CHAPITRE 2

Dans la salle, Nakamori n'en cru pas ses yeux. Sa fille Aoko venait d'apparaître en mariée, vêtue comme une merveilleuse fleur bleue. Des pétales tombaient sur elle, balayés par la climatisation, et venaient voltiger autour d'elle comme une fée de printemps. Elle portait un collier de fleurs bleues, et des boutons de fleurs, bleus eux aussi, étaient piqués sur sa robe, dont la traîne donnait l'impression d'une rivière en mouvement quand elle avançait. Sa grâce et sa beauté lui valurent des applaudissements du public, émerveillés par la parure qu'elle portait. En effet, ses poignets et sa taille étaient ceints par deux bracelets portant des turquoises de grosse taille, entrelacées par des chaînons d'argent épais. La ceinture était une rivière de lapis-lazulis et comportait une bonne douzaine de rangées. Le cou de Aoko portait un tour de cou du même genre, assorti à la robe et à la fine écharpe de jute qu'elle portait en tombée sur ses avant-bras. Et enfin, la broche qu'elle portait sur son sein gauche représentait une rose épanouie dont le coeur abritait une améthyste d'un bleu intense, et les pétales brillaient d'un argent blanc. Ce bijou était tellement pur que la lumière qui le filtrait formait comme un miroir réfléchissant le ciel azur sur le visage de Aoko, renvoyant mille éclats d'étincelles bleues et argentées. Dans ses bras, elle portait un chat Persan, dont la robe bleue était assortie à la tenue de la jeune fille. Ses longs poils azurés voletaient gracieusement, mus par le souffle léger des climatiseurs. Lui aussi portait un fin collier alliant l'argent tressé à une fine cordelette bleu ciel, piquée par quelques améthystes. Aoko finit sa représentation en allant se poster sur la droite de la piste de défilé, qui se terminait en cercle, face aux spectateurs.

Ces derniers applaudirent la jeune fille qui caressait le chat, et attendirent la suivante.

Elle ne tarda pas à se présenter sous les traits de Akako. Hakuba du se pincer pour avoir la confirmation qu'il ne rêvait pas.

Akako portait elle aussi une robe de mariée. Sa robe écarlate contrastait avec le bleu presque virginal de son amie. Portant un voile court rouge tombant sur ses yeux, il était relevé sur le coté gauche, où une cascade de cheveux d'un noir de jais tombait en dégradé sur une épaule nue. Le corsage de la jeune fille, d'un rouge électrique, passait sur l'épaule droite, et tombait jusqu'au bassin. Sur son bras gauche, elle portait un gant de cuir rouge montant jusqu'au coude, et tenait dans sa droite une sphère de cristal contenant de l'eau et un petit poisson rouge. Elle avait pris dans sa main gauche un pan de longue robe, qui était une juxtaposition de plusieurs jupons en résille, laissant ses longues jambes se dessiner en dessous. Les rubis qu'elle portait en collier étaient d'un raffinement qui laissait plus d'un spectateur dans la salle bouche bée. Elle portait aussi un rubis en alliance. Cette dernière était une monture en or, et les feux qu'elle renvoyait affirmait la couleur écarlate du gant. Un bracelet aussi en or, et incrusté de rubis, serpentait le long du bras droit, nu. Il montait jusqu'au coude, et au-dessus, au niveau de l'épaule, une longue chaîne d'or tombait au niveau du sein, chevauchant l'épaule et l'omoplate.

Dans la salle, les applaudissements fusèrent. Akako lança un regard en direction d'Aoko, qui lui sourit. Puis elle alla se placer à l'opposé de son amie, sur la gauche du cercle. Hakuba déglutit, car de là où il se trouvait, il pouvait observer tout à loisir la parure de son amie.

Puis se fut au tour d'Heiji d'avoir des sueurs froides. Kazuha venait d'apparaître dans les faisceaux lumineux. La musique était passée sur des airs plus tonnants. L'Automne venait d'entrer dans la salle de défilé.

