De retour à son appartement, Hermione était essoufflée. Pourtant, elle n'avait pas couru. Elle regarda rapidement l'heure : la matinée était presque finie. Fichu serpent, pesta-t-elle.

Elle se dirigea vers la cuisine, sortant sa baguette. Lors de ses nombreux moments passés au Terrier, la mère de Ron lui avait appris beaucoup en matière de cuisine. Bien pratique. Un sourire traversa son visage lorsqu'elle repensa à Mr Weasley, se penchant au-dessus d'elle alors qu'elle préparait des pancakes de manière moldue.

Tous ces souvenirs étaient à double tranchant. A la fois doux, heureux, mais aussi cruels et pénibles car il lui rappelait sa solitude actuelle. Cette solitude dont elle se savait responsable. Elle avala son omelette rapidement avant de s'échouer dans son canapé, un livre à la main.

Le lendemain matin, elle parla rapidement avec son chef des solutions qu'elle envisageait pour leur patient. Il lui annonça qu'elle avait carte blanche, puisque de toute manière ledit patient mourrait à petit feu. C'est néanmoins assez optimiste qu'elle refit avec lui la liste complète des symptômes dont il était atteint. Elle resta avec lui assez longtemps, lui parlant, le rassurant, lui expliquant ce qu'elle prévoyait. C'était aussi pour ça que de nombreuses personnes l'appréciaient dans son service : ils ne restaient pas simplement des cas difficiles. Elle leur rendant une part d'humanité qui était selon elle indissociable de la guérison.

La matinée passa donc rapidement, et c'est avec appréhension qu'elle vit quinze heures arriver. Elle s'aperçut à ce moment-là qu'elle ne savait absolument pas où se trouvait le manoir Malefoy. Elle tournait en rond dans son salon lorsque la sonnette retentie, cinq minutes avant l'heure fatidique. La porte s'ouvrit sur un blondinet particulièrement souriant.

- Avoue que j'ai pensé à tout, Granger !

- Mh, tu marques un point là, avoua-t-elle avec un demi-sourire forcé.

A peine ces paroles prononcées qu'elle les regretta déjà. Une lueur de triomphe traversa les yeux gris de Malefoy. Soupirant, elle attrapa sa cape et sortit, prenant soin de fermer la porte à clé et de jeter les sors de protection mineurs sur sa demeure. Il lui prit la main et transplana. Elle ne s'était jamais habituée à la sensation désagréable que donnait ce moyen de locomotion. Par miracle, elle atterrit sur ses deux pieds en grimaçant. Levant la tête, elle resta ébahie par la battisse qui se tenait fièrement devant eux.

Le manoir était gigantesque. Certes, pas autant que Poudlard, mais il avait de quoi impressionner. C'était magnifique. De nombreux arbres, recouverts de neige, se tenaient le long de l'allée qui menait à la porte d'entrée. Elle s'approcha doucement, suivant Malefoy qui affichait un petit sourire satisfait. Elle réalisa alors que sa main se tenait toujours dans la sienne. Elle la récupéra d'un geste vif et le sourire du jeune homme s'effaça. Il ouvrit la porte de chêne massif et s'éclipsa pour me laisser passer.

Contre toute attente, le petit hall dans lequel elle pénétra était très lumineux. Le sol et les murs étaient de couleur ocre. Sur la gauche se tenait un immense tableau représentant un coucher de soleil splendide.

- Bonjour Maître Drago, couina une voix sur la droite.
- Bonjour Lucie, répondit le concerné d'un ton neutre.

La petite elfe l'aida à se débarrasser de sa cape et tendit la main vers Hermione. Elle lui donna la sienne, non sans éprouver un sentiment de culpabilité.

- Lucie, je reste dîner ici ce soir, annonça le maître des lieux.
- Avec Miss ?

Malefoy se tourna vers l'ancienne Gryffondor, l'interrogeant d'un signe de tête.

