai raison?

-Je ne suis pas sûr… Qu'est-ce que je raconte… Je ne crève absolument pas d'envie de te faire visiter! se reprit Lovino.

-Oh… fit Antonio, arborant une moue déçue tout ce qu'il y avait de plus irrésistible.

Lovino ajouta, devant la tristesse apparente de son interlocuteur:

-Mais je veux bien me forcer… Un peu… Parce que si tu demandes à quelqu'un d'autre ce sera mal fait, hein, te fais pas d'idées.

Le visage d'Antonio s'éclaira.

-C'est vrai? Oh, merci Lovi!

-Mais arrête de m'appeler Lovi.

-J'essaierai d'y penser, Lovi. assura Antonio, tout sourire.

L'Italien soupira mais Antonio pouvait voir qu'il n'était pas réellement de mauvaise humeur.

-Par quoi on commence?

-Je bosse à 18 heures. On a un peu de temps devant nous… annonça-t-il en regardant sa montre. Ca te dirait d'aller manger une glace?

-Une glace italienne? Ce sont les meilleures, à ce qu'il paraît…

-Ce n'est pas qu'une rumeur. siffla Lovino.

-Hé bien, dans ce cas… Andiamo!

Lovino sourit, satisfait, et entraîna l'Espagnol à sa suite dans un dédale de petites rues peu fréquentées, sinon par les connaisseurs, et vides de tout touriste.

Il y faisait beaucoup plus calme, toutefois, Lovino ne s'arrêta pas pour profiter du silence qui régnait par rapport à la Place Saint-Pierre.

Bien sûr, emprunter ces rues et ruelles était bien plus long que de prendre les transports en communs ou même que de passer par les grandes artères, néanmoins, Lovino était ravi.

Pour une fois qu'il pouvait déambuler dans la ville sans devoir se dépêcher, se cacher ou filer quelqu'un… Il avait le temps alors il en profiterait.

Il savourait la marche paisible dont il n'avait pas l'habitude, même si ses côtes le brûlaient encore de temps en temps.

Et il devait bien avouer qu'Antonio était de bonne compagnie.

Non seulement il s'intéressait véritablement aux explications que Lovino pouvait lui donner sur tel ou tel monument ou bâtiment, demandait des informations supplémentaires, mais en plus, plus ils discutaient et plus Lovino se rendait compte de sa bonne humeur contagieuse, de son enthousiasme communicatif, de son humour et de sa gentillesse.

C'était désormais certain.

Antonio n'était pas le gamin espagnol babillant, collant et débile que Lovino avait rencontré quelques jours auparavant.

Ils arrivèrent en vue du glacier, enfin, après une bonne heure de marche dans les rues de la Ville Eternelle.

-Voilà. annonça Lovino. Giolitti. Le meilleur glacier de Rome!

-Aw, merci Lovi ~

Rectification.

Antonio n'était pas seulement le gamin espagnol babillant, collant et débile que Lovino avait rencontré à l'hôpital.

-Bref. Maintenant on fait la file.

Car certes, ils patientaient devant la vitrine du meilleur glacier romain, mais son succès n'était pas inconnu. Jusque sur le trottoir, on faisait la queue, autochtones comme touristes.

-Et ça se passe comment, tes cours d'espagnol? demanda Lovino pour changer de sujet. Tu trouves des élèves?

-Oh, bien sûr! assura l'étranger. Les étudiants ont terminé à l'université, et certains veulent apprendre l'espagnol pendant leurs vacances, d'autres souhaitent des cours de rattrapage. J'ai également quelques adultes. Certains partent en vacances, d'autres commencent à travailler en Espagne sous peu. Il y a de la demande. Pourquoi, tu serais intéressé par un cours de langue avec moi?

Lovino rougit devant le sourire entendu et satisfait d'Antonio. Visiblement, l'Espagnol était très fier d'avoir glissé cette allusion.

Changer de sujet.

-Et… Le latin ne te manque pas trop? demanda-t-il après un court temps de réflexion.

-C'est très proche de l'italien, tu sais? C'est presque comme si tu me parlais latin. Les sonorités sont presque similaires et, quand je t'entends parler, c'est un peu comme lire de l'Ovide.

Lovino haussa un sourcil, amusé.

-Ovide. Vraiment?

-L'Ars Amatoria.

-L'Art d'aimer?

-Hum hum. acquiesça Antonio avec un clin d'œil et un sourire entendu.

-Tu me prends vraiment pour un manuel de séduction?

-Tu as toutes les qualités requises pour que tous… Je veux dire, toutes les filles de Rome te courent après.