Kazuha rayonnait comme un soleil, et ce, grâce à la robe nuptiale qu'elle portait. Elle portait un haut court, dont le bas était effilé par des franges de fils d'or. Son ventre, nu, était piqué au niveau du nombril, mais pas percé, par un anneau dans lequel était passé une chaîne en or ceinturant son bassin. Les deux bouts de la chaîne pendaient par l'anneau, et caressaient ses jambes en tombant. Un simili de feuilles mortes et jaunies mais étincelantes, car trempées d'or, entourait les membres de la jeune fille. Ainsi, elle portait une robe courte ouverte sur la cuisse gauche, et tombant jusqu'au genou droit, tandis que pardessus, toujours en résille finement tressé et piqué par les lianes de feuilles, un long jupon tombait jusqu'à ses chevilles fines. Elle portait des bottes montant aux genoux. Celles-ci étaient ceinturées par de longues chaînes d'or, et des perles d'ambres y pendaient, accrochées dessus comme la rosée du matin transpercée des premiers rayons du soleil. Le long du cou de Kazuha, un collier d'or et d'ambre coulait jusqu'aux épaules, et dans sa chevelure, piquée de feuilles et d'ambre, un léger voile blond était rejeté en arrière. A ses côtés, trottait un labrador, portant lui aussi une rivière en or en lieu et place de collier. Même la laisse qui reliait Kazuha au magnifique chien était sertie en or.

Repérant Heiji dans la salle, la jeune fille se mit à rougir. Elle faillit s'arrêter, mais les deux jeunes filles déjà sur scène l'encourageaient à les rejoindre. Se rappelant son rôle, elle continua sa progression, et se plaça au fond du cercle, derrière Aoko et Akako.

Heiji rougissait. Son cœur battait la chamade. C'était la première fois qu'il voyait Kazuha mise à son avantage par pareille toilette. Il ne regretta pas le déplacement.

Plus loin, dans la salle qu'il avait rejointe, le cœur de Conan se serra. C'était au tour de Ran d'entrer sur la piste. Il avait déjà deviné la couleur, mais comment s'en sortirait-elle ?

Elle apparut, sous une musique presque divine. On ne pouvait nullement douter de la nature de la robe qu'elle portait, une robe de mariée, elle aussi. Ran rougissait. Elle ne s'était pas attendue à porter une telle robe, et elle ne s'était pas encore préparer psychologiquement à en porter une avant sa majorité. Elle croisa le regard de son père, qui s'était levé de son siège à la vue de sa fille.

A l'autre bout de la salle, le temps semblait s'être arrêté pour Conan.

Ran portait sa robe de mariée comme si elle avait été créée uniquement pour elle. Son bustier mettait en valeur sa poitrine, qu'elle gardait caché jusque là. Une rivière de perles entourait sa nuque. Dans ses cheveux, derrière l'oreille droite, près du petit diadème posé au-dessus du front, une fleur blanche portait en son coeur une perle plus grosse qu'une pièce de 10 yens. De la neige artificielle avait été pulvérisée dans ses cheveux, jurant sur sa coiffure de jais. La robe en elle-même était un fouillis de tissus piqués sur le bas par des fleurs identiques à celle qu'elle portait à ses cheveux. A l'identique, une perle agrafée au milieu de la poitrine, sur le bustier, scintillait sous les éclats des projecteurs. Le voile et la traîne ne faisaient qu'un, retenus par le diadème d'argent dont le centre accueillait un diamant dont la taille n'avait rien à envier à la perle qu'elle portait sur le bustier. Elle avait de longs gants blancs, montant aux trois-quarts des bras et sur lesquels étaient accroché deux larges bracelets incrustés de diamants. Sa robe brillait d'étincelles d'argent, car de minces fils d'argent étaient cousus dans les pans qui virevoltaient sous l'effet du déplacement. Le torse à moitié nu de Ran scintillait aussi, car de la poussière d'argent avait été pulvérisée sur sa peau, pour la rendre plus satinée. Et tandis qu'elle avançait jusqu'à sa place, un couple de colombes blanches volait au dessus d'elle, brillant elles aussi comme des étoiles d'argent. Ran se plaça sur le devant de la scène, permettant à tous de mieux observer la robe qu'elle portait.