- Non, je préférerais quitter cet endroit le plus vite possible, indiqua-t-elle, narquoise.

Ce qui était faux. Totalement faux puisqu'en réalité la pièce dans laquelle elle se trouvait était bienveillante et l'apaisait. L'elfe disparut dans un craquement.

- Je vais te montrer la bibliothèque. Je m'en excuse d'avance, mais je ne serais pas un hôte très présent, j'ai à faire.
- Ne t'inquiète pas, je n'ai pas besoin de toi, répliqua-t-elle.
- Si jamais tu changes d'avis, tu n'auras qu'à appeler Lucie, elle saura me trouver.

La bibliothèque du manoir Malefoy était au moins aussi grande que celle de Poudlard. Des livres s'étalaient sur tous les murs, du sol au plafond. En face de la porte se trouvait une majestueuse cheminée dans laquelle un feu brûlait, diffusant une douce chaleur. Entre l'entrée et cette cheminée, quatre canapés se faisaient face, avec en leur centre une table basse. Sur la gauche, une table et deux chaises permettaient d'étudier en toute tranquillité.

Hermione retint avec difficulté un « ho ! » de surprise. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait la sensation d'être à sa place.

- Les grimoires de Médicomagie se trouvent au fond à droite, informa Malefoy avant de quitter la pièce.

Ne perdant pas de temps, Hermione se dirigea vers les livres désignés.
La grippe Espagnole, par Julian Carrow, Rouge sang, par Lucius Hector Malefoy, Virus et pandémie, Blessures moldue et sorcières comment les soigner ? par Victor Bell…

Elle attrapait les grimoires par dizaine. Malefoy n'avait pas menti en disant que sa bibliothèque contenait largement de quoi être utile. Elle les déposa sur la table basse et commença à lire les sommaires – pour ceux qui en avaient un. La tâche allait être ardue, mais elle s'était promis de trouver une solution pour le pauvre homme.

Voulant prendre des notes, elle se rendit rapidement compte qu'elle ne savait pas où trouver ce qu'il lui aurait fallu. Elle chercha dans la pièce, mais ne trouva rien, aussi elle se résigna :

- Lucie ? appela-t-elle, d'une voix tremblante.

Un crack retentit et la petite elfe s'inclina devant elle.

- Je… Heu… Pourrais-tu m'apporter de quoi écrire, s'il te plaît ?
- Bien sûr, répondit-elle en s'inclinant à nouveau.

Dans les secondes qui suivirent, Hermione avait mon matériel. Malefoy avait tout prévu – c'était assez charitable de sa part. Elle s'attela donc à son travail, interrompant régulièrement ses lectures pour noter les informations qui lui paraissaient intéressantes, les pages et les titres des livres utilisés.

Un raclement de gorge à sa gauche la fit sursauter, ce qui déclencha le fou rire du responsable. Malefoy se reprit devant le regard assassin que lui jeta la jeune femme, et l'informa :

- Il est dix-sept heures trente, Granger.

Elle avait dépassé son horaire d'une demi-heure, mais jugea qu'il n'était pas nécessaire d'en faire un drame.

- Je suppose que tu as besoin de mon aide ?
- C'est dur de l'avouer, mais oui, répondit-il d'une voix affligée.

Il était clair qu'il faisait des efforts pour être sympathique. Malefoy ? Sympathique ? Cette pensée la fit sourire.

- Bien, j'arrive.

Elle se leva, commença à ranger mais un bras la retint.

- Laisse, je m'en occuperai ce soir, murmura le maitre des lieux.

"Ouais, Lucie s'en occupera ce soir", pensa Hermione. Mais elle ne dit rien. Ils allaient passer plus une heure et demie tous les deux, et jusqu'à maintenant tout s'était bien déroulé. En tant que personne civilisée, elle se devait de ne pas tout gâcher. Elle se concentra plutôt sur ce qu'il lui expliquait. Il avait commencé par les sous-sols du manoir, sûrement les pires pièces de la résidence. Mais très vite il s'était aperçu qu'il aurait besoin de quelqu'un s'il ne voulait pas y passer toute sa vie et plus.

