Coucou tout le monde !

Un second VanVen, plus court, dans notre monde cette fois-ci. Voilà. Aucune remarque spécifique à faire.

Bonne lecture !

5 Sens, OS 2 : Le toucher

11 septembre

C'est le 11 septembre.

Tout pareil, c'est choquant, il fait froid et puis on ne sait plus quoi dire, les mots ont été aspirés par le souffle de l'explosion.

Les tours jumelles viennent de s'effondrer tour à tour, tour à tour, presque simultanément pourtant. L'ordre, si on doit en trouver un, c'est d'abord Sora. Sora s'est effondré bêtement, un rien, un truc de tous les jours, juste, accident domestique, tombé dans les escaliers, il s'est pas relevé. C'est con, hein ? On peut rien y faire.

Ce genre de trucs, tomber dans les escaliers, le 11 septembre, on peut rien y faire.

Ventus s'entendait bien avec Sora. Pas plus que nécessaire, ils allaient parfois au cinéma ensemble, quand ils voulaient tous les deux voir un film qui n'aurait pas plu à Vanitas. Vanitas, voilà. Vanitas, c'est la tour jumelle de la première, c'est le jumeau de Sora, mauvaise humeur sur mauvaise humeur, la première tour est tombée, l'horreur est partout, une demi-seconde tu te dis que ça peut pas être pire on te rappelle que si, qu'il reste quelqu'un debout qui peut aussi tomber.

Vanitas, il est pas tombé du haut des escaliers, c'est pas le genre, pas maladroit comme son frère, il sait où il met les pieds – pas cette fois. Vanitas il est tombé du haut de son esprit, il s'est ramassé la gueule quand on lui a mis un pied dans le malheur.

Et après le 11 septembre il reste les débris fumant, la carcasse des immeubles, celle de Sora bien en terre et celle de Vanitas là, étendue sur un canapé gris comme la fumée d'après l'attentat. On n'y peut rien. Mais Ventus est là, debout, il voudrait. Y pouvoir quelque chose. N'importe quoi. Il contemple le corps mort de son amant, de son amour, qui ne bouge qu'à peine depuis des jours. Rien n'est en son pouvoir, ça le tue lui aussi, mais il reste debout parce que seules deux tours sont tombées, une troisième et c'est la fin du monde. Il débarrasse l'assiette de riz à la tomate – un des plats préférés du brun – froide, qui commence à attirer les mouches. Il est heureux de voir que Vanitas a au moins vidé son verre d'eau et lui en sert un nouveau, prépare des quesadillas parce que ça sent bon, l'odeur réveillera peut-être son amour. L'air stagne dans l'appartement, la fenêtre est fermée, il fait si froid dehors, il fait si froid dedans. Les volets sont ouverts, le soleil pâle vient échouer quelques uns de ses rayons par là. C'est un beau dimanche. Le temps idéal pour une promenade, pour renouer avec la vie, comme on dit. Vanitas est toujours aussi mort.

Il ne sait plus quoi faire, dépose l'assiette de quesadillas sur la table basse. Il voit Vanitas frissonner sans bouger. Pourtant, il a une couverture de laine sur tout le corps. Leur préférée à tous les deux, pour quand il faisait froid avec la fenêtre ouverte parce que Vanitas clope à mort et que ça pue le tabac mais que c'est l'hiver tout de même, alors ils se déshabillaient tous les deux et s'enfonçaient sous l'immense couverture – deux mètres sur trois, s'il vous plaît – et se collaient l'un à l'autre pour plus de chaleur. Ils allumaient la télévision, mettaient un film et de la couverture on ne voyait dépasser que leurs têtes et le bras de Vanitas qui tenait sa cigarette – parfois le second, briquet en main.

C'est comme cela qu'ils avaient vécu pendant une semaine, quand la mère de Ventus avait dû être hospitalisée pour une opération lourde. Il était mort d'inquiétude, et Vanitas l'avait serré bien fort. Quand il avait serré fort Vanitas, il avait eu l'impression de l'étouffer, de le priver du mince filet d'air qu'il arrivait encore à inspirer. Mais cela, il ne l'a pas encore essayé. C'est un essai désespéré, mais ça vaut le coup. Ventus va chercher dans le sac de Vanitas, qui traîne dans l'entrée depuis plusieurs jours – Ventus n'avait pas osé y toucher, ranger à la place du brun c'était admettre que ce dernier ne le ferait jamais –, un paquet de tabac, les filtres et les feuilles. Il roule maladroitement, Vanitas lui a appris mais il ne pratique pas vraiment. Pose la cigarette laide au possible sur la table basse avec le cendrier et le briquet, allume la télévision. Ouvre la fenêtre. Retire tous ses vêtements, choisit de lancer une comédie romantique, le genre de truc naze que Vanitas n'avouera jamais apprécier. Il rétablit le corps de Vanitas vers une position assise, lui retire son haut et s'assied à ses côtés, sous la couverture. Il lui met la clope dans la main, l'allume. Soudain, le bras de Vanitas se meut de lui-même, il porte le tube à cancer à ses lèvres, les yeux de Ventus s'allument. Mais c'est factice.