Conan la regarda. Elle était encore plus belle dans cette robe, que dans celle qu'elle portait pour la kermesse du lycée, lors de la pièce "Shuffle Romance". La comparaison était des moindres. Cette robe-ci valait des millions de yens... Rien a voir avec un costume de théâtre. Et pourtant, il n'avait pu rester de marbre lorsqu'il la découvrit ce jour-là, en Princesse Heart. Le jeune homme qu'il était redevenu pour l'occasion avait succombé au charme de la belle. Et aujourd'hui encore, l'effet se faisait ressentir. Il ragea de ne pouvoir l'accoster dans cette tenue. De plus, c'était une robe de mariage... S'il avait pu lui parler, habillée de la sorte, il aurait perdu toute contenance. Elle était beaucoup trop belle ainsi. Conan décida de l'immortaliser dans son esprit. Il n'oublierait jamais la femme qu'elle était devenue ce soir-là, transformé par la beauté de la haute couture.

"Je persiste dans mon idée, Sonoko aurait été dépressive jusqu'à la fin de ses jours si elle avait été là ce soir..."

Dans la salle, les spectateurs étaient en folie. Ils se levèrent devant cette pléiade de robes aussi belles que divines. Les applaudissements fusèrent. Derrière les quatre mariées, les deux créateurs de génie firent leur entrée sur scène, et avancèrent, main dans la main, saluant leurs invités sur leur passage. Puis ils vinrent féliciter leurs mannequins improvisés pour la soirée, et les embrassèrent pour les remercier du spectacle.

Tout le monde se réjouissait du fabuleux spectacle qui lui avait été donné de voir en cette soirée. Les esprits s'étaient échauffés, et les protagonistes de l'affaire en avaient presque oublié la menace, jusqu'à ce que le Kid intervienne...

Alors que les Lacroix embrassaient les jeunes filles, un black-out complet intervint. La panne de courant provoquée fit s'alarmer les spectateurs. Un mouvement de panique se créa, laissant les quatre détectives et l'inspecteur Nakamori cois.

- Au secours !!

- What's happening

- Gardez votre calme, s'il vous plait !!

Catherine Lacroix tenta de raisonner les personnes qui s'affolaient, tandis que la pénombre échauffait les esprits fragiles. Conan appela Heiji.

- Oui ! J'ai vu ! répondit ce dernier.

En effet, un éclair sembla surgir de la scène, à l'emplacement exact où se situaient les filles. Conan et Heiji bondirent sur scène, et rencontrèrent les corps des jeunes filles, affaissées sur le sol.

Conan avait allumé sa montre-lampe et balaya la piste de son faisceau. Il reconnu Ran à sa robe. Heiji avait déjà récupéré Kazuha. Derrière lui, Nakamori poussa un cri quand il vit à la lueur de la lampe sa fille endormie sur le sol. Hakuba récupéra Akako. Catherine et Christian Lacroix étaient eux aussi groggy. Dans la salle, quelques hommes d'esprit tentaient de calmer les femmes qui poussaient des cris de frayeur. Tout le monde se bousculait pour tenter de sortir de la grande salle.

Puis, aussi soudainement qu'elle s'était éteinte, la lumière revint. Les spots et les halogènes se rallumèrent un à un. Quand tous furent rallumés, tout le monde pu voir le terrifiant spectacle : six personnes avaient été droguées par un gaz soporifique.

Les animaux aussi avaient été endormis par le gaz. Les dresseurs qui se trouvaient près de l'estrade accoururent pour les réanimer, tandis que les détectives rejoignaient les six corps inertes.