- Les sortilèges en eux-mêmes ne sont pas durs à défaire. Seulement, ils sont très nombreux, tu comprends ? Et je n'avais pas trop envie de faire intervenir le ministère là-dedans. Il y a assez d'objets à la cave pour me faire enfermer à Azkaban, même si ce n'est pas moi qui les ai mis ici.

Hermione frissonna, ce qui ne lui échappa pas.

- Tu as froid, Granger ? Ou alors tu as peur… ?

Elle ne répondit pas. "Tu es une personne civilisée", se répétait-elle dans ma tête, pour être certaine de ne pas l'envoyer paître ailleurs. Elle commença presque à regretter d'avoir accepté ce marché tellement l'air orgueilleux qu'affichait son ennemi de toujours la mettait hors d'elle. Puis, très vite, elle n'eut plus le loisir de penser. Il fallait qu'elle reste concentrée pour désenvoûter. Comme Malefoy l'avait dit, ce n'était que des sorts basiques. Rien dont elle ne puisse pas venir à bout. Malgré tout, au bout de deux heures de corvée, ils étaient tous deux en sueur. Il lui proposa de boire un verre, pour se rafraîchir, ce qu'elle refusa.

- Je préfère rentrer, navrée.

En vérité, elle ne l'était pas du tout. Elle sortit dans la cour, et non sans jeter un dernier regard à la bâtisse, elle transplana. Elle passa la soirée seule, comme à son habitude. En s'endormant, elle ne put s'empêcher d'avoir un maigre espoir que la situation s'arrange. Si elle arrivait à tenir avec Malefoy une conversation civilisée, peut-être arriverait-elle un jour à se faire pardonner auprès des Weasley ?

Elle retrouva par elle-même la demeure Malefoy le lendemain. Ce fut Lucie qui lui ouvrit, l'elfe lui apprenant que son maitre n'était pas présent. Sûrement au ministère, pensa Hermione. Malefoy avait repris peu à peu les affaires que son père y avait laissées – avec plus de tact néanmoins.

Lorsqu'elle pénétra dans la bibliothèque, elle réalisa que les livres qu'elle avait sortis la veille étaient rangés sur la table basse, en trois tas de taille inégale. Ses notes étaient soulignées, rayées, corrigées, d'une fine écriture qu'elle ne se rappelait pas avoir déjà vu. Des lettres rondes, toutes en hauteur. Avec un sourire, elle remercia intérieurement Malefoy pour son aide. Même s'il pouvait toujours courir pour qu'elle lui avoue de vive voix.

Ne répétant pas la même maladresse que la veille, elle arrêta de travailler à dix-sept heures pile. Malefoy l'attendait au seuil de la pièce. Son bras frôla le sien alors qu'ils prenaient la direction des sous-sols et Hermione senti une douce chaleur se répandre dans mon ventre.

Après leur travail, elle se sentait si épuisée qu'elle s'affala dans l'un des fauteuils en cuir du salon. Avec un sourire, Drago s'installa également, et lui offrit un verre qu'elle ne rejeta pas cette fois. Un silence gêné s'établit. Hermione observait la pièce sans dire mot. Elle ne pouvait nier que jusque-là, le manoir lui plaisait bien esthétiquement. Un feu brûlait dans la cheminée au-dessus de laquelle une immense fresque s'étalait. Elle se perdit dans la splendeur du paysage représenté : une suite de monts enneigés qui luisaient sous une lune pleine. Il se dégageait du tableau une étrange puissance fascinante.

- Un cadeau de Bellatrix à sa sœur, l'informa le maitre des lieux.