Il regarde à peine le film. Le geste du brun est automatique, n'a pas plus de vie que celui d'une poupée qui danse quand on tourne sa clef. C'est cela. Ventus a l'impression morbide de jouer à la poupée, de recréer avec le cadavre de son amant ce qui a un jour été. C'est malsain. Vanitas continue de fumer, les yeux rivé sur l'écran. Ça n'a pas de sens. Ventus tremble, il sent les larmes couler sur ses joues. Il se sent horrible, monstrueux. Il n'a pas fait cela pour Vanitas, il a fait cela pour lui, parce qu'il a besoin du brun, peut-être même plus que le brun a besoin de lui en ce moment même. C'est lui qui voulait ça, ce film, cette chaleur, c'est à lui que ça manquait. Pas au brun.

Il se relève d'un bond, coupe la télévision, et le brun n'a pas un mouvement. Bien sûr. Il ne regardait même pas le film, il avait juste accepté plus ou moins, par la mémoire du corps, d'offrir à Ventus ce simulacre de quotidien. Ventus passe de la tristesse à la colère, arrache la cigarette de la main du brun, qui ne tique pas, ne s'énerve pas, ne dit pas mot. Il a envie de l'écraser sur la main de son amant, voir si la douleur physique, au moins, y ferait quelque chose. Il l'écrase dans le cendrier, renfile rageusement son caleçon et son jean, referme la fenêtre. Il a froid, mais il ne sait plus où il a laissé tomber son haut. Vanitas est toujours immobile, dans le vague. Se plantant face à lui, Ventus se met à hurler. Ça ne change rien. Il met une claque à son amant dont le corps tombe allongé sur le canapé. Il a mal à la main. Mais Vanitas ne dit rien. Il s'effondre à ses genoux demande pardon, pardon. Ça ne sert à rien.

Alors il se souvient d'un quelque chose. De sa mère, en fait, quand il a été la voir à l'hôpital après l'opération et qu'il s'était endormi la tête dans les draps blancs. Il se rassied à côté de Vanitas, sèche ses larmes. Il soulève la tête pour la poser sur ses cuisses. C'est désagréable, un poids mort sur son corps. Ça lui donne envie de vomir. Mais il ravale ses larmes. Ça n'est pas à lui d'être triste. Lui, il doit être fort et positif, même si tout ce qu'il veut c'est hurler. Il pose la main sur les cheveux de Vanitas, les caresse doucement. Ça ne sert à rien. Mais il continue. Les mèches sombres sont glacées comme celles d'un mort abandonné dans la neige. Il veut les réchauffer avec ses mains, parce que Vanitas lui a dit un jour qu'il n'y a rien sur Terre de plus désagréable que d'avoir froid aux oreilles.

Alors il pose sa main là, caresse, reste, tire à peine quelques mèches pour réveiller la peau en dessous, masse le crâne, caresse, transmet de sa chaleur.

C'est inutile. Mais il poursuit, comme un automate cassé, il poursuivra des jours durant s'il le faut, il ne se lèvera pas, il ne mangera pas, il restera là. Sa cuisse est gourde, avec tout ce poids. Il ne le dit pas. C'est supportable. Il se concentre sur ses doigts, sur ce qu'il sent le souffle de Vanitas à travers son jean. Et puis quelque chose de froid.

Sur son jean, une larme. Deux, trois, de la morve. Et sous ses doigts le corps s'agite de soubresauts, revit, il revit une douleur impossible mais il revit, et Ventus voudrait le faire parler, lui demander de lui raconter mais ça n'est pas ce dont Vanitas a besoin. Il a juste besoin de savoir qu'il est là, tout près. Qu'il l'aime, juste, là, là. Il ne doit rien dire, ça gâcherait tout. Il pense à Cabrel. Je dois juste m'asseoir, je ne dois pas parler, je ne dois rien vouloir, je dois juste essayer de lui appartenir. Il a envie de le chanter, se retient. Le silence. Tout en lui, toutes ses pensées sont rassemblées dans sa main qui caresse inlassablement les cheveux de Vanitas, Vanitas ce tas de débris qui respire, enfin. Douloureusement, difficilement, c'est mieux que de ne pas respirer du tout.

À travers sa main il sent l'écho des sanglots, à travers le tissus de son jean les fluides de tristesse. Vanitas pleure en silence. Ventus ne voit pas, n'entend pas, il se contente des points de contact, se retient de l'étouffer à nouveau dans des bras trop pressants. Plus tard, il pourra, plus tard, ils recommenceront à parler, à se regarder, à s'embrasser. Pour l'instant ils peuvent juste se toucher.

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