Conan secoua Ran afin qu'elle se réveille. Mouri et Nakamori s'occupèrent des Lacroix. Kogoro poussa un cri quand il releva un des pans de la robe de Catherine, découvrant une carte de visite. Il s'agissait d'un message du Kid. Il le lut devant les quatre autres détectives qui l'entourèrent.

" A vous qui tentez de me berner,

je vous laisse un indice pour me retrouver :

(en français sur la carte : )

les premières se mêlent en une unique
les visages sont identiques sauf en un
quand enfin s'annoncera la septime
alors sous vos yeux s'ouvrira le mien

Bon courage, détectives adorés..."

Kogoro pesta. Le Kid leur jouait encore un de ses sales tours.

Hakuba lança un regard entendu à Nakamori. Tous les deux savaient exactement à quoi s'en tenir. Conan prit la carte entre ses mains, malgré les réticences de Kogoro, et prétexta la donner à Heiji pour y jeter un rapide coup d'oeil. Heiji l'observa à son tour, et fit un clin d'oeil à son ami. Sur les cinq détectives présents, tous savaient que l'indice en main était primordial. Mais seul trois en comprirent le sens réel...

- Kogoro, réveillez-nous les Lacroix. Je crois qu'ils ont des choses à nous dire..., gronda légèrement Nakamori

- Oui, murmura Saguru. Des choses très intéressantes...

Kogoro réveilla donc les deux créateurs, tandis que chacun des autres détectives réveillaient leurs amies. Elles reprirent leurs esprits presque en même temps, ainsi que les Lacroix. Les filles étaient toutes les quatre étonnées. Seule Akako semblait rire de leurs malheurs. Mais nul ne comprit pourquoi... Aoko, elle, se faisait un sang d'encre, alors que son père bouillonnait de rage à ses côtés, s'en voulant de n'avoir pas pu mieux protéger sa fille. Aoko pensait à son ami Kuroba Kaito, car elle aurait aimé qu'il soit avec elle en ce moment. Lui aurait su quoi faire... Et cherchant des yeux si son imprévisible ami aurait pu se trouver dans la salle, elle découvrit Heiji et Conan qui réconfortaient leurs deux amies. Elle observa la scène. Elle avait rencontré Kazuha et Ran en vitesse dans les loges pendant l'essayage des robes, et avait vite sympathisé avec elles. Elle comprit en les regardant avec leurs amis qu'elles partageaient une amitié forte avec eux, un peu comme elle et Kuroba. Mais ses réflexions furent stoppées net par le cri strident de Catherine Lacroix, lorsqu'elle découvrit l'étendue des dégâts.

- Oh mon dieu !! Quelle horreur !! Mes bijoux !!

Elle tomba à la renverse, rattrapée de justesse par Kogoro.

- Elle s'est évanouie, constata Hakuba. Bien. Alors, Monsieur Lacroix, fit-il en se tournant vers ce dernier qui venait d'émerger des effets du gaz, consentirez-vous à nous dire ce qu'il se passe ?

Il lui donna la carte de visite. A sa lecture, Christian devint blême.

- Je... je ne comprends pas..., cafouilla-t-il.

- Pourquoi affirme-t-il que les bijoux sont des faux ? Vous nous avez fait venir et avez mis l'avenir de nos filles en danger pour garder de la pacotille ?

Nakamori se contenait de plus en plus mal. La scène de Catherine l'avait encore plus tendu. Hakuba tenta de le raisonner.

- Voyons, calmez-vous. Je ne pense pas que Monsieur Lacroix puisse nous éclairer sur cette affaire. La seule qui le puisse est actuellement en état de choc. Encore nous faut-il arriver à la réveiller.

Il se tourna vers Kogoro qui tentait de ramener Catherine Lacroix parmi eux. Quelques secondes plus tard, ce fut chose faite.