Disant cela, il déshabilla presque l'Italien des yeux, faisant rougir quelque peu l'intéressé qui se reprit rapidement.

Lovino roula des yeux avec un soupir.

-Les filles de Rome ne m'intéressent pas vraiment.

Antonio feignit la surprise. Parce qu'il avait perçu les regards que Lovino avait posés sur lui, de temps à autre. Pas vraiment le genre de regards qu'un homme complètement hétéro porterait sur un autre homme.

Le genre de regards timides mais intéressés.

-Vraiment? Les hommes alors?

Lovino acquiesça et détourna le regard, les joues rouges.

Il assumait parfaitement.

Ca faisait un bail qu'il n'avait plus eu d'aventures, mais il se savait gay et n'avait aucun problème avec ça.

Mais… Aborder le sujet avec un autre homme avec qui il avait passé une nuit et une paire d'heures… Bon, dis comme ça, ça paraissait logique de parler de ces choses là, du moins si on prenait l'expression "passer la nuit" au sens figuré. Pour Lovino et Antonio, c'était au sens propre, pour le …

Aspetti.

"Pour le moment". "Pour le moment"? Sérieux, il avait pensé ça?

Il devait bien admettre qu'Antonio avait un bon goût vestimentaire très prononcé qui l'avait poussé à porter une chemise blanche peu épaisse et parfaitement ajustée qui laissait deviner un corps fin, mais musclé, parfait.

Bien sûr qu'Antonio avait un corps de rêve, un sourire tantôt tendre, tantôt séduisant et allumeur.

Bien sûr qu'il avait un accent espagnol absolument à tomber lorsqu'il parlait italien, et qu'il provoquait des vagues dans le ventre de Lovino à chaque fois qu'il parlait.

Bien sûr qu'il était gentil, adorable, un peu con mais incroyablement attachant.

Bien sûr que Lovino ne lui était pas insensible.

Mais tout cela ne voulait pas dire qu'il était prêt à l'admettre, et encore moins qu'ils passeraient une nuit ensemble.

Insomma.

Toujours était-il que parler de ces choses là à un homme que Lovino connaissait depuis peu le mettait mal à l'aise.

Point.

Mais au moins les choses seraient claires dès le début entre eux. En espérant qu'Antonio ne se formaliserait pas de ce détail de sa vie privée et laisserait une chance à leur amitié naissante.

Lorsqu'il releva la tête, ce fut pour voir un grand sourire sur le visage hâlé d'Antonio, qui le regardait avec son habituelle étincelle joyeuse dans le regard.

-Ca nous fait un point commun.

-Ah oui?

Mais oui, Lovino.

Qu'est-ce qu'il pouvait être con parfois.

Il s'était fait déshabiller du regard par l'Espagnol, qui avait d'ailleurs glissé quelques allusions sinon de la drague tout au long de leur conversation, mais à part ça, il le pensait toujours hétéro.

Un véritable Sherlock Holmes en puissance, le petit Vargas.

-Puisque je te le dis! rit Antonio.

-Oh… fit Lovino. C'est… Enfin c'est cool qu'on ait un point commun.

L'autre acquiesça.

Enfin ce fut à leur tour de commander.

Antonio ne savait que choisir. Il y en avait pour tous les goûts; le comptoir était immense et regorgeait de plats argentés remplis de glaces aux parfums divers et variés, tous plus alléchants les uns que les autres.

Si Lovino avait visiblement ses habitudes, ce n'était pas le cas du Madrilène qui avait envie de tout essayer.

-Alors, tu te décides? demanda Lovino qui commençait à s'impatienter –même si voir son nouvel ami arborer des yeux comme des soucoupes tel un enfant dans un magasin de jouets était un spectacle assez drôle.

-Hum… Vas-y, commande, je vais me décider.

-Bon… soupira Lovino.

Il salua la jeune employée qui lui rendit son sourire et demanda.

-Un grand cornet avec trois boules… Citron vert, champagne et cerise, s'il vous plaît.

Elle s'exécuta et lui tendit bientôt sa commande, avant de se tourner vers Antonio:

-Et pour vous, monsieur?

Antonio, triomphant d'avoir réussi à choisir malgré le dilemme cornélien qui s'offrait à lui, demanda:

-Hum… Framboise, vanille et cerise. Dans un grand cornet s'il vous plaît.

Il reçut bientôt ce qu'il désirait mais tendit son cornet à Lovino qui s'en saisit, un peu surpris.

L'Espagnol sortit son portefeuille de la poche arrière de son pantalon et régla leur commande, alors que Lovino protestait:

-Mais, tu ne vas pas payer pour moi, enfin, je…

Antonio lui mit un doigt sur la bouche.