Hermione déglutie difficilement. La folle cousine Black était à présent morte, mais les souvenirs qu'elle avait laissés sur son corps n'étaient pas des plus plaisants. Sans même s'en rendre compte, elle commença à se masser le bras gauche avec intensité. Drago fronça les sourcils et se releva.

- Je peux voir ? demanda-t-il en s'approchant.

Fixant le sol, Hermione remonta sa manche. Gravé sur sa peau, en lettres de sang, était inscrit : « sang de bourbe ». Le blond lâcha un hochet de surprise et cacha immédiatement la blessure à sa vue. Il connaissait la folie de sa tante. Il ne l'avait jamais aimé et petit il se cachait lorsqu'elle et son mari venait diner au château. Il avait dû supporter sa présence bien trop souvent à son gout et il n'avait pas eut à faire de deuil le jour de sa mort : cela avait été un soulagement. Mais jamais il n'aurait imaginé qu'elle avait été jusque-là avec Hermione. Quand avait-elle eu l'occasion de faire une chose pareille ?!

- Il n'y a rien à y faire ? s'enquit-il.

Hermione perçut dans sa voix une lueur d'inquiétude et de malaise qu'elle ne releva pas. Elle fit non de la tête et changea de sujet de conversation. Elle n'était pas du genre à se plaindre. C'était un souvenir de guerre parmi tant d'autres. Pas des plus plaisants mais pas forcément le plus dur à vivre au final. Elle était encore là pour en parler, elle…

- Comment se fait-il que ce château ne soit plus habité que par toi seul ?

- Comment ça ? demanda Drago en se rasseyant.

Il sembla comprendre la volonté de la jeune femme et la respecta. Elle le remercia d'un regard, et repris :

- Tu n'es pas marié.

Il tiqua.

- Avec qui voudrais-tu que je me marie ? La plupart des femmes fuient encore mon nom et les autres se contentent de me mépriser. Un bon nombre de familles de sang-pur n'ont toujours pas avalé ma trahison… Pour les autres, hé bien il faut croire que je ne les intéresse pas.

La jeune femme fut surprise par la révélation. Lorsqu'on le regardait rapidement, Drago Malefoy semblait avoir un physique parfait. Maintenant qu'Hermione avait eu le loisir de l'observer plus attentivement, elle remarquait tous ses petits défauts physiques : un nez trop fin et légèrement tordu à la base, un menton un peu proéminent et des sourcils très épais… Mais c'était également ce qui faisait son charme. Car oui, la femme en elle ne pouvait nier qu'elle lui trouvait un certain charme. Il était riche, et bien que cela ne l'intéresse guère elle savait que ce n'était pas le cas de beaucoup de femmes.

Alors pourquoi Merlin le fuyaient-elles toutes ?

- Et toi, ce mariage qui était programmé avec Weasley alors ? Tu ne m'en n'as rien dit.

Hermione retint un grognement peu féminin et fronça les sourcils.

- Je ne veux pas en parler. Et puis les journaux ont été assez clairs à ce sujet, non ?

- Je croyais que les journaux n'étaient qu'un ramassis de bêtises ?

Elle pesta. Prise à son propre piège.

Mais voyant qu'elle restait silencieuse, il n'insista pas.

- Malefoy… commença-t-elle au bout de longues minutes à compter les anges passés.

- Drago. Appelle-moi Drago.

- Heu…

Elle le fixa dans les yeux quelques secondes, puis finit par hocher la tête.

- Bien. Drago donc, je pense que je vais rentrer.

Il eut un sourire, en désignant la porte. Elle leva un sourcil interrogateur, presque vexée par l'attitude peu courtoise du blond.

- A présent, fait comme chez toi avec le manoir, Hermione. Je suis fatigué de toutes ces mondanités que je dois supporter toute la journée alors… Si tu veux rester, reste. Si tu veux partir, pars. Reviens juste demain c'est tout ce que je te demande.

- Merci, chuchota la jeune femme, trop prise de court pour être capable d'ajouter quelque chose d'autre.

Elle transplana.