-Chh.

Lovino rougit.

Cette pose pouvait vraiment prêter à confusion sur la nature de leur relation.

-C'est pour la visite. s'expliqua l'Espagnol.

Il ne se préoccupa pas du rougissement de son interlocuteur réduit au silence mais reprit sa glace et quitta l'établissement comme si de rien n'était.

Lovino battit plusieurs fois des paupières pour se remettre de ses émotions, puis le suivit à l'extérieur.

Antonio l'attendait, un sourire mutin aux lèvres.

-Alors? Où allons-nous pour manger?

L'Italien se remit bien rapidement dans la peau du guide et prit la tête de la marche.

-Il y a une place au bout de la rue, on mangera en face du Palazzo Montecitorio.

-Rien que ça…

Ils se trouvèrent une place au soleil face au Palazzo et mangèrent posément leurs glaces.

Lovino était justement en train de penser qu'il n'avait plus eu une aussi bonne journée depuis longtemps –mais rien à voir avec Antonio, bien sûr. Juste le soleil, l'impression d'avoir le temps et la possibilité de ne pas travailler, évidemment– lorsqu'il tourna la tête vers son compagnon du jour et qu'il le vit lécher sa glace, un regard en coin, d'une façon plus que suggestive.

Et une nouvelle crise de rougissements furieux pour Lovino Vargas.

-C'est vrai que ce sont les meilleures glaces que j'ai jamais mangées… commenta Antonio de la façon la plus naturelle qui soit. Je peux goûter la tienne? Le parfum champagne m'intrigue.

Avec une moue digne d'un enfant peu enclin à partager, Lovino lui tendit son cornet et l'Espagnol, après avoir goûté, se lécha les lèvres.

-Je maintiens. C'est le meilleur glacier.

-…Je te l'avais dit. répliqua Lovino.

oOo

Finalement, ils restèrent un petit moment sur la place, en silence. Jusqu'à ce que Lovino regarde l'heure et se rende compte qu'il était censé travailler au bar un peu moins d'une heure plus tard et qu'il avait toute la ville à traverser.

-Oh, cazzo…

-Qu'y a-t-il?

-Je dois y aller. Le devoir m'appelle…

-Ah. Hé bien… C'est dommage. déclara Antonio, la mine contrariée.

Lovino aurait voulu confirmer, mais se contenta de se dandiner, les bras ballants, hésitant entre faire la bise à Antonio et partir sans demander son reste.

-J'ai passé… Une très bonne journée. continua l'Espagnol. Merci encore pour la visite.

-Ah, mais de rien! C'était avec plaisir. Et merci à toi pour la glace.

-Ca aussi, ce fut un plaisir. assura Antonio avec un sourire.

-Tu sais comment rentrer chez toi, d'ici?

-Je devrais pouvoir me débrouiller. le rassura l'étranger. Le métro ne doit pas être loin. Mais c'est gentil de t'inquiéter pour moi, Lovi.

Il sortit un ticket de caisse de sa poche, un crayon, et griffonna quelques chiffres avant de donner le morceau de papier à Lovino.

-Mon numéro. Au cas où, par le plus grand des hasards, tu voudrais me voir. Pour une partie de j… Pour un cours de langue. Ou pour quoi que ce soit d'autre.

Antonio lui offrit un grand sourire lorsque Lovino fourra le papier dans la poche de son pantalon. Alors l'Italien ne put faire autrement que de lui rendre son sourire.

-A bientôt. dit-il en lui faisant la bise.

Et, d'une démarche sautillante entre la course et la marche, Lovino quitta la place aussi rouge qu'une tomate espagnole.


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Traductions:

Il tuo tempo che scorre nel mio tempo : ton temps qui s'écoule dans mon temps (italien). En gros, on passe du temps ensemble, quoi. Phrase issue de la chanson Io e Te.

Lovino del Impero: Lovino de l'empire (italien). Puisque personne n'est censé connaître son nom de famille dans la mafia...

Hallo iedereen : salut tout le monde (néerlandais)

Ciao : salut (italien)

Arrivederci : au revoir (italien)

Andiamo : nous allons, allons-y (italien)

Aspetti : attendez (italien)

Insomma : bref (italien)

Cazzo : putain (italien)

Giolitti est un glacier qui existe vraiment et qui est réputé comme le meilleur glacier de Rome. Je n'y suis jamais allée, mais apparemment ça vaut le détour! Je détaillerai un peu plus sur mon blog d'ici peu.

A bientôt ~